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30/06/2006

Dessins De Merde

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Il est hyper-drôle, ce dessin, non?
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Et çui-là? L'hôtel quatre étoiles avec "chambres, allocations sociales et petit déjeuner inclus"? Il est pas hilarant? Il est pas franchement à se tordre?

Non? Vous ne les trouvez pas marrants?

Ben moi non plus, pour tout vous dire. Je les trouve atroces. Dégueulasses. Obscènes.
Surtout ça.
Obscènes.

Ces répugnants crobards illustrent le grand dossier qui fait la couverture du "Point", cette semaine.
"Le Point": l'hebdomadaire de la Droite Décomplexée Briseuse De Tabous, dont le fondateur, Claude Imbert, se proclame volontiers "un peu islamophobe".
Le dossier de couverture du "Point" de cette semaine: "Les tricheurs du chômage". Sous-titre: "Comment l'aide à l'emploi tue l'emploi". Une façon originale d'aborder le problème du chômage.
Ceci, pour la couverture.

Parce qu'à l'intérieur, pages 60 à 69, le dossier devient: "La grande triche sociale".

Notez, au passage, par le choix des mots, l'extension du domaine de la haine.
Ce ne sont plus seulement les chômeurs, qui sont les salauds. Mais d'un seul coup, tous les pauvres. Tous les bénéficiaires d'une aide sociale. Foutus salopards de pauvres. Tous des voleurs.

Et bien sûr, c'est un tabou. Les pauvres sont des ordures, et personne n'ose vraiment le formuler. Sauf, bien sûr, la Droite journalistique Décomplexée Briseuse De Tabous. Sauf "Le Point", qui prévient: "Attention, tabou! Parler de la triche aux aides sociales est spécialement incorrect, en France".
Tabou.
Incorrect.
Je ne supporte plus la novlangue de ces mecs-là. Leur façon de pervertir notre vocabulaire pour se poser en Derniers Rebelles, alors qu'ils passent leur temps à lécher des culs libéraux.

Parce que regardez-les, ces dessins. Voyez le message qu'ils délivrent. Les chômeurs sont des rentiers. Les RMIstes, des privilégiés, qui se gobergent, les doigts de pieds en éventail, dans des hôtels quatre étoiles.
Vous savez ce qu'ils diront: "Mais-vous-n'avez-pas-compris-que-c'sont-des-caricatures?"
Ben non. J'ai pas compris. Et pour cause. Entre ça et la tonalité moyenne des papiers du "Point" sur tout ce qui ressemble à une solidarité sociale, y a au maximum l'épaisseur d'une feuille de papier à cigarette.
C'est pas VRAIMENT des caricatures, ces dessins.
Plutôt des éditoriaux, à peine plus excessifs que ceux de Claude Imbert.

Mais je veux bien admettre qu'il s'agissait de forcer le trait. Vous me connaissez: j'adooooore ce que permet la liberté d'expression. Grâce à elle, nous pouvons l'énoncer tranquillement: ce que nous avons-là, c'est une série de sales dessins bêtes et méchants.

A vomir.

29/06/2006

Le "Réformisme Britannique", Horizon Indépassable Des "Socialistes" Français

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J'ai acheté hier cet ahurissant petit bouquin, coédité par la Fondation Jean-Jaurès (FJ-J), haut lieu du "socialisme" ruedesolférinien dont le "conseil d'orientation scientifique" est par exemple présidé par le très radical Dominique Strauss-Kahn, et qui est à Jean Jaurès ce que le maïs Monsanto est aux céréales à racines fibreuses de l'époque où nos grands-parents étaient jeunes et larges d'épaules.
Ca m'a coûté 9,50 euros.
En le refermant, 90 pages plus tard, je me suis dit que décidément, avec les "socialistes", ça n'allait pas être possible.

Ce livre, c'est le commentaire d'une "enquête exclusive" de l'institut LH2 (Louis-Harris), commandée par la FJ-J, "Libération" et i>TELE. Objet de cette enquête? "L'identité, la nouvelle identité, de la gauche" française. Un sujet intéressant, a priori. Si intéressant, qu'on ne devrait jamais l'abandonner à la FJ-J, car la FJ-J prend quelques libertés avec la réalité.

La FJ-J affirme, par exemple: "Nous avons interrogé les sympathisants de gauche".
Sept mots: deux bobards.
D'abord, la FJ-J n'a interrogé personne. C'est l'institut Louis-Harris, qui a posé des questions.
Ensuite, ce ne sont pas LES, mais DES sympathisants de gauche, qui ont été interrogés. Et plus précisément, un "échantillon de 866 personnes se déclarant de gauche ou proches d'un parti politique de gauche, extrait d'un échantillon représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus".
Je ne sais pas vous. Mais moi, entre "un échantillon de 866 personnes extrait d'un échantillon représentatif de la population française" et "les sympathisants de gauche", je fais une sacrée différence.

Et j'aimerais bien, au passage, savoir ce que peut bien être, dans l'esprit d'un sondeur, un échantillon représentatif de la population française. Parce qu'ils se sont tellement plantés, les sondeurs, ces bouffons, que s'il y a une chose au monde dont je suis bien certain, c'est que leurs échantillons sont tout, sauf représentatifs. (Sans quoi ils auraient sans doute prévu, au hasard, le second tour Chirac-Le Pen de 2002.)
D'ailleurs, dans le cas qui nous occupe ici, la façon dont la Fondation Jean-Jaurès présente les résultats de l'enquête exclusive de LH2 me conforte dans cette absolue certitude.

Que nous disent en effet ces braves "socialistes", après avoir décortiqué les réponses de leur sondage Louis-Harris?
"Les résultats sont souvent étonnants. Ils infirment cette idée reçue selon laquelle il y aurait "deux gauches". Il n'y a pas une gauche "radicale" qui s'oppose à une gauche "réformiste". Il n'y a pas ad vitam eaternam une gauche du "non" qui se défie d'une gauche du "oui". Cette division binaire n'est qu'une paresse intellectuelle, une facilité journalistique - ou une stratégie politique." (NB: Ce n'est pas moi qui écris ad vitam EATERNAM au lieu de AETERNAM. C'est la FJ-J. Ca donne une idée du sérieux éditorial de l'entreprise.)

Ces quelques lignes sont, vous l'aurez tout de suite remarqué, un hallucinant ramassis de sottises, relevées, pour faire bonne mesure, d'une petite pointe de scélératesse.

Pour affirmer, en effet, qu'il n'y a pas, en France, de clivage entre une gauche "radicale" et une gauche "réformiste" (appelée aussi droite molle), il faut ne plus avoir ouvert le moindre canard de gauche (mais vraiment de gauche) depuis le résultat du référendum de 2005 sur le TCE.
Il faut ne pas avoir tendu l'oreille à ce que ne cessent de répéter depuis plus d'un an, au sein même du Parti "socialiste", des gens comme Filoche ou Mélenchon, qui ne sont pas exactement de dangereux provocateurs anarchistes, ou tant d'autres.
Il faut ne RIEN avoir compris à ce qui se passe dans ce pays, depuis quelques années.
Ou alors, il faut être d'une absolue mauvaise foi.

De la même façon, il faut un sacré souffle pour affirmer sans rire qu'il "n'y a pas une gauche du "non" qui se défie d'une gauche du "oui"".
Ne serait-ce que parce que ce n'est pas exactement comme ça que les choses se sont passées. Ce n'est pas la gauche du "non" qui s'est défiée de la gauche du "oui". C'est exactement le contraire.
Que je sache, c'est l'ex-patron de "Libé", quotidien oui-ouiste, qui s'est permis de chier d'une très grande hauteur sur la tête de celles et ceux qui avaient osé voter "non" en dépit de ses consignes.
Et ce sont aussi les ouistes qui viennent de nous refaire, à l'occasion de l'anniversaire de ce vote qui les a traumatisés, leur grand numéro du: "Le vote "non" fut le vote idiot de ceux qui n'avaient rien compris".
Alors qui, depuis un an, se défie de qui?
Et comment peut-on soutenir qu'il n'y aurait aucune division entre tenants du "non" et oui-ouistes, alors que les seconds n'ont cessé, depuis un an, de moquer les premiers, quand ils ne les insultent pas???

Je vais vous dire.
Le petit bouquin de la Fondation Jean-Jaurès est une triste plaisanterie, dont les auteurs nient des clivages pourtant bien réels dans le seul but d'imposer leur conception, à eux, de ce que devrait être une "gauche" véritablement performante.
Ils soutiennent qu'il n'y a pas une gauche radicale qui s'oppose à une gauche réformiste, pour mieux imposer leur propre choix, évidemment réformiste.
Ou si vous préférez, libéral.
C'est d'ailleurs écrit en toutes lettres, à la page 55 de leur drolatique ouvrage: "Inventer un nouveau modèle social-démocrate français imprégné du volontaire réformiste britannique et du sens de l'équité scandinave est sans doute la réponse de gauche moderne à laquelle le pays aspire et qu'il est prêt à soutenir".
D'accord, c'est rédigé à la truelle, et il y a même des passages qui ne veulent rien dire. (Par exemple j'ignore TOTALEMENT ce que peut être le "volontaire réformiste britannique". Ce bouquin est un peu bâclé, m'est avis.)
Mais je vois bien le sens général.
Ces gens veulent une gauche "moderne" (pouah!), donc libérale.
Ils ont besoin, pour l'énoncer, de se payer un sondage dont ils interprètent les résultats en fonction de leur propre conception de la "modernité" (pouah!).
Ca les regarde.
Mais faudra pas qu'ils s'étonnent, au soir du premier tour de la présidentielle, si la gauche radicale qui n'existe pas leur a envoyé un grand coup de pompe dans les parties "socialistes".

D'ici là, vous pouvez toujours lire et/ou relire "Rallumer Tous Les Soleils" (éd. Omnibus). Un magnifique recueil d'interventions de Jaurès, dont chaque ligne devrait faire monter au front de nos "socialistes" amis de la "modernité" le rouge d'une honte sans mélange.

27/06/2006

Autopromo

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Alooooooors?
C'est pas pour me la raconter, enfin pas seulement, mais franchement, elle est pas UN PEU efficace, la couverture de mon prochain bouquin, à paraître le 24 août (si je ne merde pas gravement sur la fin)?
Non je vous dis ça, un, parce que je tiens à marquer, après mon billet d'hier, que je n'ai rien NON PLUS contre un peu d'autopromo façon "Nouvel Obs", et deux, parce que Guy Birenbaum, éditeur à Paris, me dit: "Ouais mais attends, on peut faire mieux, c'est qu'une couverture de travail".
Tu parles.
Comme si j'allais supporter qu'il touche à ma couve.

26/06/2006

GLOIRE A TOI, JEAN DANIEL!!! Gloire A Toi, Jean Daniel, Phare De Nos Pensées, Timonier De Nos Vies! Gloire A Toi, Jean Daniel, Père De Tous Les Soleils! Gloire A Toi, Jean Daniel, Maître Suprême De L'Univers!

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De la même façon qu'il y a maintenant, dans l'Histoire majuscule de l'élection présidentielle, un "avant" et un "après" 21 avril 2002, il y aura désormais, dans l'Histoire de la déontologie journalistique, un avant et un après 22 juin 2006.
Retenez bien cette date, s'il vous plaît. Cochez la d'une pierre blanche, dans vos agendas, puis, pour les siècles des siècles, dans vos éphémérides.
Elle ne vous dit rien encore?
Alors suivez le guide.

Prenons le supplément "TéléCinéRadioMusiquesDVDInternet" (mouârf) du "Nouvel Observateur" du jeudi 22 juin 2006.
La une, déjà, est prometteuse, comme vous pouvez le constater ci-dessus. Elle est porteuse d'une information capitale. Jean Daniel, patron du "Nouvel Observateur", est l'invité de Michel Drucker, animateur de l'émission "Vivement dimanche", sur France 2, dont je tairai ce qu'elle m'inspire.
Donc, Jean Daniel, patron du "Nouvel Obs", passe chez Drucker, et le "Nouvel Obs" consacre une une à cet événement de portée planétaire.
C'est, en soi, réjouissant.

Mais c'est à l'intérieur du supplément "TéléCinéRadioMusiquesDVDInternet" (mouââârf) que se trouve, sur deux pages (16 et 17), la longue pâmoison-aux-pieds-du-Chef qui, d'un seul coup d'un seul, révolutionne un genre journalistique à part entière: le léchage de culte (de la personnalité).
C'est véritablement, sous la forme d'un long récit de la façon dont s'est déroulé l'enregistrement de l'émission, un festival, dont je ne peux malheureusement, faute de temps, vous livrer ici que ce trop bref (mais goûteux) extrait, où quelques amis et subordonnés viennent protester de leur admiration pour Jean Daniel:

"Régis Debray évoque l'honnêteté, la dignité, la finesse d'un homme qui, pourtant, "ne fait pas partie de la même famille d'esprit"; Jacques Julliard parle de "cet homme de gauche, cet homme des Lumières qui a toujours voulu que la science soit au service de la justice"; Laurent Joffrin souligne "l'humilité formidable de ses éditos et sa volonté permanente de chercher l'intelligence des choses". "J'aime cet homme", dit Pierre Bénichou à propos de son "patron de quarante qui a su faire lire le journal le plus élitiste du monde à 2 millions de personnes". Il y aura aussi Mario Soares, qui témoignera sa gratitude à celui "qui a toujours pris des positions courageuses et qui nous a aidés"; Bertrand Delanoë, que Jean Daniel "a accompagné dans toute sa vie de citoyen engagé" et dont il apprécie la "critique constructive". Hubert Védrine saluera "l'homme courageux", Robert Badinter "l'homme fidèle", Jacques Delors vantera "l'ami, leader de la gauche morale, et sa passion de comprendre et d'admirer"".

J'arrête là, et je fais mes comptes. En l'espace de ces quelques lignes, le lecteur du "Nouvel Obs" aura notamment relevé que Jean Daniel, patron du "Nouvel Obs", est, dans l'ordre: honnête. Digne. Fin. De gauche. Des Lumières. Humble. Intelligent. Aimé. Courageux. Secourable. Constructif. Fidèle. Passionné.
J'en ai sûrement oublié.

Mon passage préféré? Celui où Laurent Joffrin, directeur du "Nouvel Obs", s'extasie devant "l'humilité formidable" des éditoriaux de Jean Daniel, patron du "Nouvel Obs", qui lui verse chaque mois un salaire confortable.
Ma fille de six ans, si je lui fais lire trois lignes de N'IMPORTE QUEL édito de Jean Daniel, mettra un peu moins de trois secondes à comprendre qu'on peut dire BEAUCOUP de choses des éditos de Jean Daniel. Mais PAS qu'ils sont d'une formidable humilité. Sauf si on est Laurent Joffrin.

Cette double page dont je vous parle est l'oeuvre d'un certain Jacques Guérin. Il signe aussi deux encadrés.
1) Une interview de Jean Daniel sur la télévision, où le patron du "Nouvel Obs" concède à son salarié des sentences aussi extraordinairement novatrices que: "Nous ne sommes pas seulement dans la société du spectacle, mais dans un monde où l'image a pris une force quasi-exclusive dans la communication". Que c'est formidable, dirait Joffrin.
2) Une interview de Michel Drucker, sous le titre: "L'honneur du service publlic".
Jacques Guérin, "journaliste" au "Nouvel Obs", considère que c'est "tout l'honneur du service public", que d'inviter "un intellectuel dans une émission de divertissement du dimanche après-midi", en la personne de son employeur, Jean Daniel, patron du "Nouvel Obs".

Alors vous savez comment ça se passe.
On est toujours un peu gêné, au boulot, quand un voisin, toute vergogne bue, se met soudain à lapper d'une langue chargée de salive un postérieur patronal.
On éprouve pour ce flagorneur de la honte, mêlée de beaucoup de dégoût.
Mais là, nous parlons d'autre chose. De quelque chose de beaucoup plus fort. Du cirage de pompes élevé au rang de beauzart.
C'est tellement obscène, que ça devient fascinant, un peu comme un son et lumière yankee sur Bagdad by night. (Toutes choses égales par ailleurs.)
Dans ces moments-là, nos repères -esthétiques, moraux, et journalistiques pourquoi pas- vacillent.

Il nous reste cette unique certitude: "ça" n'empêchera pas Laurent Joffrin, directeur du "Nouvel Obs", de pontifier, à la première occasion, sur la déontologie des médias.
C'est, d'une certaine manière, rassurant.

Et En Effet, René Bousquet N'Etait Pas "Forcément Comique"

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Les conneries insanes qu'on lit dans la presse. On devrait avoir l'habitude. Mais il y en a qui, vraiment, ne passent pas.
Hier, dans le "Journal du Dimanche", je lis, page 33, un article annonçant qu'Arte prépare un téléfilm sur Bousquet. René Bousquet. LE René Bousquet. Le déporteur. C'est Daniel Prévost qui interprète le déporteur. "C'est toujours les salauds qui font les bonnes histoires", explique Daniel Prévost. Je trouve ça complètement con, comme assertion, mais après tout vaut mieux lire ça que d'être aveugle.
L'auteur de l'article présente la chose en ces termes: "Devant la caméra de Laurent Heynemann, le comique cynique Daniel Prévost, redonne vie à ce cynique pas forcément comique accusé de crime contre l'humanité, assassiné le 8 juin 1993, à la veille de son procès".
Quand j'ai lu ça, je me suis dit qu'en effet, René Bousquet, le déporteur, n'était pas FORCEMENT comique.
Et je me suis posé la question. Quelle espèce de journaliste peut écrire quelque chose d'aussi insupportable que: "René Bousquet n'était pas forcément comique"?
Et à mon avis, il ne peut s'agir que d'un journaliste qui, sans FORCEMENT penser à mal, a voulu faire un jeu de mot à deux balles en jouant sur une opposition "comique cynique" / "cynique pas forcément comique", sans même réaliser l'obscénité de son propos.
Voilà.
Vous allez me dire que je coupe les cheveux en quatre. Mais ça m'a ulcéré qu'on puisse écrire une telle ineptie.
La productrice du film considère, certes, que "le risque principal serait de tomber dans le pathos, ou de chercher à désigner les bons et les mauvais".
Mais vous savez quoi? Je crois que c'est exactement le risque qu'elle DEVRAIT prendre. Je crois que le sujet s'y prête. Forcément.

24/06/2006

Intrusion

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Ci-dessus, le titre d'un article paru hier dans "Marianne".
IMMORAL! LE GRAND CAPITALISME FRANCAIS DEVIENT FOU.
Dans ce titre, un intrus s'est glissé. Un mot qui ne devrait pas se trouver là. Un mot à la place de quelques autres.
Je suis bien certain, finissant par connaître beaucoup d'entre vous, que vous l'avez immédiatement répéré. Vous êtes si affûté(e)s! (Frotte, frotte. Astique, astique.)

Pour le cas, cependant, où vous seriez mal réveillé(e)s ou d'humeur modérément joueuse (on est quand même dimanche), je vous conseille, pour débusquer le mot-qui-ne-va-pas, de vous remémorer ne serait-ce qu'un ou deux épisodes marquants, et récents, de la vie des grands fauves du Kapital, dont les coups de griffe arrachent si régulièrement la gueule du salarié.

Vous pouvez, par exemple, retenir qu'ils ont tous passé leur brevet de parachutisme. Doré.
Remember: "J6M" (ouârf) et son golden parachute.
Remember: Philippe Jaffré et son golden parachute.
Rappelez-vous, surtout, les cris d'orfraie des journaleux (et du MEDEF), quand, par extraordinaire, le public a su de quel or en barres étaient cousus lesdits parachutes. Tous ont crié au scandale! Genre: "Immoral! Le grand capitalisme français est devenu fou!"

Puis tout a continué. Pour les salariés, les délocalisations et les plans "sociaux". Pour les patrons des salariés, les dividendes, les stock-options. Le nombre de fois, depuis une petite dizaine d'années, où j'ai lu des papiers indignés sur les stock-options. Toujours le même papier, en fait, recyclé à l'infini. "Faut qu'ça cesse". Mais ça ne cesse pas.

Alors bien sûr, le mot de trop, dans le titre de "Marianne", est "devient". (A la limite, "français", aussi, est de trop.)
Un titre vraiment informatif, exact et pertinent aurait pu donner quelque chose comme: "Le grand capitalisme est décidément une folie". Ou: "Quelle scélératesse, que le grand capitalisme. (Et le moins grand aussi, d'ailleurs...)"
Je m'arrête là: je deviendrais vite grossier.

Faire semblant de (re)découvrir, à chaque fois qu'un Zacharias ou un Forgeard se fait bêtement pécho (alors qu'il ne fait rien d'autre qu'appliquer avec une scrupuleuse minutie les mêmes préceptes que ses potes du CAC 40), que le "néo"-libéralisme est une sinistre farce, c'est un peu, si vous me permettez, comme de se tripoter la nouille: ça ne mange certes pas de pain, mais ça ne fait que (très) moyennement avancer une éventuelle compréhension de ce qui se passe vraiment, dans la vraie vie.
Ayé, je l'ai lâchée, ma grossièreté.

Indigestion

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Y a comme ça des infos qui laissent coi.
Totalement coi.
Des infos dont nul commentaire ne changera(it) la nature complètement, absolument, totalement ahurissante.
(Même si j'ai dans l'idée que nous reparlerons de celle-ci.)
Je vous jure que c'est pas de la flemme.
Je vous jure que tout ce que je trouve à dire, là, tout de suite, c'est: NO COMMENT.
No fucking comment.

(PS: Merci, Pacifique. Et salut à toi, Michel Roussel.)

23/06/2006

Lepénisation

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BHL.
Je suis comme vous.
Ces trois lettres, souvent, suffisent à m'énerver.
Le bloc-notes de BHL, dans "Le Point", bulletin de liaison de la Droite Décomplexée Briseuse De Tabous, le jeudi matin.
Mes longs hurlements de rage, huit fois sur dix, quand je lis ce bloc-notes, juste avant de me fader l'éditorial de Claude "Un Peu Islamophobe" Imbert et le billet sarkozyste de Franz-Olivier "Touchez Ma Bosse Monsieur Le Ministre De L'Intérieur" Giesbert.
Sauf hier.
Vous savez comment c'est. Y a toujours une exception, pour confirmer la règle. C'est du moins ce que prétend un VDB (vieux dicton berrichon), et nous savons tou(te)s qu'il y a TOUJOURS un fond de vérité, dans les VDB. Par exemple, il y a un VDB qui dit qu'après l'hiver vient le printemps, et ce n'est pas complètement faux. Si on y réfléchit. Sauf cette année, d'accord. Cette année, après l'hiver, y a eu l'automne. A Paris, en tout cas. Ce qu'il est tombé comme pluie sur Paris, depuis la fin de l'hiver, c'est hallucinant. Le ciel aussi exige la démission de Villepin, mais Villepin fait la sourde oreille. D'où, pluie. Villepin: "Quand je regarde la pluie tomber sur les jardins de Matignon, je la trouve lâche".
Mais ce n'est pas de ça que je voulais vous parler.

Je voulais vous dire combien le bloc-notes de BHL, dans "Le Point" de cette semaine, m'a ravi, une fois n'est pas coutume, hier matin, quand j'y ai lu ces quelques lignes:
"Pendant ce temps-là (...) Le Pen monte (...) C'est le prix d'un climat délétère, d'un abaissement rarement atteint du niveau et de la qualité du débat public - c'est le prix, aussi, d'une surenchère sécuritaire qui, lorsqu'elle mêle, comme aujourd'hui, fantasmes et réalité, lorsqu'elle attise les peurs et flatte les pires instincts, lorsque la gauche s'y met à son tour et semble n'avoir plus d'autre but que de disputer à la droite le titre désormais envié de champion en militarisation des banlieues et des familles de délinquants, c'est le prix, donc, d'une surenchère qui est la définition même de (...) la lepénisation des esprits".
CLAPCLAPCLAPCLAPCLAPCLAPCLAPCLAPCLAP!!!
Je sais pas ce qu'il a, cette semaine, BHL, me suis-je dit en découvrant ces lignes FORMIDABLES. Faut qu'il fasse gaffe. Il va finir par se fâcher VRAIMENT avec Finkie.
Bon.
J'ai mis un peu de temps à me remettre d'avoir trouvé FORMIDABLE un paragraphe entier du bloc-notes de BHL.

Puis, quelques heures plus tard, en lisant "Le Monde", j'ai trouvé ça FORMIDABLE, mais incomplet.
Parce qu'hier soir dans "Le Monde" (numéro daté d'aujourd'hui), y avait cette longue interview, pleine page, de La Pimprenelle Entartée Du Poitou, qui est triste est méchante (LPEDP, qetem): Ségolène "Tribord Toute" Royal.
Et au pied de cette page, ce gros encadré vomitif consacré au point de vue de LPEDP (qetem) "sur l'immigration". Sous ce titre, si plaisant: "RECONDUIRE HORS DE FRANCE LES DELINQUANTS DANGEREUX".
Alors déjà, le principe de l'encadré spécial immigrés. Infect. "Le Monde" et la dame qui partage, dit-on, la vie de François Hollande, n'auront pas peu contribué à faire de l'immigration, EVIDEMMENT traitée comme un problème, un thème fondateur de la campagne présidentielle, qui s'annonce décidément très, très, très dégueulasse.
Puis, au-delà de ce principe répugnant, il y a les propos de La Pimprenelle Entartée Du Poitou, qui est triste, méchante, et quelque peu obsédée, comme beaucoup d'autres candidats de droite, par l'immigration.
Des propos atroces, de bout en bout.
Genre: "Il faut, comme dans d'autres domaines, un ordre juste qui allie fermeté, efficacité et humanité". (Cherchez l'intrus).
Genre: "Il faut surtout, pour l'immigration de travail, instaurer un droit moderne à l'aller et au retour".
Genre (sur un ton manifestement désolé): "Le bilan de la droite, c'est une baisse de l'immigration de travail et une augmentation de l'immigration à vocation permanente".
Et finalement, le pire du pire.
Cette question du "Monde": "La gauche doit-elle poursuivre la pratique des charters?"
Et cette réponse de la Pimprenelle Entartée Du Poitou, qui est triste et méchante: "La question n'est pas celle du moyen de transport mais des critères de reconduite à la frontière et du respect de la dignité des personnes dans l'application des décisions de justice".
Entasser des "clandestins" dans un Canadair, why not?
Mais gentiment.

Je pensais, en découvrant cette horreur, à quelques mots si révélateurs de Jean-Luc Mélenchon, sénateur socialiste, hier toujours, dans "Politis".
Mélenchon observe: "Ni sur la sécurité, ni sur l'éducation, ni sur l'ordre juste, nous n'avons été saisis (dans le cadre du projet "socialiste" pour 2007) de la moindre proposition, orale ou écrite, de Ségolène Royal".
Conclusion: la Mère Emptoire fait campagne sur des thèmes qu'elle n'ose même pas soumettre à ses petit(e)s camarades.
Elle a son côté cour, qui ne dit ni n'écrit rien.
Et son côté jardin, qui flatte l'électeur dans ses instincts les plus vils.

Je crois que BHL a oublié ça, dans ses menus propos de la semaine sur la lepénisation des esprits: La Pimprenelle Entartée Du Poitou, qui est triste et méchante, est en passe de s'imposer comme un vecteur de propagation.

21/06/2006

"Vif Incident A L'Assemblée"

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Ce qui s'est passé hier après-midi chez nos ami(e)s les député(e)s me fait hurler de rire - et je ne parle pas de ce que "Le Monde" appelle un "vif incident à l'Assemblée entre Dominique de Villepin et François Hollande." Ce qui me fait marrer, c'est l'espèce de long délire collectif qui a suivi cet incident, et qui a surtout frappé, ça me fait de la peine de le souligner, les "socialistes". (Quand je dis que ça me fait de la peine: je rigole, bien sûr.)
Parce que bon. A bien regarder ce qui s'est passé, Villepin a dit trois choses, essentiellement, au patron du P"S".
1) Vous êtes un lâche.
2) Vous n'avez "jamais cessé de brader le service public".
3) "On ne peut pas mélanger l'exigence de vérité et l'exigence de bonne gestion".
Relisons, posément, ces trois considérations. Regardons-les pour ce qu'elles sont. Et réfléchissons.
La considération numéro 1 et la considération numéro 2, je le dis sans excessive sympathie pour leur auteur, ne souffrent AUCUNE discussion: Dominique de Villepin a PARFAITEMENT raison, quand il affirme que les "socialistes" sont des lâches, et qu'ils n'ont jamais cessé de brader le service public. Rien de plus vrai. Merci à Dominique de Villepin de nous rappeler ce que sont les "socialistes" français. Des lâches qui n'ont jamais cessé de brader le service public, ceci expliquant cela. (Je veux dire qu'ils sont lâches parce qu'ils n'ont jamais cessé de brader le service public, et que c'est parce qu'ils sont lâches qu'ils n'ont jamais cessé de brader le service public).
Ce que Dominique de Villepin a dit là, d'autres que lui, nombreux, l'avaient déjà souligné avant lui. Je pense en particulier à des auteurs comme Gérard Desportes et Laurent Mauduit ("La Gauche Imaginaire Et Le Nouveau Capitalisme", Grasset, 1999) ou -mieux encore- Serge Halimi ("Le Grand Bond En Arrière. Comment L'Ordre Libéral S'Est Imposé Au Monde", Fayard, 2004).
La considération numéro 3, en revanche, pose problème. O combien. "On ne peut pas mélanger l'exigence de vérité et l'exigence de bonne gestion". Elle a, c'est vrai, le mérite de son extrême sincérité: on ne saurait mieux confesser que la dream team Villepin a, plus et mieux que beaucoup d'autres, érigé le brutal conchiage d'une population de 60 millions de citoyen(ne)s en véritable règle de gouvernement.
"On ne peut pas mélanger l'exigence de vérité et l'exigence de bonne gestion", ça veut dire, une fois (sommairement) décrypté: on fait ce qu'on veut, où on veut, quand on veut, on vous enfume, on vous ment, et vous savez quoi? Surtout. Surtout. ON VOUS EMMERDE. (C'est très exactement ce qui se passe, par exemple, dans l'affaire Clearstream).
Ainsi, on le constate: autant les remarques de Villepin sur le Parti "socialiste" sont frappées au coin du bon sens, et devraient susciter les applaudissements enthousiastes de la vraie gauche, clapclapclapclapclapclapclapclap, autant son aveu sur sa conception de la "gestion" du pays devrait nous jeter dans les rues par dizaines de millions pour exiger sa démission.
Or.
Que s'est-il passé, hier après-midi? Les "socialistes" se sont mis à HURLER qu'il FALLAIT que Villepin démissionne, après avoir osé les traiter de "lâches".
Mais sur sa considération numéro 3? Pas un mot. Pas. Un. Mot.
En fait, les "socialistes" de la rue de Solférino ne sont pas seulement lâches. Ils sont aussi ridicules. Grotesques. Pathétiques.

20/06/2006

Un Doigt De Solidarité

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Il en a été question récemment sur un blog voisin et ami, chez le camarade Guy Birenbaum: Michel Roussel, alias l'adjudant Roussel, celui de l'affaire Alègre, vient de se manger une très jolie condamnation pour diffamation.
Voici ce que lui-même nous expliquait, il y a quelques jours (dans un mail): "Dans la "Dépêche du Midi" du 15 mai 2004, j'avais déclaré, à la suite de la diffusion sur France 3 d'un reportage: "Je suis choqué qu'un magistrat en exercice ait pu mentir à la justice à laquelle il appartient"".
C'est ce magistrat qui a porté plainte contre Michel pour diffamation.
Résultat, la semaine dernière (c'est toujours Michel qui explique): "Voici la décision de la 17ème chambre du TGI de Paris, dans le premier procès en diffamation. (Il y en a deux pour les mêmes faits). 1) Mes offres de preuves sont jugées irrecevables. 2) La relaxe est prononcée pour la "Dépêche du Midi". 3) Je suis coupable et condamné à 1.000 euros d'amende. 8.000 euros de dommages et intérêts (versement provisoire ordonné donc même si je fais appel il me faut payer). 3.000 euros à verser au titre de l'article 475-1. Une publication dans la Dépêche à mes frais... Ceci malgré les témoignages de la journaliste de France 3 qui a confirmé à la barre la teneur de son reportage".
Il ne nous appartient pas de commenter ici une décision de justice. Heureusement. On risquerait de s'énerver, qui sait.
Aussi voulais-je seulement vous dire ceci, que je trouve important. Michel Roussel a, vous vous le rappelez sans doute, quitté la gendarmerie quand il a découvert que sa conception tristement égalitariste de la justice n'était pas spécialement populaire. Du coup, il ne touche pas l'intégralité de sa retraite. Oh non.
Alors ne vous méprenez pas: je ne suis pas en train de vous faire du Zola. Tant s'en faut. Mais ces 12.000 euros d'amendes, pour lui, comme, je suppose, pour la plupart d'entre nous, mais un peu plus tout de même que pour beaucoup d'entre nous, ça fait une somme, disons, importante. Pour ne pas dire décourageante, surtout quand on se dit que d'autres prunes aussi épicées risquent de tomber. Vue la façon dont les choses se passent. Dans notre beau pays.
M'est avis qu'il y en a que ça doit ravir, de le taper au portefeuille, le benêt qui a sottement pensé que la justice pourrait, pourquoi pas, être la même pour tous.
Alors voilà. Michel, après sa démission, est devenu un ami. Un vrai. C'est, juste, un mec bien. (Demandez à Birenbaum, qui a publié son livre.) Retenez bien ces mots: c'est pas non plus tous les jours que j'écris ça d'un ex-gendarme.
Et hier, j'ai reçu un mail, d'autres amis communs. De ces gens, vous savez, qui ont perdu des proches à Toulouse dans des conditions atroces, et qui, des années plus tard, attendent toujours des réponses à quelques questions idiotes, genre, ma nièce a été massacrée, comment un juge a-t-il pu classer l'affaire en déclarant qu'il s'agissait d'un "suicide"?
De ces gens qui ont fondé l'association "Stop A L'Oubli", pour laquelle Michel se décarcasse, sans jamais compter ni son temps, ni son argent.
Voilà ce que dit ce mail:
"Ceci est un appel à votre générosité afin de soutenir Michel Roussel, qui se trouve confronté à une condamnation financière dans le cadre d'une procédure qui a été faite à son encontre. A son insu, nombre de personnes se sont mobilisées afin de lui venir en aide dans cette épreuve. Un compte bancaire uniquement dédié à ce soutien a été ouvert, compte dont les coordonnées sont jointes. La transparence est totale, et tous les dons seront les bienvenus, quel qu'en soit le montant. Quel que soit votre choix, nous vous demandons de diffuser ce document largement autour de vous. Merci d'avance à tous. Adresse d'envoi des dons: Stop A L'Oubli, 24 allée des Platanes, 46800 MONTCUQ. (IMPORTANT: le libellé du chèque doit être très précis et porter la mention EXACTE et ENTIERE qui suit concernant l'ordre: Loubradou G. et Alayrac J.L. (Soutien à M. Roussel))".
Voilà.
On a tous des choses qui nous tiennent spécialement à coeur. Moi ce qui me motive, c'est par exemple que des gars comme Roussel puissent continuer à emmerder le monde. A se battre pour que justice, enfin, soit faite, à Toulouse, pour les familles de Stop A L'Oubli. C'est pour ça que je trouverais ça bien, que vous sortiez votre chéquier. Que vous envoyiez quelque chose. Genre, cinq euros. Ou moins. Ou dix, pour ceux qui peuvent. Pas pour la somme. Pour le geste. Pour signifier à Michel et aux gens de l'asso qu'on ne les oublie pas. Pour lever bien droit le majeur, en réponse à ceux qui essaient de les faire taire.
Pas un Rousselthon, non. Juste un doigt de solidarité.

PS: Vous pouvez aussi acheter le livre de Michel Roussel. Un bouquin énervant. Comme on les aime.

 
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