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01/12/2006

"Art, Courage Et Vertu": D'Après "Le Nouvel Observateur", Jean Daniel, Patron Du "Nouvel Observateur", Incarne "Une Véritable Ethique Du Journalisme"

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Cette semaine, dans "Le Nouvel Observateur", Max Gallo, "écrivain, journaliste, historien et ancien ministre", loue, sur une pleine page, "Avec Camus", le nouveau livre de Jean Daniel (patron du "Nouvel Observateur"), présenté comme "une relecture de l'oeuvre de l'auteur de "L'Homme révolté" à la lumière des urgences contemporaines".

Max Gallo, qui a vachement aimé ce bouquin, nous rappelle d'abord que "depuis les années 1950 et par-delà la mort de Camus en 1960 s'est noué entre les deux hommes [Camus et Daniel] un dialogue ininterrompu".

Aussitôt Max Gallo précise: "Mais l'échange que Jean Daniel nous fait partager aujourd'hui est exceptionnel".

Pourquoi?

Parce que "c'est une confidence chuchotée, épurée, un legs moral qui dit l'essentiel de deux vies en miroir".

Les mots importants: "Deux vies en miroir".

Ils signifient que nos deux héros, Albert et Jean, d'une certaine manière, ne font qu'un, et que par conséquent, c'est ici l'essentiel, ce qui vaut pour l'un vaut pour l'autre.

Confirmation: leur deux vies "toutes les deux sont placées à ce confluent de l'histoire et de l'actualité, de la politique et de la vérité, de l'argent et de l'indépendance qu'est le journalisme quand il est conçu non pas "comme un exil mais comme un royaume". Il exige alors courage, art et vertu".

Ecrit Max Gallo.

C'est formulé assez nettement: le courage, l'art et la vertu de Jean Daniel font de lui, comme de Camus jadis, un roi du journalisme.

Ainsi lorsque Albert Camus, raconté par Jean Daniel, considérait "le journalisme comme un combat pour la vérité", comme nous le rappelle Gallo, vous aurez compris, du moins je l'espère, que c'est aussi l'idée que Jean Daniel se fait de son métier, puisque, rappelez-vous, nous avons là "deux vies en miroir".

Dès lors, une fois posé, puis confirmé, que Daniel est dans Camus au moins autant qu'Albert est dans Jean, il suffit à Max Gallo, pour flatter Daniel en admirant Camus, de laisser courir sa plume: quand il écrit par exemple qu'"Albert Camus sait bien que pratiquer le journalisme, c'est être en perpétuelle résistance", le lecteur du "Nouvel Obs", qui n'est pas complètement sot, devine que le patron de son hebdo préféré le "sait" aussi.

Entre ici, Jean Daniel...

Les "positions intransigeantes de Camus" sont aussi, est-il besoin de le souligner encore, celles du chef du "Nouvel Obs", qui, dans son livre, nous dit Gallo, "démontre avec rigueur et une sorte d'humilité, qui donne encore plus de poids à sa thèse, qu'elles permettent, une fois rassemblées, d'élaborer une "nouvelle éthique du journalisme", une "réponse au bouleversement des valeurs que subit notre siècle"".

Artiste, courageux, vertueux, Jean Daniel est donc aussi, reconnaissons qu'il serait fort dommage de ne pas le mentionner, un journaliste rigoureux, mais en même temps, humble dans la rigueur.

D'ailleurs, son livre, d'après Max Gallo, "est un élément majeur de la réflexion sur le rôle de la communication et les responsabilités des journalistes"...

Pour nourrir cette réflexion, Jean Daniel, homme de scoops, "verse au dossier un article devenu introuvable", où Camus écrivait: "Loin de refléter l'état d'esprit du public, la plus grande partie de la presse française ne reflète que l'état d'esprit de ceux qui la font. A une ou deux exceptions près, le ricanement, la gouaille et le scandale forment le fond de notre presse. A la place de nos directeurs de journaux, je ne m'en féliciterais pas: tout ce qui dégrade en effet la culture raccourcit en effet les chemins qui mènent à la servitude. Une société qui supporte d'être distraite par une presse déshonorée et par un millier d'amuseurs cyniques, décorés du nom d'artistes, court à l'esclavage malgré les protestations de ceux-là mêmes qui contribuent à sa dégradation".

Commentaire de Gallo: "Ce sont nos écrans de télévision que Camus - et Daniel - montrent du doigt!"

Et pas "Le Nouvel Observateur"?

Autre perle, Daniel, citant Camus, écrit: "Nous sommes quelques-uns à ne pas supporter qu'on parle de misère autrement qu'en connaissance de cause".

Max Gallo trouve ça formidablement "éthique", et c'est vrai que Jean Daniel connaît la misère de très près - comme ses lecteurs, d'ailleurs, qui se voient proposer, dans les pages conso du "Nouvel Obs" de la semaine, de menues babioles comme un ensemble "blazer et pantalon en drill de soie et coton" de chez Gucci (prix "sur demande") ou un "sac en cuir monogramme miroir" de chez Louis Vuitton (prix "sur demande" également)...

Une dernière, pour la route, pieusement recopiée par Gallo chez Daniel qui lui-même l'a copiée chez Camus: "Si les écrivains avaient la moindre estime pour leur métier, ils se refuseraient à écrire n'importe où. Mais il faut plaire, et pour plaire, se coucher".

Comme c'est bien vu!

Commentaires

ahhh mais c'est donc ça le scoop!
Alors c'est Camus qui posthumément aurait adopté un Jean Daniel!!??

Écrit par : enzo d'aviolo | 01/12/2006

"Nos deux héros, Albert et Jean, d'une certaine manière, ne font qu'un, et que par nonséquent, c'est ici l'essentiel, ce qui vaut pour l'un vaut pour l'autre."

Donc Jean Daniel, Prix Nobel de Littérature !

Bravo Sébastien.

Il va aimer ça !

Zgur

Écrit par : Zgur | 01/12/2006

Mais qu'est ce que c'est lèche-cul, les journalistes, écrivains, penseurs,
editorialistes...!
Tiens, on a déjà la Chambre d'Albert Camus, de Ron l'infirmier:
il n'y aurait pas piratage quelque part ????!!!!!

Écrit par : delphine | 01/12/2006

Camus, Gallo et Daniel : De ces trois là, un seul n'écrit plus et c'est très triste. De ces trois là, deux continuent de le faire et c'est affligeant.

Étienne.

Écrit par : étienne fillol | 01/12/2006

Une relecture de 'L'homme révolté" ? Ah oui !...

T'es sûr que c'est pas "Le mythe de Sisyphe" plutôt ? Cette perpétuelle auto-promo...

A quand une relecture de "La Chute" ?
Jean Daniel tombe à l'eau... qu'est-ce que je fais ?
"Courage, art et vertu" : je reste sur mon pont.

Écrit par : Anne | 01/12/2006

Daniel est bien, au Nouvel Obs... Avec son copain Claude Perdriel, tout occupé aux cérémonies de son autocélébration.

Le Nouvel Obs a acquis, pour moi, depuis longtemps, le statut d'um magazine municipal : vous savez, ces machins dont le canard enchainé nous parle de temps en temps : "ma trombine partout"...

Mais, au fait, il parait que le Nouvel Obs, est L'HEBDOMADAIRE DE REFERENCE DE LA GAUCHE... Je ne dois plus etre de gauche...

Écrit par : Bruno Lamothe | 01/12/2006

;o)))

Le plus drôle, ou le plus affligeant, c'est qu'en lisant les citations de Gallo, on se dit, au choix, que Gallo se fout de la gueule de Jean Daniel, ou bien, SF, que tu as écrit ça toi-même pour te foutre de Max Gallo.
Ni l'un ni l'autre n'étant possible, on rit (et on s'afflige) de plus belle.

"C'est une confidence chuchotée, épurée, un legs moral qui dit l'essentiel de deux vies en miroir".
;o)))
Enorme !

Écrit par : Clarence | 01/12/2006

Te revoilà Sébastien
Je n'ai pas lu encore ton mot
plus tard, je le lirai
En attendant, je cuve
et je me demande
est-ce que c'est la faute des blogs ?
Est-ce que c'est - je ne sais pas ? - le ton de tes billets ?
Ce que tu dis ?
Je ne sais pas - vraiment.
Mais j'ai l'impression de retrouver un vieil ami
un grand frèrot.

Écrit par : Titi | 02/12/2006

Bonssang
le titre déjà.
"Jean Daniel"
Je vais m'en payer une tranche.

Écrit par : Titi | 02/12/2006

Je viens de finir de lire et rien d'autre ne me vient à l'esprit qu'un tout petit poème (saoul, voyez-vous, Titi est un poète) que je viens de composer pour nos amis Daniel et Gallo :

"Dans leur grand silence
les morts acquiescent aisément
aux bavardages des vivants."

Écrit par : Titi | 02/12/2006

Ah mais je suis pas du tout, mais pas du tout d'accord!

D'abord, c'est evident que Max Gallo est sincere et qu'il n'est pas en train de "passer le cirage" ou de lecher un cul.

C'est d'autant plus vrai que Jean Daniel n'a jamais eu besoin de PERSONNE pour s'autocelebrer. S'il n'avait trouve personne pour tresser ses lauriers, Jean Daniel l'aurait fait tout seul, et ca ne l'aurait pas gene une seconde. Il se serait juste dit qu'il y a quand meme trop de cons sur terre, pas meme foutus de reconnaitre son genie.

Ensuite vous vous moquez un peu facilement de Jean Daniel qui ne connait pas la misere, pour avoir ecrit qu'il faut la connaitre pour en parler. Et la, vous dites clairement n'importe quoi: la verite c'est que, en toute coherence, le Nouvel Obs et Jean Daniel ne parlent jamais de la misere. Fideles en cela aux preceptes de Camus!

Écrit par : David T | 02/12/2006

Joli poème... Et tellement vrai, en même temps...

Écrit par : Sébastien Fontenelle | 02/12/2006

Jean Daniel = Albert Camus. Quel postulat! Camus mis sur le même plan qu'un scribouillard de gazette inféodée au pouvoir financier.
Tenez je vous propose d'aller voir et écouter cela, c'est surement plus proche de Camus que les fadaises du boutiquier du Nouvel-Obs...

www.zedess.com/Sarkosy_Clip/Un_Hongrois_chez_les Gaulois.html

Écrit par : Henri | 02/12/2006

Zut, m'ai gouré!

www.zedess.com/Sarkozy_Clip/Un_Hongrois_chez_les_Gaulois.html

Écrit par : Henri | 02/12/2006

Tiens, entendu ce matin, sur France Inter, Ivan Levaï dans sa revue de presse, se gargariser à son tour des mots de Camus (et faire la pub du bouquin de Daniel par la même occasion), sans y relever le moindre décalage...

Écrit par : Djac Baweur | 02/12/2006

Sans me prononcer sur l'article de Gallo et le livre de Daniel, je voudrais faire un pas-de-côté (aux allures, chez moi, d'effort de réflexivité sur le bloguisme) et soumettre à votre sagacité la citation suivante de P. Sloterdijk (Ecumes, p. 749) :


"Les cultures du ressentiment prospèrent comme elles ne l'nt jamais fait aupravant, parce que la rencontre de la frustration et des loisirs permet à une grande quantité d'attentions de se spécialiser dans les rancunes nées des vexations ; la jalousie toujours éveillée des intellectuels produit constamment des inquisitions variables dirigées contre les hérésies du succès. Il n'est pas nécessaire de trancher sur le point de savoir si ces formes de luce profitent à la culture globale - quelle qu'en soit la nature. on peut tout de même noter que le ressentiment encourage le métabolisme de l'agression à l'aide de vexations imaginaires riches en fibres."

Écrit par : musil | 02/12/2006

Une grande cuvée!
J'entends sourire à Lourmarin ;-) C'est bien la première fois que j'entends Mwarf derrière des lavandes!

Écrit par : Fleuryval | 02/12/2006

Dis-nous, MAQJ'A: quand tu cites "Mais il faut plaire, et pour plaire, se coucher".

Pourquoi "se"?

Écrit par : Fleuryval | 02/12/2006

@musil
c'est tellement vrai
et quel que soit le point de vue où l'on se place en plus !

Moi ça me fait penser à tout un tas de nouveaux philosophes ignares
ou bien à tout un tas d'éditorialstes infoutus de faire voter ce peuple d'enfants dans le bon sens.
Genspleinderessentiment parce que les idées qui marchent ne sont pas celles du marché über alles.

Écrit par : titi | 02/12/2006

Oui !
Ce sont les loisirs qui auront la peau des vrais penseurs !
Donnons enfin un vrai boulot à BHL dans le BTP !

Écrit par : titi | 02/12/2006

Gallo pête un cable depuis quelques mois. Lui que je trouvais plutôt plus lucide que les autres s'est mis à adorer Sarkozy, et le voilà maintenant qu'il loue l'un des papes du journalisme français, journalisme qui me fait tant honte...

Ressaisis-toi Maxou !

www.levraidebat.com

Écrit par : Benji | 02/12/2006

Nouveau billet dans cinq minutes.

Écrit par : Sébastien Fontenelle | 02/12/2006

Comme le dit Benji Max Gallo fait maintenant parti des " sarkosistes de gôche"...donc tout ce qu'il dit devient dorénavant très intéressant ????...ou plus particulièrement affligeant ????

Écrit par : gerard | 02/12/2006

"Sarkozystes de gauche"???

Écrit par : Sébastien Fontenelle | 02/12/2006

@ sébastien
"Sarkozystes de gauche"???

Ben oui.
Pour une "rupture tranquile" !
"Diagonalesque" !

Zgur

Écrit par : Zgur | 02/12/2006

ah oui, la "rupture tranquille"!

rupture avec quoi d'abord? il n s'est pas rendu compte qu'il est déjà au gouvernement?

et ce "tranquille" mitterrandien...

combien ils sont payés les génies de la communication pour pondre de âneries pareilles?

Écrit par : céleste | 02/12/2006

Musil
Musil
pendant que je tiens
je veux à mon tour faire appel à ta sagacité (aussi à ton imagination).
D'abord je veux reprendre certains points avec toi, si tu es d'accord.

"la jalousie toujours éveillée des intellectuels produit constamment des inquisitions variables dirigées contre les hérésies du succès."

Bien.
Reprenons cette phrase et admettons (c'est là que je fais appel à ton imagination) qu'elle ait été écrite sous un régime dictatorial.
Tu y es.

Continuons.

"...parce que la rencontre de la frustration et des loisirs permet à une grande quantité d'attentions de se spécialiser dans les rancunes nées des vexations"

Tournons ça autrement (cette fois c'est à ta sagacité que j'en appelle) :
il faut que certaines personnes (qui ? Musil ? Qui décidé de qui a trop de loisirs et de frustration ?) trouvent un travail qui les prenne tout entier et les empêche de se mettre à réfléchir - parce qu'alors ils pourraient devenir rancuniers, inquisiteurs.

Bon.

Tu cites un extrait de P. Sloterdijk. Je ne le connais pas (j'avoue j'avoue) et peut-être que tu as retiré cette citation de son contexte. En bref, peut-être que ce n'est pas lui qui veut signifier tout à fait cela mais bien toi qui, en tronquant son texte, en arrive à lui faire dire ceci.

Quoiqu'il en soit, je me dis, Musil, qu'avant d'en appeler à la sagacité des autres, il faut être en paix avec la sienne.

Écrit par : Titi | 02/12/2006

Le top du top, c'est les entretiens Sloterdjik / Finkilekraut.
Riri et Fifi parlent de la marche du monde, et ça ressemble à ce qui se dit tôt le matin chez Abdel, au bistrot en bas de chez moi.
En moins rigolo, il va de soi.

Écrit par : Sébastien Fontenelle | 02/12/2006

Lu l'édito de Jean Camus. Il attend la troisième phrase pour dire "je". Inquiétant. Mais il se rattrape avec les quatre suivantes : "Je veux", "J'ai assisté", "J'ai assisté" (oui, deux fois), "Et puis j'ai vu". Ouf.

Pas un seul "je" de SF dans sa note. SF, jamais vous n'entrerez au NouvelObséquieux.

Écrit par : Edmond Cu | 02/12/2006

je me sens comme une goutte d'eau qui tombe dans le désert.

Écrit par : musil | 02/12/2006

merci pour ce rire - l'article de Gallo qui est tout de même le summum de ce qu'on faire en matière d'"éthique" et, cerise sur le gateau "sarkozyste de gauche", ça même lui dans son numéro il ne s'y était pas risqué

Écrit par : brigetoun | 02/12/2006

@Musil

Nononon
fi des gouttes d'eau et du désert.

As-tu vu où ton petit extrait nous emmène ?

A l'intransigeance.

Et sais-tu où l'intransigeance nous mène ?

Nonon pas au désert, pas au pays des jolies phrases qui ne veulent rien dire, au pays des gouttes d'eau et des jolies tournures.

Cela nous mène, Musil, homme sans qualité, tout droit au pire.

Écrit par : Titi | 02/12/2006

Musil
(cela n'a rien à voir mais je préfère Walser à la même époque et puis je reste circonspect vis à vis de Musil, étant donné ce qu'il a écrit à Kafka concernant sa "Métamorphose".
Je dis ça - c'est pour me faire mousser.)

Musil - donc
démontre-moi que j'ai eu tort dans le démontage que j'ai fait de ton argumentaire et que tu as amicalement soumis à notre sagacité

STP

(Titi est à genoux pour te demander.)

Écrit par : Titi | 02/12/2006

Titi est un peu saoul (encore) ce soir
et quand Titi est saoul (je le redis)
il est poète.

Aussi, j'ai un poème pour toi Musil
qui me vient comme ça.

"je tourne les yeux,
fat,
et ma sagacité
est devenue un monstre tout prêt de bondir."

Écrit par : Titi | 02/12/2006

Les commentaires sont fermés.

 
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