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12/04/2007

Visite Guidée: Chez FOG

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1.
C'est aujourd'hui, si je ne Mabuse, que Franz-Olivier (déontolo)Giesbert (aka FOG), iconoclaste patron du si follement subversif hebdomadaire "Le Point" (où l'on brise tous les deux mois, non sans courage, le répugnant tabou de "l'assistanat"), doit répondre aux questions que se pose le juge Philippe Courroye sur ce qu'il savait précisément de l'affaire dite "Francelet".

Du nom du journaliste Marc Francelet, que le juge Philippe Courroye soupçonne d'avoir monnayé la publication dans la presse, et notamment dans le si follement subversif hebdomadaire "Le Point", d'articles "au ton très favorable" sur l'homme d'affaires Iskandar Safa.

Je rappelle, pour celles et ceux qui n'auraient pas suivi, que Franz-Olivier (déontolo)Giesbert, qui n'hésite jamais à dispenser à ses pair(e)s de sévères mais justes leçons de journalisme, a, d'après "nouvelObs.com", tranquillement "admis la semaine dernière dans "Le Monde" l'intervention de Marc Francelet pour l'article" en question.

Je m'empresse de préciser, car c'est de nature à nous rassurer, que FOG a tout de suite précisé qu'il "ignorait" que l'interventionniste "était payé par Safa".

Ouf.

Au reste, FOG l'a posément spécifié: "Même si un papier est complaisant, il est intéressant d'avoir un point de vue inédit, quitte à rééquilibrer les choses plus tard".

Je ne doute pas que le juge Philippe Courroye saura mesurer la TED (teneur en déontologie), élevée, de cette dernière considération.

Je ne doute pas (non plus) que FOG saura produire, pour sa défense, la copie des papiers où "Le Point" aura, éventuellement, "rééquilibré les choses", après la publication de l'article incriminé*.

Enfin je suppose que FOG ne manquera pas d'inviter celles et ceux que cela intéresserait à vérifier sa propre TED en se plongeant, sur son blog, dans les sévères mais justes leçons de journalisme qu'il infl... Dispense régulièrement, ainsi que je le mentionnais plus haut, à ses confrères et soeurs, dont les carences éthiques le navrent - et comme je le comprends.


2.
Ceci posé, j'en arrive à ce qui m'amène aujourd'hui: je voulais justement profiter de l'absence (temporaire) de FOG pour improviser une visite guidée, mais gratuite, de son cultissime blog, autour du thème: "Comment flatter quotidiennement (ou presque) l'encolure d'un seul et même candidat?"

(Je veux parler, bien sûr, d'Eugène Sarkozy, qui postule, un peu comme cela se faisait jadis en Berchtesgadie, que les délinquants sont des salauds dès le berceau - à l'exception toutefois des maires UMP des Hauts-de-Seine qui détrousseraient leurs contribuables.)


3.
Notre visite du blog de FOG commence le 2 avril dernier.

Ce jour-là, FOG, à 19.22, tance brutalement Eugène Sarkozy, l'accusant de "se payer les journalistes".

FOG, qui, de l'avis de plus d'un expert, est lui-même journaliste, l'observe alors avec beaucoup de netteté: "Les candidats ne passent plus rien à notre métier" - c'est "frappant avec (...) Sarkozy (...) comme ça l'était (...) avec Ségolène Royal".

L'extrême sauvagerie de la charge donne des sueurs froides à la dream team de campagne du candidat UMP - et fait dire à Brice Hortefeux que: "Si Foggy nous lâche, on est hyper-mal, putain de bordel de merde".


4.
Fausse alerte: à 19.25 ce même 2 avril, c'est à dire trois minutes après avoir grondé Eugène Sarkozy, FOG, sans doute pris de remords, corrige sa copie - et pose, dans un nouveau billet au ton beaucoup plus onctueux, qu'en effet les journaleux, cette engeance, se comportent parfois un peu comme des salauds avec Eugène Sarkozy.

De sorte qu'à bien y réfléchir, Eugène Sarkozy n'a peut-être pas complètement tort, mettez-vous à sa place, de "se payer les journalistes" - et que FOG a sans doute crié un peu vite, sur son blog, trois minutes plus tôt.

Alors bien sûr, FOG ne l'énonce pas aussi directement: l'amour a ses pudeurs.

Il commence par signaler qu'il "vient de terminer" le "nouveau livre" d'Eugène Sarkozy.

(Jamais FOG ne (se) demande où et quand Eugène Sarkozy a bien pu trouver le temps d'écrire un nouveau livre.)

Ce livre, autant l'énoncer clairement: FOG l'a beaucoup aimé.

Il a beaucoup aimé son "ton nouveau" - un ton "plus rassembleur, plus social, et aussi, d'une certaine manière, plus national".

(En somme: tout ce qui différencie le véritable chef d'Etat du commun des mortel(le)s.)

FOG, manifestement désireux de prouver (ne serait-ce qu'à Brice Hortefeux) qu'il a vraiment lu jusqu'au bout le si plaisant nouveau livre d'Eugène Sarkozy, affine son compte-rendu: "Ce qui m’a le plus frappé, c’est peut-être son passage à propos du capitalisme : « Je ne crois pas à un capitalisme sans morale ni éthique. » Ou encore : « Je ne crois pas à un capitalisme où ceux qui échouent gagnent plus que ceux qui réussissent. » Ou bien : « L’économie de marché ne peut fonctionner sans les règles et les institutions qui empêchent que le riche devienne toujours plus riche et le pauvre toujours plus pauvre. »"

C'est, en effet, bouleversant - et tellement sincère, sous la plume d'Eugène "Vladimir Illitch" Sarkozy, qui a tant donné de sa personne pour terrasser l'hydre capitaliste.

Mais ce n'est pas tout - ainsi que le relève notre inconditionnel: "Quelques pages plus tard, il [Eugène Sarkozy] va plus loin : « J’en ai assez de voir l’Etat abaissé, le service public dénigré. » Après quoi, il se livre à un éloge des fonctionnaires. Il exalte aussi « la France de Léon Blum et de Mandel, celle de Saint Louis et de Carnot, de Jules Ferry, de Clemenceau et de Jaurès, celle de Pascal, de Voltaire, de Victor Hugo, celle de Camus et de Sartre. »"

FOG lâche alors ce cri du coeur: "Plus rassembleur, tu meurs !"

(De telle sorte qu'on ne voit pas qui oserait ne pas voter pour Eugène Sarkozy.)

FOG lance alors cette conclusion, évidente, qui lui permet de corriger son emportement de 19.22: "On est loin du croquemitaine ultra-libéral et néo-thatchérien qu’on nous décrit ici ou là. Chers confrères, il va falloir changer de disque."

Oui: "Chers confrères, il va falloir changer de disque" - et convenir qu'Eugène Sarkozy est plutôt un homme de gauche.

Sinon faudra pas non plus vous étonner, quand Gégène se paiera la presse.

Ce que FOD nous explique, ce 2 avril, c'est que si Eugène Sarkozy a fini par se montrer un peu exaspéré par les journalistes, faut quand même pas oublier que c'est eux qui ont commencé, en essayant, les gueux, de le ranger à tout prix dans le même tiroir que Reagan, alors que la place de cet homme est, de toute évidence, aux côtés de Jaurès.

On continue la visite?


5.
Le 5 avril, Franz-Olivier (déontolo)Giesbert dénonce, dans un billet furieusement iconoclaste, "la mascarade du débat".

Il observe d'abord: "Il paraît qu’il faudrait organiser un débat entre les douze candidats."

Et ça, FOG nous l'annonce franco: c'est une monstrueuse connerie.

Car, nous explique-t-il: "Un vrai débat, c’est à deux. A trois, c’est déjà trop. Alors, imaginez, à douze avec le même temps de parole pour tout le monde !"

Et tiens - pendant que vous y êtes: imaginez aussi que FOG publie ce billet au moment précis, la coïncidence est des plus divertissantes, où Eugène Sarkozy, toujours sujet à de grandes peurs, refuse catégoriquement le débat "entre principaux candidats" auquel Bayrou et Royal ont, de leur côté, accepté de participer!

Ne dirait-on pas (même si nous savons que bien sûr il s'agit d'un hasard de calendrier) que FOG justifie ce refus d'Eugène Sarkozy, quand il affirme qu'"un vrai débat, c'est à deux. A trois, c'est déjà trop"?

(Et si je peux me permettre: pourquoi FOG n'a-t-il cessé, dans ses formidables émissions culturelles, de faire "débattre" plus de trois invité(e)s?)

La visite continue, n'oubliez pas le guide.


6.
Le 9 avril, FOG restitue à son lectorat, sous une forme à peine altérée, un morceau des propos de campagne des pin's parlants d'Eugène Sarkozy.

Le Pen vient, rappelez-vous, de positionner Eugène Sarkozy en "candidat issu de l'immigration".

Franz-Olivier (déontolo)Giesbert, dont la radieuse intelligence brille comme un phare dans l'interminable nuit marxiste, en tire la seule conclusion possible: "Cette attaque montre bien que Sarkozy est (le) pire ennemi (de Le Pen)".

Et qu'importe si, dans la réalité, le boss du Front trouve au contraire que celui de l'UMP est quelqu'un avec qui on peut "dialoguer": le principal est que FOG puisse dire à peu près la même chose que Brice Hortefeux, lorsque celui-ci déclare de son côté que les propos du Pen "condamnent le fantasme de connivence entre la droite et l'extrême droite"...


7.
Le 9 avril toujours, FOG, pour la deuxième fois de la journée, vole au secours d'Eugène Sarkozy, dont les considérations désuètes sur les nouveaux-nés pédophiles suscitent quelque émotion.

A 15.37, le patron de "Le Point" balance un nouveau billet sur son blog pour constater que: "Il y a une part d’épreuve physique dans une campagne présidentielle. Quand vient la fatigue, les bourdes suivent. J’ai toujours été frappé par l’incroyable énergie de ces candidats increvables qui épuisent leurs entourages. Mais parfois, ils craquent. Et c’est le faux pas."

On se dit que là, en dépit de la sympathie affectueuse qu'il n'a cessé de lui témoigner, FOG va condamner le (gros) "faux pas" eugéniste, pour le moins terrifiant, de l'héritier UMP de Jaurès.

Or: non.

Pas du tout.

FOG a trouvé deux exemples autrement plus importants de "bourdes" à nous soumettre.

D'abord: "Cette charge de Jospin contre un Chirac décrit comme « vieux » et « usé », dans un avion, pendant la campagne présidentielle de 2002".

FOG observe: "Je suis sûr qu’elle était provoquée par une fatigue qui, en l’espèce, tournait à l’irascibilité. Elle est en tout cas à l’origine du dévissage de l’ancien Premier ministre."

C'est hyper-intéressant, et ça permet d'occulter le "faux pas" d'Eugèn(ist)e Sarkozy.

FOG enfonce d'ailleurs, le clou, avec, cette fois-ci, une abominable erreur de Marie-Ségolène Royal, qui, tenez-vous bien: " Déclare (...) que le régime des talibans en Afghanistan doit faire l’objet de pressions internationales alors qu’il est tombé en 2OO1".

Commentaire FOGien: "Heureusement pour elle, la presse a pratiquement passé cet incident sous silence... "


8.
Heureusement aussi, pour Eugène Sarkozy, que FOG efface de la photo ses misérables divagations: le rodomont de l'UMP sait du moins (comme nous) que si d'aventure il prend le pouvoir, il pourra compter sur des journalistes à sa mesure.


9.
Au reste, pas plus tard que ce matin, dans "Le Point", FOG, dans un magnifique éditorial, confirme sa vocation, en déplorant que: "Après avoir tourné autour de grands sujets comme l'école, la campagne (ait) pris, depuis quelque temps des chemins de traverse".

Le professeur (d)G. se désole: "On en (vient) à débattre entre ciel et terre de graves questions comme l'inné et l'acquis".

FOG s'inquiète: "Au train où vont les choses, c'est sûr, on va finir par évoquer le sexe des anges et les crottes de chien".

Pour FOG, les tristes errements d'Eugène Sarkozy et les "crottes de chien" sont donc des sujets d'égale importance: le principal étant de se réserver, dans leur traitement, la possibilité de "rééquilibrer les choses plus tard"?






* Je ne saurais trop conseiller, sur cette affaire, la lecture de ce que révèlent cette semaine les galopins de chez www.bakchich.info, qui ne respectent rien.

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