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18/04/2007

C'Est Comment, L'Etat Policier?

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Alors évidemment, ce n'est pas (encore) la Russie de feu Moustache - ni même celle de Poutine.

Mais ce n'est déjà plus tout à fait la sévère mais juste démocratie de notre enfance, où le gueux pouvait tout de même, fût-ce difficilement, exprimer sa détresse.

Jugez plutôt: "Des salariés menacés de licenciement ont été empêchés de se rendre à un meeting du candidat UMP par une "garde à vue en pleine campagne"".

C'est "Le Monde" qui le rapporte ce soir, au bas de sa page 11 - préférant consacrer sa Une à un "zoom sur Disneyland", où l'on apprend que "Disneyland Paris connaît un nouveau départ", et plus précisément que "la dette du parc de loisirs a été rééchelonnée, et le chiffre d'affaires a doublé en quinze ans".

Voilà qui est ravissant - et tellement plus important que la violence faite à des salariés menacés de licenciement.

Les faits: "Vendredi 13 avril, le candidat UMP était en déplacement à Meaux (Seine-et-Marne). Il devait rencontrer des habitants du quartier populaire de Beauval, puis tenir un meeting. A cette occasion, une centaine de salariés des entreprises JDC Imprimerie et LSG-Gate-Gourmet, sous la menace de licenciements massifs, souhaitaient se rendre à Meaux pour interpeller M. Sarkozy".

Sauf que: "C'était sans compter sur un imposant dispositif policier: 320 personnes, dont plus de 200 membres des forces mobiles".

(Par parenthèse, je crois savoir que Nicolas Sarkozy, qui fut certes ministre, n'est plus rien: et je voudrais par conséquent savoir ce qui, hors une trouille abjecte, justifie qu'il soit ainsi entouré, à nos frais, dans ses déplacements campagnards, de centaines de policiers?)

Témoignage de Michèle Guzman, responsable du Parti communiste, qui se trouvait avec les salariés de LSG, dans le bus qui devait les emmener à Meaux: "Une voiture de police nous attendait à la sortie de l'usine. Cinquante mètres plus loin, trois motards nous ont demandé de nous mettre sur le bas-côté".

Le bus n'a été autorisé à repartir que deux heures et demie plus tard...

Même topo exactement chez JDC, où un deuxième bus a été "stoppé dans une petite commune, où des renforts policiers avaient été postés, notamment une compagnie républicaine de sécurité" (CRS).

Témoignage d'un délégué intersyndical: "On a eu le droit pendant deux heures et demie à une garde à vue en pleine campagne, sans aucun motif".

Sans.

Aucun.

Motif.

Et pour cause: il n'est pas encore interdit aux futurs chômeurs, que l'on sache, de se rendre aux meetings de Nicolas Sarkozy.

C'est à ces minuscules petits riens totalement arbitraires, comme "une garde à vue en pleine campagne sans aucun motif", que se reconnaissent notamment les Etats policiers...

Au reste, "Le Monde" l'observe, cette histoire pue tellement, que personne, autour du courageux boss de l'UMP, n'ose en assumer la responsabilité: "Selon la direction centrale des CRS, les consignes avaient été données par la direction départementale de la sécurité publique (DDSP), sous l'autorité du préfet. La DDSP, elle, renvoie sur le ministère (de l'Intérieur). Dans l'entourage du candidat, on affirme n'être informé que du dispositif policier autour du lieu de meeting. "Pour le reste, ça relève de la préfecture", dit-on".

Ca fait un peu froid dans le dos - pas vrai?

Parce qu'à bien y réfléchir, c'est à cela, aussi, que se reconnaissent les régimes policiers: les uniformes y sont partout, leurs commanditaires nulle part, les forces de l'ordre sont une machinerie où de scrupuleux fonctionnaires obéissent à des ordres venus d'on ne sait quelle sinistre encoignure, mais se défendent le cas échéant d'avoir trop prêté la main à la répression, ah-mais-c'est-que-voyez-vous-moi-je-n'ai-fait-que-mon-travail...

(On sait où ça mène - pas vrai?)

"Le Monde" continue son hallucinant récit: "Le lendemain de ces événements, M. Sarkozy tenait une réunion publique (à) Châteauneuf-du-Pape (Vaucluse). Cette fois, pas de bus à intercepter; simplement une dizaine de perturbateurs, peu décidés à écouter l'appel à la mobilisation lancé par le candidat à la "majorité silencieuse"".

Que croyez-vous qu'il arriva?

"Repérés par le service d'ordre de l'UMP et les gendarmes, ils ont été écartés le temps du discours".

Un certain Guy Parayre, "directeur général de la gendarmerie nationale", lâche, très sérieusement: "Il n'y a pas eu d'interpellations, juste des contrôles d'identité pour prévenir tout trouble à l'ordre public".

Tout va bien, alors?

Ce qui est totalement incroyable, c'est que "Le Monde", après avoir décrit des scènes qu'on dirait sorties d'un vieux film documentaire sur la RDA, fait encore semblant de s'interroger: "Nicolas Sarkozy bénéficie-t-il d'un régime policier de faveur lors de l'organisation de ses réunions publiques?"

Ben j'ai l'impression que oui, quand même?

Ils attendent quoi, les "socialistes", pour exiger une enquête sur ce qui s'est passé à Meaux?

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