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30/04/2007

La Victoire De La Pensée

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Nicolas Sarkozy a donc tenu meeting, à Paris, devant un large parterre d'intellectuels de gros calibre où se comptaient notamment Jean-Marie Bigard, Michèle Alliot-Marie, Didier Barbelivien, et bien sûr Alain Finkielkraut, reconnaissable entre tou(te)s aux regards mi-inquiets, mi-effarés qu'il n'a cessé de lancer en direction de Rachi2dati.

Un correspondant étranger, responsable du bureau parisien d'un grand quotidien étatsunien (qu'un vigile appliqué a pris d'abord, cocasse quiproquo, pour "un des 450 millions d'Africains rendus fous par la faim et la peur qui se massent à nos frontières") a d'ailleurs été frappé, non par ledit vigile (bien qu'il s'en soit fallu de fort peu), mais par la "densité des intelligences" qui se pressaient autour du Chef Suprême de l'UMP: "C'est dingue, même André Glucksmann et Gilbert Montagné sont là, mais il lui reste qui, à Royal?"

(Le vigile, cela vaut d'être précisé, a profondément "regretté" d'avoir envisagé de "latter la gueule du nègre", faisant valoir pour sa défense que "si l'équipe rédactionnelle du grand quotidien étatsunien était un peu moins black-black-black, aussi, on y verrait quand même plus clair".)

Dans le carré VIP (very important penseurs), un mot d'esprit chassait l'autre, chacun(e) espérant secrètement s'attirer, par un trait affiné, l'attention et les grâces, éventuellement nourricières, du Chef Suprême.

Bigard, à Finkielkraut: "Et tiens, si je sortais ma bite?"

Finkielkraut, à Montagné: "Qui est la jeune banlieusarde, près du Chef Suprême?"

Montagné, à Finkielkraut: "Ben comment tu veux qu'je l'sache?"

Hallyday, à Glucksmann: "Ringo, putain, ça faisait un bail!"

Bigard, à Barbelivien: "Et si tout le monde montrait ses couilles?"

Et ainsi de suite.

(Ce fut "positivement délicieux", comme devait le relever l'envoyée spéciale de "Le Journal du Dimanche" - dont le propriétaire faisait hurler de rire celui de TF1 en lui racontant la fois où Nicolas Sarkozy avait lancé, outré: "Moi, des accointances dans les médias???")

A l'applaudimètre, c'est toutefois l'essayiste basque Michèle Alliot-Marie qui a remporté le plus vif succès, en vom... En lâchant à l'adresse de Ségolène Royal: "Nous n'avons pas besoin de quelqu'un qui change d'idées aussi souvent que de jupes".

Cette extraordinaire saillie lui a valu d'être longuement ovationnée.

L'envoyé spécial de "Le Monde", Philippe Ridet, notait alors dans son petit calepin que: "Michèle Alliot-Marie, et moi aussi, je dois dire".

(Comprenne qui pourra.)

Transporté par la rare euphorie des moments de vraie communion intellectuelle, Nicolas Sarkozy hurlait alors: "Au cul, 68!"

(Extatique, la foule reprenait: "Gay-Lussac, pédé génétique!")

29/04/2007

Si C'Est Michel Comboul Qui Le Dit, Ca Doit Etre Vrai

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1.
Michel Comboul n'est pas content.

On pourrait même dire que Michel Comboul est très, très, très colère.

Michel Comboul préside le syndicat national de la presse quotidienne régionale (SNPQR).

Michel Comboul en veut assez grièvement à Ségolène Royal, qui le soupçonne d'avoir subi des pressions de Nicolas Sarkozy pour renoncer à organiser le débat Royal-Bayrou.

Michel Comboul affirme, non seulement n'avoir jamais subi la moindre pression de Nicolas Sarkozy, mais avoir été, par contre, affreusement pressuré par les ami(e)s de Ségolène Royal.

Alors vous me direz: oui, mais le vice-président du SNPQR "dément formellement (les) affirmations sans fondement" de Michel Comboul.

Et certes, ce n'est pas à négliger.

Mais quant à moi, je trouve Michel Comboul assez convaincant.



2.
Le 15 février dernier, le grand quotidien régional "Nice-Matin", publie un papier révélant à un lectorat médusé que des armes de guerre circulent à Nice par paquets de douze - et que n'importe quel pauvre con(ne) peut s'acheter une Kalachnikov per un pugno di dollari.

Titre: "Acheter des armes de guerre à Nice ? C'est très facile".

Une photo confirme l'affreuse nouvelle, où "deux hommes dont on ne voit pas le visage exhibent de lourds calibres" - comme le soulignera "Libération".

La photo est ainsi légendée : "Alors que la législation sur la détention d'armes s'est considérablement durcie, des armes de guerre, ici un Uzi et une Kalachnikov, se vendent en fraude à Nice pour moins de 2 000 euros".

Ca fout les jetons, hein?

Mais qu'on se rassure: les flingues de la photo n'ont pas (du tout) été achetés en fraude, et n'ont d'ailleurs pas coûté un euro, puisqu'ils ont été gentiment prêtés par un armurier - ainsi que ne tarde pas à le découvrir, non sans quelque stupéfaction, le procureur de la République de Nice, Eric de Montgolfier (dont le seul nom suffit dit-on (mais sans doute est-ce une rumeur) à faire venir de larges plaques d'un urticaire bien répugnant sur les visages moyennement avenants de quelques édiles UMP des Alpes-Maritimes).

Trucage?

Nenni!

Pensez-vous!

Le big boss de "Nice-Matin" explique, posément, qu'il s'agissait d'"un montage nécessaire, permettant aux lecteurs de visualiser une arme de guerre".

(Des fois que les gars, en lisant "armes de guerre", auraient visualisé un pistolet à eau.)

Vous, je ne sais pas: moi j'adore cette réponse du big boss de "Nice-Matin" - pour ce qu'elle ouvre de possibilités.

Parce qu'en effet: pourquoi se ferait-on chier à filer au lecteur une véritable photo, quand n'importe quel cliché lui permettant de "visualiser" de quoi on parle suffit à l'édifier?

Franchement, je trouver le procédé révolutionnaire.

(Balancez-moi un papier sur Nicolas Sarkozy, avec la photo d'un vol charter: je visualise EFFECTIVEMENT Nicolas Sarkozy.)



3.
Oh.

Je m'aperçois que j'allais oublier le plus important.

Le big boss de "Nice-Matin"?

C'est Michel Comboul.

Aaaaaaah, La Brave Bête!

Vous avez forcément lu, au moins une fois dans votre vie, l'un de ces récits, formidablement némouvants, où un adorable chien-chien perdu fait des milliards de kilomètres pour débarquer un jour au domicile familial, à La Queue-en-Brie.

La presse adore ce genre d'histoire: le fidèle animal a fait trois fois le tour de la Terre pour retrouver ses maîtres!

Aaaaaah, la brave bête!

Donnes-y donc son Pal, Moumoune.

L'a quand même bien mérité.

Bon, là, si vous regardez ce qui se passe à une semaine du second tour de la présidentielle, c'est la même chose - au détail près que la distance à couvrir est relativement insignifiante.

La meute, nombreuse, des votants d'extrême droite revient, frétillant de la queue (en-Brie), vers le bon maître qui lui a si généreusement gratouillé la croupe.

Gentil, Rex.

Lààààààà.

Gentil.

Bruno Mégret, fort de ses douze électeurs potentiels, vient par exemple de les appeler à voter "blanc, ou Sarkozy".

Bruno Mégret fait semblant de mesurer le soutien qu'il apporte ainsi à l'homme qui dit tout haut les mêmes choses que l'extrême droite: "Je rappelle quand même", a-t-il en substance précisé, "que j'ai trois points de grave désaccord avec Nicolas Sarkozy, qui sont, un, le droit de vote des étrangers, deux, le droit de vote des étrangers, trois, le droit de vote des étrangers".

Bruno Mégret, on le vérifie là, est taquin: il sait fort bien que dans la vraie vie, Nicolas Sarkozy s'est depuis longtemps rangé à ses vues, sur le droit de vote des étrangers.

Plus généralement: le "Journal du Dimanche" publie aujourd'hui un sondage sur "le report de vote du premier tour au second tour", où il est stipulé que 77 % des Françai(se)s qui ont courageusement voté pour Le Pen le 22 avril vont le 2 mai faire don de leur suffrage à Nicolas Sarkozy.

Comme l'a si judicieusement relevé Daniel Simonpieri, maire de Marignage, ex-FN, apparenté UMP: "Beaucoup d'électeurs FN ont constaté que Nicolas Sarkozy disait les mêmes choses que Le Pen, mais que lui avait une chance de les mettre un jour en application".

C'est ainsi que Nicolas Sarkozy devrait, nonobstant les basses manoeuvres de la (sinistre) Loubianka de la rue de Solférino et de Иосиф Виссарионович Джугашвили (Joseph Vissarionovitch Djougachvili) Bayrou, être dimanche prochain élu chef suprême d'une France propre et forte - haut la main.

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Non, plus haut, la main.
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Voilà, comme ça.

"Plus Fort Que Le Procès Stalinien"

Ayé.

A Clermont-Ferrand, Nicolas Sarkozy a complètement disjoncté, accusant (d'après "Le Monde") François Bayrou et Marie-Ségolène Royal de lui faire, accrochez-vous, "un procès "plus fort que le procès stalinien"".

Rappelons, pour qui aurait manqué un épisode, l'enchaînement des faits qui ont eu raison de la raison de Nicolas Sarkozy.



1.
Tout a commencé le jour où Nicolas Sarkozy a découvert que François Bayrou et Marie-Ségolène Royal voulaient débattre à la télé: pour stupéfiant que cela puisse paraître, cette seule perspective a suffi à plonger Nicolas Sarkozy et ses pin's parlants dans une espèce de rage hallucinée, qui les a fait partir dans des vrilles d'anthologie.

(C'est dire la maîtrise de ces mecs-là.

C'est dire l'effroi qui naît de l'idée qu'ils puissent un jour contrôler notre feu nucléaire.)

Exemple: André Santini, maire tragicomique d'Issy-les-Moulineaux, a pu éructer qu'un tel débat serait, je cite, "antidémocratique", et "anticonstitutionnel" - sans être aussitôt évacué vers une maison de repos.

(Si ce débat, qui a finalement eu lieu, était d'une façon ou d'une autre anticonstitutionnel, Marie-Ségolène Royal et François Bayrou doivent, d'urgence, être déférés devant un tribunal.

Si en revanche ce débat, quoi qu'on puisse en penser par ailleurs, n'était qu'un débat, il faut que le digne André Santini et ses copains de chez Sarko nous éclairent mieux sur leur conception de la démocratie et de sa Constitution - et sur leur éventuelle intention de modifier l'une ou l'autre, pour les rendre plus conformes à leurs tristes fantasmes.

Je dis ça, je dis rien.)



2.
Le débat entre Marie-Ségolène Royal et François Bayrou qui a tant énervé la Sarkozie devait initialement être diffusé par et sur i-télé, filiale de Canal +, qui s'est finalement (et courageusement) défilée.



3.
François Bayrou, puis Marie-Ségolène Royal, ont alors dit leur conviction (partagée me semble-t-il par un certain nombre de leurs concitoyen(ne)s) que Nicolas Sarkozy avait fait "pression(s)" pour que ce débat ne puisse être organisé.

Est-ce tiré par les cheveux?

Non.

Pas dans le pays qui a vu licencier Alain Genestar (lequel n'a pourtant pas exactement le profil d'un Ravachol de la presse magazine) au seul motif qu'il avait déplu à Nicolas Sarkozy.

Pas dans le pays qui a vu l'éditeur d'un livre sur Nicolas Sarkozy ressortir du bureau de Nicolas Sarkozy avec, réflexion faite, la ferme intention de ne jamais publier ce bouquin - sans que nul ne sache, aujourd'hui encore, ce que Nicolas Sarkozy a pu lui glisser dans le creux de l'oreille pour lui faire prendre une si téméraire décision.

Pas dans le pays qui a vu Claude Guéant, le directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, intervenir auprès du boss de France Télévisions pour sauver l'émission d'un scribouillard converti à la sarkolâtrie.

(Etc.)



4.
L'hypothèse que Nicolas Sarkozy et son entourage puissent, d'une manière ou d'une autre, intervenir dans le cours médiatique est tout, sauf déplacée.



5.
Nonobstant, Nicolas Sarkozy a vu dans la formulation de cette hypothèse, comme le rapporte ce soir dans "Le Monde" Philippe Ridet, "l'occasion de se poser en victime".



6.
Alors Nicolas Sarkozy a d'abord fait donner la troupe de ses fidèles sujets.

André Santini, on l'a dit.

Mais encore Claude Guéant, qui a sévérement tancé François Bayrou, l'accusant de "dénoncer sans aucune preuve" - et jugeant cela "extrêmement grave".

(Claude Guéant devrait, je crois, en rabattre un peu.

Voire beaucoup.

Sur un tel sujet.

Claude Guéant ne peut pas ne pas savoir que dans la vraie vie, le gars qui lance des accusations gravissimes "sans aucune preuve" ne s'appelle pas François Bayrou, mais Nicolas Sarkozy.

Par exemple, c'est Nicolas Sarkozy, et non François Bayrou, que l'on sache, qui en 2005 a, dans une séquence d'une rare indécence, d'abord présenté Zyed Benna et Bouna Traoré, morts électrocutés dans un transformateur, en prétendus suspects d'un prétendu cambriolage - quand "ils n'avaient rien à se reprocher" (Joël Roman).

C'est Nicolas Sarkozy, et non François Bayrou, que l'on sache, qui a très sereinement présenté Yvan Colonna comme "l'assassin du préfet Erignac"...

La présomption d'innocence, dites-vous?

Mais qu'est-ce que c'est que ce truc-là?

Je n'ai pas le souvenir que l'excellent Claude Guéant, que révulsent aujourd'hui les accusations de François Bayrou, ait prié son patron de la fermer - ou de revenir avec des "preuves"?)



7.
Après Santini, après Guéant, après beaucoup d'autres, Nicolas Sarkozy est à son tour monté au créneau, dans son ahurissant discours de Clermont-Ferrand - si révélateur du néant conceptuel où s'ébat la Sarkozie campagnarde.

Déchaîné, il a dénoncé un déni de démocratie, puis, soudain, amarres larguées, le "procès "plus fort que le procès stalinien"".



8.
Il n'est, certes, pas complètement incohérent que l'homme qui fut il y a deux ans si prompt à présenter comme de possibles délinquants, juste après leur disparition, Benna et Traoré, en soit aujourd'hui à sauter à pieds joints, par ses comparaisons obscènes, sur la mémoire des victimes du stalinisme.

Mais tout de même: il est dommage que Nicolas Sarkozy, à son âge, ne sache toujours pas ce qu'étaient vraiment les procès de Moscou.

Il devrait désormais se renseigner.

Se documenter.

Se faire une idée, même superficielle, de ce que furent ces purges.

Il s'éviterait, ainsi, de banaliser, par l'usage de référents évidemment trop grands pour lui, un moment singulièrement effroyable de l'histoire de l'Union soviétique.

Il s'éviterait d'insulter François Bayrou et Marie-Ségolène Royal comme dans une bagarre de rue, en les assimilant à des gens qui furent des criminels fanatiques.

Il éviterait de (beaucoup) relativiser, en la réduisant à l'expression du soupçon qu'un politicien ait pu intervenir auprès de journalistes, la terrifiante réalité de ce que furent les procès de Moscou...



9.
L'épisode clermontois, cependant, vaut pour ce qu'il révèle du bouillon idéologique où baigne le candidat UMP - et de sa pratique démocratique.



10.
Le bouillon, d'abord.

Nicolas Sarkozy, quand il fustige des "staliniens" imaginaires, use d'un procédé, classique dans l'histoire du terrorisme intellectuel, dont ses penseurs de chevet (philosophes, essayistes, politologues ou éditorialistes, suivez mon regard appuyé) ne cessent d'abuser.

Il récite, au mot près, la navrante leçon apprise auprès de ces brillants intellectuels, dont l'argumentation, lorsqu'ils se trouvent confrontés à des contradicteurs, se résume, et pour cause, à des anathèmes, doublés, pour faire bonne mesure, de postures victimaires où le "procès stalinien", voyez si le monde est petit, revient comme une obsession.



11.
La pratique, enfin.

Comme ces penseurs d'élite, Nicolas Sarkozy aime à s'affranchir des règles qu'il édicte pour les autres.

Dans son discours de Clermont-Ferrand, Nicolas Sarkozy a réussi l'exploit de prétendre d'abord que Marie-Ségolène Royal et François Bayrou en seraient bientôt à traiter leurs adversaires de "fascistes", ce que bien sûr ils n'ont jamais envisagé - pour ensuite les traiter, lui dont ils sont les adversaires, de "staliniens".

Faites ce que je dis, pas ce que je fais: Nicolas Sarkozy, là, n'invente rien - il recopie, avec application, les besogneuses rédactions de ses plumitifs de compagnie.

On en parlait ici même, pas plus tard qu'il y a quelques jours: Nicolas Sarkozy a toujours dans sa besace un journaliste ami pour le défendre contre la "diabolisation" dont il prétend faire les frais - pour demander aaaaah, mais qui sont ces gens qui osent traiter Nicolas Sarkozy de fasciste?

Réponse, documentable: ces gens n'existent pas, car aucun des candidats (ils étaient douze) à la présidentielle n'a bien sûr traité Sarkozy de "fasciste" - ni même d'ailleurs de "stalinien".

En somme, Nicolas Sarkozy est tragiquement seul, à s'être laissé aller à de telles bassesses.

Mais il va de soi que pas un des si fins clercs de télé (ou d'hebdo) qui lui sucent la roue ne relèvera cette minuscule contradiction.


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28/04/2007

"Libé" S'Oublie

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Ce matin, "Libération" promet à la Une, une "enquête" sur: "Médias: le système Sarkozy".

En fait d'investigation, qu'avons-nous là?

Une besogneuse et très sélective (avec au moins deux oublis trop gigantesques pour n'être pas volontaires) compilation d'informations mille fois révélées, d'où il ressort que Nicolas Sarkozy a des copains dans le grand capital, que les médias sont aux mains du grand capital, et que par voie de conséquence, Nicolas Sarkozy a des copains dans les médias.

"Libé" découvre, consterné, que Jean-Pierre E******** ne détesterait pas léchouiller les parties basses (et non le parti Baas) de Nicolas Sarkozy: je regrette pas d'avoir déboursé 1,20 euro, c'est pas tous les jours qu'on a pour le prix d'une baguette et demie des scoops aussi fumants.

Jugez: "Le candidat [UMP] jouit d'un formidable réseau de copains qui tiennent le haut du pavé dans les médias".

J'en ai parlé à ma fille de huit ans, qui est accro à Serge Halimi: "C'est vraiment des bouffons tragiques, ces gens de "Libé"".

A-t-elle diagnostiqué.

Vous comprenez maintenant pourquoi je suis tellement fier de mes enfants.

Si les journaleux de "Libé" avaient enquêté, au lieu de nous prendre pour des con(ne)s, ils auraient mis un peu moins d'une minute à retrouver la cultissime série de photos où leur ancien patron, Serge "Vive La Crise" July, embrasse comme du bon pain le (futur) chancelier Sarkozy - avant d'aller réciter chez Christine Ockrent le minable catéchisme des mules néo-libérales.

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Si les journaleux de "Libé" avaient enquêté, ils auraient mis ensuite un peu moins de vingt secondes à retrouver la confession barbichue où leur nouveau boss, Laurent "Vive La Crise" Joffrin, admet crânement: "Oui, je tutoie le chancelier Sarkozy, je lui donne du ma couille long comme le bras, on rit ensemble et j'aime ça, putain, j'adore ça, rien que de t'en parler, tiens, j'ai comme un début d'émotion - et maintenant tu te casses, t'es gentil, faut que je finisse de corriger les épreuves du nouveau bouquin de Renaud Dély, "La gauche qui pue de la gueule"".

Si les investigateurs à 1,20 euro de "Libé" avaient fait le boulot, qui auraient-ils en somme découvert, voluptueusement lové au creux du "formidable réseau de copains" de Nicolas Sarkozy "dans les médias", comme un gros sybarite?

Barbiche!

Mais qu'est-ce que tu fais là?

Je te croyais occupé à fomenter pour "Libé" un quarantième plan de licenciements?

27/04/2007

Pourquoi Tant D'Amour?

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Hier soir, franchement, le Mahatma Sarkozy a été bien, chez Arlette (Chabot).

Très bien, même.

Très digne.

Très non-violent.

Très laissez-venir-à-moi-les-petits-nenfants-(clandestins)-et-les malades.

Le gars aime tout le monde - surtout dans les banlieues, qui l'ont, dit-il, massivement plébiscité.

A un moment donné, il a sorti un truc vraiment énorme, du style, pourquoi tant de haine?

Pourquoi tant de brutalité(s)?

A ce moment-là, son nez s'est allongé si démesurément, qu'il a failli crever un oeil d'Arlette (Chabot).

Nicolas Sarkozy a été, dans sa pratique policière, l'homme de l'extrême brutalité: celui qui a finalement, sinistre bégaiement, lâché ses troupes sur des enfants, au motif de leur supposée "clandestinité".

Nicolas Sarkozy a été, dans sa campagne, l'homme de toutes les brutalités langagières, et voudrait certes qu'on l'oublie - mais ça va pas être possible.

On ne braconne pas impunément sur les terres du Pen.

On n'excite pas impunément les haines de voisinage.

On ne fustige pas impunément les tueurs de moutons.

On ne réduit pas impunément les conditions de (sur)vie des banlieusards à une confrontation entre, d'un côté, Charles Bronson, période "Un justicier dans la ville", et, de l'autre, une jeunesse présentée comme une salissure, passible du Kärcher.

Quand on est à la fois Mister Hyde et Mister Hyde, on n'essaie pas de se faire passer en toute fin de course pour le bon docteur Jekyll, aromathérapeute.

Quand il se produit chez Arlette (Chabot), le vrai Sarkozy est dans les plans de coupe où, se voyant à l'image, il se fend d'un sourire aussi naturel que le crochet du capitaine éponyme.

Les sourires du gars qui a lâché ses flics sur des enfants dont les parents n'ont pas l'heur d'être nés blancs à Neuilly (Hauts-de-Seine), capitale de l'immobilier à forte plus-value, sont dans le meilleur des cas de laides grimaces en forme d'insultes à l'intelligence du public.

Sarkozy est l'apprenti-sorcier qui entre deux risettes forcées continue jusqu'au bout à distiller des vilenies mensongères.

Sarkozy est l'homme qui chez Arlette (Chabot), et au nom de sa "vérité", redit sans fin qu'il faut "maîtriser l'immigration", pourquoi?

Parce que, m'dame Chabot, y a quand même 450 millions d'enfants (noirs) en Afrique, et vous comprenez bien, m'dame Chabot, qu'on va manquer d'écoles pour tous les accueillir.

Sarkozy est l'homme à qui Arlette (Chabot) oublie de répondre que, jusqu'à plus ample informé, ces 450 millions de nègres n'ont pas uniment sollicité une inscription au lycée Henri IV.

Sarkozy aime à nous suggérer, comme son mentor électoral, que les Africains (mais pas que) naissent avec l'idée, pénible, de venir piquer, jusque dans nos cours de récréation, les goûters de nos enfants.

Dans le discours dégueulasse de Nicolas Sarkozy, l'étranger ne va jamais seul, mais se déplace par légions, foncées de peau, de centaines de millions d'individus soucieux de nous déferler sur, façon nuages de sauterelles.

Sarkozy, dans ces moments-là, promeut une logorrhée typiquement xénophobe - comme l'a fort bien sougliné Lilian Thuram, qui ose encore, c'est assez rare pour être souligné, appeler un chat un chat.

Il est vrai: Sarkozy est courtisé par des gens qui ont de hautes prétentions intellectuelles, mais dont le discours se réduit finalement à considérer qu'il y a déjà trop de foutus nègres sur nos terrains de foot - alors vous imaginez en Afrique?

Sarkozy est, d'abondance, l'homme des anathèmes et des relégations - dissimulés, il va de soi, derrière un nuage de poudre aux yeux.

Quand Sarkozy, dans un effort grotesque, essaie d'effacer de la photo les violences parlées dont il a voulu assommer la jeunesse des banlieues, en lui promettant à présent des centaines de milliers d'emplois, il ajoute l'insulte à l'injure - à moins que ce ne soit l'inverse.

Après l'avoir durement fouetté de ses mots (et de ceux de ses penseurs de chevet), Sarkozy trace pour Ali, Raymond ou Mamadou, Français de pleins droits natif du 9-3, un destin féérique d'esclave salarié - j'ai pour toi petit veinard ethnico-religieux un plan de carrière chez Speed Sushi, astique ta mobylette.

Même topo quand Sarkozy tance les chômeurs, implicites branleurs, du haut de sa vraie fausse compassion, énonçant que désormais il faudra que ces refusards disent "oui" (et merci) à ce que leur proposera le "service public de l'emploi" - ou qu'ils se démerdent, pas de mains, pas de chocolats - comme s'ils n'étaient qu'une file infinie de voleurs d'allocs solidement désireux de n'en pas foutre une ramée, rejetant coup sur coup des centaines d'offres d'emplois foncièrement généreuses.

Dans les deux cas le patronat, qui est l'ami d'enfance du boss de l'UMP, se pourlèche les babines par anticipation, fort (de nouveau) de la promesse qu'on lui fera bientôt livrer sur un plateau du travailleur docile.

Dans l'univers de cauchemar où s'ébat le candidat Sarkozy la horde affreuse des Africains-de-moins-de-17-ans rêve de venir piquer les minables émoluments que des patrons humanistes consentiront bientôt à "nos" jeunes-à-capuches et à "nos" salarié(e)s-en-recherche-d'emplois (histoire qu'ils puissent payer leur abonnement au câble).

Dans cet univers de cauchemar, le maître-mot est "brutalité(s)" - policière(s), si besoin était.

Arlette (Chabot) ou pas.

25/04/2007

Où L'on Découvre, Abasourdi(e), Que La "Sarkophobie" Est Un Antisémitisme

(Je vous préviens: ça va être un loooong billet.)

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Cette semaine, "Le Point" décline, pour la promotion de Nicolas Sarkozy, un argument qui pose définitivement ce noble hebdomadaire en organe central de la finesse et de la dignité: la "sarkophobie" (le mot, soyeux, est du taulier, Franz-Olivier Giesbert) est un racisme.

C'est Giesbert qui ouvre le bal, dans son éditorial.
Comme (presque) toujours, il se porte au secours de Nicolas Sarkozy, qui vient de sortir grand vainqueur du premier tour de la présidentielle.
Giesbert fait alors ce que font souvent les gens qui se positionnent du côté du manche en se rêvant un destin de héros de la dissidence: il essaie de nous convaincre qu'il y aurait une espèce de hardiesse à se lover au creux de la puissance dominante.
En l'occurence, il présente Nicolas Sarkozy comme la victime d'un harcèlement odieux, et lance - plus c'est gros, plus ça passe: "Rarement un candidat à la présidence aura été sali à ce point pendant une campagne. Traité de fasciste, d'eugéniste, d'étranger et même de fou, Nicolas Sarkozy a été l'objet, de surcroît, d'une campagne personnelle de basses eaux, particulièrement dans la blogosphère, qui a fait apparaître ce qu'il faut bien appeler un lepénisme de gauche".

Il faut ici, pour bien mesurer l'ineptie du propos, se rappeler ce qu'a été la réalité de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy.
Et ne jamais oublier que dans la vraie vie, Nicolas Sarkozy est devenu, au fil des semaines, pour lui piquer des voix, l'homme qui dit tout haut ce que Le Pen dit tout haut.
Un expert, Daniel Simonpieri, maire de Marignage, ex-FN, apparenté UMP, l'a d'ailleurs très clairement confirmé: "Beaucoup d'électeurs FN ont constaté que Nicolas Sarkozy disait les mêmes choses que Le Pen, mais que lui avait une chance de les mettre un jour en application. Ils ont donc voté utile".

Cela, répétons-le, c'est la réalité - précise, tangible, documentable.
Mais cette réalité ne fait pas du tout les affaires de Franz-Olivier Giesbert, qui se voit mal assumer jusqu'au bout (et comme on le comprend) la posture du gars qui passe une bonne part de son temps à supporter, sur son blog et dans son hebdo, le monsieur qui "dit les mêmes choses que Le Pen".
Alors Franz-Olivier Giesbert, très sereinement, construit une réalité-bis, de substitution, une espèce de village Potemkine, plus conforme aux élans où son coeur le porte.

Dans cette quatrième dimension, Nicolas Sarkozy ne flirte pas (du tout) avec l'extrême droite, mais des rascals puants le "salissent" en le traitant de "fasciste".
CQFD.

(Par parenthèse: je n'ai pas souvenir d'avoir entendu l'un(e) quelconque des autres candidat(e)s traiter Nicolas Sarkozy de "fasciste".)

Mais Giesbert ne s'arrête pas là.
Oh non.
Il ne se contente pas d'occulter que Nicolas Sarkozy dit les mêmes choses que Le Pen: par un ahurissant tour de passe-passe, il énonce, posément, que ce sont les adversaires politiques de Nicolas Sarkozy, qui pratiquent un "lepénisme de gauche".
Force est alors de le reconnaître: ce mec n'a peur de rien.
Faut quand même avoir des cojones de toro andalou, pour oser balancer avec cet aplomb stupéfiant de si gigantesques énormités...

Mais ce n'est pas tout: l'éditorial de Giesbert n'est, si j'ose dire, qu'une mise en bouche.

Le plat de résistance est caché, dans le même numéro du "Point", aux pages 80 et 81, sous la forme d'un entretien avec Max Gallo, "historien".
Titre: "Dans les urnes, Sarkozy a réussi à résister à la diabolisation".
Notez le choix des mots: "diabolisation" nous rappelle, pour le cas où nous aurions (déjà) oublié l'éditorial de Giesbert, que Nicolas Sarkozy est une pauvre petite victime - et "résister" nous suggère que cependant il tient ses rang et place, dans la clandestinité où de rudes maquisards luttent contre la tyrannie de la bien-pensance.
La rue d'Enghien, c'est le plateau des Glières, en moins accidenté.

Max Gallo pense, comme Giesbert, que: "L'aspect vraiment particulier de cette campagne, c'est la diabolisation de la personnalité de Sarkozy".
Mais Giesbert n'est que journaliste, alors que Max Gallo est fondé à trouver dans l'Histoire des précédents au (long) martyre de Nicolas Sarkozy, et ne s'en prive d'ailleurs pas: "Je ne vois pas d'autre exemple d'exécration d'une personnalité, hormis à l'égard de Jean-Marie Le Pen, depuis la haine vouée par l'OAS à de Gaulle ou celle des antisémites contre Blum".
Dit-il.

Ne vous frottez pas les yeux: vous avez bien lu.
Ne cherchez pas les gentils messieurs en blanc dans la jolie nambulance: ils ne sont pas venus évacuer Max Gallo.

Vous avez compris le message qui se dissimule derrière l'outrance échevelée de l'"historien": les impudent(e)s qui ont le front de ne pas être pleinement d'accord avec Nicolas Sarkozy ne sont pas seulement des représentants d'un "lepénisme de gauche", mais sont carrément les héritiers de l'extrême droite nazie des années 30 (et 40).

(Nouvelle parenthèse, pour bien souligner que tout cela est dit par et chez des gens qui poussent des petits cris à chaque fois que par malheur quelqu'un dénonce les "rafles" de clandestins, genre oooooh, aaaaaah, iiiiiih, fi donc, rafles, comment osez-vous?
Des gens qui, toute dignité bue, toute pudeur abandonnée, sautent à pieds joints sur les barrières qu'ils ne cessent d'ériger pour les autres.)

Max Gallo, qui a trouvé là un filon prometteur, s'empresse bien évidemment de l'exploiter, avant qu'un autre penseur de renom, par l'odeur alléché, ne vienne lui piquer sa trouvaille.
Invité à préciser "la raison" de la "diabolisation de la personnalité de Sarkozy", notre historien, qui a sur notre inconscient des vues profondes, répond (je vous jure que c'est vrai): "Un impensé, selon lequel cet homme est un étranger: étranger à une tradition politique, et d'origine étrangère, fils de Hongrois et descendant de juifs de Salonique".

Voilà...

C'est (enfin) dit assez nettement: la sarkophobie est un racisme.
Impensé, il est vrai.
Mais un racisme.
Avec de gros morceaux d'antisémitisme - puisque, nous explique le bon docteur Gallo, les "adversaires" de Nicolas Sarkozy, ces gens qui se comportent avec le boss de l'UMP comme naguère "des antisémites contre Léon Blum", voient en lui, confusément, un "descendant de juifs de Salonique"...
(Troisième parenthèse, pour dire, quand même, que je me demande un peu ce qui se passe dans le cerveau du gars, même historien, qui éprouve soudain le besoin de sonder l'ascendance d'un concitoyen jusqu'à lui trouver de possibles origines juives?
Je croyais - j'espérais - que nous ne verrions plus ce genre de chose?)

Je vous prie: un peu d'attention.

Nos intellectuels sarkozystes viennent de faire un tour de cadran.
L'"argument" (intelligent et courageux) de l'antisémitisme leur a déjà (beaucoup) servi.
Rappelez-vous: qui ne soutenait pas inconditionnellement les guerres du gouvernement israélien était antisémite, qui ne soutenait pas inconditionnellement les guerres du gouvernement étatsunien était antisémite, qui osait critiquer un peu vivement les médias était antisémite, et qui écrivait "La Misère du monde" était antisémite.
Mais c'est dit aujourd'hui sans plus aucun détour: les adversaires politiques de Nicolas Sarkozy font directement preuve d'une certaine forme, impensée, d'antisémitisme.
La boucle est bouclée...

Ne pas s'y tromper.
Ne pas se méprendre.
Ce qui se passe là est une première application concrète, strictement politicienne, d'une entreprise de subversion de la réalité qui permet de présenter les gens qui n'aiment pas que Nicolas Sarkozy dise les mêmes choses que Le Pen comme de lointains (mais pas si lointains que ça) héritiers du nazisme.
(C'est couillu, venant d'intellectuels qui par ailleurs prétendent réglementer l'usage du mot "fascisme".)

La manoeuvre est habile, qui permet aussi, une saloperie ne va pas sans l'autre, de traîner dans la boue la gauche antiraciste / antifasciste (qui ne cesse de mettre des petits bâtons dans les jolies roues de George W. Bush et de son clone hexagonal), en la présentant comme raciste et antisémite.

Rien de tout cela n'est véritablement nouveau: Gallo se débonde après beaucoup d'autres, qui lui ont préparé le terrain - comme ce "philosophe" qui a stipulé, avant de compter des Noirs, que l'antiracisme était un antisémitisme; ou cet "écrivain" qui, après avoir compté des Juifs, va désormais répétant que l'antiracisme est un "communisme" de type soviétique; ou ce "politologue" halluciné qui soutient ces temps-ci que l'antifascisme est un "terrorisme" (intellectuel)...

L'édito délirant de Giesbert et l'affreuse divagation de Max Gallo ne sont pas nés de rien, mais d'une "pensée" qui prospère depuis trop longtemps - sous le couvert d'un iconoclasme à deux balles.
Cela pourrait, d'une certaine manière, nous rassurer.
Si, si.
Car cela signifie que cette "pensée" a fini par s'exténuer - faute, et pour cause, d'arguments sérieux - et qu'elle n'existe plus que dans l'anathème grotesque, et dans le déni de réalité.
(Big Brother: "La guerre c'est la paix"; l'antiracisme, c'est le racisme.)

Mais voilà: il y a encore une presse (et une édition), pour diffuser la triste prose d'une réaction épuisée - en passe d'être enfin démasquée.
Une presse, pour donner encore de l'écho à ce qu'il faut bien considérer comme des insultes.
Max Gallo: "Plutôt que d'une lepénisation de Sarkozy, je crois juste de parler d'une lepénisation de ses adversaires".

Hé.
Max Gallo.
Tu sais ce qu'ils te disent, les "adversaires" de Nicolas Sarkozy?

24/04/2007

Jean-Marie ♥ Nicolas

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Jean-Marie Colombani, patron de "Le Monde", a poussé hier, à la Une dudit, l'un de ces longs et rauques feulements éditoriaux qui font dire à Edwy Plenel que: "Tiens, le gars va encore nous balancer du Sarkozy long comme le bras".

Il est vrai: l'enjeu était de taille, puisqu'il s'agissait, au lendemain du premier tour de la présidentielle, de saluer "une double victoire: celle de la démocratie sur elle-même; et contre ses extrêmes".

Le "style" de Jean-Marie Colombani peut certes rebuter - mais il faut lire ce qu'il écrit, pour ce que cela révèle de sa prédisposition à une certaine forme de...

De...

Ah, je sais pas, tiens.

Noter d'abord: "Ses extrêmes".

Gauche et droite confondu(e)s, car il va de soi, dans l'univers nourricier de Jean-Marie Colombani, que Besancenot vaut Le Pen - et qu'une franche calomnie vaut mieux que deux tu l'auras, surtout si elle est sans fin répétée.

Noter aussi (et surtout) que cette commode vilenie permet à Jean-Marie Colombani de nous suggérer dès l'abord (c'est d'évidence l'un des thèmes que "Le Monde" va décliner jusqu'au second tour) que Nicolas Sarkozy, lui, n'est pas (du tout) extrémiste - à la différence du Pen.

Il est bien connu en effet qu'un abîme sépare Nicolas Sarkozy de l'extrême droite.

Ainsi, Nicolas Sarkozy trouve gênants les milliards de musulmans qui, dans nos villes et nos campagnes, égorgent des moutons dans leurs baignoires - quand l'extrême droite les trouve, elle, dégoûtants.

De la même façon, Nicolas Sarkozy préconise la création d'un grand ministère de l'Identité nationale et de l'Immigration, alors que l'extrême droite veut un grand ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale.

Et ainsi de suite: on n'en finirait pas d'énumérer les ruptures tranquilles qui font de Nicolas Sarkozy un homme de grande(s) ouverture(s), pendant que les fachos seraient plutôt du genre facho.

Après avoir ainsi posé que la victoire de Nicolas Sarkozy est celle de la démocratie (ouf), Jean-Marie Colombani, que démange une furieuse pulsion littéraire ("le gars se prend carrément pour une espèce de Paulo Coelho", estime Edwy Plenel), salue, en des termes qui rappellent assez le Virgile des "Bucoliques", en (beaucoup) plus raffiné: "L'image d'un pays serein, citoyen, qui redécouvre la politique, qui se réapproprie l'élection présidentielle (...)".

La morgue néo-libérale a ceci de plaisant, qu'elle se repère assez facilement.

Le coup de pied du con de votant au dodu postérieur de Lionel "Mon programme n'est pas socialiste" Jospin?

Ce n'était pas de la politique.

Le "non" du même à l'Europe du président Estaing?

Ce n'était pas de la politique.

Nous dit Jean-Marie Colombani, qui fait de grosses poussées d'urticaire à chaque fois que le peuple néglige de se plier aux injonctions de "Le Monde".

Pour Jean-Marie Colombani, la France qui dépose dans l'urne un bulletin différent de celui dont Jean-Marie Colombani lui a vanté le grammage ne fait pas de politique: elle erre, con et désemparée.

Jean-Marie Colombani continue ensuite son homélie, et se tourne, radieux, vers "un deuxième tour moins ouvert, certes, qu'il n'eût été souhaitable, tant le rapport des forces est favorable à la droite, mais qui s'annonce porteur d'un débat sérieux. Et prometteur".

Deuxième service, pour qui aurait manqué le premier: le rapport des forces est favorable à la droite, mais c'est, rappelez-vous, une droite farpaitement respectable, qui va nous refiler du bon gros débat sérieux et prometteur - et non de puants racolages type y-a-le-bougnoule-du-troisième-qui-fait-rien-qu'à-massacrer-des-ovins-dans-son-bac-à-douche, comme l'aurait certainement fait l'extrême droite.

Merci qui?

Merci Nicolas Sarkozy.

Jean-Marie Colombani, débondé, le répète alors pour la troisième fois: "En écartant les voies les plus démagogiques, en suivant le candidat de la "rupture" et la candidate du "changement", les Français se sont déclarés prêts à bouger".

Jean-Marie Colombani nous offre là un amusant petit jeu: démagogie, Sarkozy, cherchez l'intrus.

Edwy Plenel: "Ici, le gars ne lèche plus: il se goinfre carrément".

(Oui, Edwy.)

Et Jean-Marie Colombani d'enchaîner, chaud comme la braise: "François Fillon a dit la possibilité qui existe, et qui se concrétisera peut-être, de surmonter les inquiétudes: que la France reprenne confiance, qu'elle écarte le "nonisme" généralisé qui semblait lui tenir lieu d'idéologie, tel est désormais l'enjeu pour le pays".

François Fillon, qui est quelqu'un de très bien (sans quoi il ne serait pas lové au creux de l'aisselle du champion de la droite prometteuse qui débat sérieusement), pense, exactement comme Jean-Marie Colombani, que le "nonisme" est une infection de l'esprit, une "idéologie" dont nul(le) ne peut exclure sans débat sérieux (et prometteur) qu'elle soit, aussi, génétique.

Jean-François Colombani, après une courte respiration qui lui a permis de vérifier l'orthographe du mot "niveau", continue sa mission de promotion: "Nicolas Sarkozy a réussi son pari, qui était d'aspirer une part du vote Le Pen et de ramener celui-ci à un niveau où il cesse de peser".

(Dans la démocratie rêvée de Jean-Marie Colombani, à 10 % tu pèses rien, alors t'imagines bien, c'est à toi que je parle, facteur, qu'avec tes 4 % tu ferais mieux de choisir l'exil.)

Nicolas Sarkozy a mis son pas dans le pas du Pen, mais ce n'était pas du tout, nous rassure Jean-Marie Colombani, le plus obscène racolage des vingt dernières années: il s'agissait, au contraire, d'un audacieux et courageux pari démocratique.

Or, ce pari, Nicolas Sarkozy, qui est très fort, l'a bien évidemment gagné.

Haut la main.

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Conscient, qui sait, de l'énormité du propos, Jean-Marie Colombani en remet alors une dernière louche, sous la forme d'une question faussement iconoclaste, suivie d'une réponse euphorisante.

La question: "L'ultra-droitisation du discours de Nicolas Sarkozy pour réussir son opération de captation constitue-t-elle un prix trop élevé et une promesse de clivage exacerbé s'il est élu?"

Réponse (totalement inattendue): non, parce que dimanche soir, Nicolas Sarkozy "a prononcé un discours aux accents "de gauche", tout entier centré sur une promesse de "protection" tous azimuts, et en particulier en direction des plus faibles".

Nicolas Sarkozy n'est pas un peu sympa: il est très, très, très sympa.

Nous rappelle Jean-Marie Colombani.

Puisqu'il veut, on vient de vous le dire, protéger tout le monde, mais surtout les plus démunis.

Voilà une excellente nouvelle, qui va faire très plaisir à la "famille avec femme enceinte et bébé" qui vient, d'après le RESF, d'être arrêtée par la PAF à Strasbourg, et qui va être expulsée vers l'Allemagne, puis l'Azerbaïdjan.

Voilà des gens qui sauront gré à Jean-Marie Colombani de sa rigoureuse indépendance.

23/04/2007

L'Homme Qui Murmurait A L'Oreille Des Fachos

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Vous avez entendu, hier, le discours du chancelier Sarkozy?

Franchement, ce fut un grand et beau discours.

Un grand moment de spiritualité orientale, avec beaucoup de gros morceaux de compassion.

Au fond, c'est tout simple: ce gars aime tout le monde.

Tout.

Le.

Monde.

En l'écoutant, je me disais: "Il est en somme bien naturel que le respectable Eric Besson ait vendu son... Ait librement choisi de mettre son intelligence, qui est vive, au service du chancelier Sarkozy".

(Eric Besson est le monsieur qui a longuement détaillé, dans un fascicule "socialiste", les mille et mille raisons qui, en politique, font de Nicolas Sarkozy quelqu'un d'assez moyennement recommandable - avant de rallier son panache blanc: on voit par là qu'Eric Besson est avant tout un homme d'inébranlables convictions.)



De leur côté, les pin's parlants du chancelier Sarkozy, je pense notamment à Soeur Simone (Veil) et à Frère Jean-François (Copé), ont décliné à la télé, sans mollir, le message d'amour du chancelier Sarkozy - avec une sincérité qui rappelait un peu, toute chose égale par ailleurs, l'enthousiasme prolétarien des artistes qui, jadis, retouchaient les photos du régime soviétique.



Soeur Simone, par exemple, n'a pas souvenir que le chancelier Sarkozy ait, d'une manière ou d'une autre, sauté à pieds joints sur de larges pans de la société française, ni confessé une quelconque "intuition" de type eugéniste.

C'est à peine si elle se rappelle avoir, en effet, entendu quelque chose qui pouvait, de loin, ressembler un peu à une histoire de "racaille" et de "nettoyage au Kärcher".

Soeur Simone cependant l'assure: ces mots n'étaient pas (du tout) ceux du chancelier, qui n'est qu'Amour, mais bien plutôt ceux d'une patriote ulcérée, dont le chancelier, dans son excessive bonté, souhaitait seulement, qui l'en blâmerait, apaiser le tourment.

Soeur Simone trouve assez normal que le chancelier flatte ainsi des croupes douteuses.

La dame aurait dit: "Y en a marre de ces bougnoules de merde, faut y aller au napalm"?

Le chancelier aurait, itou, répondu: "Mais très certainement, je conçois parfaitement que ces bougnoules de merde vous tapent sur le haricot, et m'en vais les napalmiser".

Soeur Simone trouve, en substance, qu'il faut vraiment être le dernier des Moscovites pour tenir grief au chancelier Sarkozy de son engagement courageux auprès des mégères patriotes.



Pendant ce temps-là, Frère Jean-François donne libre cours à sa joie: "Ce que je retiens moi de cette magnifique soirée de printemps, c'est que le Front National se ramasse une gamelle de compète, grâce au dévouement admirable du Sarkozaï Lama: des centaines de milliards de pauvres nazi(e)s de l'espace viennent de réintégrer le doux giron de la société multiculturelle égorgeuse de moutons, merci qui?

Merci ô sublime chancelier Sarkozy, qui avez su tenir à ces crevures fascistoïdes un discours de vérité vraie, brisant maint et maint et maint tabou".

(A ce moment-là, Dominique Voynet, horrifiée, se tourne vers David Pujadas: "Eêêêêêêrk! Mais il est immonde, ce mec! Regardez! Mais regardez: il crache plein de petits machins dégueulasses, quand il parle!"

David Pujadas: "Pas de panique, c'est des morceaux de pin maritime, c'est normal, c'est Jean-François Copeaux, il a finalement un peu de mal à arrêter la langue de bois, même les patches ne l'aident pas vraiment".)



Copé, sans déconner: on l'écoute, on finit par se dire que Sarko, c'est Pierre Vidal-Naquet, en mieux.

Or: non.

Du tout.

Sarko, c'est l'homme qui murmurait à l'oreille des fachos.

Le gars qui ne s'est jamais arrêté de les racoler à grands coups de slogans débiles, façon la xénophobie pour les nul(le)s.

De souffler sur les braises.

Les fidèles féaux de Sarkozy pourraient à la rigueur plastronner si leur champion avait fait un minimum de pédagogie antiraciste à destination de l'électorat frontiste, genre ben tu vois, Lucien, dans la vraie vie, si ta télé tombe en panne c'est pas seulement parce que le Rebeu du dessus a égorgé cent-vingt moutons dans son lavabo.

Mais le moins qui se puisse dire est que ce n'est pas ce qu'il a fait.

Ooooooh non, putain.

(Il est vrai que ses penseurs de chevet lui crachotent au creux des ouïes, depuis un gros paquet d'années, que l'antiracisme est la mère de toutes les perversions, et pour tout dire un nouveau "communisme" (soviétique), avec son interminable cortège de suppliciés, type Renaud Camus.)

Sarkozy est le gars qui, pour assouvir son ambition, a voulu dire tout haut ce que Le Pen pense tout haut, sous les applaudissements nourris d'une presse en déroute.

Il n'a pas "franchi deux fois la ligne jaune", comme essaie de nous le faire gober le triste patron de "Le Monde": il s'est délibérément vautré, avec délice(s), dans des haines recuites, à grands coups, notamment, de musulmans égorgeurs de moutons et de ministère de l'Identité nationale et de l'Immigration.

Le gars essaie aujourd'hui, nous prenant décidément pour des con(ne)s de premier choix, de se présenter à nous sous les habits neufs de Martin Luther Sarkozy, mais ne pas s'y tromper: sa qualification d'hier signe, pour la deuxième fois en cinq ans, l'irruption au second tour de la droite extrême - à la différence près que ce coup-ci, "Libé" n'appelle pas à manifester.

22/04/2007

Mal Barré(e)s

D'un côté, la vieille droite brutale, sécuritaire et xénophobe.

Celle qui a toujours préféré Salan à Manouchian.

Celle qui n'hésite jamais à plonger profond dans la merde, pour y pécher un de ses puants clichetons racistes - cette fois-ci à base de musulmans, de moutons et de baignoires.

Celle qui pense à nos gènes comme on y pensait à Berlin, après 1933.

Celle qui n'en finit jamais de fomenter des ministères de l'Identité nationale.

Celle qui rafle des enfants; qui a toujours besoin de petits "clandestins" chez elle.

Celle, dure aux faibles, qui lèche des culs patronaux en piquant aux pauvres pour gaver les riches.



De l'autre, la "gauche" de droite.

Celle qui trahit sans jamais désemparer.

Celle qui chie sur Jaurès d'une très, très haute hauteur.

Celle qui privatise.

La "gauche" dégueulasse qui finit toujours par confesser de la "naïveté" sécuritaire.

La "gauche" qui trouve aussi que l'immigration est un "problème".

Celle des fonds de pension.

Celle d'Eric Le Joffrin et de Laurent Boucher.

La "gauche" nouvelle des vieux canassons libéraux qui vont se gargarisant d'avoir, quand mêêêêême, inventé la CMU - mais pour mieux nous fourguer la nécessaire (mais juste) "réforme" de la Sécu.

La "gauche", dure aux faibles, qui lèche des culs patronaux en piquant aux pauvres pour gaver les riches.



On sait déjà que dans les deux cas, faudra serrer les dents.

On sait déjà que ça fera mal au début, que ça fera mal après le début, que ça fera mal jusqu'au bout - pauvre de nous.

On sait déjà qu'on va manger, sévère - à coups de tonfa, ou de marketing.

 
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