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04/05/2007

Il Y A Sûrement Quelques Antisémites Au PS, Mais (Qu'On Se Rassure) Beaucoup Moins Nombreux Qu'A L'Extrême Gauche

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Vous vous rappelez sans doute que le patron du très digne hebdomadaire "Le Point", Franz-Olivier Giesbert, dénonçait la semaine dernière, dans un éditorial d'une assez vive intelligence, "un lepénisme de gauche", synonyme de "sarkophobie".

On ne change pas une équipe qui gagne: "Le Point", cette semaine, nous en remet une couche épaisse, avec, cette fois-ci, le concours de Claude Lanzmann, "le réalisateur de "Shoah"" - et c'est, on va le voir, du très grand journalisme.

Pour mieux servir la promotion de Nicolas Sarkozy, "Le Point" entreprend, avant de nous répéter que Le Pen compte à gauche nombre d'émules fanatisés, de minimiser que Nicolas Sarkozy a passé beaucoup de temps à dire, pendant sa campagne, les mêmes choses que ledit Pen: il est vrai que ce minuscule détail pourrait faire tache, dans le paysage.

"Le Point" oublie d'abord, avec beaucoup d'application, d'interroger "le réalisateur de "Shoah"" sur les divagations de Nicolas Sarkozy, qui a posément stipulé, on le sait, que: "La France n'a pas commis de crime contre l'humanité (...), la France n'a pas cédé à la passion totalitaire (...), la France n'a pas commis de génocide".

(Contrairement à ce que suggère l'historiographie officielle des années 1940 à 1945.)

Je trouve cette omission pour le moins regrettable.

J'aurais, sincèrement, beaucoup aimé savoir ce que ces propos, effarants, ont inspiré à Claude Lanzmann - parce qu'il se trouve qu'à mes yeux, "Shoah", justement, est l'un de ces témoignages qui devraient, définitivement, nous interdire à tou(te)s, Nicolas Sarkozy compris, de si graves délires.

Mais "Le Point", malheureusement, fait le choix de ne pas recueillir, sur un tel sujet, le point de vue du réalisateur.

"Le Point" ne parle tout simplement pas des errements de Nicolas Sarkozy, car il est ici question de le poser en victime, et de cela seulement.

Pour ce faire, "Le Point" formule par exemple cette question, véritable chef-d'oeuvre de mise à distance: "Sarkozy a été accusé de chasser sur les terres du Front national. Lui faites-vous ce reproche?"

Noter la tournure: "Sarkozy a été accusé de".

Ce n'est pas du tout comme si Nicolas Sarkozy avait réellement braconné chez Le Pen.

La réponse de Lanzmann, elle aussi, vaut son pesant de relativisme: "Je pense qu'il l'a fait d'une façon parfaitement cynique, en politicien, pensant qu'il avait besoin de ces voix pour l'emporter, mais le cynisme en politique n'est pas l'apanage du seul Sarkozy".

Comme c'est beau, quand c'est dit avec cette espèce de sérénité.

Oui, Nicolas Sarkozy a chassé sur les terres du Front national.

Mais on ne saurait en conscience lui tenir grief de cette aimable battue, car ce n'était que du cynisme politicien, et non l'effet d'une proximité idéologique.

Voyez d'ailleurs les autres candidats: ils savent se montrer cyniques aussi.

Pour Claude Lanzmann, tous les cynismes campagnards se valent: le gars qui met son pas dans le pas du Pen veut juste gagner quelques voix, bon, où est le problème?

C'est quand même intéressant, comme approche.

Ca ouvre des possibilités...

Lanzmann: "Il a fait aussi des déclarations absolument contraires, auxquelles chacun, même à gauche, pourrait souscrire. Il n'y a pas de raison de le taxer d'opportunisme ou de démagogie".

Oyez, bonnes gens: Nicolas Sarkozy a, en effet, posé maint collet chez Le Pen - mais il n'est, pour autant, ni opportuniste, ni démagogique.

C'est, pour qui aurait l'ambition de se laisser aller (sur l'immigration, par exemple) à quelque rudesse, un formidable encouragement.

Une fois posé que nul(le) ne saurait décemment, sauf à se comporter en immonde salaud, reprocher à Nicolas Sarkozy son braconnage lepéniste, "Le Point" s'empresse, avec le sérieux qui a toujours caractérisé la presse vraiment libre, Max, de suggérer que, par contre, et par contraste, l'extrême gauche (qui a toujours combattu l'extrême droite, mais qu'importe là encore ce minuscule détail) pourrait bien, elle, avoir quelque chose comme une vive sympathie pour les idées frontistes.

(Je ne doute pas que "Le Point", rendu à ce niveau de clairvoyance, nous présentera bientôt l'esclavage comme une liberté, puis la Terre comme un astre plat, genre faites gaffe: juste derrière Oulan-Bator, y a plus rien, qu'un grand vide cosmique.)

Question du "Point" à Claude Lanzmann: "Y a-t-il, selon vous, un lepénisme d'extrême gauche?"

(Comme le révélait l'autre semaine Franz-Olivier Giesbert, génial patron du "Point"?)

Réponse: "Il y a en tout cas une formidable intolérance de ce côté de l'échiquier politique".

C'est d'ailleurs bien connu: Olivier Besancenot, pour ne citer que lui, est un garçon qui a mené campagne autour de thèmes exclusivement xénophobes, pendant que Nicolas Sarkozy prêchait l'amour du prochain, fût-il un abominable égorgeur musulman de moutons innocents.

Et d'où vient, je vous le donne en mille, cette formidable intolérance de l'extrême gauche?

De son "antisionisme".

Diantre.

Lanzmann: "A cause de ses positions équilibrées sur le conflit israélo-palestinien, certains ont plaqué sur la personne de Nicolas Sarkozy leur antisionisme viscéral, cherchant du même coup à le disqualifier".

De fait, rappelez-vous, Olivier Besancenot était carrément ridicule, quand il s'est mis à hurler: "Sarkozy! Tes positions équilibrées sur le conflit israélo-palestinien, ça commence à bien faire!"

Ne pas s'y tromper, nous sommes là en terrain connu: qui ne partage pas, sur le sujet d'Israël et de la Palestine, les vues, si remarquablement équilibrées, de Nicolas Sarkozy et de ses penseurs de chevet ne peut qu'être antisioniste - et, juste après, antisémite.

Démonstration: "Il y a - est-ce vraiment étonnant - une convergence, une confluence des stéréotypes et de tous les vieux fantasmes antisémites. Cela est sûrement vrai pour quelques uns au PS, même si je sais que Ségolène Royal est irréprochable sur ces questions et qu'elle saura être vigilante sur toute forme d'antisémitisme y compris de gauche".

Explique Lanzmann.

La séquence, véritable tour de passe-passe, vaut d'être soigneusement décortiquée.

1) "Le Point" demande à Claude Lanzmann s'il entérine la fine trouvaille de Franz-Olivier Giesbert sur "un lepénisme de gauche".

2) Lanzmann confirme qu'"il y a une formidable intolérance de ce côté de l'échiquier politique".

3) Le réalisateur explique l'"intolérance" de l'extrême gauche par son "antisionisme".

4) De l'antisionisme, Lanzmann passe à l'antisémitisme, un peu comme si l'antisioniste était, par définition, un antisémite: emballez, c'est pesé.

L'extrême gauche, pendant que Nicolas Sarkozy est vachement sympa, n'est pas seulement intolérante: elle est, nous dit-on ici, raciste.

Pire: il y a "sûrement" quelques antisémites au Parti "socialiste".

(Qui?

On ne le saura pas.

Et pour cause.)

De sorte que, vous l'aurez noté, c'est toute la gauche, qui est gangrenée.

(Nicolas Sarkozy, lui, considère seulement que "la France n'a pas commis de crime contre l'humanité".)

Objectif atteint: la "sarkophobie", qui n'est jamais que le refus d'adhérer au projet de société de Nicolas Sarkozy, est finalement présentée, en toute simplicité, comme un antisémitisme - quand Nicolas Sarkozy, qui a chassé sur les terres du FN, est lavé de tout opportunisme et de toute démagogie...

Après cela, formalité, "Le Point" demande à Claude Lanzmann: "Pour qui voterez-vous le 6 mai?"

Réponse: "Je suis un homme de gauche".

Ben dites.

Voilà qui est fort bienvenu: "Le Point" a encore trouvé un homme de gauche, pour voler au secours de Nicolas Sarkozy.

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