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05/05/2007

Tout Va Très Bien Se Passer

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"Le Monde" révèle, dans son édition du jour et avec le sérieux qui fait du quotidien vespéral payant de Jean-Marie Colombani (QVPDJMC) un journal de référence, que tout va carrément très bien se passer dans nos rues, dimanche soir, après l'annonce du résultat de Nicolas Sarkozy.

Le QVPDJMC veut ainsi nous signifier que la possible victoire du pèlerin des Glières ne devrait pas (du tout) plonger notre cher et vieux pays dans un chaos de feu et de sang.

Je trouve que c'est une excellente nouvelle, et en même temps, je trouve ça vachement intéressant, que "Le Monde" éprouve tout soudain le besoin de consacrer un long papier à une information qui, à bien y regarder, a quelque chose de complètement surréaliste: "Les maires de banlieue relativisent les risques de violence urbaine".

C'est, que je sache, la première fois, depuis lurette, qu'on prend le soin de nous rassurer sur le maintien de la paix civile dans les minutes qui suivront l'élection d'un nouveau chef de l'Etat.

"- Et en France, comment ça va?

- Plutôt bien, écoute: ça fait dix minutes que Sarko est président, et y a toujours zéro victime."

On en rirait - si ce n'était si profondément révélateur de l'aura, très particulière, du personnage, en même temps que d'un épais malaise, de type jusque-là-tout-va-bien-c'est-pas-encore-la-baston-générale-pourvu-que-ça-dure-mon-Dieu-faites-que-ça-dure.

Chaude ambiance, en vérité...

"Le Monde", cependant, se veut décidément rassérénant, et souligne, au terme d'une investigation raffinée, que: "Les responsables policiers s'efforcent, eux aussi, de dédramatiser l'échéance du 6 mai et réfutent un risque d'embrasement des quartiers sensibles".

Cool.

Manuel Valls, maire d'Evry (Essonne), "socialiste", fait par exemple ce douloureux aveu: "Je ne crois pas à des incidents".

Mais il a "demandé aux travailleurs sociaux et à la police municipale d'être "très mobilisés" dimanche soir".

Manuel Valls néglige de répondre à la question: "D'accord, mais pourquoi demander une telle très mobilisation, puisque vous ne croyez pas à des incidents"?

Il est vrai: "Le Monde" ne la lui pose pas.

(L'investigation raffinée a ceci de particulier qu'elle obéit à des règles fort complexes.)

Claude Pernès, maire (UDF) de Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), pense itou que la soirée, dimanche, sera franchement décontractée: "C'est l'expression par le bulletin de vote qui est aujourd'hui privilégiée" - observe-t-il.

Pour autant, Claude Pernès "a tout de même prévu d'avoir "un peu de monde disponible", en cas de heurts".

Claude Pernès néglige de répondre à la question, etc.

Il est vrai: "Le Monde" ne la, etc.

Gilbert Roger, maire de Bondy, Seine-Saint-Denis, "socialiste" aussi, n'envisage pas, lui non plus, de "mouvement social spontané".

Le QVPDJMC observe alors que: "Certains élus redoutaient encore voilà quelques jours des tensions possibles dans les cités de Saint-Denis".

Mais c'est pour aussitôt nous rassurer, derechef: le maire (communiste), Didier Paillard, "n'y croit pas".

Didier Paillard avance un argument qui me ravit, pour ce qu'il révèle des préoccupations prioritaires de nos ami(e)s du PCF: "On a décanté le temps des révoltes".

(Voui, camarade: c'est d'ailleurs pas la première fois.)

Pierre Cardo, maire (UMP) de Chanteloup-les-Vignes dans les Yvelines, confirme que l'ambiance est "bonne", et, "Le Monde" s'en réjouit: "Ce sentiment de confiance est partagé par Michel Bourgain, maire (Verts) de L'Ile-Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) qui "ne sent rien venir"".

(Faut imaginer Michel Bourgain à sa fenêtre, humant l'atmosphère de sa commune.)

On aura compris, à ce point de l'investigation de gros niveau du QVPDJMC, que "tant que la Seine-Saint-Denis va, tout va".

Comme dit le vieux dicton berrichon.

"Le Monde" n'a d'ailleurs débusqué en tout et pour tout, dans le cours de ladite investigation, que deux paranoïaques: "le maire de Montreuil" (Seine-Saint-Denis) d'une part, qui se montre, quant à lui, "prudent", estimant que "les jeunes sont effectivement remontés comme des pendules contre Sarkozy" - et d'autre part le maire P"S" de Neuilly-sur-Marne (Seine-Saint-Denis, comme d'hab) qui pense que "si Sarkozy a la victoire arrogante, il y aura une réaction automatique".

Je voudrais, s'il vous plaît, que nous gardions bien à l'esprit qu'il est ici question, non de la sécession de la Bosnie-Herzégovine, mais de l'élection annoncée de Nicolas Sarkozy.

Je trouve ça important, parce que c'est à ma connaissance, j'y insiste, la première fois depuis fort longtemps que le sacre d'un nouveau chef de l'Etat est envisagé, fût-ce pour minimiser la menace, comme le possible déclencheur de "violences urbaines".

La première fois que "Le Monde" se croit tenu de nous faire savoir que tout va se passer en douceur.

(Car c'est bien de cela qu'il s'agit - comme vous l'aurez compris.)

Ca en dit quand même long, il faut le répéter, sur un état d'esprit assez particulier.

"Le Monde" a, certes, relevé, on l'a vu, un peu d'inquiétude, chez les maires de Montreuil et de Neuilly-sur-Marne.

Mais ces deux trouillards ne sont que deux, notez-le - alors que les maires (d'Evry, Rosny-sous-Bois, Bondy, Saint-Denis, Chanteloup-les-Vignes et L'Ile-Saint-Denis) qui pensent que tout ça va se dérouler dans une ambiance bon enfant, voire totalement funky, sont beaucoup plus nombreux.

"Le Monde" observe en outre (car deux sources rassurantes valent mieux qu'une, vous les aurez) que, de leur côté, "les responsables policiers s'efforcent de dédramatiser l'échéance, réfutant un risque d'embrasement des quartiers sensibles. Selon les renseignements généraux, aucune remontée inquiétante d'information ne le laisse présager".

Ah: si c'est les RG qui le disent...

Dans cette affaire, on le remarque: "Le Monde" a jugé inutile de recueillir le sentiment de la rac... Des "jeunes" des "quartiers difficiles".

Mais pourquoi les aurait-on interrogés, quand des maires et des policiers répondent si bien à leur place?

Et puis bon.

Imaginons.

Je sais que c'est une hypothèse peu crédible, voire totalement débile, comme le démontre l'investigation raffinée du QVPDJMC, mais imaginons que, nonobstant l'avis ô combien autorisé de Manuel Valls et des RG, les terr... Les jeunes des quartiers difficiles soient finalement un peu moins décantés que dans l'imaginaire d'un maire communiste.

Vous savez ce qu'ils trouveront en face d'eux, les rigolos, si d'aventure ils manifestent un peu de mauvaise humeur?

Il trouveront, "Le Monde" a fait le compte: "Au total, 79 unités de forces mobiles (...), dont 43 à Paris et dans la petite couronne, soit près de 8.000 CRS et gendarmes".

Et ce n'est pas tout: "A cela s'ajoute une disponibilité particulière réclamée à la sécurité publique: près de 12.000 policiers seront sollicités pendant la journée et la soirée".

Fouuuuuuuuuutredieu!

Et même: FOUUUUUUUUUTREEEDIEUUUUUUU!

VINGT MILLE gendarmes et policiers!

Ca fait quand même beaucoup de forces de l'ordre pour encadrer la victoire de Nicolas Sarkozy, pas vrai?

Si on était un peu taquins, on se gausserait, pas vrai?

Genre, hey, ils vont être VINGT MILLE pour une soirée qui s'annonce totalement paisible, façon calme plat?

Vous imaginez un peu ce que ça aurait pu être, si les responsables policiers n'avaient pas réfuté un risque d'embrasement?

Tandis que là?

Vingt mille, franchement?

Quoi de plus banal pour un soir d'élection?

Puisqu'on vous dit que tout va bien se passer?

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