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09/05/2007

"Schizophrénie"?

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Ce matin, dans "Libération", le philosophe Michel Onfray dénonce "le discours schizophrénique du Parti socialiste".

Onfray souligne d'abord, avec beaucoup de pertinence, que "le changement qu'on nous propose (...) entre Sarkozy et Royal (...) met en présence deux modalités assez semblables de la gestion libérale du capitalisme européen".

(Du capitalisme tout court, en fait, qui est aujourd'hui, comme chacun(e) sait, mondialisé.)

Onfray observe ensuite que "le parti ["socialiste"] parle avec la voix d'un François Hollande qui a le "Verbe de gauche", mais à chaque fois légitime la "geste libérale" - de droite donc".

C'est parfaitement juste, mais ce n'est pas de la schizophrénie: c'est, dans le meilleur des cas, du cynisme.

(Les schizophrènes ont ceci de particulier qu'ils n'ont pas choisi de l'être - les cyniques, si.)

Dans la réalité, le Parti "socialiste" n'est pas (douloureusement) écartelé entre, d'une part, un credo libéral, et, de l'autre, un discours sociétal gentillet, qui prévoit "Paris Plages" pour les pauvres et le PACS pour les homos.

Au contraire: l'un justifie l'autre.

Au contraire: cette "gauche" à guillemets dissimule sous un mince vernis de vraie-fausse générosité son absolue soumission aux sévères mais justes lois du marché.

Ce n'est décidément pas de la schizophrénie: c'est de l'hypocrisie.

Abyssale.

Diagnostiquer une psychose en lieu et place d'un effroyable foutage de gueule, comme fait ce matin Michel Onfray, c'est créditer encore le Parti "socialiste" d'une possible guérison, que le philosophe appelle "refondation": touchante naïveté.

Dans la vraie vie, on a eu 24 ans, excusez du peu, pour mesurer la gravité de ce que Michel Onfray appelle, gentiment, le "mal socialiste" - et pour vérifier que le pseudo-patient n'avait aucune espèce d'envie de se faire aider.

Dans la vraie vie, les mesurettes funky but chic du P"S" ont pour seule fonction, non d'alléger le triste sort du salariat (ou du chômat), mais de lui dissimuler qu'il en chiera demain plus qu'aujourd'hui, merci qui?

Merci les "socialistes".

Ne jamais oublier que cette "gauche" qui se gargarise des 35 heures est celle qui a privatisé plus et mieux que dans les rêves les plus fous d'Alain Juppé, sous les applaudissements nourris d'un patronat massivement converti au charme discret du "Verbe de gauche".

(Ne jamais oublier, d'ailleurs, qu'elle n'a eu de cesse, depuis, de "briser le tabou" des 35 heures - comme dans un éditorial de Laurent Joffrin, patron de "Libé".

Ne jamais oublier que Ségolène Royal a tranquillement exposé à Nicolas Sarkozy, pendant le grotesque débat de l'entre-deux tours, que non, pas du tout, elle n'avait pas du tout l'intention de généraliser les 35 heures.

Courageuse, la "gauche", mais pas téméraire - et je vous mets un "f", ou deux, à "tartuf(f)erie"?)

Vous pouvez prendre le P"S" par n'importe quelle extrémité: vous en reviendrez toujours à une gigantesque trahison, soigneusement planquée sous des kilos de vrai-faux volontarisme - et ce n'est toujours pas de la schizophrénie.

Vrai-faux volontarisme, prétextes bidons, excuses à deux balles: "Ouiiii, mais quand même, t'es quand même salaud, parce que la CMU, quand même, c'est pas rien non plus - quand même".

Et en effet: la CMU n'est pas rien, à partir du moment où on intègre et tolère que la "gauche" caquète à son tour, et à l'unisson de la chorale des libéraux décomplexés, les déclamations de la droite sur la nécessaire "modernisation" de notre système de santé.

("Durant ses périodes d'exercice du pouvoir, le Parti socialiste a soulagé des besoins sociaux urgents, mais il a simultanément contribué à la mise en oeuvre des orientations promues à l'échelle internationale en matière de protection sociale"* - orientations, il va de soi, gravement libérales.)

Vrai-faux volontarisme, prétextes bidons, excuses à deux balles: "Ouiiii, mais quand même, t'es quand même un peu salaud, parce que le PACS, quand même, c'est quelque chose - quand même".

Et de fait: l'ouvrier délocalisé manifeste beaucoup de joie, quand il apprend qu'il va pouvoir se pacser avec son ami(e) - avant que de s'établir dans une banlieue de Bucuresti.

Et de fait encore: le PACS a bien du bon, quand il s'agit de faire oublier qu'on tient, sur l'immigration, des positions aussi dégueulasses que celles de Sarkozy.

(Royal, atroce, pendant le débat d'entre-deux tours: "Aaaaah, mais pas du tout, permettez, pas du tout, je vous jure qu'il n'est pas du tout question de régulariser aussi les grands-parents, et je vous rappelle, Nicolas Sarkozy, que nous procéderons au cas par cas".

Sarkozy, complètement ravi: "Ah ben alors, m'dame Royal, on dit la même chose?"

Oui-da, c'est très finement observé.

Allez demander au gamin repêché dont la grand-mère n'aura gagné ni au grattage ni au tirage du cas par cas si le mot "schizophrénie" lui inspire quelque chose de particulier?)

Autant l'énoncer clairement: le diagnostic du (bon) docteur Onfray sent la tentative de repêchage - énième du nom.

Or on se fout quelque peu d'une hypothétique "refondation" du P"S", très en vogue ces jours-ci à "Libé", mais dont l'invocation, mille fois répétée au fil des années, vise d'abord à maintenir aux tristes clowns de la rue de Solférino leur hégémonie sur une "gauche" fantasmatique.

Ce parti-là ne se refondera qu'à droite - plus à droite encore, comme ne cessent d'ailleurs de le réclamer les bosses de "Libé", qui en sont encore, alors même que les "socialistes" viennent déjà de se vendre par fine stratégie, per un pugno de votant(e)s, à l'UDF ultra-libérale, à réclamer avec DSK une "rénovation" en forme de carte postale patronale - frome Bucuresti, with love.

Cette "gauche", répétons-le pour finir, n'est pas du tout schizophrénique: elle est d'une hideuse hypocrisie - et ce n'est pas vraiment la même chose.

Elle est de droite, mais refuse de l'admettre, parce qu'un tel aveu, d'évidence, lui coûterait des sièges et des prébendes - alors qu'on est si bien, au chaud.





* "Le mythe du "trou de la Sécu"", par Julien Duval, éd. Raisons d'agir, avril 2007.
A lire absolument.

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