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11/05/2007

Nationale

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Depuis dimanche soir, je me demandais: qu'est-ce qu'ils vont bien pouvoir trouver?

Qu'est-ce qu'ils vont bien pouvoir trouver, ces pauvres imprécateurs, ces piètres penseurs dont les idées triomphent partout, mais qui essaient depuis des années de se poser en iconoclastes, affreusement seuls contre les centaines de milliards d'islamo-gauchistes qui barrent le boulevard Saint-Germain?

Qu'est-ce qu'ils vont bien pouvoir trouver, nos briseurs de tabous appointés, maintenant que leur philosophie règne sur l'Elysée, pour se poser encore en maquisards minoritaires - et pour continuer à lancer dans les pages de bulletins aussi confidentiels que "Le Point" ou "Charlie Hebdo" de vibrants appels à résister?

La réponse est venue, comme souvent, du "Figaro", feuille clandestine où se publie chaque vendredi une courageuse exhortation du bloc-noteur Ivan Rioufol à ne jamais céder surtout à la tyrannie du bien-pensisme joséboviste.

J'exagère à peine: Rioufol, dont le délire hebdomadaire ferait presque passer les affreuses divagations d'un Redeker pour des comptines, se voit et se vit, depuis des années, comme un "résistant".

Quand il publie un épais recueil de ses misérables errements, il appelle ça, modestement: "Chroniques d'une résistance".

On a là Rol-Tanguy, et on ne le savait pas.

(Il est vrai que tout est permis, quand le nouveau maître du pays a pu tranquillement énoncer, pendant sa campagne, que la France n'avait jamais cédé à la passion totalitaire - contrairement à ce que pourrait laisser penser un rapide survol de l'historiographie officielle des années 1940...)

Ce matin Rioufol salue, dans sa tribune figaresque, une "révolution": il s'agit, on l'aura deviné, de l'élection, dimanche, de Nicolas Sarkozy.

Tout le monde se rappelle naturellement que Nicolas Sarkozy était déjà au pouvoir le mois dernier, ainsi d'ailleurs que l'année dernière, quand Vincent Bolloré faisait affaire avec le ministère de l'Intérieur.

De sorte que la révolution que Rioufol applaudit n'est qu'assez relative.

Mais on aura compris que notre bloc-noteur, qui résistait hier, veut aujourd'hui poser au révolutionnaire: il nous dira bientôt qu'il était sur les barricades, le jour où les colonnes blindées nord-coréennes ont voulu empêcher le fier peuple de France d'élire Nicolas Sarkozy.

Là encore, vous allez voir: j'exagère un peu, mais pas trop.

Rioufol écrit, tenez-vous bien: "Le mur est tombé".

Car un mur, dont nous sommes invité(e)s à comprendre qu'il était au moins aussi haut que celui de Berlin, "depuis des décennies (...) maintenait la France dans un monde fictif où des garde-chiourmes interdisaient d'appeler un chat un chat".

Parole d'expert: pour tout ce qui touche aux "mondes fictifs", Rioufol est médaille d'argent.

Dans la vraie vie, répétons-le, Nicolas Sarkozy était ces derniers temps à l'Intérieur, où il appellait un chat un chat et certains jeunes "cette racaille" - cependant que tel bloc-noteur du "Figaro" laissait chaque semaine libre cours à ses tristes phobies: les garde-chiourmes, dans la vraie vie, étaient moyennement performants, pour des Vopos.

Mais la vraie vie, on l'a compris, n'entre jamais dans le petit morceau de "Pravda" que "Le Figaro" publie chaque vendredi - en sorte que Rioufol peut lancer des flagorneries dignes de celles qui saluaient jadis au saut du lit le camarade Staline, sans qu'aussitôt ses employeurs ne le fassent accueillir dans une maison de repos.

Exemple: "Pour avoir su imposer la liberté de ton que la droite honteuse n'osa jamais tenir, Nicolas Sarkozy bouleverse la pratique politique".

Honneur Au Glorieux Camarade Sarkozy!

Encore une dizaine de coups de langue de la même inspiration, et le camarade Rioufol devrait avoir bientôt, près de celle de Stakhanov, une statue à son effigie: ce ne serait que justice, parce qu'on peut dire beaucoup de choses, mais pas qu'il ménagerait son investissement, dans la flatterie frénétique.

"La révolution annoncée est en marche", écrit-il par exemple.

"En élisant un fils d'immigré (...) les Français ont tourné la page, laissant le socialisme à la naphtaline".

Précise-t-il.

J'aime beaucoup ce "fils d'immigré", dont la teneur en dignité n'est pas (du tout) négligeable.

Dans la vraie vie, naturellement, le "fils d'immigré" ne vient pas d'apparaître dans nos cieux politiciens: il est pouvoir depuis cinq ans, et sa "liberté de ton" s'est résumée ces derniers temps à un plagiat (décomplexé) de la propagande péniste - en particulier sur le sujet de l'immigration.

Rioufol, patiemment, construit son village Potemkine.

Pour autant, il ne délaisse pas complètement, et c'est la réponse à la question posée au tout début de ce billet, son habituel vocabulaire de vrai-faux maquisard des idées, puisqu'il écrit: "Le courage", slurp, sluuuurp, "qu'a mis Nicolas Sarkozy à dire les choses, bravant l'intolérance, l'oblige à une semblable résistance contre ceux qui s'opposent déjà aux réformes annoncées".

Le candidat qui stigmatisait les musulmans égorgeurs de moutons nous est donc présenté comme le héros qui a "bravé l'intolérance": je me demande, il faut que je vérifie, si un tel propos n'a pas été bêtement recopié dans un vieux numéro des "Izvestia".

Reste la "résistance": ouvrons "Libération", où on lit ce matin que plusieurs centaines de militants d'extrême droite ont paradé mardi soir dans les rues de Paris, "cagoulés et masqués", portant "pour certains des torches allumées"...

Imaginons je vous prie que 500 gamins des banlieues déboulent sur Paris, ce soir.

Cagoulés.

Masqués.

Avec des torches allumées.

D'après vous.

Que ferait la police?

Là, tout s'est bien passé.

"Libé" rapporte ce témoignage émouvant: "Il n'y avait pas l'ombre d'un flic sur le parcours".

Et précise que les CRS "sécurisaient" de loin.

Il est vrai: la police venait de passer un peu de temps à interpeller "préventivement" 200 "manifstants antifascistes".

(On voit par là que la police a tout l'air de considérer, comme les penseurs de chevet de Nicolas Sarkozy, que l'antiracisme est une imposture criminogène.)

J'adore la notion d'interpellation préventive, déclinaison au pied levé des guerres préventives de Qui-vous-savez.

Puis je lis en écrivant ce billet qu'"un ingénieur, interpellé à l'issue d'une manifestation mercredi soir", sans y avoir participé, "dit avoir été blessé à coups de matraque à la sortie du centre de rétention du XVIIIe arrondissement", et "porte plainte".

Rassemblés, certains faits, au bout de quelques jours seulement, signalent déjà un climat: la révolution que le résistant du "Figaro" appelle de ses voeux serait, comme qui dirait, trop nationale pour être honnête.

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