Avertir le modérateur

13/05/2007

Investigation(s) De Haut Niveau

medium_hyene.jpg

Dominique de Montvalon loue (hier), dans "Le Parisien", le bouquin où deux élégantes salariées du quotidien vespéral payant de Jean-Marie Colombani ("Le Monde") font, d'après lui, cette révélation absolument bouleversante: "Royal, qui avait de toute façon l'intention de bousculer le PS et de foncer, aurait perdu ses derniers scrupules en découvrant que son compagnon "papillonnait"".

On a là, on le voit, du journalisme d'investigation de (très) haut niveau - pour qui du moins aurait le nez rivé au parties intimes de ses compatriotes.

Voyez la tournure de l'hommage montvalonique: le gars justifie l'enquête crypto-culière de ses deux consoeurs par ce qu'il estime être de la (très) haute politique: si François Hollande avait moins "papillonné", le cours de la campagne s'en serait trouvé changé.

Je croyais, bêtement, que Ségolène Royal était simplement de droite - mais pas du tout: elle adapte son discours au gré du vol de son iphiclides podalirius de compagnon.

Si c'est vrai, cette information, déterminante, aurait dû bien sûr être portée à la connaissance du lectorat du quotidien vespéral payant de Jean-Marie Colombani - lectorat qui n'a pourtant jamais su que Ségolène Royal partageait la vie d'un tombeur ailé*.

Comment se fesse?

La réponse est dans le dernier billet, burlesque, de la "médiatrice" du quotidien vespéral payant de Jean-Marie Colombani, Véronique Maurus, dont la fonction est, je le rappelle, de justifier, une fois par semaine, les divagations du "Monde".

Elle écrit, par exemple: "Ce n'est (...) pas la première fois, tant s'en faut, que des collaborateurs du journal, frustrés par la place limitée qu'offrent nos colonnes (...), se défoulent dans l'édition".

Si mesdames Bernstein et Woodward ont gardé pour elles que François Hollande papillonnait, c'est notamment parce qu'elles n'ont pas trouvé, les pauvres, assez de place pour l'écrire, au cours des six derniers mois, dans le quotidien vespéral payant de Jean-Marie Colombani.

C'est une magnifique histoire, que je raconterai à mes enfants à la veillée de Noël, mais qui a ceci de con, finalement, qu'elle ne tient pas la route - puisque Ségolène Royal, rappelez-vous, "avait de toute façon l'intention de bousculer le PS et de foncer".

Alors vous me direz, Joe, t'es gentil, mais franchement, ce bouquin, ces ragots, who (the fuck) cares?

Je suis d'accord - mais pas complètement.

Il est ici question, ne pas s'y tromper, de continuer à nous dépolitiser, en nous donnant à croire que la politique serait cette espèce de reality show à deux balles où des journaleuses du "Monde" aiment à souligner que Ségolène Royal était porteuse, tel jour à telle heure, de telle petite casaque blanche toute simple - pour mieux se plaindre ensuite, et pourquoi se gêner, de n'avoir jamais eu la place de signaler que François Hollande papillonnait grave.

(Et ça mériterait bien sûr d'être méticuleusement démont(r)é.)

Dominique de Montvalon, dont le journal n'est pas le moindre pivot de ce dispositif d'aliénation, ose d'ailleurs, au détour de son éloge du bouquin de ses consoeurs, une observation qui devrait normalement lui valoir d'être badigeonné de plumes et de goudron: "Ségolène (...) aime trop les sondages".

Relisez lentement, sans jamais oublier que le diagnostic est formulé par un boss du "Parisien": "Ségolène Royal aime trop les sondages".

Oui-da, l'ami, c'est très finement observé.

Mais comme on regrette que "Le Parisien" l'ait tellement tu, pendant qu'elle faisait campagne.

Il est vrai: "Le Parisien" était fort occupé à nous fourguer, jour après jour, des sondages par millions d'hectolitres - souvent contradictoires, mais l'essentiel était, n'est-ce pas, de vendre sa came avariée à la populace.

De la gaver de sondages, pour la maintenir dans l'idée que la grande politique se jouait là - dans les pourcentages.

Et pour mieux lui enseigner ensuite, ah, la rude leçon, qu'il ne fallait finalement pas trop aimer les sondages: Tartuffe's not dead.

Soyons précis: on n'a ici, et c'est je pense une évidence, aucune espèce de sympathie pour Ségolène Royal.

Ooooh non.

Aucun début non plus de commencement de bienveillance pour les tristes clowns libéraux de la rue de Solférino, qui n'ont cessé dans leur campagne, à grands coups d'effets d'annonce, de jouer des médias.

Pour autant: on a moins de sympathie encore pour les courageux limiers de la vingt-cinquième heure - qui fondent aujourd'hui sur les vaincu(e)s pour leur fou(a)iller le coeur, le cul, et les sondages.






* Comme l'a fort bien souligné Daniel Schneidermann sur son blog.

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu