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16/05/2007

Déontologie(sbert)

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Franz-Olivier Giesbert, patron du "Point", aime, son blog en témoigne, dispenser de rudes leçons de journalisme: le gars serait quelque chose comme le surveillant général, épris d'éthique, d'une profession que ravagent les connivences.

Au mois de mars, par exemple, Franz-Olivier Giesbert écrivait, avec la mâle assurance des souverains pontifiants: "Pour faire bien ce métier, il faut avoir un certain nombre de règles. Par exemple, refuser les hochets, les honneurs ou les ménages. Donc, garder du recul et de la distance".

C'était fort beau - mais ce n'est qu'aujourd'hui que ces mots prennent tout leur sens: car les déontologiesbertismes, comme le bon vin, se bonifient avec le temps.

Ainsi, dans "Le Point" de ce matin, la journaliste Catherine Pégard loue, extatique, "le nouveau président" Sarkozy, qui "bouscule avec une jubilation tranquille les codes et les règles".

Or, c'est amusant: la même Catherine Pégard, qui a, comme "Le Monde" le rappelle (avec me semble-t-il un peu de jalousie dans le clavier), "suivi pour "Le Point" la campagne de M. Sarkozy", vient de récolter le fruit de cet investissement, et de sa légendaire objectivité: Nicolas Sarkozy vient de lui proposer "un poste de conseillère" - qu'elle a, cela va de soi, "aussitôt accepté".

Voyez comme la vie est bien faite: le jeudi matin, Catherine Pégard observe dans "Le Point", avec sa coutumière équanimité, que "le nouveau président (...) consulte tous azimuts et sans tabous" - et le jeudi après-midi, Catherine Pégard, qui a donc été elle aussi consultée sans tabous, mais qui a oublié d'en informer ses lecteurs, devient officiellement conseillère du nouveau président.

C'est, pour tou(te)s les salarié(e)s du "Point", la preuve qu'un bienfait n'est jamais perdu, en même temps qu'un formidable message d'espoir: la basse veulerie paie, qu'on se le dise.

Franz-Olivier Giesbert, lui, oublie curieusement de stigmatiser avec son habituelle fermeté la piteuse journaliste qui n'a pas su "refuser les hochets, les honneurs ou les ménages".

Au lieu de fulminer contre Pégard, qui n'a pas fait "bien son métier", Franz-Olivier Giesbert (qui salue ce matin dans "Le Point", en toute neutralité, "la révolution Sarkozy") essaie même de nous détourner de cette affligeante réalité, en stipulant que: "L'homme d'Etat sait tout oublier, excepté d'être ingrat".

Mais la vraie vie nous adresse aujourd'hui un autre message, autrement plus convaincant: en appelant près de lui Catherine Pégard, en officialisant une complicité que l'on devine ancienne, le nouveau président montre qu'il n'est pas du tout ingrat - et qu'il n'oublie pas ses fidèles.

Pour d'autres leçons de journalisme, relire aussi Molière.

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