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26/05/2007

Droite Décomplexée: Un Ami De Sarkozy Lèche Publiquement Un Ami De Sarkozy Dans La Publication Vespérale D'Un Ami De Sarkozy

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(Merci d'éloigner les enfants.)

Le jeudi 24 mai 2007, Jacques Séguéla, publicitaire autobronzant, a signé, dans la publication vespérale ("DirectSoir") de Vincent Bolloré, mécène aéro-maritime, un "portrait affectueux (...) par un ami de vingt-cinq ans" de Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères du nouveau régime et chaud partisan d'une intervention armée contre le camp de réfugiés palestiniens de Nahr el Bared, fût-ce au prix de la vie de quelques civils palestiniens mal évacués.

On voudrait tout citer de cette ahurissante lècherie, mais certains morceaux ravissent particulièrement.

1) Koukouche est incroyablement beau: "Un rien Robert Redford, la crinière faussement en bataille, les traits sculptés pour la caméra, le regard qui a toujours 20 ans et le front d'intellectuel au grand large: plissé, mais pas ridé, par tous les vents de la terre et des mers".

(Vivement "Ocean's 14".)

2) Koukouche est si formidablement courageux, qu'il défie la mort: "Afghanistan, Kurdistan, Nicaragua, Liban, Viêtnam, Soudan, Liberia, Biafra, Darfour: combien de fois la mort l'a-t-elle regardé en face? Il n'a jamais baissé les yeux, il n'a jamais baissé les bras. Il a fait toutes les guerres de la misère, de la faim, de l'extermination".

(Koukouche, il y a peu, a aussi guerroyé en Birmanie - mais son ami Jacques, assez curieusement, l'oublie.)

3) Cependant Koukouche ne fait pas seulement "toutes les guerres": il fait ""l'amour aussi", car sa raison d'espérer dans l'humanité est justement d'aimer les gens".

(Séguéla, homme d'immense culture (générale), a donc lu (aussi) Francis Cabrel.)

4) Koukouche multiplie grave les pains, le vin et le Boursin: "Celui à qui la France doit d'avoir reçu, pour Médecins sans Frontières, le Prix Nobel de la paix a, dès ses premiers mots de ministre, rappelé: "J'entends bien continuer à être du côté des opprimés". Qui peut en douter sinon ceux qui s'en sont toujours gaussés sans jamais aller le prouver sur le terrain?"

Oui, au fait: qui?

Qui peut douter que le bon Koukouche est du côté des opprimés, quand il suggère au gouvernement libanais d'essayer quand même d'évacuer autant de civils "que possible", avant d'attaquer Nahr el Bared?

Qui peut douter que le bon Koukouche se coucouchera en travers des pistes de Roissy, quand son collègue Hortefeux renverra chez eux des enfants "clandestins" - et leurs parents?

5) Koukouche bénéficie d'une popularité jamais vue: "Les Français ont tranché: 72% approuvent sa nomination".

(En séguélique vernaculaire, "sondés" se prononce: "Français".)

6) Koukouche est unique, mais en même temps Koukouche est trois: "Un tiers abbé Pierre, un tiers docteur Schweitzer, un tiers Tony Blair".

(Et un quatrième (gros) tiers "Nike" Sarkozy, pour la route.)

7) Séguéla, de son côté, n'est pas non plus dépourvu d'une certaine témérité: "J'ai un jour osé demander à François Mitterrand: "Qu'est-ce qui fait courir un Président?""

(Et c'est vrai qu'il faut des cojones de toro de Victorino Martin, pour "oser" poser une question aussi dérangeante à un client.)

8) A cette si couillue question, François Mitterrand, qui ne contredira certes pas l'ami Jacques, avait répondu: "Je voudrais que le jour où je quitterai cette maison (l'Elysée), la France soit un peu plus heureuse, un peu plus généreuse que le jour où j'y suis entré. Et que j'y sois, pour mon infime part, pour quelque chose".

9) Or, Koukouche "ferait la même confidence, mais en remplaçant "France" par "monde"".

10) Koukouche est donc une version améliorée de François Mitterrand: c'est pas rien.

11) Koukouche sauve (aussi) les vieilles mémés: "Je n'oublierai jamais l'une de nos premières sorties parisiennes, je venais de faire sa connaissance. Nous étions seuls, nous dirigeant vers un cinéma des Champs-Elysées, lorsque je le vis soudain me quitter au milieu d'une phrase pour slalomer entre les voitures l'injuriant à coups de klaxons. Je le vis surgir sur l'autre rive du flot de la circulation, où une vieille dame terrorisée venait de se lancer impunément dans une traversée qui n'était plus de son âge".

(Noter le "impunément" - Séguéla écrit vraiment bien.)

"Bernard l'a prise par le bras, affrontant à nouveau, sans les entendre la vindicte des automobilistes exaspérés, et reprendre le cours de sa phrase au mot exact où il l'avait laissée. Je compris ce soir-là quel était son vrai engagement politique: son parti, c'est les autres. 25 ans plus tard, il n'a pas changé".

(C'est à peine s'il hésite, avant de se précipiter pour aider le gouvernement libanais à lancer une attaque sur un camp de réfugiés.)

12) Je viens de relire, vite fait, quelques pages de l'édifiant récit, publié en son temps par les éditions de Pékin, de la vie (magnifique) du (glorieux) camarade Chou En-Lai: c'est beaucoup, beaucoup moins grotesque, dans la flagornerie, que ce qui paraît chez temps-ci dans la publication vespérale non-payante de l'homme-qui-payait-les-vacances-du-président, je veux parler bien sûr de Vincent Bolloré.



(Message perso: merci, Zgur.)

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