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01/06/2007

Quand Rioufol Résume DSK

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Je lisais hier, dans "Le Nouvel Observateur" et avec beaucoup d'affliction, le premier d'"une série de trois textes", signés Dominique Strauss-Kahn, aka DSK, où le "socialiste" préféré du MEDEF "développe sa vision de la société française et dessine les nouvelles frontières d'un réformisme sans tabous".

(Noter au passage que Laurent Joffrin, boss de "Libération", découvrant cela, s'est précipité sur son téléphone pour appeler son éditeur.

"Ma couille, j'ai trouvé le titre de mon prochain livre: "Le réformisme sans tabous"", lui a-t-il dit, extatique.

L'éditeur, excédé, a répondu: "Un, je suis pas ta couille, et deux, j'en ai un peu ras le cul de ces bouquins à deux balles où tu alignes à chaque fois les mêmes tristes clichetons libéraux".)

Le "Nouvel Obs" présente la sinistre dissertation DSKienne comme, excusez du peu, "le manifeste de la refondation" (de la "gauche"): il s'agit en réalité, on l'aura deviné au seul nom de son auteur, d'une ahurissante compilation d'incantations atrocement creuses, déjà mille et mille fois lues, d'où il ressort, as usual, que la "gauche", pour se refonder, a besoin d'un virage (serré) à droite, énième du nom.

Dans la vraie vie, on le sait, il y a grosso merdo vingt ans que le Parti "socialiste" n'est plus de gauche, mais ce minuscule détail (dont seuls Eric Ganelon et Bernard Koukouche ont su tirer les véritables enseignements) n'empêche absolument pas DSK d'enfiler sur deux (longues) pages ses perles habituelles - et pour cause: la vraie vie n'entre pas dans ses calculs politiciens.

DSK n'a que foutre de la pénible contingence connue sous le nom de réalité.

Il commence donc sa démonstration par cette phrase incroyable: "Osons le dire: notre lecture de la lutte des classes est totalement dépassée".

(Voyez le courage du gars: DSK "ose" dire ce qu'un milliard et demi de journaleux (dont Laurent Joffrin) répète jour après jour depuis des années, dans un assourdissant caquètement néo-patronal.)

DSK lui-même sent bien que son propos est grotesque, et reconnaît que: ""La lutte des classes", la réduction "en dernière instance" de l'ensemble des inégalités au clivage capital/travail, l'illusion d'un prolétariat homogène et uni entraînant dans son sillage l'ensemble du salariat ne constituent certes plus les principaux leitmotivs du discours socialiste".

Certes.

On te le fait pas dire, camarade.

Par conséquent, DSK, dans son burlesque manifeste, exhorte la "gauche" à rompre avec une "lecture" dont il admet lui-même qu'elle ne fait plus (du tout) partie de son discours: c'est navrant, mais ça répond à un besoin précis.

DSK, en effet, doit absolument faire semblant de considérer que la "gauche" est de gauche, pour mieux (essayer de) nous convaincre de la nécessité de la droitiser.

Ce n'est qu'après avoir posé le préalable, 100 % mensonger, que la "gauche" serait encore un tout petit peu attachée à la lutte des classes, que DSK peut nous balancer son coutumier couplet, que voici: "Pour retrouver une crédibilité politique, nous devons éviter trois écueils: ignorer la fragmentation sociale en imaginant qu'on peut encore construire un "front de classes" à l'ancienne autour de quelques mots d'ordre anticapitalistes et altermondialistes; capituler devant la "société des individus" en courant après tous les mouvements sociaux et en se laissant disloquer par toutes les revendications; contourner le problème en faisant de la démocratie participative ou du nécessaire dialogue social une fin en soi".

En résumé: non au front de classes, non aux mots d'ordre anticapitalistes et altrmondialistes, non aux mouvements sociaux, non au (nécessaire) dialogue social.

Faut quand même admettre que la "gauche", refondée par DSK, ressemble d'assez près à la droite.

Vous me direz: c'est pas nouveau.

Vous avez parfaitement raison - et mon propos, ce matin, n'est pas (seulement) de répéter pour la millième fois que le P"S" est de droite (c'est désormais une évidence pour tout le monde), mais de prouver qu'il est possible de condenser en trois phrases la pensée DSK.

J'ouvre, pour ce faire, "Le Figaro" du jour.

Faut se rappeler qu'on est vendredi, et que "Le Figaro" publie dans ses pages "débats", tous les vendredis, les prédications hallucinées d'un certain Ivan Rioufol, réactionnaire dément.

Or, amusante coïncidence, il se trouve que ledit se penche, ce matin, sur le cas du P"S", qu'il appelle, avec beaucoup d'originalité, "la gauche la plus bête du monde".

(Personnellement, j'aurais plutôt écrit "la gauche la plus con du monde", mais pour une fois, je suis complètement d'accord avec ce diagnostic.)

Et voilà ce que Rioufol écrit: "Un quiquennat ne sera probablement pas de trop pour construire un grand mouvement rénové. L'aggiornamento passe par l'abandon du socialisme, égalitariste et rétrograde, au profit d'une doctrine tenant compte de la mondialisation, du libre-échange et du besoin de protection des peuples. Les belles âmes en sont loin, qui continuent à avoir des faiblesses pour le communisme et la lutte des classes, fuis par la totalité des partis progressistes européens".

C'est à ça, qui me ravit, que je voulais en arriver: Ivan Rioufol, dont le fanatisme droitier n'est plus à démontrer, dit ce matin dans "Le Figaro", mais en trois lignes, ce que DSK disait hier dans "Le Nouvel Obs", en deux interminables pages.

C'est quand même intéressant, que ces deux-là disent la même chose.

Pour qui aurait le souci d'aller à l'essentiel, on ne saurait par conséquent trop suggérer, pour un aperçu objectif de ce qui (re)fonde aujourd'hui la "pensée" (un bien grand mot) DSK, de se reporter au "Figaro", plutôt qu'au "Nouvel Obs"...

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