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02/06/2007

"Nike" Sarkozy: "J'Adore Quand "Libé" Fait De L'Opposition Forte MAIS Lucide"

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Renaud Dély est le boss adjoint de "Libération" - le célèbre quotidien néo-patronal.

Son éditorial de ce matin est formidablement réjouissant, non pour lui-même (car il s'agit, comme d'hab, d'un grotesque feulement libre-échangiste), mais pour ce qu'il révèle de la détresse conceptuelle (un bien grand mot) où Renaud Dély se débat, depuis l'élection de "Nike" Sarkozy.

Renaud Dély, en effet, a, sur l'économie (de marché), des vues assez proches, voire méchamment limitrophes, de celles de François Fillon.

De sorte que Renaud Dély se trouve confronté, depuis quelques semaines, à ce difficile défi: contester, dans un journal (qui se prétend) "de gauche", des mesures gouvernementales qui, au fond, le ravissent.

Exemple, donc, ce matin: "Libé" annonce, à la Une, que Fillon "veut faire passer dès juillet son projet de loi qui vise à donner plus d'autonomie aux présidents d'université".

(Ou si vous préférez: à privatiser les facs, parce que bon, vous pouvez le tourner dans tous les sens, à la fin des fins, c'est bien de cela qu'il est question - et c'est pour ça, bien sûr, que le gouvernement va essayer de passer en force pendant les vacances d'été, quand il n'y aura plus personne pour manifester contre cette gigantesque scélératesse.)

Renaud Dély, que ce projet concurrentiel transporte d'aise, fait semblant de s'en offusquer, dans un éditorial dont le titre, à lui seul, résume bien le propos: "Le péril de la hâte".

("Nike" Sarkozy, esbaudi: "C'est brutal!")

D'emblée, nous sommes prévenu(e)s: ce qui ne va pas, dans le plan Fillon, ce n'est pas le contenu, c'est le calendrier.

(Quand je pense que je file 1,20 euro à "Libé" tous les matins, je commence à me gratter partout.)

Dély écrit: "Droite comme gauche semblent désormais converger sur le diagnostic: c'est d'abord d'un manque criant de moyens dont souffre le monde universitaire, quand les grandes écoles concentrent l'essentiel des ressources"'.

Et c'est parti pour la leçon de libéralisme: "Pour remédier à la misère des unes sans nuire à l'aisance des autres, sans doute faut-il ouvrir davantage les universités aux mutations de la société et du monde économique".

En clair: privatiser.

(Touchez-moi cette langue: c'est du teck massif.)

Il y a, bien sûr, beaucoup d'autres manières de "remédier à la misère des universités".

Mais Dély n'imagine même pas de les envisager: il pense, comme Jospin (et Fillon), que "l'Etat ne peut pas tout" (sauf quand il s'agit de voler au secours de ses potes du grand patronat), et que rien n'est plus doux à l'oreille que le cri des mutations du monde économique, le soir au dessus des facs.

Renaud Dély confirme: "Il n'y a rien de scandaleux au fait de conférer aux établissements une certaine autonomie pour nouer des partenariats, trouver des financements, recruter des enseignants, et les traiter au mieux pour leur éviter la tentation de l'exil".

Après avoir ainsi applaudi, Renaud Dély, se rappelant soudain qu'il travaille à "Libé", qui a tout de même un standing progressiste à soutenir, et non au "Point", déchaîne soudain le gauchiste échevelé qui sommeille en lui: "Mais ces moyens ne peuvent être justifiés que par une seule fin: l'obtention par le plus grand nombre de diplômes reconnus et utiles pour se frayer un chemin dans la vie professionnelle".

(Hhhhhh...)

Or: "Le risque demeure que les projets du gouvernement accroissent le fossé entre quelques facs privilégiées et un grand nombre d'autres délaissées".

Car en effet, la concurrence libre et non faussée, aka le marché, qui n'a, vient de nous expliquer Dély, "rien de scandaleux", n'a pas non plus vocation à combler trop de fossés entre ceux qui ont du pognon, et ceux qui ont des trognons (et des moignons).

C'est finement observé.

Dès lors, Dély ne cache pas son extrême inquiétude: "La hâte (que le gouvernement Fillon) manifeste à vouloir boucler l'affaire en plein été ne rassure pas sur ses intentions".

La réforme?

Oui.

(Car la réforme est belle.)

Mais pas en juillet.

Renaud Dély, après avoir ainsi pris date, observe encore, car il ose tout, que: "(Le gouvernement) aura bien besoin d'une opposition forte MAIS lucide pour ne pas succomber au péril de la réforme hâtive qui a déjà perdu tant de ministres de l'Enseignement supérieur dans le passé".

C'est moi qui souligne le MAIS.

J'adore ce MAIS, où perce tout l'amour de Renaud Dély pour les réformistes du nouveau régime.

"Nike" Sarkozy, extatique: "J'adore quand "Libé" s'oppose brutalement, MAIS lucidement".



PS: Toujours dans "Libé", mais à la page deux, un certain Paul Quinio développe cette "analyse", exceptionnelle: "Depuis 1968, (la droite) n'a pas pu se faire entendre (sur les universités), malgré la nécessité de la réforme".

"Nike" Sarkozy: "Rââââh! C'est booooon!"

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