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07/06/2007

Ne Jamais Cesser De Les Faire Chier

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Il FAUT que vous lisiez le nouvel essai du philosophe Didier Eribon, "D'une révolution conservatrice (et de ses effets sur la gauche française)", qui vient de paraître chez Léo Scheer, et dont le propos, en substance, est de fustiger "l'emprise de plus en plus hégémonique sur les personnels politiques de la gauche institutionnelle d'une pensée de droite rajeunie sous un pâle vernis (...)".

Je souligne à dessein qu'Eribon est un philosophe - un vrai.

Parce que ça nous change, ô combien, des tristes clercs à deux balles "de la révolution conservatrice", que leur "trajectoire (...) a conduits à adopter des positions de plus en plus extrémistes et à tenir des propos de plus en plus nauséabonds".

Suivez son regard: Eribon observe, consterné (mais comment ne pas l'être) que leurs "imprécations fascistoïdes et racistes rencontrent un écho (...) complaisant dans une bonne partie de l'espace public - où (ils) tiennent tribune permanente - et organisent ainsi un système efficace de contrôle et de censure de l'accès au droit à la parole - et où l'on s'empresse de les dédouaner, quand ce n'est pas purement et simplement de les justifier, après chacun de leurs dérapages".

C'est bien envoyé, hein?

Mais c'est quand il souligne "que l'un des lieux où la révolution conservatrice a imprimé le plus fortement son empreinte (...) aura été le Parti socialiste" qu'Eribon est le plus intéressant.

(Même si, bien sûr, on aurait préféré qu'il mette des guillemets à "socialiste"!)

Il est (notamment) passionnant quand il soulève, dans un texte écrit avant l'élection du braconnier de l'UMP, ce point si souvent négligé: "(Le) déplacement (intellectuel, politique, existentiel même) si marqué de la gauche de gouvernement vers un conformisme de droite a produit un effet en retour qui n'était peut-être pas attendu par ceux qui promurent cette évolution et se félicitèrent qu'elle s'accomplisse si aisément et au-delà de toute (leur) espérance: la "République du centre" qu'ils appelaient de leurs voeux (c'est à dire l'effacement de la frontière entre la droite et la gauche au nom de la gestion technocratique et de la nécessaire soumission aux "contraintes économiques" imposées par la mondialisation) aura eu pour principale conséquence de favoriser l'émergence et l'installation durable en France d'un courant d'extrême droite très puissant".

N'en déplaise aux crétins et autres faux-derches qui se félicitent aujourd'hui de la déconfiture électorale du Front national, ce courant est, globalement, celui qui a porté Sarkozy au pouvoir - après une campagne où il a crânement décliné les thèmes de prédilection du Pen, en toute décomplexion et sous les applaudissements (nourris) de ses philosophes de chevet.

Eribon parle d'or, et son livre, pour ce qui me concerne, tombe à pic.

Je ne vous cache pas en effet que je suis, comme tout le monde, passablement abattu ces temps-ci, non tant par l'avènement d'une laide France du redressement national qui va bel et bien se manger sous peu (j'ai confiaaaance) un troisième tour social (et plus si affinités), que par le gigantesque silence de l'opposition (au sens large).

Et c'est pour ça que le bouquin d'Eribon (avec d'autres, dont nous reparlerons) fait beaucoup, beaucoup de bien: il remotive.

Il cite, par exemple, cette remarque de Bourdieu, que dégoûtait la "fausse gauche" de la rue de Solférino: "Je n'ai pas fini de les faire chier".

Et je ne sais pas ce que vous en pensez, mais quant à moi je trouve que ces quelques mots (infiniment moins "vulgaires", note Eribon, que "le ton et le contenu des articles et éditoriaux (...) qui crachaient leur haine à l'égard de Bourdieu") font aujourd'hui un programme très acceptable.

Je veux dire: il y a partout autour de nous ces minables "porte-paroles de la nouvelle doxa réactionnaire dont la pensée se résume à une dénonciation obsessionnelle des mouvements sociaux et culturels et de l'héritage de Mai-68" - et nous, tou(te)s tant que nous sommes, on va, juste, CONTINUER A LES FAIRE CHIER.

Merci, Didier Eribon.

Merci!




NB: Salut à toi, GP Marcel!

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