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14/06/2007

Un Pur Moment D'Emotion UMPiste: Rachida Fait (Presque) Pleurer Ahmed Et Fatima

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Ce qu'il y a de bien, je dois reconnaître, avec la droite (décomplexée) de gouvernement et ses journaleux de chevet, c'est qu'on n'est jamais déçu(e)s.

Ja.

Mais.

Par exemple, ce matin, l'hebdomadaire sarkozyste de François Pinault ("Le Point") offre sa couverture (et seize pages, excusez du peu, d'une rigoureuse "enquête sur un phénomène") à Rachi2dati, qui est "jeune, arabe, garde des Sceaux".

Ici, le mot important, vous l'aurez compris, est: "Arabe".

Une Rebeu au gouvernement, vous pensez bien que "Le Point" n'allait pas se priver d'en faire une mayonnaise.

Le meilleur moment de cette exceptionnelle investigation est, de mon point de vue, le papier d'un certain Saïd Mahrane sur "la fille des bords de Saône", où l'on apprend notamment, et non sans passion, que "les Dati" sont "des gens discrets".

(J'aimerais que nous imaginions, ensemble, que tel n'ait pas été le cas?

Que les Dati n'aient pas du tout été discrets?

Que les Dati aient plutôt été du genre à hurler de sourdes mélopées orientales?

Passons.)

Le reportage de Saïd Mahrane commence à bord d'un avion, qui "amorce doucement sa descente sur l'aéroport de Chalon-sur-Saône", et dans lequel se trouvent, notamment, Saïd Mahrane (on le devine) et Rachi2dati.

L'envoyé spécial du "Point", on le devine aussi, voudrait attirer l'attention de Rachida, pendant que l'aéroplane amorce (doucement) sa descente.

Peut-être joue-t-il pour ce faire des castagnettes, ou peut-être qu'il essaie, on ne sait, de lui raconter la fois où Nicolas Sarkozy a durement raillé les musulmans égorgeurs de moutons, mais fume: "Impossible de lui détourner le regard".

Et pour cause: "Rachida Dati veut absolument reconnaître les maisons de son enfance".

On l'aura deviné: le phénomène a grandi à Chalon, sur les bords de la Saône, et là, pendant que son navion négocie (doucement) son atterrissage, elle cherche (absolument) les endroits où elle a poussé.

Et là: "Ses grands yeux noirs s'embuent".

Ooooooooooooh maiiiiiiiiiiiis queeeeeeeee c'est beeeeeeeeeeau...

Le ton du reportage est donné: la suite coule pour ainsi dire de source.

Ainsi, quand l'avion se pose (après sa douce descente vers Chalon): "Un parterre de politiques à lunettes est là pour (...) accueillir" la fille des bords de Saône, avec, on le pressent, la triste componction des parterres à lunettes, mais aux (grands) yeux (noirs) de Rachi2dati, "seule la présence d'un homme compte véritablement".

Cet homme, c'est: "Son père, Mbarek".

Il est, je vous le rappelle, discret.

De sorte que: "A la vue de sa cadette, l'homme à la moustache fait preuve d'une très grande dignité".

Si grande, même, qu'il est: "Stoïque".

L'hebdomadaire de François Pinault précise, pour le cas où nous aurions de la difficulté à bien mesurer sa digne - mais stoïque - discrétion: "En bon père oriental, il ne laisse transparaître aucune émotion".

(Hhhhhhhhhh...)

Mais "il est" déjà "19 h 45", et le temps des missi dominici de Nicolas Sarkozy est précieux: tout ce petit monde (politiciens à lunettes, Rachida, Mbarek) doit maintenant s'arracher à l'émouvant tarmac de l'aéroport.

Direction: "La salle Marcel-Sembat de Chalon", où doit se tenir "un meeting pour la campagne des législatives en Saône-et-Loire".

Le trajet (entre l'aéroport et la salle Marcel-Sembat) est une espèce de rêverie virgilienne, où "Rachida ressasse encore et toujours ses souvenirs d'enfance", et pour cause: "Chaque carrefour, chaque ruelle lui rappelle une anecdote".

(Là y avait la BAC, là y avait la BAC, et là, y avait la BAC.

Naaaaan, je rigole.)

"Ce soir-là, près de 2.000 Chalonnais ont fait le déplacement".

(C'est pas rien.)

"Dans la salle (Marcel-Sembat), (la) famille (de la fille des bords de Saône) figure en bonne place", nombreuse, comme de juste, puisque: "On reconnaît deux de ses soeurs, son frère Omar, ainsi que des oncles, des cousins, des cousines..."

C'est, disons-le, un regroupement familial en bonne et dûe forme.

Heureusement que Brice Hortefeux n'était pas là (il rendait hommage à des cadavres, à Toulon): ça l'aurait probablement vénère - d'autant qu'il y a aussi, dans la salle Marcel-Sembat, des, tenez-vous bien, femmes voilées!

Comme à Kaboul (ou comme dans un livre de n'importe quel clerc de chevet de Nicolas Sarkozy)!

"Le Point" identifie notamment Fatima, une "vieille dame voilée", qui est "une amie de la famille", et qui est "vraiment très touchée".

(La vieille dame voilée, dans l'imaginaire collectif de nos journaleux, est moins directement dangereuse pour nos sociétés (avancées) que la jeune fille du même nom, qui fait de l'agit-prop djihadiste dans son collège.)

L'émotion est à son comble: "Fatima (...) et son fils Ahmed peinent à contenir leurs larmes".

(On ne dira jamais assez, je suppose que vous l'avez compris, à quel point Nicolas Sarkozy émeut et ravit nos (dignes et discrets) Rebeus.)

Bon.

Je vous rassure: je ne vais pas vous infliger tout le reportage du "Point" - j'en arrive d'ailleurs au moment et à la citation qui me transportent littéralement d'aise.

Saïd Mahrane observe en effet que, dans la salle Marcel-Sembat, "les sacs Dior côtoient les foulards traditionnels".

Déjà, c'est pas rien: je vous suggère de bien vous imprégner de cette formidable considération - et de ce qu'elle implique.

Mais surtout, je vous prie de savourer le merveilleux trait d'esprit que ce public bigarré, où l'Arabe se mélange avec le sac Dior, inspire à la fille des bords de Saône aux grands yeux noirs (embués): ""On dirait une manifestation de sans-papiers", plaisante Rachida Dati en fin de soirée".

""On.

Dirait.

Une.

Manifestation.

De.

Sans.

Papiers".

Plaisante.

Rachida.

Dati".


Hhhhhhhhhhhhhhhh...

Hhhhhhhhhhhhhhhh...

Hhhhhhhhhhhhhhhh...

Je sais pas si vous avez déjà vu de près une manif de sans-papiers?

On peut dire beaucoup de choses - même sur le ton de la plaisanterie.

On peut dire que ça pue la misère et la rage et la trouille - la peur des keufs qui viendront chercher ton gamin à la sortie de son école pour que Brice Hortefeux puisse le renvoyer chez lui, et la panique dégueulasse qui te saisit quand tu penses au jour où ton charter négociera sa douce descente sur un aéroport lointain - histoire que Brice Hortefeux puisse tenir ses quotas.

Mais on ne peut pas (du tout) dire, bordel, que ça ressemblerait, même de très, très, très loin, à un meeting UMPiste où des sacs Dior côtoieraient des foulards traditionnels.

Quand on fait partie d'un gouvernement qui pour se conserver l'électorat du Pen planifie méthodiquement, avec la rigueur implacable des bureaucraties policières, d'interdire aux familles nées du mauvais côté du monde de se "regrouper" (de se retrouver), on devrait juste éviter, pour le moins, de "plaisanter" avec les sans-papiers.

On devrait juste penser à tous ceux qui ne reverront pas de sitôt Mbarek, Ahmed et Fatima - parce que Nicolas Sarkozy et son fidèle Brice Hortefeux trouvent que la salle Marcel-Sembat, c'est bien, mais qu'il ne faudrait pas non plus que trop de foulards traditionnels se mélangent à "notre" maroquinerie Dior.

Les plaisanteries de fin de meeting de la fille aux grands yeux embués sont bien de leur époque: infectes.

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