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17/06/2007

"Il Arrive Que Les Agneaux Votent Pour Le Massacre"...

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Je voulais vous signaler, je me dis que ce dimanche d'élection n'est pas le plus mauvais jour pour ça, la reprise au format de poche d'un livre qui déchire assez gravement: "Les dépossédés"*.

Il s'agit, pour le dire vitement, d'une hallucinante incursion au pays des victimes collatérales du "dogme" atroce dont "l'un des coûts (...) a été l'appauvrissement spectaculaire du quart le plus pauvre de la population" britannique: le thatchérisme.

Précisément la vilenie dont nous allons désormais prendre sur le coin de la gueule une déclinaison musclée, merci qui, merci Nicolas Sarkozy.

L'auteur, Robert McLiam Wilson, s'est fendu, pour cette réédition, et (donc) tout spécialement pour nous, d'une longue et passionnante préface inédite (rédigée en février dernier), où il présente son récit (et comme il a raison) comme celui d'"une petite voix qui s'en (prend) aux folies théoriques les plus évidentes de l'époque".

Une petite voix qui "dit non", par exemple, à la "mirifique lubie de la droite américaine selon laquelle les baisses d'impôts et les facilités accordées au libre-échange qui (augmentent) les revenus des riches (vont bénéficier) aux pauvres".

(Et de préciser: "Cette théorie (contredit) la vérité de manière si flagrante que j'en avais des migraines".)

Dites.

Ca ne vous rappelle pas quelque chose?

Et que pensez-vous de ça: "Au cours de ces vingt dernières années dans le monde développé, la droite a donné le ton moral et émotionnel, aussi bien que politique. Les politiciens conservateurs (...) ont établi un droit de propriété inaliénable sur un certain nombre de régions émotionnellement chargées du discours public. La principale de ces régions est bien sûr la race. La race est la vache sacrée, reconnue ou non reconnue en tant que telle, de la droite radicale du monde entier. Jouer la carte de la race en campagne électorale, voilà un moyen garanti d'attirer l'attention des médias et de gagner des votes. Toutes les nuances existent entre la grossièreté et la subtilité, selon la géographie, le système électoral ou le désespoir politique, mais c'est presque toujours une bonne idée. Ca fait très rarement perdre des voix. Le seul et unique autre problème de société qui s'en approche, c'est celui de la pauvreté et de l'obligation de l'Etat (ou son absence d'obligation) de venir en aide à ses citoyens les plus pauvres. Et puis, bien sûr, dans les pays où la race constitue un enjeu politique, les mesures ou les postures répressives adoptées contre les plus démunis de la société punissent souvent un nombre disproportionné d'individus ethniquement différents de la majorité. Là encore, les discours musclés sur l'incurie des pauvres, leur fainéantise et leur parasitisme sont souvent accueillis à bras ouverts. Cela est particulièrement vrai dans un pays comme la France où les problèmes liés à la pauvreté et à la race sont presque aussi inextricables qu'en Amérique. Où, en règle générale, les citoyens français d'origine maghrébine ou africaine comptent deux fois plus de chômeurs que la moyenne nationale et où le rvenu annuel parmi ces groupes ethniques est de 40 % plus faible que dans le restant de la société française".

Je vous rappelle que ceci a été rédigé (un peu) avant l'élection de Sarkozy...

McLiam Wilson précise, comme pour mieux nous signifier qu'il a pris l'exacte mesure de ce qui nous arrive ces jours-ci: "Même lorsque le fait de s'acharner sur les bas revenus n'a apparemment aucune connotation raciale, c'est toujours une option séduisante pour la droite radicale. Et même, avec une constance déprimante, parmi les pauvres eux-mêmes. J'ai toujours remarqué la surprise et la déception des chercheurs appartenant à la bourgeoisie et étudiant la pauvreté, quand ils constatent la délectation ultra-conservatrice engendrée chez les groupes à faibles revenus par les mesures radicales prises contre les fraudeurs de l'assurance-chômage et les bénéficiaires illicites d'autres prestations sociales. (...) La popularité de la mesure punitive est parfois si aveuglante qu'on ne voit même plus très bien si l'on ne risque pas d'en être soi-même victime".

Et d'ajouter: "Il arrive que les agneaux votent pour le massacre".

Vous, je ne sais pas: moi je trouve que ces derniers mots sont, de très loin, ce que j'ai lu de plus pertinent, sur nos scrutins du moment.

Je serais vous, je lirais ce livre - sans quoi je vais encore être obligé de tuer le chien.




* Ed. Points, 7 euros.

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