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22/06/2007

Newspeak* For Dummies (Le Totalitarisme Pour Les Nul(le)s)

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Vous l'avez sans doute remarqué: le premier soin des "socialistes" qui prennent leurs quartiers chez Fillon est de protester de leur absolue virginité, sur le thème, j'ai dit oui quand le monsieur m'a demandé si j'acceptais de prendre Nicolas Sarkozy pour employeur, mais attention, hein?

Aaaaaattention!

Je suis toujours de gauche!

Vérifiez, je vous prie: c'est ce qu'ils (elles) ont tou(te)s proclamé.

Besson: "Chuis de gauche!"

Koukouche: "Pareil!"

Bockel: "Pas mieux!"

Fadelamara: "Je suis une femme de gauche, et je l'assume".

Question: d'où vient-ce?

D'où vient la décontraction qui nous vaut de si gigantesques menteries?

Elle vient de ce que le sarkozysme a pour caractéristique, notoire, de vider les mots de leur sens - pour leur faire dire exactement le contraire de ce qu'ils veulent vraiment dire.

Sa décomplexion, crânement revendiquée, n'est jamais qu'une industrieuse négation de la réalité.

Ne pas s'y tromper: c'est tout sauf anodin.

C'est plutôt inquiétant.

Voire: flippant.

Ce qui est à l'oeuvre ici, à bien y regarder, c'est l'invention d'une espèce de novlangue, dont les mots sont les mêmes que ceux de nos dictionnaires, mais changés, tordus, pervertis.

C'est ainsi, par exemple, que depuis quelques années l'antiracisme nous est présenté comme un racisme par les clercs de chevet de Nicolas Sarkozy.

(Ce matin encore, dans "Le Figaro", le glaçant Rioufol, prédicateur halluciné, stigmatise "l'abusive idéologie antiraciste".)

Entreprise de longue haleine qui revient, "de fait, à trouver certains charmes au racisme", comme l'a notamment souligné Mona Chollet (dans un papier formidable que vous pouvez encore lire ici: www.peripheries.net/article8.html?var_recherche=Finkielkraut).

C'est ainsi, plus généralement, que la tolérance, plutôt perçue naguère comme une vertu fédératrice, est désormais présentée comme une possible intolérance: on lira, pour s'en convaincre, dans le nouveau numéro de la revue néo-réactionnaire "Le Meilleur des mondes", un ahurissant papier sur "(les) bienfaits et (les) dangers de la tolérance".

Au temps pour nos vieilles convictions!

Désormais, qu'on se le dise, l'antiracisme, c'est le racisme.

La tolérance, c'est l'intolérance.

Répétons-le: on fait dire aux mots le contraire de ce qu'ils veulent dire.

(C'est bien évidemment le même processus qui est à l'oeuvre, quand la protection des acquis sociaux généraux est de son côté présentée, ce n'est qu'un exemple parmi beauuuuucoup d'autres, comme le combat de quelques privilégié(e)s pour la défense de leurs avantages acquis particuliers.)

Vous l'aurez noté: les notions qui sont ainsi passées au fil d'une redéfinition sont, dans tous les cas, "de gauche".

De telle sorte que la gauche apparaît finalement comme éventuellement raciste, intolérante, corporatiste, et caetera, et caetera.

Dans tout cela, répétons-le aussi, rien d'anodin: mais une stratégie, longuement planifiée, mûrement réfléchie.

En effet, ce n'est qu'au terme de cette longue préparation d'artillerie, après laquelle notre vocabulaire courant ne veut plus rien dire, que Nicolas Sarkozy peut tranquillement se réclamer de Jean Jaurès - ou de Guy Môquet.

Ce n'est qu'au terme de cette brutale guérilla des mots, que le penseur préféré du nouveau chef de l'Etat, l'inénarrable André Glucksmann, peut très posément énoncer (dans "Libé", le 19 juin), comme une apothéose, que dans la campagne présidentielle: "Sarkozy (...) était le candidat le plus à gauche"...

A partir du moment où on laisse passer de si monumentales énormités, tout devient possible - et, naturellement, Fadelamara peut tranquillement réaffirmer qu'elle est de gauche, puisqu'elle bosse chez Sarkozy.

Le racisme, c'est l'antiracisme.

La tolérance, c'est l'intolérance.

La gauche, c'est le sarkozysme.

Et ainsi de suite, ad nauseam.

Il n'est pas inintéressant de relever que les fières intelligences qui nous abreuvent de ces divagations ne cessent d'invoquer les mânes d'Orwell.

Ouvrez "Le Meilleur des mondes" (je parle bien sûr de la revue): vous y trouverez partout ce bon vieux George.

Devenu l'un des maîtres à penser de la nouvelle réaction.

(Qui se croit nouvelle, mais qui n'est que réactionnaire, comme dit Fred Alpi, chanteur libéral.)

Orwell, récupéré, vite lu, mal digéré, constamment réduit à sa portion congrue ou à sa caricature - et pourquoi se gêner?

Mais si nous relisons "1984" (et c'est ce que nous devrions tou(te)s faire ces jours-ci), nous allons tomber, justement, sur une terrifiante novlangue, dont la fonction est d'altérer la réalité.

Nous allons tomber sur un totalitarisme qui pour mieux régner détruit le sens des mots, et va répétant, par exemple, que "la guerre, c'est la paix", ou que "la liberté, c'est l'esclavage".

Dites?

Ca ne vous évoque / rappelle rien?






* Novlangue.

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