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27/06/2007

Hugo, Salaud, "Le Monde" Aura Ta Peau! (Ou Les Très Riches Heures Du Journalisme D'Insinuation)

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C'est devenu l'un de ces rendez-vous hebdomadaires où l'on a plaisir à se rendre, car ils sont dans nos vies dissolues des repères immuables*: une fois par semaine, "Le Monde" organise, dans ses pages, une manif anti-Chavez, nourrie de scoops mafflus sur les manies liberticides (et, disons-le, josephstaliniennes) du sinistre caudillo de Caracas.

Ce soir, "Le Monde", par la voix de son "envoyé spécial" à Caracas, je veux parler bien sûr du cultissime Paulo (A. Paranagua), se penche, c'est le titre de son (long) papier, sur: "Les bonnes affaires de la famille Chavez".

Les.

Bonnes.

Affaires.

De.

La.

Famille.

Chavez.

On lit ça, on se dit: "Ca va être du lourd, coco".

Paulo commence par citer**, assez longuement, "le Père José Palmar", qui nous est présenté comme un "admirateur inconditionnel du président Chavez".

José Palmar, nous dit Paulo, "dénonce sans relâche un péché capital: la corruption".

José Palmar, nous dit Paulo, n'hésite pas à "gronder M. Chavez".

Quand José Palmar gronde M. Chavez, José Palmar lui "lance", par exemple: "Vous êtes entouré de voleurs! Vous entendez? Des voleurs!"

Paulo nous révèle ce qui a vraiment énervé José Palmar: "Ce curé catholique et "chaviste" a mal encaissé les nominations à la tête de l'entreprise publique Petroleos de Venezuela (PDVSA), alors qu'il ne cesse de pointer du doigt la corruption qui sévit dans l'industrie pétrolière".

Rien de tout cela ne nous renseigne encore, vous l'aurez noté, sur "les bonnes affaires de la famille Chavez", mais justement, Paulo, y arrive: "Fin mai, un cousin du chef de l'Etat, Asdrubal Chavez, a été promu vice-président de PDVSA".

En outre: "Depuis que son cousin Hugo préside aux destinées du Venezuela, Asdrubal Chavez s'occupe, à PDVSA, de la commercialisation et de l'approvisionnement, ainsi que de la filiale PDV Marina, la flotte pétrolière".

Or: "La commercialisation, l'exportation et le transport du pétrole donnent lieu à des affaires juteuses, grâce aux intermédiaires et aux manipulations financières favorisés par un dollar échangé au marché noir au double de sa cotation officielle".

Dites.

Je sais que tout ça est un peu long et laborieux.

Mais je vous demande, s'il vous plaît, de le relire posément, parce que c'est, dans le dénigrement par amalgame, un pur chef d'oeuvre.

On balance un titre bien racoleur, genre eeeeeentrez m'sieurs, dames, z'allez voir c'que z'allez voir: "Les bonnes affaires de la famille Chavez".

Puis on lâche le témoignage d'un "admirateur inconditionnel" de Chavez, qui est tellement admiratif qu'il accuse ledit Chavez d'être entouré de voleurs et de corrompus.

Puis on signale que le boss de l'industrie pétrolière au Venezuela est le cousin de Chavez.

Puis que justement, l'industrie pétrolière est de celles où sévit une corruption endémique, puisqu'on y fait "des affaires juteuses".

(C'est pas ce bon vieux Alfred Sirven qui dira le contraire, hein?)

Ce qui est fortement suggéré au lecteur, c'est, vous l'aurez compris, que les "bonnes affaires de la famille Chavez" pourraient bien être de ces "affaires juteuses" que permet la corruption pétrolière.

C'est fortement suggéré mais ce n'est pas dit clairement - et pour cause.

Rien ne permet en effet d'affirmer, à partir de ce qui vient de nous être exposé, que le cousin Asdrubal (j'adore ce prénom) serait le moins du monde corrompu.

Sans quoi, vous l'imaginez bien, Paulo se ferait une grosse joie de nous le signaler en lettres de feu de six mètres de haut.

Nous avons donc, à l'arrivée, de "bonnes affaires de la famille Chavez" qui n'existent que dans l'imagination de l'envoyé spécial du "Monde"

Pour autant, est-ce que l'absence totale du moindre commencement de preuve d'un quelconque affairisme de la famille Chavez empêche ce bon vieux Paulo de continuer à faire comme si nous avions là une espèce de mafia?

Du tout!

Pensez-vous!

Il continue, peinard, sa vraie-fausse démonstration, avec deux nouveaux scoops interplanétaires.

Un: "Le frère aîné du chef de l'Etat, Adrian Chavez, s'est occupé d'importation d'aliments, du temps où il était ambassadeur à La Havane, avant d'être promu secrétaire de la présidence de la République, puis ministre de l'Education".

Deux: "La famille" d'Hugo Chavez "occupe de solides positions dans son Etat natal de Barinas"!

(Un peu comme la famille Bush en Floride.)

En effet, tenez-vous bien: "Le gouverneur est son père, Hugo de los Reyes Chavez, un ancien instituteur devenu propriétaire de terres".

(Notez au passage l'abominable goujaterie du maître d'école qui ose acquérir de la terre.)

Pis: "Le secrétaire d'Etat de Barinas est un frère d'Hugo, Argenis Chavez, l'homme fort de la région".

Pire encore: "Anibal Chavez", frangin d'Hugo, "est maire de Sabaneta de Barinas", et, j'espère que vous êtes assi(se)s, "Narciso Chavez", autre frangin d'Hugo, "brigue la mairie de Bolivar".

Enfer!

Il y a quatre Chavez qui ne sont pas Hugo et qui font de la politique au Venezuela!

Le père d'Hugo, et trois frères d'Hugo!

C'est l'horreur.

Ca fait presque autant de Chavez au Venezuela que de Morin en France, aux dernières législatives!

(Je comprends que l'envoyé spécial du "Monde" ait ressenti le besoin pressant de nous livrer cette vérité qui dérange!)

Or, nous révèle encore Paulo: "Selon l'ancien président de la commission des comptes de l'Assemblée nationale, le social-démocrate Conrado Perez Briceno, Barinas arrive en tête des plaintes pour malversations".

Je vous le demande: est-ce que c'est pas la preuve que la famille Chavez fait en effet de "bonnes affaires", à base de corruption et de malversations?

Ben non, justement.

C'est pas la preuve.

Là encore, vous imaginez bien que si Paulo avait dans sa poche le moindre élément permettant d'impliquer un Chavez dans les "malversations" de l'Etat de Barinas, on le saurait!

Mais ce qu'on a, c'est d'un côté les Chavez, et de l'autre des malversations.

L'envoyé spécial du "Monde" nous refait avec les "malversations" de Barinas le même coup qu'avec le pétrole.

A partir d'un amalgame assez ahurissant, il essaie d'associer trois mots que rien de concret ne permet de rapprocher: corruption, malversations, Chavez.

Au journalisme d'investigation, il substitue, posément, le journalisme d'insinuation - à ce niveau-là, ce n'est plus seulement une manif: c'est presque une manip...






* Je pense notamment à la GLDJDPG (Grande leçon de journalisme du professeur Giesbert), au LHR(DV)DRIR (Long hurlement réactionnaire (du vendredi) du révérend Ivan Rioufol), ou encore au (non moins cultissime) ETDRJELD (Editorial tonyblairiste de Renaud Joffrin et Laurent Dély).

** Paulo, par la suite, cite aussi "Orlando Ochoa, économiste à l'Université catholique", et le contraire m'eut déçu: quand je lis un papier anti-Chavez qui ne cite pas Orlando Ochoa, je me demande toujours si l'auteur ne serait pas un peu souffrant, ou quoi. (Un papier anti-Chavez sans témoignage d'Orlando Ochoa, c'est un peu comme un sandwich au beurre sans beurre (et sans reproches.))

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