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04/07/2007

Muletas

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Vous l'avez sans doute remarqué: la tendance, chez nos journaleux, serait ces jours-ci au commentaire grotesque sur le thème, est-ce que Nicolas Sarkozy, à trop vouloir tout régenter, n'empêcherait pas François Fillon de s'épanouir?

"Libé" en fait depuis 48 heures des gorges chaudes, à grands coups de vannes qui tuent, genre: "François Fillon existe. Il serait même doué de parole (...)"

C'est bien commode.

Ca permet à ces messieurs-dames de la (grande) presse* de se poser:

1) En subtils experts ès-vie politique hexagonale (matez comment que j'ai décelé que Fillon étouffait).

2) En courageux broutilleurs de mocassins, du type qui n'hésite jamais à lâcher une vanne cruelle sur, je cite, "le locataire de Matignon".

Mais pendant que la presse nous divertit avec des vraies-fausses controverses à deux balles (genre les possibles états d'âme de François Fillon), la mise au pas continue, merci pour elle.

Demain, une loi obscène sur le regroupement familial sera votée, adoptée.

Après-demain, une autre, non moins sinistre - sur la récidive.

Elles passeront comme lettres à la poste, parce que, rappelez-vous: nonobstant la divine surprise du second tour des législatives (comme dit l'excellent Jack entre deux coups de langue à Sarkozy), la droite radicale est partout majoritaire.

(Cependant que la droite molle se retranche rue de Solférino.)

Et tout le monde fermera sa gueule, parce que la presse (qui appartient, pour l'essentiel, à des ami(e)s de Sarkozy), préfère, on vient de vous le dire, suivez un peu, nom de Dieu, nous amuser en brassant du vide.

Et ça continuera comme ça.

Tant qu'il sera question de mesurer l'espace vital de François Fillon, nos journalistes continueront, courageusement, à nous tartiner du feuillet décryptant, avec éventuellement de gros morceaux d'ironie, parce que merde à la fin, on est un quand même un contre-pouvoir, pas vrai?

Mais dès qu'il s'agira de commenter la vraie vie, avec son long cortège de réformes scélérates, les mêmes continueront par exemple à nous balancer leur célèbre ooooooh, mais le chef de l'Etat, du haut de sa grande sagesse, a mis bien de l'eau dans son vin, il a fait moulte concession.

Exactement comme ils viennent de faire avec "la réforme des universités", où Sarkozy, nous disent-ils, aurait grave lâché du lest.

(Ben non, ma couille: t'as gobé le truc parce que t'es un benêt d'anthologie, mais dans la vraie vie Sarkozy a lâché que dalle, et bientôt les facs seront bel et bien des entreprises privées comme les autres.)

Ca continuera: pendant que la presse nous amusera, le régime imposera l'une après l'autre ses "réformes".

Et nous aurons bientôt, rien que pour nous, veinard(e)s, une très jolie Sarkozie unifiée, propre et forte, qui se lèvera tôt pour aller dans la joie se libérer par le travail des lourdes pesanteurs de la bien-pensance gauchiste (dont l'attachement désuet à l'égalité, à la fraternité, à la solidarité nous ont tellement fait chier.)

Ca se passe ici et maintenant.

Juste sous nos yeux.

Mais nous n'allons pas non plus descendre dans la rue, n'est-ce pas?

Puisque la presse nous dit et nous répète que le vrai problème serait celui de la marge de manoeuvre de François Fillon - et non celui de l'installation d'une droite hardcore.

Les journaleux, quotidiennement, nous agitent sous le nez des muletas écarlates, qui prennent si joliment la lumière - et nous, gentiment: on se précipite.

Leurs infos à balles cent nourrissent nos discussions du matin: t'as vu comment que Sarkozy empêche Fillon de respirer?

Dans la vraie vie, bien sûr, Fillon et Sarkozy nous préparent main dans la main des lendemains de cauchemar.

Mais nous?

On suit la muleta.

On se pose de grandes questions, genre, est-ce que Nicolas ne serait pas un peu salaud avec François?

Ooooolé.

Sauf que.

N'importe quel toro de Victorino Martin (photo) vous le dira: c'est pas le chiffon, qu'il faut charger, l'ami(e).

C'est le petit bonhomme qui l'agite - et qui veut ta peau.










* Ce sont les mêmes, notez-le, que scandalise la saillie de Patrick Devedjian traitant Comparini de "salope", mais que n'offusquent pas les régulières insanités, autrement plus effroyables, de l'homme qui se pose lui-même en "ministre des immigrés en situation légale": je veux parler bien sûr de Brice Hortefeux.

Ce sont les mêmes, retenez-le aussi, qui passent jour après jour des langues chargées d'amour sur le nouveau régime - je recommande pour qui en douterait, l'attentive lecture du "Monde", qui révèle aujourd'hui, non sans quelque audace, que Valérie Pécresse, ministre UMP de l'enseignement, est, tenez-vous bien: "Quelqu'un de très intelligent" et "de très efficace", qui "de son parcours d'excellence, (...) a gardé le goût de l'effort".

(Convenez que l'attaque est d'une brutale sauvagerie.)

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