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06/07/2007

Class War

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Si tu as trois euros, camarade, voilà ce que tu vas faire: tu vas les investir, c'est un placement sûr, dans le "Politis" de la semaine.

Tu y trouveras, aux pages 4 et 5, un réjouissantissime article de Pauline Graulle et Denis Sieffert: "Et Nicolas Sarkozy réinventa la lutte des classes..."

Le genre de papier qui te réconcilie avec la presse: tu lis ça, tu te dis, ah, tiens, c'est quand même rassurant de vérifier que des journalistes font leur boulot, pendant que Franz-Olivier se prosterne en psalmodiant que Fillon est bon.

Ca commence par ces menues considérations, qui me ravissent: "Elle n'avait en vérité jamais disparu, mais il arrivait souvent qu'"elle" soit rendue indéchiffrable par un jargon politique destiné à brouiller les pistes. "Elle", c'est l'éternelle lutte des classes, souvent traitée comme une vieillerie d'un autre siècle. Elle a mauvaise presse, mais elle est toujours là, même en temps de paix sociale. Car la lutte des classes ne se résume pas à de flamboyantes révoltes, à des résistances héroïques et à de grandioses manifestations. Elle est là en permanence, sourde mais bien à l'oeuvre dès que la machine à redistribuer les richesses renforce les inégalités, ou dès qu'il s'agit dans l'entreprise de partager injustement le produit du travail. Elle est là comme simple antagonisme social".

(Non mais convenez que ça vous a tout de même de la gueule.)

Graulle et Sieffert observent ensuite qu'"avec Nicolas Sarkozy, quelque chose" a tout de même "changé": le gars est salement "décomplexé".

Ich bin de droite (radicale), et ich t'emmerde, et si t'es pas content je lâche mon Brice de combat.

Graulle et Sieffert observent que le gars qui a dit tout haut ce que Le Pen disait aussi est porteur d'"une série d'agressions sociales comme la France n'en a plus connu depuis la Deuxième Guerre mondiale".

(Dites-moi si vous l'avez lu ailleurs?)

Alors, certes, Nicolas Sarkozy, qui a lu Orwell et qui par conséquent n'hésite jamais à nier la réalité, "s'exclamait il y a à peine cinq mois: "Il est temps de dépasser les oppositions de classes, de réconcilier les Français avec leurs entreprises et de réconcilier, dans le même mouvement, les entrepreneurs avec l'Etat""

Et certes encore, François Fillon (que Franz-Olivier aime flatter), de son côté, "se gargarisait récemment de la prétendue "ouverture" du gouvernement, censée assurer que "le temps de la lutte des classes (était) fini" et que "l'alliance entre la liberté économique et la justice sociale" pouvait enfin commencer".

(Hhhhh...)

Mais, préviennent Graulle et Sieffert: "C'est (là) une rhétorique très ancienne et très traditionnelle de la droite, récusant la lutte des classes - tout en la nommant - pour tenter de faire adhérer les futures victimes des injustices sociales en préparation à la croyance en de nouvelles communautés d'intérêts".

Rien d'original, donc, dans la glauque logorrhée du régime: "La nouveauté, avec Nicolas Sarkozy, c'est la brutalité de l'offensive sociale. Cette volonté assumée de faire sauter en quelques semaines tous les verrous légaux à l'aggravation (des) inégalités".

(C'est ce que les journaleux de chevet de Nicolas Sarkozy ne disent jamais - occupés qu'ils sont à nous fourguer de la politique politicienne au jour le jour.)

Par exemple, "sous couvert de permettre aux familles de "transmettre librement le fruit du travail de toute leur vie à leurs enfants"", la suppression des droits de succession "n'est en fait qu'un coup de pouce supplémentaire accordé aux héritiers de bonne famille, garantissant de plein droit une inamovible reproduction sociale".

De la même façon: "L'abaissement du bouclier fiscal (...) n'est qu'un pas vers l'abolition définitive de l'impôt sur la fortune".

Et: "La défiscalisation des heures supplémentaires, rendue illustre par la fameuse maxime "travailler plus pour gagner plus", ajoute un rabais aux charges patronales, et cela au détriment de l'emploi".

Graulle et Sieffert précisent: "Ce ne sont là que quelques exemples d'un "bouquet fiscal" (...) qui sera supporté par l'ensemble de la collectivité. Au prix d'une hausse de la TVA, l'impôt le plus inégalitaire qui soit. Au prix de la mise en place de franchises médicales qui pénaliseront les plus pauvres. Au prix, enfin, du désengagement de l'Etat dans l'Education (...) ou dans l'Enseignement supérieur (...), qui généralisera un système éducatif à plusieurs vitesses".

Vous en voulez encore?

"Il faut (...) ajouter les mesures à venir mettant un terme aux régimes spéciaux de retraites, omettant les inégalités devant le travail et la pénibilité de certains métiers".

Cerise, gâteau: "Cette contre-révolution sociale ne pouvant pas se faire sans un affaiblissement du droit de grève, celui-ci est aussi à l'ordre du jour".

C'est, littéralement, terrifiant.

"Mais la prise de conscience tarde à venir".

Elle tarde, en effet.

Sans doute parce que nous lisons trop la grande presse - et plus assez les journalistes qui n'ont pas oublié ce que veut dire contre-pouvoir.

Sans doute parce que nous écoutons encore trop les chefs des grandes centrales syndicales - ces navrants benêts qui vont ces jours-ci répétant que, faut voir, et que, tout peut se discuter...

Sans doute pour un milliard de mauvaises raisons.

Pourquoi mauvaises?

Parce que pendant qu'on tergiverse, Nicolas Sarkozy fait sa guerre - de classes.

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