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24/09/2007

Prendre Aux Pauvres, Gaver Les Riches

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C'est dans ces moments-là, en particulier, que le régime apparaît pour ce qu'il est: une machine de guerre au service des possédants.

Le "Journal du Dimanche", aka le "JDD", l'expliquait hier: "Les trois ministres chargés de la Sécurité sociale - Roselyne Bachelot (Santé), Xavier Bertrand (Solidarité) et Eric Woerth (Comptes) - doivent présenter demain aux grandes institutions, aux syndicats professionnels et aux représentants des salariés les derniers comptes de la Sécu".

(Noter au passage l'oxymore: ministre de la Solidarité / du gouvernement Fillon.)

Les nouvelles sont, un peu comme dans une chanson de Stéphane Eicher, mauvaises, d'après le "JDD": nous aurons "3 milliards d'euros de déficit en plus pour les comptes sociaux cette année".

(Je rappelle au passage, parce que ça ne fait jamais de mal, que le "JDD" appartient au dénommé Arnaud Lagardère, qui aime à se présenter comme, je cite, le "frère" de Nicolas Sarkozy.)

"Les ministres tablaient sur un déficit de 11,7 milliards d'euros cette année, au lieu (des) 8,7 milliards enregistrés en 2006", nous annonce le "JDD".

Nous avons là ce que le "JDD" appelle, avec sa coutumière sagacité: "Le trou sans fin de la Sécu".

Et alors, que je vous dise.

En principe, je trouve ça très bien, moi, que la Sécu soit déficitaire, si ça nous permet de nous soigner correctement, et de ne pas nous balader avec les dents pourries de nos voisins des pays dits civilisés où la Sécu n'existe pas - ou si peu.

Demandez à un Italien comment il fait, quand il a une vilaine carie, pour sourire à la vie - et vous comprendrez vitement de quoi je parle.

Mais: admettons.

(Même si nous savons, par nos lectures*, que c'est loin d'être aussi évident.)

Admettons qu'il faille absolument, comme ne cessent de nous le répéter les fidèles féaux ministériels et médiatiques de Nicolas Sarkozy, reboucher le trou (sans fin) de la Sécu - de peur que des banquiers inquiets n'en viennent à retirer ses chéquiers au gouvernement, ârk, ârk.

Trois milliards d'euros?

Ces trois milliards d'euros qui inquiètent si fort le "JDD"?

C'est justement, voyez comme ça se trouve, voyez si la vie nous réserve quand même, au milieu de beaucoup d'avanies, de sciantes surprises - c'est justement, disais-je, ce que nous coûtent, à nous, collectivité, les stock-options libéralement distribuées aux ami(e)s de Laurence Parisot, bosse du MEDEF, et dont les bénéficiaires, comblé(e)s, ne paient aucune des charges sociales auxquelles vous et moi sommes très normalement soumi(se)s.

(Charges dont nous nous acquittons avec une rare bonne humeur, parce que tu sais quoi, c'est justement ça, la solidarité, camarade Xavier Bertrand.)

Ca, retenez: c'est pas moi qui le dis.

C'est la Cour des comptes, qui n'est pas exactement un repaire de communistes redistributeurs.

La Cour des comptes a, je le répète lentement, révélé dans son dernier rapport que les stock-options distribuées chaque année aux cadres dirigeants des grands entreprises représentent pour la Sécu un manque à gagner total de 3 milliards d’euros.

Son président, Philippe Séguin, que nul(le) ne saurait confondre avec son lointain cousin Vladimir Illitch Séguin, a précisé: "Un bénéficiaire de stock-options, c’est 30.000 euros de cotisations manquantes, et si l’on s’en tient aux 50 premiers, c’est 3 millions d’euros : ils ont touché en moyenne 10 millions chacun".

En résumé: si les stock-options étaient soumises aux mêmes charges que nos revenus, ça mettrait chaque année - chaque année - du beurre dans les ferrugineux épinards de nos comptes sociaux.

Un beurre à trois milliards d'euros, exactement: autant vous dire qu'avec ça, on verrait assez rapidement la fin du trou sans fin.

Vous remarquerez, au passage, que cette révélation, qui était quand même de nature à nous plonger dans une affliction de niveau 8 sur l'échelle de Richter, n'a que peu mobilisé nos libres médias: les mêmes, qui nous balancent du trou (sans fin) de la Sécu à longueur de jités ou de minables éditoriaux, ont assez vite évacué le scoop à trois milliards de la Cour des comptes.

Pour autant, même un enfant de cinq ans moyennement doué pour les additions et les soustractions va, si je lui soumets d'une part les considérations de la Cour des comptes, et d'autre part le papier du "JDD", me répondre que: "Trois milliards escamotés là, trois milliards qui manquent ici, bordel, mais c'est tout simple, y a qu'à ponctionner un peu les stock-ops!"

Aaaaah, le brave gamin: il vient de combler, à cinq ans, le trou (sans fin) de la Sécu.

Maintenant, question: est-ce que nos trois ministres du trou (sans fin) arrivent à la même inévitable conclusion que notre jeune mathématicien?

Nenni!

Du tout!

Il semblerait qu'ils n'aient tout simplement pas écouté leur vieux copain Philippe (Séguin).

Il n'est surtout pas question, si j'en crois le "JDD", que le "gouvernement", qui "entend" pourtant "ramener le déficit de l'assurance-maladie à 4,4 milliards d'euros", exige des mieux nanti(e)s qu'ils renoncent, non pas même à leurs primes, faut pas exagérer, on n'est pas en Corée du Nord, mais à l'infime partie de ces gratifications dont ils devraient se délester, si elles étaient soumises aux lois communes sur les revenus.

Riez, riches: vous allez pouvoir continuer à vous gaver de stock-options dé-chargées.

A creuser le "déficit de l'assurance-maladie".

Ah, c'est vrai que c'est chouette, mais nos trois milliards, qui c'est qui va les verser dans le trou (sans fin), alors - me demanderez-vous.

Ben quelle question: les pauvres, pardi.

C'est la collectivité qui va éponger vos dettes - comme d'hab.

Merci qui?

Merci le ministre de la Solidarité.

Merci, Nicolas Sarkozy.

Le "JDD" le relève: "Concrètement, la Sécu va baisser le remboursement des médicaments de 50 centimes d'euros par boîte, ceux des actes paramédicaux de 50 centimes également et les transports en ambulance seront amputés de 2 euros".

C'est tellement plus facile, n'est-ce pas, de piquer de la menue monnaie dans la poche d'un(e) peu muni(e), que de prier un(e) mieux loti(e), bénéficiaire de stock-options, d'acquitter une charge sociale.

(Et puis, n'est-ce pas exactement pour ça que Nicolas Sarkozy a été mis à l'Elysée?)

Ce n'est pas tout - bien sûr.

"Les allocations de préretraite seront désormais assujetties à la CSG au taux de 7,5 %. En outre, les mises à la retraite d'office à 65 ans seront également frappées. Les indemnités sont aujourd'hui très largement exonérées. Elles subiront une ponction de 25 % en 2008, puis de 50 % en 2009".

C'est, il va de soi, pour la bonne cause: "Ces dispositions rapporteront environ 500 millions d'euros", se réjouit le "JDD".

C'est un peu moins, certes, que les trois milliards que rapporterait l'assujettissement des stock-options, plutôt que celui des retraites.

Mais cela du moins résume assez parfaitement le programme en deux points de Nicolas Sarkozy: prendre aux pauvres, pour gaver les riches.





* Genre: "Le mythe du trou de la Sécu", (assez) récemment paru aux éditions Raisons d'agir - et dont je vous aurais bien montré ici la couverture, mais foutredieu, où ai-je pu ranger ce bouquin?

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