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25/09/2007

Laurent Joffrin Et Le Trou Sans Fin

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"Libération", quotidien néo-patronal, nous en prévient ce matin: "Les mesures annoncées hier par le gouvernement ne suffiront pas, de loin, à équilibrer la Sécurité sociale".

Pour combler ce que nos moutonniers journaleux nomment le trou sans fin de la Sécu, "le vrai plan, bien plus douloureux, sera pour 2008", estime "Libé".

Ce n'est pas faux du tout: il est certain qu'en effet le régime ne cessera, si nous laissons faire, de nous infliger toujours plus d'abjectes "réformes".

Laurent Joffrin, boss barbichu de "Libération", dénonce, dans un éditorial évidemment grotesque, "l'homéopathie sociale aujourd'hui pratiquée" - par le gouvernement.

(C'est ce que j'aime, chez Laurent Joffrin: il réhabilite avec beaucoup d'application le clicheton journalistique à deux balles.

Quand il consacre son édito à la Sécu, il se dit: "Faut que je case "homéopathie" quelque part, ça fera marrer tout le monde".

Bien vu, Laurent: je me tords.)

Ce qui est, disons, intéressant, parce que tellement révélateur, dans la tribune de Laurent Joffrin, c'est le moment où il délivre son ordonnance.

Il a en effet deux, trois idées, pour enfin en finir avec le trou sans fin.

Il faut, explique-t-il, explorer "deux pistes essentielles".

Fondamentales, même.

Première piste: "La réduction des dépenses de médicaments, qui se heurte à la résistance des industries pharmaceutiques".

(On voit ici que Laurent Joffrin est de gauche: il n'hésite pas, notez-le, n'écoutant que son courage, à lancer un formidable défi à l'industrie pharmaceutique.

Il m'évoque, irrésistiblement, le John Le Carré de "La Constance du jardinier", en nettement plus couillu, il va de soi.)

Piste numéro deux: "La régulation de l'activité médicale, qui bouscule les intérêts des praticiens, notamment ceux des spécialistes".

(Laurent, fais gaffe de pas y aller trop fort quand même: tu viens de te mettre à dos l'industrie pharmaceutique et les praticiens, notamment les spécialistes.)

Et bien sûr, le gentil lecteur (ou la gentille lectrice) de "Libé" qui découvre ça pense, bon sang, mais c'est bien sûr, en effet il faudrait envisager de réduire un peu nos dépenses de médicaments, et réguler un peu l'activité médicale, ce Laurent Joffrin, quand même, quel visionnaire, et quel iconoclaste: matez comment qu'il bouscule crânement le sot corporatisme de médecins arc-boutés sur leurs privilèges, il a des testicules de toro, ce mec.

Oui, mais non.

Dans la vraie vie, je le rappelle: un certain Philippe Séguin, natif de l'UMP (ex-RPR), qui est à la Cour des comptes ce que Laurent Joffrin est à "Libé" (un boss barbichu), nous a récemment révélé que si les stock-options étaient assujetties aux mêmes prélèvements sociaux que nos revenus, on pourrait verser trois milliards d'euros par an dans le trou sans fin de la Sécu - dont nous verrions du coup la fin.

Cela, évidemment, Laurent Joffrin, qui a l'info dans le sang, coco, ne peut l'ignorer - et peut d'autant moins faire mine de l'avoir oublié que Jean-Marie Le Guen, député "socialiste", qui est tout sauf un gauchiste pileux, nous le rappelle ce matin dans "Libé".

(Le Guen: "Il faut sauvegarder d'urgence la partie recettes de l'assurance maladie. C'est à dire réintégrer l'argent qui lui revient, dont les dettes de l'Etat (plus de 5 milliards d'euros). Mais aussi récupérer la totalité des taxes sur l'alcool et le tabac qui ne sont pas versées intégralement (3 milliards d'euros). Il faut enfin lutter contre les niches fiscales, en taxant par exemple les stock-options). Rien que cela, c'est l'équivalent du déficit de toute la Sécurité sociale pour l'année 2007".

Bien dit.

J'ai presque envie - presque - d'enlever pour une fois les guillemets, à "socialiste".)

Mais dans son édito, Laurent Joffrin, plutôt que d'exiger une imposition qui ferait de la peine à ses bon(ne)s ami(e)s stock-opté(e)s, préfère nous suggérer de limiter notre consommation d'Efferalgan (effervescent) ou de Prozac.

Entre le patron qui se goinfre de gratifications exonérées de charges sociales, et l'esclave salarié qui se gave d'anti-dépresseurs pour ne pas sombrer complètement, Laurent Joffrin a fait le choix d'une cible: ce n'est certes pas nouveau, ni (donc) étonnant, mais faudra pas non plus qu'on oublie de le lui rappeler, la prochaine fois que Laurent Joffrin organisera dans l'Isère un forum social de Porto Alegre...

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