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13/10/2007

Lécher Bernard (Mais Faire Semblant De Ne Pas (Trop) Lécher Bernard)

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Maurice Szafran, big boss de "Marianne", est comme Nicolas Sarkozy: totalement décomplexé.

Comprendre que ça ne le gêne absolument pas, Maurice, de nous prendre pour des neuneus de niveau 8.

Ce matin, par exemple, "Marianne" offre à BHL, pour la promotion de son nouveau bouquin, huit pages que Maurice commente ainsi, dans un encadré furieusement déontologique: "Des lecteurs, et quelques observateurs pointilleux des médias, ne manqueront sans doute pas de s'étonner que nous consacrions, à l'instar de la plupart de nos confrères, autant de place à Bernard-Henri Lévy".

Ca fait pas vingt secondes que Maurice nous parle, que, déjà, il erre.

D'abord, ce n'est pas "la plupart" des "confrères" de Maurice qui fait depuis dix jours une épaisse haie d'honneur à BHL: c'est l'ensemble des médias (qui mentent), journaux, magazines, radios, télés, qui l'acclame, jugeant que BHL est formidablement nouveau, quand il énonce gravement que la gauche va devoir se réformer pour se moderniser, puis que la gauche va devoir se moderniser pour se réformer, puis, au passage, que Nicolas Sarkozy "n'est pas raciste".

(Quand déboule un (traditionnel) pensum de BHL, c'est devenu un théorème, nos journaleux battent des mains, ravis de se (et de nous) donner l'impression d'être assez intelligents pour assimiler une "pensée" dont l'extrême complexité va jusqu'à postuler que le capitalisme fait la joie des familles - mais quand paraît un livre sur BHL qui démontre, preuves à l'appui, que ces lècheries fondent "une imposture française", les mêmes ferment très soigneusement leur gueule à double tour, et décrochent leur téléphone pour demander aux attaché(e)s de presse de chez Grasset quand sera publié le prochain BHL, car un bon léchage de c** se prépare longtemps à l'avance.)

Ensuite, personne, évidemment, ne va s'étonner que "Marianne" consacre "autant de place" à BHL, pour la simple et bonne raison que ça fait des années que ça dure, et qu'à chaque fois que nous arrive un clownesque essai de l'ex-nouveau philosophe, "Marianne" lui passe au fondement une langue chargée de flagornerie.

(Je crois me rappeler par exemple, mais je peux me tromper (et j'ai la flemme de vérifier), que c'est Maurice lui-même qui a naguère salué par un long feulement amoureux la publication du "romanquête" halluciné de BHL sur Daniel Pearl - qui a consterné les neuf dixièmes (et demi) de la planète.)

Maurice, pourtant, veut marquer sa différence: "Nous nous intéressons non pas à la star BHL, mais à son livre, aux idées qu'il y défend, à la continuité historique et théorique que ces pages mettent en perspective".

Explique-t-il - et c'est beau comme un éditorial savant de "Philosophie Magazine".

Concrètement, ça donne un long papier où "Marianne" soutient notamment que "le nouvel ouvrage de BHL a le mérite de renvoyer à des interrogations sur la gauche qu'on ne saurait éluder": c'est, presque au mot près, ce qui depuis une dizaine de jours s'énonce partout dans la presse qui ment - et qui fait semblant de ne pas voir que les "interrogations" de BHL sont dans le meilleur des cas la millionième déclinaison des (graves) questions que les benêts "socialistes" nous posent depuis grosso modo vingt ans, et qui peuvent se résumer comme suit: "Pour aller à droite, c'est par où?"

Maurice, nonobstant, n'en démord pas: il est un (gros) cran au-dessus de ses confrères.

Si Maurice déroule devant BHL un moelleux tapis rouge, ce n'est pas (du tout) parce que Maurice aurait le goût de promotionner de burlesques bouquins: c'est parce que "l'hypocrisie a des limites".

(Je suis complètement d'accord.)

Maurice: "Nous nous plaignons sans cesse, avec amertume, avec rage, dans cet hebdomadaire et dans tous les autres journaux, que le débat et la réflexion sur la gauche, ses évolutions, sa place dans la société française et européenne, soient évités, contournés, interdits (...)".

Or: "Lévy, au moins, a le mérite de s'intéresser aux idées, de les triturer, de les malaxer, de les retourner, de construire un corps de doctrine, d'ouvrir des perspectives, de donner du sens".

Et ça, n'est-ce pas, c'est quand même assez rare.

(S'il vous plaît, arrêtez de ricaner bêtement, je n'arrive plus à me concentrer.)

Dès lors, Maurice pouvait-il faire le choix (douloureux) de ne pas consacrer un long dossier promotionnel au bouquin de BHL?

Non, bien sûr.

Car: "Ce livre fait réfléchir".

(A la différence, par exemple, de "Oui-Oui, chauffeur de taxi", qui est plus directement tourné vers le seul divertissement.)

Mieux même: "Ce livre permettra à coup sûr de débattre, de polémiquer, et, surtout, de réfléchir".

Evidemment, il se publie chaque jour, dans ce pays, des livres qui font "réfléchir" - mais dont Maurice jamais ne parlera.

Tenez.

Au hasard.

(Non, je rigole.)

Prenez le catalogue de La Découverte, et dites-moi s'il vous plaît quand Maurice a dédié huit pages à la promotion de l'une de ses moindres productions?

Ne cherchez pas: ça n'existe pas.

"Réfléchir"?

"Débattre"?

Avec plaisir.

Mais entre amis - parce que bon: l'hypocrisie a des limites.

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