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14/10/2007

A Donf

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Fadelamara, "secrétaire d'Etat chargée de la Politique de la ville" au sein du gouvernement de guerre (de classe(s)) où le colonel (de réserve) Brice Hortefeux se charge quant à lui de vider "la ville" de son trop-plein d'immigrés, répond ce matin aux fines questions d'une paire de journaleux du "Parisien".

Je ne vous cache pas que chacune des considérations dominicales que Fadelamara développe en cette occasion pourrait fonder le socle d'un ambitieux programme de recherche universitaire sur le foutage du gueule.

Par exemple, quand la paire du "Parisien" pose à Fadelamara cette question hyper-intelligente: "Quand vous employez un langage cru - du type "glandouille" ou "dégueulasse" - est-ce spontané ou n'y a-t-il pas du calcul?"

Fadelamara, tranquillement, répond: "Le fait d'utiliser au sein même du Conseil des ministres le verlan "à donf" (NDLR: à fond), c'est délibéré".

(Instruction n° 2007-25/b, du colonel Brice Hortefeux au corps préfectoral: "Pécho les reunois, pécho les rebeus, take no prisoners".

Non, je rigole.)

Fadelamara, lancée, affûte sa réponse: "Il est important, même si ça en choque certains, de rappeler, à travers ces mots, la réalité de la violence sociale qui existe dans notre pays".

Et je vous demande ici un peu d'attention, car il n'est pas si courant que l'extrême tartuferie se donne si libre cours.

En 26 mots, pas un de plus, pas un de moins, Fadelamara établit qu'en effet, elle a définitivement fait le choix de nous prendre pour des imbéciles.

Parce que bien sûr, dans la vraie vie, Fadelamara est secrétaire d'Etat au sein, justement, du gouvernement de guerre (de classe(s)) qui jour après jour nous accable de cette "violence sociale" dont elle fait ce matin semblant de s'offusquer.

Parce que bien sûr, dans la vraie vie, Fadelamara bosse pour la vieille droite haineuse et revancharde qui depuis six mois et sous le couvert dégueulasse de la "réforme", s'acharne au burin sur tout ce qui pourrait, de près ou de loin, ressembler à des garanties sociales.

Parce qu'enfin on voit mal en quoi il serait "important (...) de rappeler" dans un verlan de pacotille que cette violence fait quotidiennement des victimes - sauf bien sûr à vouloir suggérer, dans un accès de crasse démagogie à deux balles, que ces victimes ne comprennent que le dur langage de la rue, man; option qui, dans le meilleur des cas, puerait si fort le mépris de classe, qu'elle en deviendrait franchement gerbante.

Fadelamara, cependant, n'en démord pas: "On a des personnes qui souffrent depuis trop longtemps, avec un profond sentiment d'abandon" - et qui manifestement ont très envie qu'on leur porte secours, non en cessant de casser l'Etat social, car ce n'est pas (du tout) pour ça que Nicolas Sarkozy et Fadelamara sont au pouvoir, mais en "parlant d'eux" en verlan, jusqu'au "sein" même "du Conseil des ministres".

Souriez, miséreux: vous êtes sauvés.

Fadelamara conclut par ces mots sa docte réponse: "Avoir recours au coeur du pouvoir au parler-banlieue, c'est une manière de dire: "Ils sont là, ils existent, nous parlons d'eux"".

(Pour ma part, je ne serai que (très) moyennement étonné, la prochaine fois qu'à force d'être si ouvertement moqués les jeunes (et moins jeunes) ressortissants de nos départements et territoires d'outre-périphérique (DOP-TOP) ajouteront le brûler-banlieue au "parler-banlieue".)

Je vous passe les autres grotesques réponses de Fadelamara: elles sont du même tonneau.

Et j'en arrive à cette question, grave, que lui pose la paire du "Parisien": "Comment réagit-on dans les quartiers?"

J'aime ce que cette interrogation révèle de l'univers mental de nos compétents journaleux.

Je vous prie: mobilisez vos souvenirs.

Je vous prie: essayez de vous remémorer, disons, les dernières déclarations de François Fillon sur la "relance de la croissance".

Ou les derniers appels de Xavier Bertrand à "reboucher le trou (sans fin) de la Sécu".

Et dites-moi.

Est-ce qu'un seul de nos dignes encartés de presse a demandé à François Fillon ou Xavier Bertrand comment on réagissait "dans les quartiers" à leurs divagations?

Non, bien sûr.

Dans l'imaginaire collectif de ces mecs-là, ça fait des (looooongues) années que ça dure, "les quartiers" sont un espace fantasmatique, peuplé, non de gens qui vivent (et pensent) comme vous et moi, oh ben non alors, on le saurait, mais de primitives peuplades foncées de peau, qui n'ont probablement aucune idée, même imprécise, de ce que pourraient bien être la "Sécu" ou la "croissance"; mais qui, par contre, doivent nécessairement donner leur avis sur Fadelamara - sous réserve, bien sûr, que la question leur soit posée en verlan, histoire de se mettre à leur niveau.

(Les journaleux expérimentés laissent même, pour les remercier, un peu de menue verroterie aux natifs des "quartiers" qui ont accepté de ne pas les faire bouillir dans leurs grandes marmites.)

Les mêmes pousseront des petits cris apeurés, quand "les quartiers" s'enflammeront.

Les mêmes convoqueront, comme d'hab, leurs minables experts, "sociologues" de médias, pour commenter l'embrasement.

Les mêmes négligeront, comme d'hab, de se regarder pour ce qu'ils sont - emmurés dans leur perception totalement paranoïaque de la réalité.



Bon, j'arrête: ça me fait trop chier.



(Cependant retenez que le mot de la fin revient ce matin au "Journal du dimanche", qui observe, non sans perspicacité, que: "Fadela Amara rentre dans le rang".

L'autre jour, elle avait, rappelez-vous, agité ses petits poings en criant: "Le jour où ça sera vraiment trop insupportable, je partirai (du gouvernement)".

Depuis, elle rétropédale: "Hier, la secrétaire d'Etat a catégoriquement exclu de démissionner, même en cas d'adoption des tests ADN".

Elle trouve ça carrément supportable, Fadelamara, les tests ADN.

Elle est à donf.)

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