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16/10/2007

Laurent J. Contre Les "Censeurs"

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Ce matin, "Libération", quotidien néo-patronal, fait à la une ce troublant constat: "Les Français veulent des médias indépendants".

("Libé" a bien sûr enquêté, avant de nous livrer cette incroyable info.

"Libé" a commandé un sondage à l'institut LH2.

J'imagine les questions pointues qui ont dû être posées aux sondé(e)s, genre: 'Tu veux des médias indépendants, ou si t'es juste un(e) pauvre con(ne)?")

Cette révélation unesque nous vaut, il va de soi, un édito (barbichu) de Laurent Joffin, boss de "Libé", qui n'allait certes pas laisser passer une telle occasion de se poser de nouveau (c'est la centième fois cette année) en opiniâtre défenseur de l'indépendance-des-médias.

Et vous allez voir: c'est goûtu.

(Barbichu, mais goûtu.)

Laurent Joffrin, dont le talent analytique sera encore vénéré dans cinq millions d'années, observe d'abord que: "Les médias sont un pouvoir".

(Ca commence fort, avouez.)

Laurent Joffrin ajoute: "Un pouvoir, aux yeux de l'opinion, est nécessairement lié aux autres pouvoirs, économique et politique".

(Notez le "aux yeux de l'opinion", où Laurent Joffrin nous suggère, sans vraiment nous le suggérer, que Laurent Joffrin n'est pas forcément du même avis que "l'opinion" - et que nous allons bientôt retrouver, sous la forme de "l'idée que se font les Français de notre système d'information".)

Laurent Joffrin continue sa (rigoureuse) démonstration: les médias, nous explique-t-il, sont "dans cette optique, un instrument de domination et non d'émancipation" - car ("dans cette optique", dont vous aurez compris qu'elle n'est pas forcément celle de Laurent Joffrin) les médias "(émanent) de la classe dirigeante, avec laquelle (ils entretiennent) des rapports coupables".

Laurent Joffrin, qui tutoie Nicolas Sarkozy, conclut (vous étiez prévenu(e)s): "Telle est, en tout cas, l'idée que se font les Français de notre système d'information".

Laurent Joffrin, qui ne déteste pas faire de loin en loin de minuscules concessions au petit peuple, concède que "l'idée" en question "n'est, il faut bien le dire, pas tout à fait fausse".

(Pas tout à fait vraie non plus, donc, mais si "l'opinion" était plus intelligente que Laurent Joffrin, vous pensez bien qu'on le saurait, depuis le temps.)

Laurent Joffrin peut, dès lors, lancer l'une des folles controverses qui ont fait de Laurent Joffrin, à égalité avec le boss du "Figaro", le débatteur préféré de France Inter: "Comment en sortir?"

Et c'est là que ça devient goûtu.

Laurent Joffrin énonce en effet, avec beaucoup de calme dignité, que: "Certains censeurs radicaux, quand ils ne prônent pas une presse totalement idéologique, rêvent de faire des journaux ou des télévisions sans capitaux ni publicité".

(Merci de vous imprégner dès à présent de cet effroyable boba... De cette fine considération, en détachant bien les mots.)

Je lis ça, je fais comme Laurent Joffrin: je réfléchis.

(Intensément.)

Je me pose des questions.

(Intelligentes, évidemment: je viens de vous dire que je faisais comme Laurent Joffrin.)

Celles-ci, par exemple.

Qui donc, ces temps-ci, "(rêve) de (...) journaux sans (...) publicité?"

Grosso modo (je schématise gravement): les "critiques radicaux" des médias, genre Acrimed, éventuellement.

En quoi ces gens seraient-ils des "censeurs"?

En rien, évidemment.

Ils n'ont de cesse, au contraire, que de pointer, notamment, c'est presque un boulot à plein temps ces jours-ci, les mille et une censures dont nos courageux médias s'accomodent si bien.

En quoi ces gens "prôneraient"-ils "une presse totalement idéologique"?

En rien, évidemment.

Ils n'ont de cesse, au contraire, que de réclamer, notamment, c'est presque un boulot à plein temps ces jours-ci, que finisse la servile soumission de nos courageux médias aux idéologies dominantes - la hideuse inféodation de nos quotidiens barbichus aux oukases du MEDEF.

De sorte que Laurent Joffrin erre, divague, et, sereinement, substitue à une réalité un peu encombrante (Laurent Joffrin dit tout haut ce que Laurence Parisot pense tout haut) une vérité alternative, tirée par les cheveux (et la barbiche), certes, mais plus gratifiante (Laurent Joffrin lance toutes ses forces (barbichues) dans un courageux combat de chaque instant contre les "censeurs radicaux").

Quand Laurent Joffrin caquète jour après jour en ses burlesques éditos (poilus du menton) que le néo-libéralisme est l'horizon indépassable de l'humanité libérée, ce n'est bien sûr pas de l'idéologie - pensez.

Quand Laurent Joffrin organise à Grenoble un affligeant "forum citoyen" où les missi dominici du gouvernement de guerre (de classe(s)) de François Fillon viennent caqueter dans un atrium ultra-sécurisé que le néo-libéralisme est l'horizon indépassable de l'humanité libérée, ce n'est (toujours) pas de l'idéologie - pensez.

(Puisque Laurent Joffrin, qui a comme on dit à France Inter (où on l'appelle Jason Joffrin) "le débat dans la peau", leur oppose, crânement, des contradicteurs "socialistes" qui de leur côté considèrent (courageusement) que le néo-libéralisme est l'horizon indépassable de l'humanité libérée.)

Mais si des gens osent prier Laurent Joffrin de cesser de se comporter en sirène deux tons néo-libérale, en passe-plats du patronat, et de revenir à plus de mesure dans son appréhension de notre environnement (social, notamment)?

Ca, par contre, c'est de l'idéologie, et de la bien tassée - fulmine Laurent Joffrin.

Une idéologie dangereuse, de surcroît, puisque porteuse, rappelez-vous, d'une "censure radicale": un stalinisme, quoi.

Après avoir ainsi construit une réalité-bis où l'infâme Serge Halimi est une espèce de lointain clone de Lavrenti Beria et Laurent Joffrin le dernier rempart du monde libre contre les "censeurs radicaux", Laurent Joffrin peut tranquillement reprendre, comme si de rien n'était, son coutumier caquetage néo-libéral.

Une fois établi qu'il faut s'appeler Staline pour envisager "des journaux ou des télévisions sans capitaux (sic) ni publicité", Laurent Joffrin peut, tranquillement, feuler qu'"un autre modèle s'est imposé qui donne aux médias les moyens matériels de leur efficacité".

En clair: soumets-toi, journaleux.

N'essaie même pas de penser, journaleux, qu'un autre monde (professionnel) est possible - puisqu'"un autre modèle s'est imposé".

Un modèle indépassable, où les "censeurs" ne sont pas les marchands d'armes, "frères" autoproclamés de Nicolas Sarkozy, qui à la fin du mois te versent ton salaire - mais les dangereux guerilleros qui ont le culot de s'étonner que des marchands d'armes, "frères" autoproclamés de Nicolas Sarkozy, contrôlent l'information.

Rendors-toi, journaleux, et fais de beaux rêves: Laurent Joffrin veille sur ton indépendance.

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