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17/10/2007

Une Contribution De Xavier Darcos

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"Le Monde" publie ce soir, dans ses pages "Débats", une contribution de Xavier Darcos, "ministre de l'éducation nationale", qui déplore, je cite, que: "La lecture aux lycéens [le 22 octobre] de la lettre de Guy Môquet suscite des inquiétudes et une polémique infondées".

Affligeant, ce document (je parle bien évidemment de la tribune du ministre) vaut cependant par ce qu'il révèle de l'état d'esprit du gouvernement de guerre (de classe(s)) de François Fillon - et que nous savions déjà, mais qui désormais se trouve quotidiennement confirmé par d'impudentes proclamations (dont le seul côté positif est que, s'accumulant, elles vont, nécessairement, jeter à la fin dans les rues un peuple ivre de rage et fermement décidé à tenir le pavé jusqu'à ce que soient bannis les petits maîtres qui l'auront trop méprisé).

Xavier Darcos écrit, d'abord, que: "La mort de Guy Môquet (...) illustre tragiquement le courage de la jeunesse qui, à chaque époque et en tout lieu, refuse l'oppression, l'injustice, la violence du monde".

C'est beau comme du Paulo Coelho, et ça me rappelle que Darcos a toujours su faire de jolies phrases.

Ainsi, rappelez-vous, brocardait-il naguère, sur son blog, "Le Monde" l'avait relevé: "Les ahuris de banlieue, tatoués et encapuchonnés, genre Nique Ta Mère".

Ainsi observait-il, quelques semaines plus tard, avec beaucoup de cette courageuse originalité qui signale ces temps-ci les penseurs iconoclastes: "Les mêmes "sauvageons" qui jouent les casseurs de banlieue et qui lapident la police ou l'école, sont prêts à manifester, le coeur sur la main, contre le racisme ou en faveur de n'importe quel pacifisme".

Je rappelle ces quelques saillies pour le cas, vous l'aurez compris, où "la jeunesse" d'ici ("lieu") et de maintenant ("époque") refuserait aussi "la violence" du verbe UMP, quand le verbe UMP la réduit, à plaisir, à de si tristes stéréotypes - mais ce n'était bien sûr pas tout: Darcos, pris d'écriture, avait aussi fustigé l'école "engluée" dans "un prêchi-prêcha "droits-de-l'hommiste" global et uniforme qui interdit les hiérarchies, les différences et les choix".

Et ça, tout de même?

Ca vaut le coup de ne pas l'oublier, quand le même personnage qui raillait, horresco referens, leurs faiblesses "droit-de-l'hommistes" vient tout soudain prier les profs d'"associer" dans leurs classes, le 22 octobre, "devoir de mémoire et acte pédagogique" - en lisant la fameuse lettre (ainsi que l'a exigé le chef de l'Etat).

Ca vaut le coup de ne pas l'oublier, quand le même personnage qui dénonçait un manque de "choix" laisse aujourd'hui au corps enseignant le choix de lire la lettre de Guy Môquet (ainsi que l'a exigé le chef de l'Etat), ou de lire la lettre de Guy Môquet (ainsi que l'a exigé le chef de l'Etat).

Xavier Darcos l'assure: cette lecture "ne sera pas exploitée à des fins politiciennes, idéologiques ou cocardières".

On le croit sur parole, évidemment: quand le régime qui a entrepris depuis six mois de pulvériser l'ensemble des acquis sociaux gagnés à la Libération ordonne que soit lue à date fixe la dernière lettre de Guy Môquet, on devine bien que c'est pas du tout une récupération politicienne à deux balles - on n'est quand même pas cons.

Le "prêchi-prêcha", éventuellement "idéologique"?

C'est un truc de profs "droits-de-l'hommistes".

Nicolas Sarkozy mange pas de ce pain-là.

(Et quant à le soupçonner d'intentions "cocardières", il n'y faut point songer: si Nicolas Sarkozy avait, ne serait-ce qu'une seule fois dans sa vie, donné dans le patriotisme pénible, genre aimez-la-France-ou-quittez-la, je suppose quand même qu'on le saurait.)

Au reste, Xavier Darcos en répond: les profs restent parfaitement libres, dans cette affaire.

Libre, veux-je dire, d'obtempérer à l'injonction qui leur est faite.

Jugez plutôt: "Ils peuvent proposer toutes les initiatives qu'ils jugeront nécessaires pour replacer la lettre de Guy Môquet dans son contexte et pour lui donner un sens".

Leur ministre appelle ça "élargir le choix" - et c'est vrai, admettez, que ça nous change du "prêchi-prêcha (...) qui interdit (...) les choix".

Ainsi vont nos libertés, sous le règne de Nicolas Sarkozy: nous pouvons, librement, choisir entre la soumission aux oukases du régime et la soumission aux oukases du régime - qui est prêt, de son côté, à nous consentir "de plus grandes cages, de plus longues chaînes" (salut à toi, Fred Alpi), histoire de maintenir l'apparence d'un dialogue démocratique.

(Le chef de l'Etat ne dit pas autre chose, quand il déclare, comme hier - commentant la journée syndicale d'action contre la réforme des retraites: "Ils font grève, c'est leur droit".

Avant d'ajouter: "Il y a des réformes à faire. (...) On va les faire".)

Demain, au fait: je fais grève.

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