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22/10/2007

Tri Sélectif

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C'est curieux, comme nos intellectuels de médias ont la colère sélective, l'indignation trieuse.

Ce matin ils signent, dans "Libération", un appel "pour Ayaan Hirsi Ali" (photo) - laquelle, "menacée de mort par les islamistes du monde entier pour son indépendance d'esprit et sa défense sans relâche de la liberté d'expression et de conscience", vient de perdre "la protection que son gouvernement [hollandais] s'était engagé à lui fournir".

Pascal Bruckner, Alain Finkielkraut, Philippe Val, pour ne citer qu'eux, "(demandent) à la France de lui accorder une citoyenneté française honorifique".

Et pourquoi pas, en effet.

Ce n'est pas une mauvaise idée - après tout, c'est quand même Nicolas Sarkozy qui l'autre jour a déclaré, sans rire, que, je cite: "Chaque fois que quelqu'un est humilié, est persécuté, est opprimé, il devient automatiquement français".

(Brice Hortefeux, plié en deux: "Mais que tu es cocasse, mon Nico!")

Au passage, ne pas oublier qu'il y a, de par le monde, plein de gens qui sont aussi menacés, pour ce qu'ils sont, pour ce qu'ils disent, pour ce qu'ils pensent - et pas seulement par des fanatiques religieux.

Je pense en particulier, là, tout de suite, à monsieur et madame Ali, voyez la concordance des patronymes, parents albanais sans papiers d'un enfant d'un an et demi et d'un autre enfant de quatre ans, arrêtés la semaine dernière, près de Lyon, par la gendarmerie nationale, afin que d'être vitement expulsés - plutôt que pourvus d'une "citoyenneté française honorifique".

Monsieur Ali, en Albanie, a reçu des menaces - relativement sérieuses, puisque aussi bien le frère de monsieur Ali a été abattu.

En sorte que l'expulsion programmée de monsieur Ali et de sa petite famille revient, il est du moins permis de le supposer, à le(s) renvoyer vers un destin plutôt funeste.

(Mais c'est aussi qu'il faut "trouver les moyens de maîtriser l'immigration", comme dit Philippe Val (signataire ce matin de l'appel "pour Hirsi Ali") - ne serait-ce que pour maintenir "un équilibre démographique délicat qu'un afflux massif de personnes peut rompre sans peine", comme dit Pascal Bruckner (signataire ce matin de l'appel "pour Hirsi Ali").)

Je ne vois pas, quant à moi, que la vie de monsieur Ali soit de moins de valeur que celle d'Ayaan Hirsi Ali - mais aucun des fins clercs qui ce matin pétitionnent pour la seconde n'a, que je sache, demandé pour le premier "une citoyenneté française honorifique".

Et c'est un peu dommage.

Puis.

Toutes choses égales par ailleurs.

C'est ici et maintenant, aussi, que "la liberté d'expression et de conscience" est menacée, moins brutalement certes qu'en d'autres lieux - quand par exemple Hamé, rappeur de La Rumeur, subit depuis des années un ahurissant assaut judiciaire (initié notamment par le même Nicolas Sarkozy qui "préfère un excès de caricature" quand la caricature cible d'abord les musulmans), pour avoir osé relever que les bavures policières ne sont pas seulement une vue de l'esprit.

Mais aucun de nos pétitionnaires de ce matin n'a fait mine de lever le petit doigt, pour exiger qu'on foute la paix à La Rumeur - qu'on laisse La Rumeur libre de s'exprimer.

Entendons-nous bien, s'il vous plaît.

Tout ne se vaut pas - évidemment.

Il va de soi, mais ça va encore mieux en le disant, que les menaces de mort visant Ayaan Hirsi Ali sont, en effet, une abjection.

Il va de soi, mais ça va encore mieux en le disant, que les psychopathes qui prétendent la museler sont, en effet, de sinistres ordures, comme en produisent, à cadence régulière, les aliénations religieuses (pléonasme) - et qu'elle doit, en effet, être partout protégée.

(Il va de soi pour finir, mais ça va encore mieux en le disant, qu'il n'y a évidemment pas de commune mesure entre ce que subit Ayaan Hirsi Ali, et l'intimidation feutrée qui se pratique parfois sous nos latitudes.)

Mais cette évidence ne doit plus servir de commode prétexte à la poignée de penseurs, généralement sarkompatibles, qui pratique à outrance, depuis quelques années, le tri sélectif des indignations - qui prétendent soigner "la blessure de la liberté" (Alain Finkielkraut) quand elle est faite par des musulmans fanatisés, mais qui laissent ouvertes les plaies que lui font leurs amis politiques.

Les mêmes, qui veulent ce matin protéger Ayaan Hirsi Ali, et comme ils ont raison - mais qu'indiffère apparemment, sans quoi ils pétitionneraient, le sort, une fois repassées nos frontières, des 25.000 "clandestins" que traquent nos polices.

Les mêmes, qui plus généralement exigent par exemple qu'on soutienne sans condition(s) Redeker, quand Redeker lâche son fiel, mais qui, pour mieux signaler sans doute leur attachement à la "liberté d'expression", fustigent dans la moindre contradiction un nouveau "communisme" stalinien - comme s'ils voulaient à tout prix démontrer que nul excès ne les arrête.

Les mêmes, en somme, qui tracent jour après jour les contours de "libertés" dont la géométrie, je le crains, serait finalement trop variable.

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