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06/11/2007

"Des Mesures Humaines, Mais Contraignantes"

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Didier Pourquery, big boss adjoint à "Libération", fait ce matin le constat suivant, dans un vigoureux édito: "Pendant que les caméras suivent les pérégrinations de Nicolas Sarkozy au Tchad... pendant ce temps-là, en France, à deux pas de chez nous, il y a des enfants que la France isole et veut renvoyer. Des bébés qui passent par la case centre de rétention. En France. Le pays qui donne volontiers des leçons de droits de l'homme à la terre entière, qui milite pour le droit d'ingérence humanitaire, qui aime tant condamner les conditions de détention dans tel ou tel pays".

Didier Pourquery a, pour le coup, parfaitement raison: l'insupportable se banalise - et on découvre, au passage, des gens faits pour le rôle.

Voyez ce juge des libertés, devant qui la famille Ali comparaît sans papiers: le père, la mère, et leurs deux filles, Léa, 18 mois, Sarah, trois ans et demi.

Voyez ce juge des libertés, devant qui Léa, 18 mois, se met "à pleurer dans la salle du tribunal" - rapporte "Libération".

Voyez ce juge des libertés qui soudain se fâche et crache: "Je ne veux pas de pression sur moi avec des pleurs d'enfants".

Voyez comme ce juge des libertés résiste, courageusement, à la "pression" de Léa, 18 mois - et "(prolonge) la détention" de la famille Ali, père, mère, Léa, Sarah.

(Hhhhh...)

Pourquery a raison encore, quand il observe que la chasse à l'enfant est ouverte - que les temps sont à la capture de nourrissons, comme Kyrill, trois semaines, "plus jeune enfant détenu depuis l'ouverture des centres de rétention au début des années 80".

(Hhhhh...)

Pourquery a raison toujours, quand il observe que ce qui nous arrive là, juste "à deux pas de chez nous", est la rançon des promesses de Nicolas Sarkozy, qu'"il faut" désormais "faire du chiffre: 25.000" sans-papiers viré(e)s, "objectif de l'année pour Brice Hortefeux" - même s'il faut en passer par l'incarcération de Léa (18 mois), de Kyrill (trois semaines) et de leurs parents.

Mais Pourquery est oublieux, quand il déplore le "silence", bien réel, de nos (courageux) médias, et demande, benoîtement: "(Sans) l'action des militants associatifs (...), qui saurait ce qui se passe et dirait qu'il est honteux de traiter ainsi des enfants de sans-papiers?"

Si Pourquery, boss adjoint à "Libération", jette un oeil à ce qui se passe autour de lui, dans son proche entourage professionnel, il va s'apercevoir qu'il y a, dans sa rédaction, des journalistes qui, en effet, ne lâchent pas du tout l'affaire - et qui, en effet, rendent compte, régulièrement, dans les pages de leur canard, c'est tellement rare qu'il faut quand même le souligner, des ravages que fait la persécution des sans-papiers.

Mais Pourquery va aussi tomber sur Laurent Joffrin, qui est le grand patron (barbichu) de "Libération", et qui par conséquent pourrait mener jour après jour de rudes campagnes, pour dénoncer à la une ce qui se passe dans les rues du "pays qui donne volontiers des leçons de droits de l'homme à la terre entière".

Est-ce le cas?

Certes pas.

Laurent Joffrin, que l'on sache, n'a pas lancé de pétition contre la chasse à l'enfant.

Laurent Joffrin, que l'on sache, n'a pas organisé à Paris la moindre petite sauterie, pour appeler entre ami(e)s, et entre deux coupes de champagne, à l'arrêt de la chasse à l'enfant.

Laurent Joffrin, par contre, a pétitionné, avec son vieux complice des justes combats moraux, je veux parler de Philippe Val, grand patron de "Charlie Hebdo", "contre les tests ADN".

Ensemble, Philippe et Laurent ont organisé à Paris une sauterie au Zénith, où l'on fustigea crânement, en buvant du champagne, l"amendement sur les tests ADN" - et certes, c'était courageux, car il faut de l'audace pour oser braver le régime à grands coups de Moët & Chandon.

Dans le même temps, cependant, Philippe Val, répétant avec beaucoup d'application la sévère mais juste leçon des nouveaux maîtres du pays, soulignait dans "Charlie Hebdo" qu'il fallait (vitement): "Trouver les moyens de maîtriser l'immigration".

Et Laurent Joffrin, il va de soi, n'y trouvait rien à redire, ayant lui-même théorisé, peu de temps auparavant, dans un burlesque livre(✭): "Il faut (...) briser un (...) tabou. Reconnaître d'abord que les mesures de contrôle de l'immigration s'imposent à tous dans un premier temps. Des mesures modérées, juridiquement encadrées, humaines et souples dans l'application, doublées d'une politique énergique de lutte contre les discriminations. Mais contraignantes néanmoins".

Nicolas Sarkozy et Brice Hortefeux, notez-le, ne disent pas autre chose.

Quand il brandit son intention de "maîtriser l'immigration", Nicolas Sarkozy dit, au mot près, la même chose que Philippe Val.

Quand il affirme qu'il sera "humain", certes, mais "ferme", Brice Hortefeux dit, au mot près, la même chose que Laurent Joffrin.

Mais dans les faits, bien sûr: c'est la fermeté qui l'emporte, et Léa, 18 mois, se met à pleurer dans la salle du tribunal.

Nicolas Sarkozy: "Parce qu'on ne fait pas d'omelette sans casser des oeufs, mâme Dupont, y a des gens qui me disent que je fais incarcérer des enfants, mâme Dupont, mais qu'entendrais-je si je ne le faisais pas!"

C'est tout simple: tant que des gens comme Philippe Val et Laurent Joffrin continueront à dire tout haut ce que le régime dit tout haut?

Tant que des gens comme Philippe Val et Laurent Joffrin continueront à répéter (au mot près) qu'il faut une maîtrise de l'immigration humaine mais contraignante?

Ben cherchez pas: y aura des enfants dans les commissariats, dans les centres de rétention, dans les salles des tribunaux.

(Ou si l'"humanité" serait de n'incarcérer que les parents?)

Tant que des gens comme Philippe Val et Laurent Joffrin continueront à nous vendre l'immigration comme un "problème", comme la promesse d'une (coûteuse) invasion, coco, Léa, 18 mois, se mettra soudain à pleurer dans la salle du tribunal.

C'est vachement bien, en somme, quand on est Didier Pourquery, de fustiger le "silence" complice des médias, quand des enfants sont traqués.

Mais tant qu'il y aura des éditorialistes barbichus pour exiger avec Sarkozy "que les mesures de contrôle de l'immigration s'imposent à tous", faudra plus venir geindre, sur un mode assez faux-derche, qu'elles s'imposent vraiment à tou(te)s - et à Léa, et à Kyrill.




(✭) "La gauche Bécassine", Robert Laffont, 2007.

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