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09/11/2007

Mordre Et Tenir

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Valérie Pécresse, ministre UMP de l'Enseignement supérieur, l'a très gravement énoncé hier: ces grèves, dans les facs?

C'est "politique".

Ces "blocages", dans les facs?

"Sont d'abord politiques".

Elle a dit ça, vous savez, avec cette mine un peu exaspérée, en même temps que pincée, qu'elle a souvent - parce que bien sûr, Valérie Pécresse, elle, ne fait pas de "politique", pensez-vous: quand elle planifie la privatisation de l'enseignement supérieur, ce n'est pas du tout "politique", ah non alors, fi donc, l'affreux mot - c'est de la modernité funky.

Dans le discours démagogique de Valérie Pécresse, un blocage "politique", c'est quelque chose de sale, de vaguement répugnant, à mi-chemin entre les deux salissures qui jonchent les trottoirs de Paris: les clochards, et les selles du petit chienchien à son pépère qui le matin fait ses besoins devant les pas des passant(e)s.

Mais du haut de son dégoût, et de la répulsion que ce mot lui inspire si manifestement, Valérie Pécresse a rigoureusement raison: l'étincelle qui ces jours-ci met le feu à toutes les facs est, en effet, politique.

Les grévistes qui lèvent bien haut le majeur vers le gouvernement signifient par ce geste qu'ils n'ont pas (du tout) l'intention de rester sans réagir pendant que le régime essaie de leur grignoter le service public - oui, da, c'est politique, et même, tiens-toi bien: idéologique.
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C'est ce qui est, au fond, ravissant, au début d'un mois de novembre qui porte, reconnaissons-le, beaucoup de nos espoirs de révolte: chacun(e) se retrouve à sa place, la poudre aux yeux des six derniers mois se dissout enfin, et qu'est-ce qu'on découvre, juste là, juste derrière "l'ouverture" (et autres foutages de gueule de gros niveau)?

La droite au garde à vous, haineuse et revancharde - qui enserre le pays dans un brutal étau idéologique, mais qui tord la bouche dès qu'elle entend parler de "politique".

On revient aux fondamentaux, comme dit l'autre: on a en face de nous un régime qui cherche et trouve son inspiration dans le règne dégueulasse de la triste Maggie Thatcher, un régime qui baisse rapidement culotte et se retrouve le cul à l'air devant le petit patronat des ports de pêche de la Bretagne, mais qui pour autant prévient que jamais il n'hésitera, contre la gueusaille estudiantine (et bientôt salariale), à faire donner la troupe - quitte à détourner quelques mâles fonctionnaires de leur mission première, qui est comme on sait de chasser les sans-papiers.

On a en face de nous la même camarilla qui a toujours léché de près le fondement des puissants et matraqué les misérables - sous les applaudissements nourris du Parti de la presse et de l'argent: si tu n'as pas lu dans "Le Point" de la semaine l'éditorial de Claude Imbert et la tribune de Jacques Marseille, tu ne peux pas vraiment savoir ce qu'est la haine de classe(s).

Imbert: "Que la grève et la rue abolissent une réforme approuvée par le vote, c'est le but proclamé des grévistes de novembre. Qu'ainsi la démocratie française soit violentée dans un principe essentiel, c'est la vérité toute nue que les politiques font semblant d'ignorer".

Marseille: "Le mardi 13 novembre et les jours qui suivront seront décisifs. Soit ce mardi marquera le premier jour de l'an I d'une République nouvelle plus équitable et plus solidaire. Soit il sera le jour de grisaille d'une société d'ancien régime où la "rue", comme ils disent, aura imposé sa loi, non pas seulement à un gouvernement légitime, mais aussi, et surtout, à une majorité écrasante de Français littéralement abasourdis, sinon indignés, par une telle coalition d'égoïsmes".

(Jeu: dans ces deux phrases de Jacques Marseille, Jacques Marseille a glissé 429 gros mensonges - sauras-tu les retrouver?)

Les mêmes, qui depuis six mois sautent à pieds joints sur tout ce qui pourrait de près ou de loin ressembler à de la démocratie.

Les mêmes, qui par exemple nous laissent le choix entre fermer notre gueule et fermer notre gueule, quand ils confectionnent de jolis paquets fiscaux pour leurs ami(e)s riches, et quand ils s'augmentent la rémunération de 172 %.

Vomissent aujourd'hui, plus c'est gros, plus ça passe, que "la rue", quand elle interrompt ces noces perpétuelles du fric et du pognon, menace la démocratie.

C'est commode: ça permet, par avance, de justifier la répression policière qui, n'en doutons pas, va s'abattre sur "la rue", si "la rue" fait trop de "politique" - ainsi que dit Pécresse.

(Mais ça, n'est-ce pas, ce n'est pas du tout idéologique, allons, allons, qu'allez-vous encore imaginer.)

C'est comme ça, aussi, que les démocraties finissent: quand "la rue" est, d'avance, jugée, condamnée, réprimée.

Dès lors, quand t'es "la rue", tu n'as plus guère le choix que de mordre, et tenir.

Mordre.

Et tenir.

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