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11/11/2007

Grèves: Le Gouverne Ment

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François Fillon le révèle dans le "Journal du Dimanche" (aka le "JDD") ce matin: le régime, (pres)sentant que l'automne sera décidément chaud pour sa gueule, use, pour se protéger, d'un artifice dont naguère (et toutes choses égales par ailleurs) le stalinisme abusa: le procès d'intention.

Bien sûr, François Fillon ne le dit pas aussi nettement.

Faut pas non plus rêver.

Mais à la question: "A propos du malaise dans les universités, peut-on se contenter de dire, comme certains, que c'est politique?"

François Fillon répond: "Je ne fais pas de procès d'intention".

Or, qui a dit que le mouvement étudiant était "politique"?

C'est Valérie Pécresse, ministre UMP de l'Enseignement supérieur.

François Fillon, par conséquent, nous révèle ce matin, mais reconnaissons que ce n'est pas vraiment une révélation, que Valérie Pécresse fait aux grévistes des facs un (laid) procès d'intention.

Merci, François Fillon.

Ne pas trop se réjouir, toutefois: au-delà de cet accès de sincérité, François Fillon lui-même ne se prive (certes) pas de substituer à la réalité (où la rue prépare des lendemains déchanteurs à ceux qui, l'éreintant, s'augmentent cependant le salaire de, non plus 140 %, non plus 172 %, mais 209 %) une réalité-bis où tout va très, très bien, madame la marquiiiiise.

Par exemple, François Fillon proclame, avec la mâle assurance du gars qui a de longue date pris le pli de considérer les sondages (qui mentent) comme l'alpha et l'omega de la vérité révélée: "Je sais qu'une majorité de Français souhaitent que la France soit modernisée".

(Je peux me tromper, mais je crois me rappeler que ce magnifique morceau de langue de bois est au mot près celui que nous interpréta en 2005 le crâne Alain Juppé, juste avant que ne lui pète à la gueule un automne qui le fit, si mes souvenirs sont bons, vaciller dans ses bottes.)

François Fillon déclare aussi, à propos de sa "réforme" des retraites: "Nous avons été le plus loin possible dans les discussions avec les salariés".

François Fillon ajoute: "Ils savent que le statu quo n'est plus possible".

Deux phrases: deux bobards.

On a beau être habitués: ça récure.

D'abord, "les salariés" ne se sont pas laissés prendre à l'épaisse propagande que nous vendent le gouvernement et ses journaleux de chevet, et "savent" qu'il y a (évidemment) d'autres moyens de sauver les retraites que celui que Nicolas Sarkozy leur impose, et qui est de leur serrer la ceinture pendant que lui-même se la desserre de 209 %.

Mais ces moyens supposeraient que le patronat mette (un peu) la main à la poche: c'est pour ça que le régime et ses fidèles médias lécheurs ont si soigneusement occulté ce facile sauvetage des retraites.

D'autre part, deuxième bobard, le gouvernement n'a pas (du tout) "été le plus loin possible dans les discussions avec les salariés".

Cette légende, complaisamment colportée par la presse couchée, permet, certes, à François Fillon de se poser en homme ouvert au dialogue au nez de qui des syndicats rouges auraient brutalement claqué la porte des négociations, et de nous préparer à l'idée, mensongère, que le gouvernement aura vraiment tout fait pour maintenir un lien de paix avec les manifestants, avant que de leur dépêcher la troupe.

Mais dans la vraie vie?

Le boss de la CGT, Bernard Thibault, vient de proposer à Xavier Bertrand, ministre du Travail, une réunion "entre les syndicats, le gouvernement et les entreprises concernées par la réforme des régimes spéciaux".

Et Xavier Bertrand a refusé.

Bernard Thibault a donc parfaitement raison, quand il déclare, dans le "JDD" ce matin: "J'ai maintenant la conviction que le gouvernement veut le conflit pour l'exemple".

C'est, en effet, une évidence - qui nous apparaît jour après jour pour ce qu'elle est.

Le régime, lancé dans une guerre de classe(s) de grosse intensité (cependant que son chef se grossit le salaire de 209 %), fait le pari que le salariat cèdera ici et maintenant devant Sarkozy comme il a cédé ailleurs et naguère devant l'ignoble dévoreuse connue sous le nom de Maggie Thatcher.

Mais ce n'est pas du tout ce qui va se passer.

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