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13/11/2007

J'Aime Ramer, C*******

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"Galère", au singulier.

"Galères", avec un "s".

Le mot revient ces jours-ci en boucle, dans les journaux, à la télé, sous la plume et dans la bouche des grotesques pitres qui prétendent nous informer.

Les grèves sont des "galères", nous disent-ils, et nous ne faisons plus guère attention à ce que véhicule ce minable clicheton - mais la fonction de ce mot, "galère", est de nous suggérer que les grévistes sont de sinistres gardes-chiourmes, qui vont sous le fouet nous enchaîner à nos bancs de nage.

(Salauds de grévistes: les journaleux couchés n'ont pas fini de leur faire payer l'instinct de liberté qui, par contraste, révèle si crûment leur propre soumission aux pouvoirs qui les tiennent.)

Ca fait plusieurs jours, par exemple, que France 2, à 20 heures, et alors même, c'est ce qui est nouveau, que nulle grève n'a commencé, (nous) balance de la "galère" à toutes les sauces, et du galérien par anticipation: l'autre soir, par exemple, je vous jure que je n'invente rien, France 2 suivait sur un marché une brave petite mâme qui achetait quelques primeurs - et le commentaire nous révélait, j'ai failli péter ma télé, qu'elle "faisait le plein de vitamines, avant une semaine difficile"...

Hhhhh...

(Je sais que ça exige des nerfs d'acier, mais il faut, en temps de grèves, s'infliger ne serait-ce qu'un peu de l'épreuve des "20 heures", pour bien deviner que même aux heures les plus rouges du stalinisme, la télé soviétique devait parfois se montrer moins veule.)

Ce matin, autre exemple, non moins goûtu, "Le Parisien" barre sa une de ce (très) gros titre: "Grève: comment éviter la galère".

C'est un gigantesque moment de journalisme, où on ne nous conseille pas (encore) de stocker des réserves de sucre en prévision de temps difficiles, mais où fleurissent d'avisées recommandations ("penser au taxi-moto, investir dans une bicyclette, trouver une nounou sur Internet, partager sa voiture ou celle d'un autre"), et où, naturellement, investigation oblige, de futurs galériens partagent leurs petites astuces:

"Lever à 4 heures".

"Je partirai beaucoup plus tôt pour attraper le train".

"Une seule solution, la marche".

(Hhhhh...)

Par avance, on devine ce que les mêmes hurleront dans les prochains jours, honte à vous, grévistes, libérez-nous, grévistes, et que fait le gouvernement, et va-t-il oui ou non faire donner la troupe contre les preneurs d'otages?

Nulle part on ne trouve, ça va de soi mais ça va encore mieux en le disant, la moindre fausse note, favorable au "mouvement social", dans cet ahurissant catalogue de la débrouillardise anti-grèves.

Nulle part il n'est question de celles et ceux que ravit ce que "Libé" ce matin appelle "une semaine cauchemardesque" - et qui pourtant sont des millions.

Nulle part évidemment il n'est dit, ça va de soi mais ça va encore mieux en le soulignant, que dans cette affaire les véritables galériens sont les salarié(e)s que le régime veut enchaîner à des pensions rognées - cependant que son chef s'élargit l'émolument de presque 210 %.

J'aime ramer, c*******.




Mise à jour, 13.11.2007, 11.25.
Nouvelobs.com annonce l'heureuse nouvelle que le régime n'a pas (du tout) l'intention de laisser dans leur "galère" les carabins "anti-blocages" dont les médias nous narrent depuis quelques jours le calvaire: "Universités: les CRS délogent les grévistes de Nanterre à coups de matraque. Environ 150 étudiants bloquaient l'entrée de l'université depuis ce matin suite à un vote, hier, en assemblée générale. Les forces de l'ordre les ont violemment évacués vers 10h."
(Le mot important, ici, est "vote".)

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