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24/11/2007

Big Sarko Is Watching You (Sauf Si Tu T'Appelles Denis Gautier-Sauvagnac, Auquel Cas Big Sarko Is Watching Ailleurs)

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Ca fait 202 jours que Sarkozy est au(x) pouvoir(s), et dorénavant le culte halluciné de sa personnalité se donne sans complexe pour ce qu'il est: "Nicolas Sarkozy peut tout faire" (1), nous explique-t-on à la "faveur" de son voyage en Chine, où Rama Yade, secrétaire d'Etat aux droits de l'homme, ne l'accompagne pas (2).

"Le président n'a pas besoin de Rama pour parler des droits de l'homme, pas plus qu'il n'a besoin de Barnier pour parler d'agriculture ou de Lagarde pour parler d'économie", assure David Martinon, porte-parole de l'Elysée.

Le chef de l'Etat n'a que faire, en somme, d'un gouvernement dont les ministres ne lui sont d'aucune espèce d'utilité.

Omnipotent, omniscient, le chef de l'Etat est quelque chose comme un Big Sarko survitaminé qui sait tout et peut tout.

C'est son porte-parole qui l'affirme désormais à haute et intelligible voix, sans que nul(le) ne s'offusque vraiment de cet ahurissant délire: il est vrai qu'une respectueuse retenue semble être la règle, sur les sujets qui pourraient affaiblir le culte halluciné de la personnalité de Sarkozy.

On sait, par exemple, "Marianne" le révèle ce matin mais l'information est connue depuis le début de l'après-midi d'hier, que, dans l'affaire de l'Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM), Sarkozy a été informé dès 2004, "quand il était ministre des Finances", des "retraits suspects effectués par Denis Gautier-Sauvagnac" dans les caisses de cette organisation patronale (3).

Retraits qui "se montaient, selon "Marianne", à 700.000 euros en 2000, 900.000 euros en 2001, 700.000 euros en 2002, 600.000 euros en 2003 et 300.000 euros de janvier à mai 2004".

(Voilà des sommes (en liquide) qui nous changent agréablement, n'est-ce pas, des minables salaires des privilégié(e)s de la fonction publique...)

Il faut le répéter lentement, pour bien se pénétrer de ce que ça induit: Sarkozy, l'omnipotent, l'omniscient, a été informé dès 2004, par "le service d'enquête du ministère des Finances", d'une affaire où "Denis Gautier-Sauvagnac (...) se promenait régulièrement avec des mallettes d'argent liquide provenant d'une mystérieuse caisse noire dotée de plus de 600 millions, alors que le budget annuel du MEDEF ne dépasse pas 32 millions d'euros" (4).

Et qu'a-t-il fait, à ce moment-là?

Qu'a-t-il fait, cet homme qui "peut tout faire", et qui nous a promis, à mainte et mainte reprise, que son règne serait celui, aussi, de la "transparence"?

Il a "empêché la justice de travailler sur la caisse noire de l'UIMM", explique "Marianne".

Il a tout simplement "voulu enterrer l'affaire".

Hein???

Quoi???

Le même crâne chef de l'Etat, qui régulièrement réclame pour la gueusaille (surtout quand elle n'a pas de papiers) d'impitoyables châtiments, a regardé ailleurs, quand on lui a signalé que des patrons faisaient grave du black et se baladaient avec des liasses de 900.000 euros?

Voilà exactement ce que j'appelle une info sensationnelle.

Une info qui, par conséquent, devrait faire sensation, et être partout reprise, partout affichée, partout proclamée.

Or: dans la presse du jour?

Pas un mot.

Pas un entrefilet.

Rien.

Silence de mort.

Dans "Libération"?

Pas un mot (5).

Dans "Le Monde"?

Pas un mot.

(Et nous verrons plus bas le cas du "Parisien".)

On a beau savoir que nos médias sont un banc de moules avariées: ça estomaque.

Mais ça confirme, on le soupçonnait, que la presse n'informe pas: elle forme.

La presse forme la molle masse des moutons qui, à Sarkozy, ne diront jamais non.

La presse est là pour filtrer notre information, pour décider, jour après jour, de ce que nous saurons, et de ce qui sera tu.

La presse est là pour nous gaver de menteries sur les grèves - c'est ce qui vient de se passer pendant 15 jours, va faire un tour chez Acrimed si tu cherches des preuves (6).

La presse est là pour nous gaver de précisions à la con sur le coût des grèves - genre "100 millions d'euros" à la SNCF, c'est la SNCF qui le dit, c'est pas non plus comme si on allait vérifier.

(Pauvre SNCF, salauds de grévistes.)

La presse est là, aussi, pour nous gaver de l'assurance que les pauvres nusagers pris en notages pendant les grèves seront dûment dédommagés - et que "la SNCF et la RATP consacreront plusieurs dizaines de millions d'euros à ces indemnisations" (7).

(J'ai même entendu l'autre jour, à la télé (je crois), un misérable journaleux qui regrettait pour ainsi dire que la SNCF ne rembourse ni les taxis, ni les nuits à l'hôtel des pauvres nusagers-notages...)

Mais la presse ne nous dit pas, ou en tout petits caractères, que les grévistes vont perdre ce mois-ci plusieurs centaines d'euros, et que du coup, pour eux, "ça va être dur pour Noël", et que du coup, pour eux, "les cadeaux ne seront pas aussi beaux que d'habitude" (7) - parce que, bien évidemment, l'admirable Bernard Thibault, dont "Le Monde" lèche le fondement avec beaucoup de frénésie (saluant très bas les merveilleux "galons de réformiste" qu'il vient de se gagner), a brisé la grève en oubliant soigneusement de réclamer que soient payés les jours de grève.

(Alors que moi, n'est-ce pas: je n'ai rien à foutre que les nusagers-notages soient dédommagés, je les emmerde, ces pauvres noeuds gavés de jités (8) - mais j'aimerais assez que les "dizaines de millions d'euros" de ce dédommagement soient versés aux grévistes.)

Et la presse ne nous dit pas, non plus (même pas en petits caractères, pour le coup), que Nicolas Sarkozy a "empêché la justice de travailler sur la caisse noire de l'UIMM".

(600 millions d'euros pourtant: ça fait de quoi sauver quelques régimes spéciaux, pas vrai?)

Les journaleux, laquais serviles du régime, trient l'info - et suppriment de notre paysage (médiatique) tout ce qui pourrait nuire au culte halluciné de la personnalité de Sarkozy.

Christine Lagarde nous a prévenu(e)s: "Il faut arrêter de penser".

(Du moins était-ce dit sans fard.)

Et en effet, le régime et ses valets de la presse ne veulent pas que tu penses.

Et en effet, le régime et ses valets de la presse ne veulent pas que tu formules des critiques - sauf contre les grèves, sous leur encadrement.

Ils préfèrent que tu consommes.

Cessez de penser: consommez!

("La montée en puissance de (...) l'idéologie de la consommation (...) constitue une part importante de ce que Noam Chomsky a appelé "la manufacture du consentement": l'acceptation de l'ordre social (...) est désormais assurée moins par la répression que par la séduction. (...) Une batterie de moyens sont mis en oeuvre pour entretenir une ardeur (...) consumériste (...) indispensable à la bonne marche du sysème (...)" (9).)

Tu crois que j'en rajoute?

Mais comme je disais on sait depuis le début de l'après-midi d'hier que Sarkozy a "voulu enterrer l'affaire" de l'UIMM - et vois plutôt ce que "Le Parisien", qui ne dit mot de cette info sensationnelle, préfère mettre ce matin à la une:

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C'est tellement simple, au fond.

Si nos médias cessaient de mentir, et nous entretenaient un peu de ce qui se passe dans la vraie vie, nous pourrions penser à des trucs un peu énervants.

Nous pourrions observer qu'"au détour d'un amendement du projet de loi de finances 2008, les députés ont adopté, vendredi 16 novembre 2007, la suppression en France de l'impôt de Bourse", qui "portait sur les principales transactions boursières: régressif, il taxait les transactions à 0,3 % lorsqu'elles étaient inférieures à 153.000 euros, puis à 0,15 % au-dessus de ce seuil" (10).

Nous pourrions observer que le régime vient aussi "de "réformer" la fiscalité des dividendes, histoire de permettre aux rentiers les plus gras de payer un impôt de seulement 18 %, contre 24 % auparavant" - ainsi que me le faisait remarquer ce matin mon camarade Olivier.

Nous pourrions nous étonner de ce que Laurence Parisot, au lieu que de se faire toute petite au moment où l'affaire de l'UIMM jette une lumière crue sur les pratiques du patronat, exige tranquillement l'abrogation de la durée légale du travail.

Nous pourrions réaliser, finalement, que ce régime de guerre de classe(s) n'a d'autre objectif que de prendre aux pauvres pour gaver les riches dont par ailleurs il couvre les turpitudes.

Et qui sait: nous pourrions, même, en prendre ombrage.

Mais "Le Parisien" préfère que nous pensions à Noël, et pousse même la servi(abi)lité, "alors que les catalogues de jouets s'arrachent", jusqu'à nous "aider à choisir les cadeaux pour les plus petits": c'est toujours ça, n'est-ce pas, que les enfants des cheminots grévistes n'auront pas.

(Et, tiens, agade comme le monde est petit: France 2 ouvre ce soir son jité en demandant à des passant(e)s, manifestement ravi(e)s de contribuer à ce pur moment d'obscénité, ce qu'ils vont demander au Père Noël...)

Dis, tu sens, comme ça pue?












(1) "Le Monde", samedi 24 novembre 2007.
(2) Car, n'est-ce pas: "L'Elysée espère conclure au cours de cette visite de trois jours d'importants contrats commerciaux" - et le régime qui vient de passer huit jours à nous répéter (par la voix notamment de Valérie Pécresse et de ses laquais de la presse) que les mouvements sociaux étaient manipulés par "l'extrême gauche" n'a aucune intention de fâcher les "communistes" chinois en les importunant avec un truc aussi bien-pensant que les droits de l'homme.
(3) "UIMM : le cabinet de Sarkozy a été informé en 2004", Nouvelobs.com, 23 novembre 2007, 16 heures 19.
(4) "Marianne", samedi 24 novembre 2007.
(5) Mais un encadré totalement grotesque, pour signaler que le chauffeur "d'un des directeurs généraux de l'UIMM" a raconté "les arrêts qu'il effectuait à la banque de la fédération nationale": entre deux infos de très inégale importance, "Libé" a donc choisi, avec de beaucoup de cautèle, celle qui n'allait pas nuire à la bonne réputation de Nicolas Sarkozy...
(6) www.acrimed.org
(7) "Le Parisien", samedi 24 novembre 2007.
(8) Oui, je suis un peu énervé.
(9) "Le moral des ménages", par Mona Chollet, dans "Manière de voir" n°96, décembre 2007: "La Fabrique du conformisme".
(10) http://www.france.attac.org/spip.php?article7817.

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