Avertir le modérateur

01/12/2007

War On Terror Dans Ta Banlieue Pourrie

Je ne sais pas si tu as noté comme le régime, ces jours-ci, en remet grave, dans ses mises en garde aux "délinquants" et autres "assassins" (1) des banlieues.

"Que des individus puissent tirer sur les forces de l'ordre, (...) je ne peux pas l'accepter (...): nous les retrouverons un par un", a promis le chef de l'Etat.

Or, n'est-ce pas: "Nous les retrouverons" aurait suffi.

Nul besoin, a priori, pour faire passer le message, de rajouter ce: "Un par un".

Et quand Frédéric Péchenard, directeur général de la police nationale, déclare (2): "Ceux qui ont tiré (3) seront impitoyablement poursuivis et arrêtés: il faut qu'ils sachent que même lorsque le calme sera revenu, on continuera à les chercher"?

Même remarque: "Ceux qui ont tiré seront impitoyablement poursuivis et arrêtés" suffisait à nous édifier.

Nul besoin, a priori, d'en rajouter - nous ne sommes tout de même pas si débiles, n'est-ce pas, que nous ne comprenions pas ce que signifie le mot: "Impitoyablement".

Or.

Cette espèce de surenchère dans le verbe gouvernemental a de récents précédents: elle rappelle, inévitablement, celles de Bush et Poutine, dans leurs "guerres aux terroristes".

Rappelez-vous George W. promettant, à l'automne 2001: "Nous les chercherons, nous les débusquerons, nous les fumerons".

(Et répétant, quatre ans plus tard: "Nous les trouverons, nous les jugerons et en même temps nous répandrons une idéologie d'espérance et de compassion qui l'emportera sur leur idéologie de haine" (3).)

2b3aaa307f9710a926a14381c99afc28.jpg


Rappelez-vous Poutine proclamant, sous le sceau de sa fine élégance de cosaque désinhibé: "Nous les buterons jusque dans les chiottes".

Là encore, n'est-ce pas, "nous les fumerons" et "nous les buterons" auraient suffi à nous informer des intentions de l'un et de l'autre.

Mais l'un et l'autre ont voulu en rajouter, en remettre, un peu comme si la vie était un scénario de western - et c'est, je crois, le même relâchement, qui est aujourd'hui à l'oeuvre dans le discours de nos gouvernants sur les banlieues.

Et je ne crois pas que ce soit complètement innocent.

Il y a quelques temps, apprenant, au soir de l'élection de Sarkozy, que pour l'occasion "plus de 3.000 policiers" seraient "déployés dans la région parisienne et plus particulièrement à Paris et dans les trois départements de la petite couronne, la Seine-Saint-Denis, le Val-de-Marne et les Hauts-de-Seine", on se moquait ici, toi et moi, de la boursouflure de ce dispositif (1) - et, déjà, on s'en inquiétait.

Or, d'évidence: tout est fait, en effet, comme nous le redoutions alors, pour nous préparer aujourd'hui à des opérations de "maintien de l'ordre" dans nos DOP-TOP (départements et territoires d'outre-périphérique) - façon quadrillons-les-djebels.

Hamé, chanteur de La Rumeur, que le régime n'aime pas (et que le régime voudrait un peu museler, dans l'indifférence de nos vaillants-défenseurs-de-la-liberté-d'expression), le souligne ce matin (6): "Ce qui a été peu relevé (dans le Val-d'Oise), c'est la militarisation croissante du mode d'intervention de la police".

Il ajoute: "A Villiers-le-Bel, c'était hallucinant".

Et de préciser: "Les hélicoptères et les drones ont été de sortie, les effectifs déployés renvoient à des états de siège".

Conclusion, évidente: "On passe de simples opérations de police à des opérations de type militaire".

De fait, "Le Figaro" mentionnait mercredi, sans que cela ne suscite la moindre stupéfaction: "Les hommes du RAID ont aussi été appelés en renfort avec pour objectif prioritaire la "neutralisation des tireurs". Munis de moyens vidéo nocturnes, les policiers d’élite ont pris position en différents points stratégiques".

Hélicoptères, drones, snipers: c'est tout le traditionnel arsenal des opérations de "guerre au terrorisme" qui désormais s'applique dans nos banlieues, sans que nous ne mesurions vraiment, je le crains, ce que ça représente - ce que ça révèle de la psychologie de ceux qui tiennent dorénavant le pays.

(Ivan Rioufol, bloc-noteur halluciné au "Figaro" (7), s'en réjouit pour sa part: il voit cette semaine, dans les "ghettos" banlieusards que ronge, dit-il, un "séparatisme ethnico-religieux", des "zones de combat" où "la police (a) sa place, voire l'armée".)

On sait que Sarkozy, pour justifier de ce tournant (guerrier plus que sécuritaire), use de l'argument que: "La réponse aux émeutes, ce n'est pas plus d'argent'.

Ce disant, naturellement, il nous prend, ce n'est certes pas la première (ni la dernière) fois, pour des neuneus oublieux de niveau 8 (sur l'échelle du neuneuisme oublieux), mais par exemple (parmi d'autres), et nonobstant cette permanente réécriture de la réalité, nous nous rappelons que la droite, sitôt que les agriculteurs qui lui font dans nos campagnes un soubassement électoral se livrent à de crânes déprédations, leur consent, plutôt que de les prévenir qu'ils seront poursuivis "même lorsque le calme sera revenu", à chaque fois "plus d'argent".

Nous nous rappelons que sous le règne décomplexé de Sarkozy, "la réponse" aux banlieues est moins d'argent pour les solidarités sociales, amputées cette années de 30 millions d'euros - mais "plus d'argent", tout de même, pour les drones et le tout-sécuritaire.

Nous nous rappelons que Sarkozy, qui nous annonce posément, sous les applaudissements nourris du "Figaro", qu'"il n'y a pas d'argent dans les caisses de l'Etat", est l'homme qui a récemment consenti à "2.398 contribuables, parmi les plus aisés", un très joli cadeau fiscal de "50.000 euros" - chacun (8).

La réponse du régime aux nanti(e)s est, à nos frais, de leur faire des cadeaux somptuaires qu'ils n'ont même pas (tou(te)s) demandés.

La réponse du régime aux banlieues (ainsi d'ailleurs qu'aux étudiants et lycéens qui manifestent) est de leur faire donner la troupe, au lieu que les moyens d'échapper à leur(s) misère(s).

Ce n'est bien sûr pas (du tout) une réponse de bon gros bon sens, genre fini "l'angélisme", comme Sarkozy voudrait nous le faire croire - puisque, répétons-le, cet homme sait trouver, quand il en a besoin pour des ami(e)s déjà muni(e)s, 15 milliards d'euros pour leur faire un "paquet fiscal".

C'est le signe que ce régime veut "guérir", plutôt que prévenir.

C'est le signe que ce régime ne s'épanouit que dans les confrontations nées de situations qu'il aura, très soigneusement laissé pourrir - en réaffirmant qu'il ne lâcherait pas un rond (9).

L'excitation des tensions, fût-ce par le refus maniaque d'envisager qu'elles puissent avoir des origines sociales, est une vieille stratégie de la droite - qui lui a toujours servi à libérer ses pulsions répressives.



Mise à jour, 21.30.
Ce soir, "Le Monde" observe, dans un (long) papier, que "les médias" ont été pris "comme cible à Villiers-le-Bel".
Hervé Chabalier, "PDG de l'agence Capa", lâche, tous fusibles fondus, que: "Le métier de journaliste a toujours été dangereux dans toutes les zones de conflit, quels qu'ils soient, car le journaliste est devenu une cible et parfois une monnaie d'échange".
(Hhhhh... Une "monnaie d'échange"...)
Villiers-le-Bel est donc moins éloigné de Bagdad qu'on ne pourrait le présumer sur la foi d'un rapide survol de la géographie mondiale, et d'ailleurs: "(Une) nouveauté de ces violences urbaines est l'apparition de "fixeurs" pour guider les journalistes dans ces zones sensibles de banlieue".
Certes, "jusqu'à maintenant, cette appellation était réservée aux accompagnateurs des envoyés spéciaux dans les zones de guerre, et particulièrement en Irak".
Mais le progrès fait rage, et dorénavant: "Connaisseurs du terrain et de ses habitants, ces "fixeurs" rémunérés servent aussi de chauffeurs et d'interprètes".
Non sans mordant, "Le Monde" observe que le Val d'Oise n'est cependant pas encore (complètement) l'Afghanistan, et que par exemple, "mardi 27 novembre", à Villiers-le-Bel, "autour des CRS, des gradés et des camions remplis de matériel, une centaine de journalistes français français et étrangers ont attendu, en vain, l'étincelle".
Des journalistes embedded, en quelque sorte.








(1) "Assassins": le mot est du patron de la police nationale, après les "violences urbaines" qui ont suivi la mort de Larami et Moushin, et je trouve ça plutôt intéressant, parce que d'après mon dictionnaire, un assassin est une "personne qui commet un meurtre avec préméditation ou guet-apens" - or, tout de même, que je sache, aucun meurtre n'a été commis à Villiers-le-Bel?
(2) Dans "Le Monde".
(3) Sur des policiers.
(4) Depuis, Bush n'a débusqué ni le mollah Omar, ni Ben Laden - mais il a trouvé Abou Ghraib.
(5) "War On Terror (En Seine-Saint-Denis)", billet du 6 mai 2007.
(6) Dans "Libération".
(7) "Le Figaro", 30 novembre 2007.
(8) http://vive-le-goulag.blogspot.com/2007/09/2400-clients.html
(9) Mais bien sûr, ils exciperont de leur "plan Marshall", qui prévoit pour des millions de banlieusards l'équivalent de ce qu'ils ont offert à une poignée de privilégié(e)s.

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu