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09/12/2007

La Déontologie, Coco, C'Est Comme L'Orthographe: Tu L'As, Ou Tu L'As Pas

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Cette semaine, dans "Marianne", il y a, en page 6, un de ces (nombreux) papiers, qui me révulsent, où des journaleux se (et te) donnent l'impression de réfléchir (un peu) à ce qui se passe dans nos banlieues, mais qui leur servent en réalité à klaxonner ce crâne message de Nicolas Sarkozy: "Quand on commence à expliquer l’inexplicable, c’est qu’on s’apprête à excuser l’inexcusable".

Ce papier a pour titre: "Ceux qui ne comprennent rien à la banlieue".

Tu lis ça, tu devines que, par contraste, son auteur, lui, a le sentiment d'avoir tout compris (à la banlieue), et tu vas voir: c'est du pesant.

Sa "démonstration", les guillemets sont de moi, tient dans peu de mots: de son point de vue, "la France" est "coupée en deux après le drame de Villiers-le-Bel".

(Foutre: l'hypothèse est courageuse.)

De son point de vue, il y a, d'une part, "à droite, ceux qui, par abus de langage, stigmatisent une "voyoucratie" qu'ils finissent par confondre avec la banlieue elle-même".

Et il y a, d'autre part, "à gauche", équité oblige, "ceux qui, aveuglés par leur grille de lecture à sens unique, ne jurent que par le déterminisme social et ne voient même pas qu'un seuil important a été franchi dans la violence des émeutes".

Ceux-là, nous explique notre expert ès-banlieue, "invoquent, pour tenter de justifier l'injustifiable (l'agression violente de policiers), le fait que les réfrigérateurs seraient vides, dans ces quartiers, bien avant la fin du mois".

(Je te prie de bien noter, ici, le conditionnel: nous avons là des réfrigérateurs qui "seraient" vides, mais ça reste à vérifier - rien ne prouve après tout que ces gens des cités pourries où le chômage explose ne planquent pas dans leurs caves, entre deux viols collectifs, de lourdes réserves de foie gras; ce n'est pas comme si mille enquêtes avaient documenté la paupérisation des ghettos banlieusards.

La déontologie, coco, c'est comme l'orthographe: tu l'as, ou tu l'as pas.

Et si tu l'as, tu mets du conditionnel à la déshérence de nos départements et territoires d'outre-périphérique, parce que bon, t'es pas du genre à gober tout cru ce que raconte la gueusaille des "quartiers", on sait comment ces gens-là sont, toujours à se plaindre, toujours à réclamer, toujours à se chercher de la culture de l'excuse - mais à moi, on ne me la fait pas.)

Et que je te dise: je veux bien tout ce qu'on veut, mais j'en ai quand même sévèrement ras le cul, de lire à chaque nouveau soulèvement des banlieues ces conneries sur la gauche qui essayerait de "justifier l'injustifiable".

Pour le dire autrement: j'aimerais assez que les journaleux qui nous servent jour après jour ce pérenne bobard nous disent enfin de qui exactement ils nous parlent, quand ils nous balancent long comme le bras, mais sans jamais citer de nom(s), "ceux qui (...) ne jurent que par le déterminisme social (...) pour tenter de justifier l'injustifiable".

Parce que dans la vraie vie, tu peux lire de (très) près tout ce qui à gauche s'écrit sur les banlieues: jamais tu ne verras un sociologue, par exemple, "justifier l'injustifiable".

Dans la vraie vie, Laurent Mucchielli, pour ne citer que lui, n'a jamais dit, que je sache: "Allez-y les p'tits gars, tirez sur la police!"

Dans la vraie vie, la gauche (et il va de soi que je ne parle pas ici du Parti "socialiste") ne justifie rien: elle cherche à expliquer, autrement que par le déterminisme (justement) "ethnico-religieux" cher aux penseurs de chevet de Nicolas Sarkozy, la réalité, complexe, de certaines banlieues.

Elle cherche, en somme, à se (et nous) donner les moyens de prévenir, plutôt que de guérir (par le déploiement de compagnies républicaines, et par l'amputation drastique des budgets dévolus à l'entretien des liens sociaux).

C'est ce qui précisément est insupportable aux journaleux dominants, et pour cause: depuis vingt ans (et plus), ils s'appliquent à nous injecter, à intervalle régulier, de la banlieue dangereuse, peuplée des classes du même nom - avec de temps en temps, c'est vrai, car l'équité oblige, le portrait, sur TF1, de Mouloud, qui a si bien réussi, nonobstant l'atavisme, à monter sa SARL au milieu d'une zone pourrie, et qui du coup trouve qu'en effet, les forces du Marché valent bien celles de l'esprit.

(Te dire à quel point j'adore ces histoires édifiantes où un jeune basané s'extrait de sa misère grâce aux mille vertus curatives de la libre entreprise.)

Alors évidemment, si les mêmes journaleux devaient soudain renoncer aux facilités de leurs papiers à deux balles sur la-dure-vie-des-keufs-du-fin-fond-de-la-Seine-Saint-Denis-confrontés-à-des-bandes-ethniques (1) pour enquêter plutôt sur ce qui fait que la vie est plus dure à Clichy-sous-Bois qu'à Neuilly, ça les traumatiserait - tu penses.

Dès lors, quand la gauche veut expliquer ce qui se passe dans le 93 autrement que par des clichetons à trois centimes, ils conviennent que oui, neffet, tout n'y est pas toujours tout rose, tout cette misère ma bonne dame - puis juste après ils invent que la gauche essaie de justifier l'injustifiable.

Le papier de "Marianne" est une caricature de cette fausse équité, bien faux-cul, où on t'explique, c'est vrai, que la droite abuse un peu quand elle réduit la banlieue aux voyous, mais que bon, soyons justes: la gauche aussi, exagère.

Fausse équité, parce que s'il est parfaitement vrai que la droite refuse obstinément de voir dans le soulèvement des banlieues la moindre "crise sociale", en revanche il n'est pas vrai (du tout) que la gauche voudrait "justifier l'injustifiable" - car dans la vraie vie, qui n'a certes pas grand chose à voir avec les mâles proclamations de Nicolas Sarkozy, expliquer n'est pas excuser, comprendre n'est pas justifier.

Mais ça, n'est-ce pas, nos journaleux font comme s'ils ne le comprenaient pas - ça les aide à maintenir le statu quo dans les banlieues, jusqu'à la prochaine émeute, où de nouveau ils te diront que tu n'as rien compris - et où derechef ils se dévoueront pour t'expliquer: "Alors tu vois, c'est simple, au fond: t'as la France qui est coupée en deux..."





(1) Dans "Le Point" de la semaine: "Violences urbaines: la grande peur des policiers".

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