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31/12/2007

L'Année Du Rat

Dans le calendrier noiche, 2008 sera, comme tu sais, l'année du rat.

Ca va nous changer de l'année de "l'homme aux rats" (1).

Je te (et nous) la souhaite bonne, à un point que t'imagines pas.

Je te (et nous) souhaite l'année de toutes les revanches.

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(1) Dixit Badiou.

Convivialité A Paris, "Ordre Moral" A Téhéran

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Dans "Libé", ce matin, à la page 2, l'éditorial (de Fabrice Rousselot) t'entretient, non du projet gouvernemental (d'inspiration parisotique) d'anéantissement de la durée légale du travail, qui doit évidemment ravir les réformistes barbichus, mais de l'interdiction de fumer dorénavant "dans les 200.000 cafés, restaurants, discothèques et hôtels de l'hexagone".

Ca dit que, "bien sûr, les craintes des petits buralistes et cafés de villages quant aux conséquences (de cette loi) sur leur chiffre d'affaires sont compréhensibles".

(Journal de gauche, "Libé" aime à compatir au (triste) sort du petit commerce rural.)

Mais que, pour autant, "les scènes annoncées de semi-émeutes d'accros de la cigarette mécontents (...) n'ont jamais eu lieu".

(Toi, je sais pas: moi, je n'ai jamais entendu parler de semi-émeutes annoncées, mais bon, passons.)

Et que: "D'ailleurs, (...) la majorité des fumeurs et non-fumeurs sont favorables à la fin de la cigarette dans les restaurants".

Car: "Chacun admet que la fumée reste une nuisance pour autrui".

Total: "Au final, la loi s'est appliquée sans (véritables) accrocs et sans (grands) éclats de voix".

Plus convivial, tu ne trouveras pas - sauf, éventuellement, une génuflexion de Jean-Marie Bi(te)gard devant un Autrichien passé du Vaterland au Vatican.

Dans l'art de parler pour ne (strictement) rien dire, tu l'auras noté, Fabrice Rousselot excelle - et je t'aurais naturellement épargné sa désolante péroraison, si, dans le même numéro de "Libé", mais à la page 8, un articulet ne signalait que: "En Iran, l'ordre moral s'attaque au tabac".

Imagine-toi que "les autorités de la République islamiste", lancées, nous dit "Libé", dans une de "leurs campagnes hygiénistes", ont carrément interdit le tabac dans les lieux publics - genre cafés, restaurants, discothèques, hôtels.

Ces foutus mollahs osent décidément tout: c'est pas en France qu'on verrait ça, foi de fille aînée de l'Eglise!

"Libé" en tire, sous la forme d'une question hyper-couillue, de type, tiens, prends-ça dans ta gueule, Sarkozy, la seule conclusion possible: "Quel meilleur moyen que la lutte anti-tabagique pour imposer l'ordre moral?"

Quel, en effet?

22/12/2007

Fidèle Ridet!

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Tu pensais, naïvement, que la soudaine irruption d'une chanteuse de variété(s) dans la proche proximité du chef de l'Etat français avait pour fonction première de nous faire vite oublier Kadhafi?

Je le croyais aussi, non moins naïvement.

Mais j'ai pour toi une triste nouvelle: nous avions tout faux.

Car, un homme (de bien) se lève et nous le révèle enfin: il n'y avait (absolument) rien de prémédité, dans cette apparition.

Cet homme, c'est un journaliste du "Monde": le fidèle (Philippe) Ridet.

(Un vieux dicton berrichon prétend que "dès que Sarko éprouve un souci un peu lourd, le fidèle Ridet lui porte un prompt secours": c'est pour ça que j'aime tant la poésie populaire de nos marches rurales.)

Dans "Le Monde", ce soir, le fidèle Ridet pose d'abord la question qui taraude l'humanité: "L'Elysée a-t-il volontairement intercalé la "séquence" Carla Bruni" entre la visite de Kadhafi à Paris et celle que le chef de l'Etat a rendue au pape Benoît XVI pour faire oublier les critiques virulentes provoquées par la présence du "Guide" libyen dans la capitale?"

Question à laquelle nous avons, toi et moi, répondu (naïvement) "oui", comme je disais.

Alors qu'il fallait, naturellement, répondre "non" - comme le démontre le fidèle Ridet (au terme d'une exceptionnelle investigation).

Ainsi: "Dans l'entourage de M. Sarkozy, on réfute tout soupçon d'avoir voulu chasser un cyclone médiatique par un autre".

C'est, déjà, un indice (très) important.

(Parce que si l'entourage de M. Sarkozy avait la moindre tendance à nous enfumer, on le saurait, depuis le temps, pas vrai?)

Mais ce n'est pas le seul.

En effet: "Les photographes présents sur le site de Disneyland Paris où M. Sarkozy s'est montré en compagnie de sa nouvelle amie, dimanche 16 décembre, démentent catégoriquement avoir été "incités" par l'Elysée à immortaliser cette scène".

Et je ne sais pas ce que tu en penses, mais de mon point de vue, quand des paparazzi, connus pour leur totale intransigeance déontologique, entérinent une réfutation élyséenne, ça nous fait quand même un solide faisceau de présomptions.

(Je t'avais prévenu(e) qu'on avait là une investigation de (très) gros niveau.)

Mais ce n'est pas tout.

Sherlock Ridet observe encore que: "Cette version d'un "scoop naturel" paraît confirmée à la lecture de "Paris Match" du 19 décembre, qui consacre au chef de l'Etat un reportage photo de seize pages réalisé par Bettina Rheims".

Car, tiens-toi bien: le "message implicite de ce reportage" est qu'"à l'approche des fêtes, le président de la République est un coeur à prendre".

C'est pas une preuve, ça, dis-moi?

Le fidèle Ridet, au terme de la rigoureuse enquête qui l'a mené de l'Elysée à "Paris Match", conclut, et comme on le comprend, que: "Dans ces circonstances, la "séquence" consacrée à l'apparition de Carla Bruni dans la vie du chef de l'Etat prend des allures d'un "accident" dans l'univers médiatique bien huilé du président de la République".

Elémentaire, mon cher Martinon.

D'ailleurs, "un proche du chef de l'Etat", évidemment impartial (comme source objective, on peut difficilement rêver mieux), le confirme au fidèle Ridet: "Il ne s'agit pas d'une mise en scène".

Tu as compris le principe de base: "Paris Match" confirme le message de l'Elysée, puis l'Elysée confirme le message de "Paris Match".

C'est rond, c'est chaud, c'est passionnant, et, n'est-ce pas: indépendamment de son extrême rigueur journalistique, ce genre de papier a ceci de commode qu'il fixe notre attention ailleurs que sur la guerre sociale que nous mène le gouvernement.

C'est toujours ça de pris.

"Badiou Compte Encore Parmi Ce Qu'Il Nous Reste De Plus Lucide"

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Alain Badiou (1): "Il y a en France une tradition particulière qui est l'exact symétrique de la France universelle des Lumières et des droits de l'homme. Face à la Révolution de 1789, aux mouvements ouvriers du XIXe siècle, au Front populaire, à la Résistance et à Mai 68, il existe un autre courant, droitier et conservateur, qui combine un certain nombre de traits. Ses aspects sont connus: présenter comme révolutionnaire une politique réactionnaire; valoriser les modèles étrangers en laissant croire que la France est en retard; désigner une minorité comme suspecte et proposer son contrôle et sa répression de manière énergique; enfin, montrer dans le passé un événement mauvais avec lequel il faut en finir. Mai 68 dans le cas de Sarkozy, le Front populaire pour Pétain. Cette tradition remonte en réalité à 1815, au moment où ceux qui avaient fui le pays à la Révolution sont revenus avec l'idée de la Contre-Révolution. Il existe depuis dans notre pays un conservatisme particulier qui apparaît régulièrement dans les moments de changements qui inquiètent. (...) J'appelle "pétainisme" ce courant dont le lien avec le sarkozysme est à mes yeux évident. (C'est un peu provocateur) et c'est voulu ainsi. Sarkozy est aussi l'homme d'une minorité revancharde qui instrumentalise la peur pour son intérêt. On a des indices de cette revanche: une droite enfin décomplexée clamant que c'est très bien d'être riche et considérant que ce qu'il y a à dire aux pauvres, c'est qu'ils travaillent plus pour l'être moins".

Alain Brossat (2): "Pour peu que l'on fasse abstraction de son insupportable séquelle d'adulateurs et de sa monomanie platonicienne appliquée notamment à la Révolution culturelle, Badiou compte encore parmi ce qu'il nous reste de plus lucide".




(1) Dans "Le Parisien" (!) de ce matin.
(2) "Politis" publie cette semaine un irrésistible pamphlet d'Alain Brossat: "Bouffon Imperator. Les Cent (premiers, hélas) Jours du Bouffon Morbide". Et tu vas, d'urgence, te le procurer. Ca va te coûter 3,50 euros, mais crois-moi: tu ne vas pas (du tout) les regretter.

El Pueblo Armado Jamas Sera Vencido

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Tel que tu (ne) me vois (pas), je rentre du concert de la (glorieuse) Brigada Flores Magon.

Dehors, c'est la grande porcherie versaillaise, chaque jour un peu plus dégueulasse - alors c'est bien de vérifier qu'il y a encore des zones où ses puanteurs n'entrent pas.

Des endroits pour ne pas oublier que notre jour viendra.

21/12/2007

Le Roi De La Caillasse

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Nicolas Sarkozy ose tout: c'est même à ça qu'on le reconnaît.

Durant qu'il était reçu par un musculeux pontife (ein, zwei, drei, nous irons aux fois), Nicolas Sarkozy a par exemple déclaré que: "'Dans ce monde obsédé par le confort matériel, la France a besoin de catholiques convaincus qui ne craignent pas d'affirmer ce qu'ils sont et ce en quoi ils croient".

Et moi, n'est-ce pas, je veux bien tout ce qu'on veut, mais si vraiment ce monde est obsédé par le confort matériel (1), alors Nicolas Sarkozy, defender of the faith, est quand même Obsédé 1er, roi de la grosse caillasse - qui se trimballe au poignet la quincaillerie horlogère des parvenus ostentatoires, agadez ça, les gueux, c'est du très gros pognon, très cher (c'est toujours ça que vous n'aurez pas); qui se sustente au Fouquet's et se détend chez les milliardaires (à moins que ce ne soit l'inverse); qui s'augmente le salaire en toute décomplexion.

(Je te laisse continuer: la liste est (presque) infinie.)

Pendant ce temps-là, tu notes: les files d'attente s'allongent aux soupes populaires - et dans les rues crèvent des SDF qui en effet se damneraient, maudits mécréants de merde, pour trois sous de matérialisme.

(Etc.)

Le simple fait que Benoït XVI laisse Nicolas Sarkozy lui débiter long comme le bras du clicheton à deux balles sur "ce monde obsédé par le confort matériel" sans lui rire au nez prouve bien qu'au Vatican deux tartuferies sommitales, de même cauteleuse onctuosité, se sont enfin trouvées: au grand bal du foutage de gueule, vous les verrez danser un slow, juste sous la boule à facettes.





(1) Et ce n'est bien sûr pas le cas, puisque aussi bien, dans la vraie vie, les trois quarts de la planète sont surtout obsédés par le souci de survivre un jour de plus.

20/12/2007

Tu Te Prépares A Te Farcir Les Tambours Du Burundi, Et Le Gars Se Met A Fredonner Qu'Il Ira Revoir Sa Normandie: Forcément, Ca Déstabilise

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T'as beau savoir que le pire, avec ces gens-là, est toujours à venir, t'as beau ne plus te faire la moindre illusion: y a quand même des fois où tu ploies soudain sous le poids d'un lourd accablement.

Exemple.

Brice Hortefeux, ministre de l'Immigration, "a fait" la semaine dernière "un tabac", devant "les membres (...) d'un réseau de promotion de la diversité dont fait notamment partie Rama Yade", en racontant ce cocassissime souvenir (1), je te jure que je n'invente rien: "Cet été, sur une aire d'autoroute, je rencontre cinq personnes noires. Comme elles ont l'air de me reconnaître, je vais vers elles pour les saluer et je leur demande: Vous êtes d'où? - De Caen - Oui d'accord, mais vous êtes d'où? - Ben... de Caen. Heureusement, j'ai compris à temps et je n'ai pas insisté. C'est là que j'ai compris toute la profondeur de ma mission".

(Hhhhh...)

C'est tout simple: nous avons là un homme qui ne peut tout simplement pas imaginer, quand il croise des "personnes noires", qu'elles soient originaires de Caen, Normandie - et non de l'exotique savane à zébus d'où montent au crépu crépuscule de sourdes mélopées nègres.

Quand il tombe sur des Keublas sur une aire d'autoroute, il cherche leurs sagaies du regard, et ça le déstabilise un peu de ne trouver que des livarots: dans son esprit, le Normand est un féroce guerrier à pointes, comme dans Astérix, ou un paysan de l'Eure, bien d'cheux nous mon Gaston - mais dans tous les cas, il est blanc.

Déjà, c'est ahurissant.

Mais le gars, loin de s'interroger sur ce que ça révèle de son paysage culturel, fait de sa petitesse de vues un motif de réjouissance pour fin(s) de banquet(s), genre j'en ai une bien bonne: je tombe sur l'oncle Tom, je lui demande comment va sa case, et le voilà qui me répond qu'il est contremaître à Saint-Lô, non mais, est-ce que tu imagines comment que ça m'a troué le c**?

(T'es là, tu te prépares à te farcir les tambours du Burundi, et le gars se met à fredonner qu'il ira revoir sa Normandie: forcément, ça épate.

Forcément, t'as les certitudes qui vacillent.)

Il va de soi que Brice Hortefeux, quand il croise des personnes blanches qui lui disent qu'elles viennent de Broutechoux-les-Barrières, ne leur demande pas, oui d'accord, mais vous venez d'où - histoire de vérifier si des fois elles n'auraient pas des origines afrikaners.

Le pire, cependant, est bien sûr le burlesque enseignement qu'il tire de sa méprise, quand il affirme, avec moulte componction: "C'est là que j'ai compris toute la profondeur de ma mission".

Mais il vient lui-même de confesser que son réflexe, quand il tombe sur un Noir, est de lui demander, hey, d'où viens-tu, étranger?

De fait, sa digne "mission" est de faire trier chez les visages noirs le bon grain (normand) de l'ivraie sans papiers: en les contrôlant au faciès, par exemple.

C'est vachement profond, en effet: c'est même vertigineux - et on comprend que ça fasse un tabac chez les promoteurs de la diversité.










(1) C'est "Le Canard enchaîné" qui le rapporte.

19/12/2007

Hugo Chavez, "Dictateur", Foule Aux Talonnettes La Démocratie Médiatique

Hugo Chavez.

L'infâme "caudillo".

Le "dictateur".

Le "bouffon" (1).

N'en finit plus décidément de fouler de ses talonnettes nos libertés - à commencer par celle(s), non négligeable(s), de la presse.

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Il est ainsi en train d'affermir son emprise (caudillique) sur la télévision d'Etat.

C'est "Libération" qui le souligne ce matin: "Hier, le conseil d'administration (CA) de France Télévisions a été le théâtre de pressions encore jamais vues, du moins au grand jour".

Le boss de France Télévisions, Patrick de Carolis, qui n'est certes pas un émeutier bolchevique, voulait nommer un certain François Guilbeau directeur général de France 2, en remplacement de Philippe Baudillon, qui avait démissionné la veille.

Or, surprise.

Juste avant le début du CA, Carolis "reçoit un coup de fil: Christine Albanel, ministre de la Culture et de la Communication" d'Hugo Chavez, "lui demande de surseoir à cette nomination".

Mais "Carolis refuse, expliquant que si la direction du navire (France 2) peut être décidée conjointement avec l'Etat actionnaire, c'est à lui de nommer l'équipage".

Le régime d'Hugo Chavez, naturellement, ne l'entend pas (du tout) de cette oreille: le gars est, rappelons-nous, un "caudillo", un "dictateur", un "bouffon".

Aussi, "lors du CA", Carolis, quand il annonce la nomination de François Guilbeau, est (grossièrement) interrompu par "Laurent Franceschini, qui représente l'Etat" chaviste "comme quatre autres administrateurs".

Et qui lui crache, en substance: "Christine Albanel vous a demandé de surseoir".

Puis "l'ingérence monte d'un ton", car Hugo le "caudillo" est de ces dictateurs qui osent vraiment tout: "Franceschini vient d'avoir" la présidence de la République au téléphone, "qui exige des représentants de l'Etat qu'ils s'abstiennent de voter pour Guilbeau".

Finalement, Guilbeau sera élu à une courte majorité.

Mais d'après "Libé", à la Présidence, "ils sont furieux" - et Carolis est "plus proche de la porte que de l'augmentation".

Hugo Chavez a la ferme intention de cadenasser à double tour la télévision d'Etat, et de sanctionner, durement, ceux qui se mettront en travers de sa route: je ne doute pas que la presse, qui ne lui passe rien, dénoncera ce gigantesque scandale.

("Le Monde" envisagerait même ce hardi bandeau: "Hugo, salaud, el pueblo unido finira par avoir ta peau".)




(1) Le mot est de Pascal Bruckner, dont le courage est grand.

18/12/2007

Sarkozy = Manouchian

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Dans le nouveau numéro de la burlesque revue "Médias", il y a, aux pages 90 à 97, une looo(ooo)oongue interview de Max Gallo, "historien, romancier, journaliste, chroniqueur, responsable politique, (...) élu récemment à l'Académie française", d'où ressort, notamment, que Nicolas Sarkozy est quelque chose comme le Missak Manouchian des années 2000.

Dans l'obscénité comme dans tout: passées les bornes, y a plus de limite(s).

Max Gallo part d'assez loin, pour nous révéler que Sarkozy est un FTP-MOI.

Max Gallo explique, d'abord: "Ce qui m'a frappé durant la campagne - et qui me frappe encore -, c'est la violence des attaques formulées à l'égard de Nicolas Sarkozy".

Max Gallo pense, particulièrement, aux attaques formulées par "Eric Besson, aujourd'hui secrétaire d'Etat, écrivant un petit pamphlet xénophobe contre Nicolas Sarkozy".

Naturellement, Eric Besson, dans la vraie vie, n'a pas du tout écrit de petit pamphlet xénophobe contre Nicolas Sarkozy.

Il a rédigé l'an dernier, pour le Parti "socialiste", une brochure consacrée aux inclinations bushophiles de Nicolas Sarkozy.

Mais dans cette brochure, Besson a dit que Sarkozy était "un néo-conservateur américain avec un passeport français".

Et ça, tu vois: Max Gallo "considère" que c'est "de la xénophobie subliminale".

(Hhhhh...)

Sacré Max Gallo.

A l'Académie française, il côtoie dans la joie et la bonne humeur l'excellente Hélène Carrère d'Encausse, qui trouve qu'il y a trop de Noirs polygames dans nos banlieues et qu'on devrait pouvoir compter librement les Noirs et les Juifs à la télé sans se laisser emmerder par les hooligans antiracistes - et qui se désole qu'on ne puisse pas tout dire sur la Seconde guerre mondiale.

(Qu'est-ce qu'on ne peut pas dire, sur la Seconde guerre mondiale?

C'est ce que la chère femme oublie de préciser.)

Mais rien de tout ça ne scandalise Max Gallo, qui n'a jamais considéré que c'était de la xénophobie - le gars est galant, ce n'est pas comme s'il avait l'intention d'empêcher une vieille dame de cracher son fiel.

En revanche, si tu dis que Nicolas Sarkozy a quelque chose en lui de Tennessee, alors là, oui, t'es carrément xénophobe.

Subliminal, certes.

Mais xénophobe.

Max Gallo, il va de soi, n'invente rien: la dernière fois que Max Gallo a développé une idée neuve, c'était juste avant Azincourt.

Un autre penseur de gros niveau a déjà considéré que la formule d'Eric Besson était "un lapsus fasciste": c'était, rappelle-toi, Finkielkraut.

Voilà deux "intellos" d'altitude que n'ont jamais offusqués les saillies salement islamophobes de Nicolas Sarkozy, et qui d'ailleurs sont étroitement spécialisés dans l'anti-antifascisme et l'anti-antiracisme compulsionnels, mais qui, tout d'un coup, se découvrent une fibre antifasciste et / ou antiraciste si tu as l'outrecuidance de relever que Nicolas Sarkozy aime serrer dans ses bras le Pinocchio de Washington (1).

Ce n'est bien sûr pas (du tout) anodin: ça leur permet de poser Nicolas Sarkozy, qui n'a cessé de flatter les pulsions xénophobes de son électorat, en victime du racisme.

Plus c'est gros, plus ça passe - car ces dignes clercs ont parfaitement retenu la rude leçon orwelienne de "1984", et s'emploient, de toutes leurs petites forces, à substituer leurs villages Potemkine à la réalité.

Max Gallo, par exemple, expose, très sérieusement, que les (mauvaises) gens qui ont lancé contre Nicolas Sarkozy de violentes attaques le considèrent comme "un usurpateur".

Max Gallo développe ce ravissant raisonnement: "Je crois que dans le comportement et dans l'attitude, plus ou moins consciente, d'un certain nombre de Français, hostiles à Nicolas Sarkozy pour de nombreuses raisons légitimes, la dimension supplémentaire, l'aigu de leur haine ou de leur ressentiment vient de ce que ce président n'est ni de Montboudif, ni de Cognac, ni de l'Auvergne".

Ca se précise, et tu commences à entrevoir que du point de vue de Max Gallo, si nous n'avons que peu de passion, toi et moi, pour le chef de l'Etat, c'est parce qu'au fond nous sommes un peu racistes.

Ah ben oui, me répondras-tu, mais moi, tu vois, justement, je ne suis pas du tout raciste.

Et je le crois bien volontiers - mais tu auras noté que le bon docteur Gallo, psychiatre amateur décidé à te faire du bien, a pris soin de préciser que ton racisme était "plus ou moins conscient".

Max Gallo, comme Alain Finkielkraut évoquant un "lapsus fasciste", savent très bien que s'ils s'en tiennent aux faits, à la réalité, leurs "démonstrations" apparaissent pour ce qu'elles sont: de sinistres foutages de gueule.

Dès lors, ils se penchent sur ton inconscient, pour te dire que tu es raciste même si tu n'es pas raciste - et que tu es, par exemple, antisémite.

Car, Max Gallo te l'explique avec beaucoup de componction: Nicolas Sarkozy "est un Hongrois, un peu juif de Salonique".

Par conséquent, si tu ne l'aimes pas, c'est bien la preuve que, fût-ce inconsciemment, tu n'aimes ni les Hongrois, ni les Juifs de Salonique - et que tu es donc un foutu xénophobe, et qu'il serait temps que tu ailles te faire soigner.

Il suffit de l'énoncer clairement, et tout devient plus simple - comme dans ces dictatures où le régime psychiatrise l'opposition: et ça permet, au passage, de taire que, dans la vraie vie, c'est un certain Nicolas Sarkozy, qui ne cesse de stigmatiser des "usurpateurs" - rappelle-toi les moutons et les baignoires.

Dès lors, Max Gallo peut finalement déclarer, en majesté, que Nicolas Sarkozy, qui a organisé la chasse aux sans-papiers, la traque, les mouchardages, les rafles, "aurait pu être sur une affiche rouge aux côtés de Rachida Dati, Fadela Amara et Rama Yade".

Après tout il est bien "normal" qu'après avoir annexé Guy Môquet, "ils" récupèrent aujourd'hui l'Affiche rouge - dans un effacement général des pudeurs et de la dignité: dans leur esprit, l'Histoire, fût-ce dans ses heures les plus noires, est manifestement devenue un grand crachoir.




(1) Evidemment, on pourrait, juste pour déconner deux minutes, adopter le point de vue de Finkie et Gallo - et relever que Sarkozy n'a eu de cesse (que) d'embaucher dans sa campagne, entre tous les "socialistes", précisément le xénophobe subliminal qui avait fait un lapsus fasciste...

17/12/2007

Rire Et Moustache

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1.
Edwy "Moustache" Plenel est comme tu sais en train de lancer avec d'autres fameux journaleux, comme Laurent Mauduit, et avec le soutien actif de Ségolène Royal (qui demande à ses fans de s'y abonner fissa, "au nom", il va de soi, du "pluralisme des médias") un site informatif de gros niveau.

MediaPart, c'est son nom, sera: "Le lieu d’une information de référence et d’une culture journalistique renouvelée".

Assure Edwy Plenel - qui précise: "L’information de référence se définit par quatre mots, trop oubliés : la qualité, l’indépendance, la pertinence, l’exclusivité".

(Personnellement, quand je lis ça, je bats frénétiquement des mains, car en effet je rêve d'une info de qualité, indépendante, pertinente, et (pourquoi pas) exclusive.)



2.
J'ouvre maintenant, à la page 36, le numéro 14 de la divertissante revue "Médias", paru à l'automne 2007.

Je tombe sur un (long) papier sur "Le Monde".

Son auteur, un certain Laurent d'Evron, inconnu au bataillon, nous entretenait de: "La chute de la maison Colombani".

Et nous livrait le: "Récit, de l'intérieur, d'une crise à répétition, de ses coups bas, de ses trahisons".

Une plongée fort bien documentée au coeur de l'époque, pénible, où "Le Monde" était dirigé par un fier triumvirat composé de Jean-Marie Colombani, d'Alain Minc, et d'Edwy Plenel.

Article solidement étayé, d'où ressortait, en substance, que "sous l'impulsion d'Edwy Plenel, le journal" avait affiché "un dynamisme et une pugnacité éditoriale" très admirables - mais que ces remarquables efforts s'étaient fracassés contre les manoeuvres douteuses d'Alain Minc.

Laurent d'Evron puisait, pour fonder sa démonstration, aux meilleures sources, puisqu'il citait notamment "un livre intitulé "Petits conseils" (Stock, 2007)", écrit par Laurent Mauduit, qui "apport(ait) de nombreux exemples" des vilenies de Minc.

Bon.



3.
Et maintenant, j'ouvre, à la page 5, le nouveau numéro (15) de "Médias".

Je tombe sur l'éditorial.

Et j'apprends que l'auteur de l'"article intitulé "La chute de la maison Colombani"" n'était pas du tout Laurent d'Evron - pour la simple et bonne raison que Laurent d'Evron n'existe pas: il s'agissait d'un pseudonyme.

Qui était alors le véritable rédacteur de ce long papier qui flattait Plenel et faisait la promotion d'un livre, sorti peu de temps auparavant, de Laurent Mauduit?

Il s'agissait, je te le donne en mille, de "Laurent Mauduit, ex-éditorialiste du "Monde"".

(Sans déconner: la vie est pleine de surprises, ou pas?)

C'est le même Laurent Mauduit qui participe aujourd'hui, avec Plenel (et le soutien actif de Ségolène Royal) au lancement de MediaPart: je ne doute pas quant à moi qu'il soit particulièrement bien placé, après avoir fait sous pseudo la promotion d'un de ses propres bouquins, pour nous délivrer au jour le jour une "information de référence".

Une information "de qualité".

Indépendante.

Pertinente.

Et au moins aussi exclusive qu'une pub de Laurent d'Evron pour un livre de Laurent Mauduit.

 
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