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15/01/2008

Une Expertise De "Libération": Alvaro Est Beau, Hugo Est Un Salaud

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Vendredi matin (11 janvier).

Au lendemain de la libération de mesdames Rojas et Gonzales.

Dans un éditorial de niveau 9, sur l'échelle d'Alexandre Adler.

Un géostratège de génie.

La mère de tous les gros experts ès-guérilla colombienne.

Je veux parler, tu l'auras deviné, du brillantissime François Sergent, de "Libération".

Ecrit: "Méfiance".

Oui: "Méfiance".

Car, certes, on ne peut "que se réjouir que ces deux femmes si longtemps enfermées et humiliées aient été libérées".

Certes.

Mais, pour autant, Sergent n'est pas né de la dernière pluie.

(Ni même de l'avant-dernière, maintenant que j'y pense.)

On ne la lui fait pas (du tout), à Sergent.

Les deux otages ont été libérées, mais il ne "faut pas pour autant croire à une soudaine conversion humaniste des FARC" - énonce-t-il, avec beaucoup de la docte gravité qui souvent signale qu'un journaleux n'a rien à dire.

Naturellement, dans la vraie vie, personne, à ce moment-là, ne croit le moins du monde à une soudaine conversion humaniste des FARC.

Mais ce minuscule détail ne gêne pas du tout Sergent: décidé à prêcher la défiance, il a, tu l'auras compris, un vif besoin de faire comme si l'humanité s'était soudain convertie au FARCisme.

Ca lui permet d'affirmer, du haut de sa légendaire expertise, qu'"il faut se méfier de ce geste des FARC accompli (...) avec la couverture politique du président Chavez".

D'un seul coup d'un seul, tout s'éclaire: Hugo Chavez et les FARC, main dans la main, conspirent.

Confirmation immédiate, signée Sergent: "Leur tactique est de faire" du président colombien, Alvaro Uribe, "le "méchant" de leur sinistre comédie".

Car: "Tant les FARC que Chavez" veulent "un affaiblissement" de ce bon Alvaro, et "une déstabilisation de son pays".

Du point de vue de "Libé", Hugo Chavez est un salaud, quand il échoue à délivrer les otages des FARC.

Mais, toujours du point de vue de "Libé", Hugo Chavez est un salaud, quand il délivre les otages des FARC.

Un esprit un peu simple pourrait en tirer l'idée que Chavez est, du point de vue de "Libé", un permanent salaud.

Par contraste, Uribe, vu par "Libé", a le profil du baby-sitter idéal.

Sergent te signale qu'Uribe, "deux fois élu, (...) a le soutien de son peuple".

Et tu vas me dire que dans la vraie vie, Chavez, également élu, a également le soutien de son peuple - mais faut que tu saches qu'à "Libé", ça marche pas comme ça.

Dans le même temps que "Libé" te rappelle avec beaucoup de méticulosité qu'Uribe a été démocratiquement élu, "Libé" oublie, avec le même soin, de te rappeler que Chavez a été aussi démocratiquement élu: c'est à ces petites manipulations que se reconnaissent les journaux de référence.

C'est d'ailleurs par ces mots que Sergent, toujours prêt à te remettre une deuxième couche, termine son papier: "Uribe, démocratiquement élu".

Alvaro est beau, Hugo est un salaud: le monde, vu par "Libération", est d'une simplicité qui ravit les enfants.

J'ouvre maintenant "Le Monde" (celui d'aujourd'hui), aux pages "Débats".

J'y trouve "quelques vérités sur Alvaro Uribe", que nous remémore un certain Nicolas Joxe.

Merci, Nicolas Joxe.

Il écrit - c'est un peu long, mais tu vas voir que ça vaut le coup: "(...) La violence politique qui ravage la Colombie ne se résume pas aux seules FARC. Depuis vingt ans, sous prétexte de lutter contre la guérilla, des milices paramilitaires d'extrême droite ont commis des crimes de masse contre la population. Ces derniers mois, des fosses communes ont été découvertes dans toutes les régions du pays. Le procureur général de Colombie a affirmé qu'elles pourraient contenir les restes de près de 10.000 civils assassinés par ces groupes paramilitaires".

Il écrit: "Les derniers rapports d'enquête d'Amnesty International, de Human Rights Watch ou de la FIDH montrent comment les forces de sécurité colombiennes ont encadré, coordonné, voire participé, aux massacres paramilitaires".

Il écrit: "Les paramilitaires ne se sont pas cantonnés à ce travail de répression, ils ont bâti une redoutable organisation mafieuse qui contrôle l'essentiel du trafic de cocaïne vers les Etats-Unis et l'Europe. En s'infiltrant dans l'appareil d'Etat, les paramilitaires ont pu faire prospérer leur trafic et généraliser le détournement de fonds publics grâce à la complicité d'une partie de la classe politique au pouvoir".

Il écrit (on y arrive): "La carrière du président Uibe est étroitement liée à cette expansion du narco-paramilitarisme. Dans un rapport de la DIA (Defense Inelligence Agency) datant de 1991, les services de renseignement militaire américains présentaient Alvaro Uribe, alors sénateur au Congrès, comme un "politicien collaborant avec le cartel de Pablo Escobar aux plus hauts niveaux du gouvernement". Quelques années plus tard, en tant que gouverneur de la région de Medellin, Alvaro Uribe autorise la formation de coopératives de sécurité privée servant en réalité de couverture légale à des groupes paramilitaires peuplés de tueurs de la mafia".

(Je suppose qu'il s'agit de ce que l'excellent Sergent appelle une "couverture politique"?)

Tu en veux encore?

"L'ancien chef des services de renseignement, un proche du président Uribe, est actuellement détenu pour sa collaboration active avec les paramilitaires. (...) Les paramilitaires ont joui du soutien de larges secteurs de la classe politique colombienne. Cette année, malgré les menaces, les juges de la Cour suprême ont ordonné l'arrestation de quatorze députés et sénateurs. Tous sont des proches du président Uribe. Ils sont accusés d'avoir truqué des scrutins électoraux, ordonné des assassinats et servi les intérêts des groupes paramilitaires depuis le Parlement".

Tu en veux encore?

"Depuis 2005, le président Uribe a tout mis en oeuvre pour parvenir à une amnistie générale des paramilitaires (...)".

C'est ce brave homme, ce modèle de vertu, que Sergent te vend comme un irréprochable démocrate - pas comme Hugo-le-salaud: dans la désinformation par omission, il est quand même assez difficile d'aller plus haut.

Nicolas Joxe (qui n'a certes pas les compétences des journaleux de "Libé") conclut: "Présenter la guérilla comme le "diable" et tenter de blanchir un président colombien compromis dans l'entreprise criminelle du paramilitarisme est quelque chose d'inacceptable".

Transmis à l'éditorialiste du vendredi.

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