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21/01/2008

Et On Se Dira, Merde Alors: Si J'Avais Su, J'Aurais Gueulu

Brice Hortefeux et son Chef Suprême veulent, comme tu sais, instaurer des quotas.

Des quotas laitiers?

Nenni.

Des quotas d'immigrés.

Ils souhaitent par conséquent appliquer à des êtres humains ce qui était jusque là réservé au blanc produit du pis de la vache: on ne saurait mieux démontrer que dans leur esprit l'immigré se réduit à une marchandise.

(C'est à ça que se reconnaît le décomplexé libéral, dans les siècles des siècles: il ne s'interdit pas de regarder l'humanité comme du bétail, il brise quotidiennement, à grands coups de calculatrice, d'archaïques tabous, et te signifie que si les hommes naissaient libres ou égaux en droits, et devaient le demeurer, ben ça se saurait, sans déconner - suffit pourtant de regarder autour de soi pour s'apercevoir qu'entre Laurence Parisot et Chulan Zhang Liu (défenestrée à Paris en septembre dernier) y a quand même quelques différences, alors quoi, c'est pas une preuve, ça, mâme Chabot?

Il appelle ça: faire preuve de réalisme, dans un monde écrasé par la bien-pensance marxiste-léniniste.)

Parce que n'est-ce pas: un immigré, ça va encore.

On le met sur chantier, on lui juche au crâne un casque siglé Je-Vends-du-temps-de-cerveau, et roule ma poule, on rit au MEDEF.

Mais, trois immigrés?

Ca commence à ressembler d'assez près à de la délinquance en réunion, genre ils se sont mis à plusieurs pour nous piquer nos allocs.

Il faut par conséquent maîtriser le cheptel exogène, ainsi que ne cessent de le souligner de hauts penseurs: je pense, notamment, à Philippe Val, de "Charlie Hebdo", et à Philippe Val, de France Inter.

Brice Hortefeux, quant à lui, formule ça en des termes un peu différents, mais qui veulent bien dire la même chos: "Il y a un principe fondateur, c'est que la France a le droit de choisir qui elle veut accueillir".

(Le décomplexé libéral s'identifie, aussi, à ce qu'il n'hésite jamais, plus c'est gros, plus ça passe, à te vendre sa lubie de la veille comme un "principe fondateur", au mépris absolu de toute vérité historique - c'est le b-a-ba de l'orwellisme conquérant, ça te prépare psychologiquement pour le jour où il t'annoncera que la pluie ne mouille pas et qu'après l'hiver vient l'automne, tu vas pas remettre en cause un "principe fondateur", ou si t'es vraiment stalinien?)

Bien sûr, un minuscule détail, mais trois fois rien je te rassure, une vétille, une misère, empêche encore Brice Hortefeux et son Chef Suprême de mettre à exécution leur projet quotique.

Ce détail, c'est notre Constitution - et "certains" de ses "principes", comme par exemple "celui de l'égalité des citoyens devant la loi"(1).

En démocratie, n'est-ce pas: si un ministre, fût-il de l'Immigration, devait choisir entre la pulsion prédatrice de son état-major et la défense de la Constitution, il n'hésiterait même pas une demi-seconde.

Là, au contraire: n'écoutant que son instinct cynégétique, le gars prévient, ni une ni deux, qu'il va de ce pas "modifier la Constitution" (1).

On a des couilles ça comme, et aucune intention de se laisser emmerder par des préceptes gauchistes rédigés sous Néanderthal par des coiffeuses peroxydées - mâme Chabot.

Tu noteras que ça devient chez ces mecs-là une espèce de manie: tous les trois matins, désormais, ils t'annoncent, comme une affligeante banalité, qu'ils vont modifier la Constitution.

Le mini-traité sarkozique se heurte à la Constitution?

Vazi que j'te la change, si y avait en face de moi autre chose que des paillassons, je dis pas que j'hésiterais pas, mais là, objectivement, y a que des "socialistes", alors pourquoi que je me gênerais?

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Mes quotas bétaillers se heurtent à la Constitution?

Vazi que je te la modifie, c'est pas non plus comme si j'avais l'intention de la respecter, non mais sans rire, mâââââme Chabot, où c'est qu'on va, si je dois aussi me plier à des lois communistes?

Je ne doute pas qu'un jour prochain, ils te diront qu'il faut modifier les principes constitutionnels qui empêchent l'investisseur de faire sur l'île de la Jatte des plues-values immobilières sans qu'aussitôt quelque bâtard journalistique joue les Rouletabille du pauvre.

On laisse faire ça, parce que personne, et surtout pas les "socialistes", occupés à se réformer, à se moderniser, à se greffer une langue plus élastique pour mieux, du patronat, lécher demain le cul, et naturellement à se placer en haut des listes municipales - personne, disais-je, ne nous dit que nous sommes, là, confrontés à une atteinte assez gravissime au socle même de notre (chère) démocratie.

On laisse faire ça: on laisse graver dans le marbre que non, finalement, tous les citoyens ne sont pas égaux devant la loi, ah ben non alors, mâme Chabot, et croyez-moi qu'on n'a pas fini d'en trouver de moins égaux que les autres, croyez-moi que la racaille se prépare des lendemains qui déchantent.

On laisse faire ça et en effet, un matin on se réveillera, et la Constitution, telle que nous la connaissons, si imparfaite qu'elle soit, ne sera plus qu'un lointain souvenir - et on se dira, putain de putain, si j'avais su j'aurais gueulu, j'aurais manifestu, mais n'est-ce pas: il sera bien tard.



(1) http://tempsreel.nouvelobs.com/

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