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23/02/2008

Nicolas Sarkozy Défie La Démocratie

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Là, tu vois: on devrait être des millions, à descendre dans la rue.

(Oui, oui: "Avant que tout ne soit perdu".)

On devrait être des millions, à hurler que, cette fois: ça y est.

On devrait être des millions à hurler que cette fois, c'est bon, que cette fois, on a compris qui on a en face de nous - et la nature exacte du RQESNVSE (régime qui étend sur nos vies son emprise).

On devrait être des millions, à occuper le pavé, à mordre, et à tenir.

Au lieu de quoi: on est là, comme des con(ne)s, comme des mollusques, moi devant mon clavier, toi devant ton écran, à se tripoter la nouille en rêvant de grands soirs et de petits matins qui chanteraient.

Un peu comme si, malgré tout, en dépit des signes évidents qui jour après jour s'accumulent, on avait encore du mal à réaliser que nous avons un gros.

Un.

Très.

Gros.

Problème.



Tu sais que le RQESNVSE vient de fabriquer une loi immonde, sur la "rétention de sûreté" - sur le modèle, surtout, de celle qui fut jadis promulguée en Allemagne par un certain Adolf Hitler, dont peu d'Occidentaux avaient jusqu'à présent osé convoquer le parrainage: mais c'est la rupture, coco, on a des couilles ça comme, on brise du tabou comme t'as pas idée, on va pas se laisser emmerder par les tarlouses peroxydées qui voudraient que l'on occultât, au prétexte que le gars était parfois un peu rugueux, les contributions décisives du chancelier du Reich à l'histoire des lois.

Tu sais, aussi, que le Conseil constitutionnel a censuré (oh, très mollement) une partie cette loi immonde - la rendant inapplicable avant une quinzaine d'années.

Tu devines que cette censure ne fait pas les affaires du chef de l'Etat français, qui a un (très) gros besoin, à quelques semaines d'une échéance municipale qui s'annonce pour son parti comme une branlée d'anthologie (et d'où par conséquent il va ressortir à poil), de se regagner, par sa coutumière démagogie (ultra-)sécuritaire, la confiance des faibles d'esprit qui pensent que tout de même, Germaine, c'est plutôt une bonne idée, comme disait le chancelier du Reich, de nettoyer le pays - au trou les irrécupérables, prison à vie pour ces bâtards, et crois-moi, Germaine, si ça tenait qu'à moi, je les décapiterais, ces putains d'enculés.

Aussi, et au motif, digne à l'excès, qu'il ne veut pas "laisser des monstres en liberté" (1), le chef de l'Etat français vient de charger le premier président de la Cour de cassation de lui "faire toutes les propositions" qui lui permettront de contourner l'avis du Conseil constitutionnel.

Or, "selon la constitution elle-même", comme le souligne Robert Badinter (qui n'est pas exactement Jules Bonnot), cet avis n'est pas contournable - sauf à contourner, aussi, nos fondements démocratiques.

"Une décision du Conseil constitutionnel (...) s'impose à toutes les autorités de la République" (2) - ou alors, justement, on n'est plus dans la République, telle que nous la connaissons.

Confirmation d'un prof de droit constitutionnel: "Le principe de séparation des pouvoirs interdit à quiconque de passer outre à l'autorité de la chose jugée" (3).

Le gars enfonce le clou, de sorte que nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas: la tentative de passage en force du chef de l'Etat français porte un nom.

"C'est une atteinte à l'Etat de droit".

Rien que ça.



"Le Monde", ce soir, en fait ce gros titre, absolument ahurissant: "Nicolas Sarkozy défie le Conseil constitutionnel".

Et mon cul, sans déconner: c'est du poulet?

Sérieusement: est-ce que tu imagines ce que "Le Monde" aurait titré, si par exemple Hugo Chavez avait si brutalement sauté à pieds joints sur la Constitution de son pays?

"Le Monde", crois-moi, aurait sorti l'artillerie lourde, genre, Hugo, salaud, el pueblo unido va te faire ta fiesta, parole de Paulo A. Paranagua.

Là: point.

Là, tout d'un coup, les big bosses du "Monde" se mettent à chipoter.

"Nicolas Sarkozy défie le Conseil constitutionnel"?

Mais attends: c'est pas ça, l'histoire.

C'est pas le Conseil constitutionnel, qu'il défie, Nicolas Sarkozy.

C'est la démocratie.

C'est pas la première fois, note: il nous a déjà infligé l'autre jour son mini-traité européen, sous les applaudissements nourris des renégats "socialistes".

Mais là, ça commence à faire beaucoup.

Et même: beaucoup trop.

Les fidèles partisans du chef de l'Etat français ont ces jours-ci laissé libre cours à leurs égarements: Roger Karoutchi, qui est quelque chose au gouvernement, a par exemple traité les adversaires politiques de son mentor de "fascistes", cependant qu'Yves Jego, qui doit si mes souvenirs sont bons être quelque chose (mais quoi?) à l'UMP (4), les qualifiait pour sa part de "staliniens".

(Ce qui revient au même, puisque ces gens sont comme tu sais de ceux qui pensent que le communisme vaut le nazisme.)

Quant à moi, je ne sais pas (mais je commence à m'en faire une vague idée) qui est "fasciste", ou "stalinien" - mais j'observe que les jeteurs d'anathèmes ferment très soigneusement leur clapet, quand leur chef porte "atteinte à l'Etat de droit".

Tu me diras: nous aussi, on ferme finalement nos gueules - comme si on ne sentait pas monter la (très sale) puanteur.









(1) En sorte, que, tu l'auras compris: les opposants à l'immonde loi sur la "rétention de sûreté" deviennent, par la grâce de cette nouvelle saillie, d'affreux salopards, fermement décidés, eux, à "laisser des monstres" égorger, jusque dans leurs bras, leurs fils et leurs compagnes.
(2) "Le Monde", ce soir.
(3) Idem.
(4) "Marianne" relève ce matin que le même Yves Jego qui détecte des "staliniens" dans le paysage médiatico-politique français a porté plainte pour "injure et diffamation" contre un blogueur, "Yves Poey, animateur du site Flamberge", qui a eu le front de le traiter d'"apparatchik". Le terme porterait "atteinte à l'honneur" du détecteur de staliniens. Je te reparlerai certainement de cette affaire, qui me semble être un assez bon indicateur de l'attachement du RDQESNVSE à la (sacro-sainte) liberté d'expression.

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