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22/03/2008

Prêcheur De Haine

"Le Figaro" publie comme tu sais le vendredi, sous la forme d'un "bloc-notes", les sermons terrifiants d'un prédicateur halluciné.

Son nom est: Rioufol.

Ivan.

Rioufol.

Et son cas intéresse évidemment la science, car le gars, dans le même temps qu'il régurgite, semaine après semaine, les slogans de la droite régimaire, haineuse et revancharde, qui étend sur nos vies son emprise, continue de se regarder comme un iconoclaste, un briseur de tabous, un Résistant - avec un grand "R", comme par exemple dans: "Réactionnaire".

(Ainsi procédaient, rappelle-toi, les "penseurs" de chevet du feu petit père des peuples, travestissant leur allégeance derrière le masque d'un "réalisme" de carton-pâte...)

Ivan R. est l'homme, principalement, d'une obsession: maladivement, il explique par l'immigration, dans ses prêches vendrediques, les souffrances des Français de souche.

Cette semaine, il énonce par exemple que "la France est pauvre, l'Etat sans le sou".

Il va de soi que c'est faux, et que dans la vraie vie l'Etat (UMP) dispose au moins d'assez de sous pour fabriquer à ses rebondis commanditaires de luxurieux paquets fiscaux.

Mais cela permet à Ivan R. d'exiger, juste après, que l'on réduise "le périmètre des solidarités", puis de préciser par ces mots sa pensée: "L'immigration serait responsable des trois quarts du déficit de la France".

Tu as compris, Ducon, ou s'il faut que l'intellectuel du vendredi te repasse la main sur le poil dans le sens de tes phobies?

Si tu n'as pas d'argent, c'est parce que l'immigré vient jusque dans tes bras te le piquer au porte-monnaie (avant que d'égorger tes fils et tes compagnes).

C'est ce que notre bloc-noteur, qui l'aborde semaine après semaine dans l'un des principaux journaux du pays, appelle, sans rire, "l'inabordable crise identitaire", et je suis d'accord avec toi: ce n'est jamais que la énième déclinaison, sous sa plume, de l'orthodoxie droitière la plus conventionnelle.

Rien de nouveau, donc, sous le soleil.

Ah ben oui, me dis-tu, mais si c'est pas nouveau, à quoi bon en parler encore - est-ce qu'on ne ferait pas mieux de laisser nos Charles Martel du pauvre s'entre-palucher en famille?

Là encore, je suis assez d'accord: les pignolades collectives de nos bouteurs professionnels sont de peu d'intérêt.

Je t'en reparle ici parce que, dans son libelle d'hier, cependant, Rioufol repousse d'un large empan les limites, connues, de sa haine ordinaire - et nourrit sa coutumière vindicte d'un argument nouveau, où se mesure soudain toute sa fine finesse, en même temps que la déliquescence de la droite française: les immigré(e)s nous sont, explique-t-il posément, ce que sont les troupes chinoises au Tibet occupé.

(Hhhhh...)

Sa démonstration témoigne d'une vive intelligence.

Il énonce d'abord, un peu comme s'il tenait meeting en territoire pénique, ou en fief UMP, que: "L'immigration familiale a continué à croître".

Il demande ensuite (exactement comme si Nicolas Sarkozy et Brice Hortefeux n'existaient pas): "Ne serait-il pas temps de s'interroger sur ses conséquences?"

Puis: "Pourquoi serait-il honteux de défendre (l') identité française?"

(Mâme Chabot?)

Il répond: "Il est potentiellement explosif de vouloir jouer avec un métissage culturel qui peut être vécu comme une spoliation, voire une violence", comme le "rappelle ces jours-ci (...) l'insurrection des jeunes moines tibétains".

Il ajoute, comme pour mieux signifier que nulle indécence ne l'arrêtera, que ces bonzes "reprochent aux Chinois de favoriser une immigration de substitution aboutissant à un "génocide culturel"" - comme lui-même déplore en France une "diversité" porteuse, tu l'auras deviné, des mêmes périls génocidaires.

Je ne vais pas commenter plus que de raison cet affreux délire - où se trouve si commodément galvaudée la notion même de génocide.

Je voudrais juste, une fois encore, attirer ton attention (affûtée je le sais) vers un phénomène dont le nouveau hurlement de haine d'Ivan Rioufol n'est qu'une manifestation parmi beauuuuucoup d'autres: la droite régimaire, au fur et à mesure que la vraie vie lui balance, par sa réalité, coup de pied au cul sur coup de pied au cul, n'en finit plus de se réfugier, comme faisait naguère le stalinisme, dans une réalité-bis, totalement paranoïaque, où elle se libère jour après jour, au prétexte minable d'un iconoclasme pour cour de récré de maternelle, de ses dernières pudeurs.

Quand tu y réfléchis, c'est véritablement flippant, parce que si déjà ils en sont, comme on le constate ici (et comme pour mieux signaler qu'ils n'ont aucun respect pour les victimes des authentiques génocides), à te présenter l'immigration comme un péril génocidaire - où s'arrêteront-ils?

N'oublie pas que dans le monde réel:

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