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23/03/2008

Patrice Leconte Ouvre La Chine (Populaire) A La Démocratie (Et Tu Vomis Ton Petit Déjeuner)

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C'est dimanche, c'est le matin, les enfants sont chez leur grand-mère, t'as traînassé au lit pendant moulte plombe, y a un morceau de ciel bleu dans le coin de la fenêtre, et tout va bien, merci, comment que la vie est belle - t'as presque envie de chanter une chanson de Charles Trénet, ça te changera un peu des Angelic Upstarts.

Puis tu ouvres, à sa page deux, le "Journal du dimanche" du jour, et tu tombes sur un entretien avec Patrice Leconte (j'insiste sur le "-te" final), qui a "tourné un clip de promotion pour" les JO de Pékin, Chine populaire.

(Cette Chine si populaire, tu sais, qu'elle entrevoit souvent que le bonheur de son populo passe par l'assassinat de quelques Tibétain(e)s, liste non exhaustive.)

Et là, faut admettre: t'es assez tôt saisi d'une assez forte envie de gerber (à longs traits) qui te plombe ton début de journée.

Patrice Leconte, il va de soi, ne "comprend" absolument pas "le débat actuel sur le boycottage des Jeux" - non parce que le régime totalitaire qui les ordonne lui a refilé du gros flouze pour lui flatter le cul, penses-tu, mais parce que: "Si on refuse d'aller en Chine, comment voulez-vous que ce pays s'ouvre à la démocratie?"

C'est l'évidence même, Anthelme: si que tu fais pas un effort de sociabilité (naturellement rémunérée) avec monsieur Hitler, comment que tu veux que monsieur Hitler s'ouvre aux joies du libre débat?

Patrice Leconte, penseur hautement nivelé, considère que: "Boycotter, c'est la meilleure chose pour que rien ne change jamais".

Alors que, tu l'auras noté: quand Patrice Leconte refuse le boycottage, tout change, d'un seul coup, dans les rues des villes du Tibet, où le sort de l'indigène s'améliore de beaucoup de crans (de sécurité).

Patrice Leconte, cependant, n'est pas seulement l'irréductible défenseur des minorités opprimées: sous la houppelande lumineuse du militant humanitaire, le coeur d'un citoyen du monde assoiffé de connaissance(s) bat - au rythme lourd du staccato des rafales de PM qui déchirent le silence des rues matées de Lhassa.

"Moi", explique-t-il: "J'ai accepté de travailler pour Pékin parce que je n'avais jamais mis les pieds en Chine et que je suis curieux de nature" - et non, évidemment, mais tu vois le mal partout, parce que Pékin m'a fait un gros chèque pour mon tourisme.

(Je connaissais pas le Sichuan: c'est quand même charmant, nonobstant les camps de travail, je me demande si je vais pas faire un Guide du Routard.)

Noutre, Patrice Leconte l'affirme, on exagère beaucoup les pulsions éradicatrices du régime sino-populaire, qui ne l'a, pour ce qui le concerne, pas (du tout) censuré: "Pendant les cinq jours du tournage (...), j'ai filmé tout ce que je voulais".

Glousse-t-il.

Et, certes, Patrice Leconte n'avait aucune "velléité de filmer quelque chose de moins flatteur" que l'effort d'un pays uni dans l'organisation de Jeux divertissants: il n'a pas voulu, par exemple, filmer l'exécution d'un opposant éliminé d'une balle dans le crâne, qui eût été c'est vrai sans rapport avec les saines joies du sport, de la compétition, et du libre commerce.

Pas question de mordre la main qui t'engrosse le compte bancaire: on est des pros, on est là pour faire le boulot que réclament nos commanditaires.

Pour autant, Patrice Leconte l'énonce avec beaucoup de calme: "Cela n'est sans doute pas très compliqué d'avoir accès à certains quartiers défavorisés de la ville".

(Qui a dit que les vieilles salopes du Parti communiste chinois (PCC) étaient moyennement réceptives aux vertus de la transparence?)

Mais Patrice Leconte, lui, n'était pas là pour ça: "J'étais là pour faire un film délibérément positif, (...) pas pour être subversif".

Il n'a ni remords, ni regrets: "Moi, j'assume mon choix. (...) Je suis fier de ce que j'ai fait".

Je ne vous dirai bien sûr pas combien le régime qui hache des moines bouddhistes m'a mis au portefeuille, pour que je lui pourlèche le bronzage olympique - mais croyez bien qu'au fond, je suis resté un rebelle un peu fou: "Mon film (est) plutôt culotté par rapport à la commande".

Mon film n'est: "Pas dérangeant mais pas convenu non plus".

D'ailleurs tous ces mecs du PCC l'ont positivement adoré - sûr qu'ils ont eu le sentiment d'en avoir pour leur gros pognon.


Bon dimanche, camarades: la prochaine fois que sortira sur nos écrans un film d'auteur de Patrice Leconte, genre "Les Bronzés font la Grande Muraille", n'oubliez surtout pas "le débat sur le boycottage".





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