Avertir le modérateur

28/03/2008

Georges-Marc Bourdieu Serre Ses Petits Poings

Les conseillers?

Ca ose tout.

C'est même à ça qu'on les reconnaît.

Ainsi.

Prenons, je te prie, l'exemple d'un homme dont le seul nom suffit désormais à dilater les rates: Georges-Marc Benamou (rires).

Le gars est à l'estime de soi, en même temps qu'à une certaine flexibilité carriériste, ce que Bernard Kouchner est à la realpolitik (dans le silence de plomb des grands cimetières tibétains).

Georges-Marc Benamou (rires) était ces jours-ci conseiller, pour la culture, du chef de l'Etat français.

(Je suppute qu'il y avait à cette nomination quelque sourde raison que la raison ignore.)

Il ne l'est plus.

Il a été giclé.

"A sa demande", a-t-il aussitôt expliqué.

(Je trouve ça plutôt crédible.)

a8fe7011ebbf79f7228334bf9b48fd15.jpg


Mais Georges-Marc Benamou (rires) avait un lot de consolation: la Villa Medicis.

(Là encore, sans motif connu - autre que le bon vouloir du chef de l'Etat français, dont le règne, par plus d'un aspect, semble décidément celui d'un potentat d'opérette.)

Il ne l'a plus.

Comme "Le Monde" ce soir l'annonce: "L'Elysée renonce à nommer Georges-Marc Benamou (1) à la Villa Medicis".

Est-ce que Georges-Marc Benamou (rires), chassé de çà, chassé de là, choisit de faire profil bas?

Est-ce qu'il s'en va, loin, cuver aux Kerguelen la rude révélation de son insignifiance?

Penses-tu.

Le voilà qui pérore, et qui, dissimulant de sa main droite les taches tenaces que lui ont fait aux revers les grosses louchasses de caviar de l'époque, socialiste, où un riche et puissant pétrolier aquitain lui finançait le magazine, de sa main gauche brandit, c'est à se pisser parmi, le vademecum rouge du prolétaire dépité.

Le voilà qui, tranquillement, expose qu'"il faudrait que, comme le souhaite le président, les candidats à toutes les grandes nominations culturelles puissent plancher devant le parlement" - au lieu que d'être désignés par la volonté de l'Elysée.

Y a un truc, tout de même, que tu peux pas lui contester, à Georges-Marc Benamou.

(Rires.)

C'est son phénoménal aplomb.

Comme dit le vieux dicton berrichon: "La honte n'éblouit pas les yeux des courtisans" (2).

Ainsi que tu sais: Georges-Marc Benamou (rires) a méthodiquement oublié de réclamer que la promesse électorale de plus de transparence dans ces nominations soit tenue, quand lui-même croûtait aux râteliers du système.

(Le gars est courageux (jamais il n'hésita, tu te le rappelles sans doute, à moquer Mitterrand après le décès de Mitterrand), mais pas complètement téméraire.)

Mais le voilà qui soudain peine à contenir son dépit, et qui serre ses petits poings, comme font les jeunes enfants
dont le nouveau jouet vient de casser.

Le voilà qui, fondant ses derniers plombs, explique - tiens-toi bien: "Il faut assainir le système de nominations culturelles et sortir de la reproduction des élites - sur ce point, je suis dans la lignée du Bourdieu des "Héritiers", et cela doit être valable autant pour les conseillers que pour les représentants des grands corps qui souvent se recasent, eux, sans qu'on les remarque".

Tu lis ça, tu désespères pas de voir bientôt François Fillon se poser en disciple de Chomsky.

Georges-Marc (rires), fais-toi, je t'en prie, un petit morceau d'Italie - ça te consolera un peu.

Pose-toi le fondement au "Flore".

Fais-toi servir un espresso.

Et réfléchis, loin des clameurs, à ce beau vers de Pasolini: "Io sono un mediocre, e non c'è prova".







(1) Rires.
(2) Salut à toi, brigadiste. (Je me comprends.)

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu