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09/09/2006

Ohé! André Glucksmann! Romain Goupil! Oooohéééé! Vous êtes là? Vous m'entendez?

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George W. Bush a donc fini, mercredi, par le reconnaître: il existe bel et bien, quelle surprise, des prisons secrètes de la CIA, où des "individus" sont "détenus secrètement, questionnés par des experts".
Comprendre: torturés.
George W. Bush, la main sur le coeur, jure: "Les Etats-Unis ne torturent pas".
Oh ben non, alors.
C'est pas le genre de la maison.
Cependant, George W. Bush souhaite que les détenus des prisons clandestines de la CIA puissent être interrogés dans le cadre de "procédures alternatives".
En clair: torturés.
George W. Bush l'a d'ailleurs promis: "Nous allons continuer à collecter des informations vitales dont nous avons besoin pour notre pays".

Hier le Sénat étatsunien a reconnu dans un rapport que Saddam Hussein, quelle surprise là encore, n'avait jamais entretenu le moindre lien avec Al-Qaida.
Rappelons que ce sont les liens étroits de Saddam Hussein avec Al-Qaida qui ont servi de prétexte à George W. Bush pour attaquer l'Irak en 2003.
Bilan provisoire: 40.000 morts civils.

André Glucksmann? Romain Goupil? Tout va bien?
Non je demande, parce que je trouve qu'on vous entend plus beaucoup...

07/09/2006

La France "Réconciliée" de Jean-Pierre, Laurence et Pimprenelle

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La France, vue par Ségolène Royal?
Un déprimant (forcément déprimant) ramassis de branleurs moyenâgeux.
Evidemment, elle ne l'énonce pas de façon aussi abrupte.
Elle explique plutôt, comme l'autre jour à Florac (Lozère), qu'elle veut "construire une France moderne, efficace, réconciliée avec l'entreprise".
(Ah, tant que j'y pense, rappelez-moi, un de ces quatre, de vous dire comment vous pouvez très facilement faire marrer vos ami(e)s en vous déguisant, à (très) peu de frais, en porte-parole de Ségolène Royal).

Quand Pimprenelle réclame "une France moderne, efficace, réconciliée avec l'entreprise", les mots importants sont, bien évidemment, "réconciliée avec l'entreprise".
Je déconne, quand je dis qu'elle voit la France comme un tas de branleurs moyenâgeux.
Quand elle fait cette réclamation, Pimprenelle veut surtout nous signifier que nous avons intérêt à nous réconcilier VITE FAIT avec l'entreprise.
Faute de quoi nous risquons de passer, collectivement, pour des ringards obsolètes.

L'an dernier, rappelez-vous, Raffarin disait la même chose.
EXACTEMENT la même chose.
En 2005, Raffarin voulait, déjà, "réconcilier les Français avec l'entreprise".
Comme Pimprenelle.
C'est pour ça que le MEDEF aime tellement Raffarin.
C'est pour ça que Laurence Parisot, patronne du MEDEF, n'arrête pas d'inviter Raffarin, dès que trois adhérents du MEDEF se réunissent.
Parce que Raffarin parle EXACTEMENT comme eux.

Pouvez chercher: vous trouverez pas UN patron qui n'ait pas, comme Raffarin, et comme Pimprenelle, une furieuse envie de réconcilier les Français avec l'entreprise.

Interview de Laurence Parisot dans le "Figaro Magazine", en juin dernier: "L'objectif qui oriente mon action est celui que j'avais défini pendant ma campagne", explique la boss des bosses.
Et de préciser: "Il s'agit de réconcilier les Français avec l'entreprise".

Interview de Laurence Danon, "dynamique présidente de France-Printemps", sur le site du MEDEF.
Question: "Pourquoi avez-vous accepté de participer à la nouvelle équipe du MEDEF constituée par et autour de Laurence Parisot?"
Réponse:"J'ai accepté car j'adhère totalement à son projet de réconcilier les Français avec l'entreprise".

Quand elle réclame une France réconciliée avec l'entreprise (donc moderne, donc efficace), Pimprenelle se défait donc de sa défroque de "socialiste" pour endosser un costume, un peu large pour elle, de klaxon du MEDEF.

Et maintenant, dites-moi un peu.

Vous vous sentez fâchés avec l'entreprise, vous?
Non?
Ben moi non plus.
Et je ne connais personne qui soit fâché avec l'entreprise.

Les salariés de Métaleurop, Daewoo, etc, etc, licenciés comme des chiens, ne sont pas DU TOUT fâchés avec l'entreprise.
On peut même dire qu'ils aiment TELLEMENT l'entreprise, qu'ils auraient bien voulu y rester.
Au chaud.
Plutôt que de pointer au chômage.

Ce qui les fâche, c'est pas l'entreprise.
Oh non.
Ce qui les fâche, c'est la multiplication des plans sociaux.
Ce qui les fâche, c'est d'être jetés comme des merdes, parce qu'un yankee retraité veut agrandir sa piscine.
Ce qui les fâche, c'est d'être délocalisés.
Broyés.
Déchiquetés menu.
Ce genre de trucs.
Ce qui les fâche, c'est qu'"on" (suivez mon regard) les considère encore et toujours, et de plus en plus, comme de la chair à stock-options.
Ce qui les fâche, c'est qu'"on" (suivez mon regard) les fasse passer pour des mauvais coucheurs, en affirmant qu'ils sont fâchés avec l'entreprise, alors qu'ils demandent, simplement, un traitement, disons, humain.
Ce qui les fâche, c'est qu'on ne cesse de les culpabiliser en les priant, fût-ce très hypocritement, de se "réconcilier" avec des gens dont le hobby, depuis tant d'années, est de rogner leurs droits pour mieux les lourder.

Je dois vous dire que j'ai - volontairement - tronqué une phrase de Laurence Parisot, quand j'ai cité, plus haut, ce qu'elle a déclaré en juin dernier au "Figaro-Magazine".
Voilà ce qu'elle a vraiment dit: "Il s'agit de réconcilier les français avec l'entreprise, donc avec l'économie de marché".

Donc.
Avec.
L'économie.
De.
Marché.

Sacrée Pimprenelle.

06/09/2006

Taisez Vous, Elkabbach!

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Jean-Pierre Elkabbach, directeur d'Europe 1, a piqué hier une grosse colère contre François Bayrou.
Je ne sais pas si, avant de piquer une grosse colère contre François Bayrou, Jean-Pierre Elkabbach a demandé son avis à Nicolas Sarkozy, ministre UMP de l'Intérieur, mais on peut tout imaginer.
En février dernier, par exemple, Jean-Pierre Elkabbach a demandé son avis à Nicolas Sarkozy, ministre UMP de l'Intérieur, avant de recruter un journaliste politique.
"C'est la démarche classique de tout chef d'entreprise pour choisir (les journalistes) les meilleurs, les plus libres et les plus indépendants", avait-il ensuite expliqué sans rigoler.
Applaudissements nourris de la presse nord-coréenne, où l'on développe une conception assez elkabbachiste de l'excellence journalistique.

Faut dire aussi que Jean-Pierre Elkabbach aime bien Nicolas Sarkozy.
Serge Halimi rappelle (1): "Sarkozy a avoué à Michel Drucker: "C'est le premier (Elkabbach) à m'avoir donné ma chance"".
Sans Jean-Pierre Elkabbach, Sarkozy aurait pu, qui sait, connaître un destin moins pailleté.
Forcément, ca crée des liens.

Puis - voyez comme ça se trouve - Europe 1 appartient au groupe Lagardère. Patron: Arnaud Lagardère.

"En avril 2005, (Sarkozy) fut l'invité d'honneur d'un séminaire du groupe Lagardère à Deauville. L'héritier Arnaud le présenta "non pas comme un ami mais comme un frère". Un mois plus tard, (Lagardère) affichait son amitié en participant à un meeting de M. Sarkozy en faveur du "oui" à la Constitution européenne"(2).

A la même époque, Jean-Pierre Elkabbach expliquait, sur Europe 1: "Moi, je suis pour le "oui" (à la Constitution européenne). Je ne devrais pas le dire, mais je suis pour le oui".
Halimi: "Quelques semaines après ce courageux aveu, M. Elkabbach obtint d'Arnaud Lagardère, en toute indépendance, la direction (d'Europe 1)".

Je résume:
1) Arnaud Lagardère, propriétaire d'Europe 1 et "frère" de Nicolas Sarkozy, ministre UMP de l'Intérieur, verse tous les mois de confortables émoluments à Jean-Pierre Elkabbach, directeur d'Europe 1.
2) Nicolas Sarkozy, ministre UMP de l'Intérieur et "frère" d'Arnaud Lagardère, avoue que Jean-Pierre Elkabbach est le premier "journaliste" (les guillemets sont de moi) à lui avoir "donné sa chance" (les guillemets ne sont pas de moi).
3) Jean-Pierre Elkabbach consulte Nicolas Sarkozy, ministre UMP de l'Intérieur et "frère" de son employeur, pour lui demander son avis, lorsqu'il envisage de recruter un journaliste politique.

On pourrait continuer comme ça longtemps, mais je pense que tout le monde a compris de quoi il est ici question: "connivence" est un peu faiblard, pour qualifier cette ahurissante proximité, j'allais dire consanguinité, des pouvoirs politique, industriel et médiatique.

Cette proximité, c'est justement ce que François Bayrou a dénoncé quand il a mis en doute l'indépendance des médias détenus par des grands groupes industriels.
Je n'ai aucune sympathie particulière pour François Bayrou, mais c'était relativement rafraîchissant de l'entendre énoncer une évidence que pas un "socialiste" n'oserait formuler aussi distinctement - de peur sans doute de ne plus être invité sur Europe 1.

Et c'est là que Jean-Pierre Elkabbach a piqué sa grosse colère.
(Notez au passage que Jean-Pierre Elkabbach n'a rien dit, quand Arnaud Lagardère, propriétaire (aussi) de "Paris-Match", a viré Alain Genestar, directeur de "Paris-Match", qui avait osé publier une photo susceptible d'agacer Nicolas Sarkozy. Marrant comme la colère d'Elkabbach est sélective).

Verbatim: "Il est arrivé à François Bayrou d'être mieux inspiré. Même François Bayrou, qui est d'une grande intelligence, doit tourner sept fois sa langue dans la bouche avant de tenir de tels propos (...) Les Lagardère, il (Bayrou) les connaît bien: ils ont toujours eu des relations d'indépendance à l'égard des pouvoirs. Les sympathies personnelles peuvent exister mais n'interfèrent jamais. C'est un principe (...) L'efficacité et l'honnêteté sont les meilleurs garants du professionalisme et de l'indépendance (...) Heureusement que certains grands groupes sont là pour aider la presse à se développer, à se maintenir et à survivre dans toute son indépendance alors qu'elle est en crise profonde (...) Nous ne pourrions jamais être fiers d'être inféodés aux ordres de tel ou tel. Cette station (Europe 1) est le fleuron du groupe (Lagardère). Je vous rassure: Arnaud Lagardère n'a jamais cherché à intervenir".

No comment.


(1) "Les Nouveaux Chiens De Garde".
(2) "M. Sarkozy déjà couronné par les oligarques des médias?", par Marie Bénilde, "Le Monde Diplomatique", septembre 2006.

05/09/2006

Pimprenelle Fait La Révolution (Scolaire) - 1

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Sacrée Ségolène.
Sacrée Pimprenelle.
Toujours partante pour une franche déconnade.

Sa dernière trouvaille?
Une "révolution scolaire".
Pas moins.

Avec, notamment, la "création d'un nouveau métier".

A l'heure où je vous écris, on ne sait absolument rien de ce nouveau métier.
Elle-même serait bien infoutue de nous dire de quel nouveau métier il s'agit.
Et pour cause: elle s'en tamponne.
C'est elle qui le dit - ou presque.
Je vous jure que c'est vrai.
Elle s'en tape, grave.
La définition de ce nouveau métier, a-t-elle expliqué, "n'est pas du niveau du futur président de la République".

Cette femme est véritablement désopilante.

Bon, j'exagère un peu: elle a quand même ajouté que ce nouveau métier consistait à poser, à l'école, dans certaines classes, en plus du prof, un deuxième adulte.
"Lorsque c'est nécessaire".
D'accord, mais quand, exactement?
Comptez pas sur une possible future présidente pour vous le dire, elle est au-dessus de ça.

Et à part ça?

Voilà ce qu'on peut lire, amusante coïncidence, dans "Le Monde" daté d'aujourd'hui:
"Quelque 500 écoles primaires et secondaires de Grande-Bretagne confrontées à des problèmes d'insécurité accueillent à temps partiel ou en permanence - cinq jours par semaine - un policier dans leurs murs".

Sacrée Pimprenelle.

04/09/2006

Jean-Marie Colombani, Directeur Du "Monde", M'Ecrit: "Merci De Votre Confiance". Y A Vraiment Pas De Quoi, Vieux.

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Je rentre de vacances, j'ouvre mon courrier, je trouve, au milieu d'un milliard de pubs, une "offre d'abonnement" au "Monde", à des "conditions avantageuses". (Maintenant que j'y pense, je n'ai jamais reçu la moindre offre d'abonnement désavantageuse).
Jean-Marie Colombani, "directeur du "Monde"", se fend d'un petit mot.
Il annonce: "LE NOUVEAU "MONDE" EST UN SUCCES!"
Il écrit: "Vous informer avec honnêteté, vous donner la vision la plus juste et la plus claire possible de ce qui fait l'actualité dans toutes ses dimensions, telle est la vocation d'un quotidien de référence, indispensable pour "remettre les choses à leur place" et se forger une opinion".
Il ajoute: "J'ai demandé que vous soit réservée une offre exceptionnelle".
Et de conclure: "A très bientôt et merci de votre confiance".

Je suis porteur d'une BIEN TRISTE nouvelle: Jean-Marie Colombani rêve du genou.
Parce que vous, je ne sais pas.
Mais moi, il n'est SURTOUT PAS QUESTION que je fasse confiance à ce mec-là.
Ooooh non.

Le 19 février 2002, "Le Monde" publie un édito brutal de Jean-Marie Colombani.
Titre: "Le prix de la gratuité".
Il s'agit d'un flingage en règle des journaux gratuits qui viennent de faire leur apparition dans le paysage médiatique français: "Metro" et "20 Minutes".
Colombani écrit notamment: "Une question de principe est posée: n'est-ce pas dévaloriser l'information que de la rendre gratuite? N'est-ce pas induire que le journalisme n'apporte aucune plus-value? Depuis le XIXème siècle, les journaux dépendent principalement de deux sources de revenus: la contribution des lecteurs et l'apport de la publicité. Renoncer à la première, c'est préparer le terrain d'une uniformité mortelle pour l'information".

Pan dans vos gueules, les gratuits.

Un mois et demi plus tard, le 5 avril 2002, Colombani, dans "Stratégies", n'est pas - du tout - calmé: "La presse gratuite", exp(l)ose-t-il, "provoque une distorsion de concurrence hallucinante. Elle se présente comme un dépliant publicitaire pour être distribuée dans les gares"...

Bon, ça, c'était en 2002.

Mais l'autre jour, qu'est-ce que je lis dans "Le Monde" (numéro du 1er septembre 2006), sous la plume de Pascale Santi? "Le groupe "Le Monde" et le groupe de Vincent Bolloré lanceront, en octobre, un quotidien gratuit du matin à Paris et en Ile-de-France".

2002, Colombani chie sur les gratuits.
2006, Colombani lance un gratuit.
Je me demande si Colombani ne dévalorise pas l'information, en la rendant ainsi gratuite.
Je me demande s'il n'induit pas que le journalisme n'apporte aucune plus-value.

Il y a une chose en tout cas dont je suis absolument certain, c'est que Jean-Marie Colombani, directeur du "Monde", prépare, pour octobre prochain, le terrain d'une uniformité mortelle pour l'information - doublée, je le précise pour nos amis libéraux épris de libertés, d'une distorsion de concurrence hallucinante.

ET CE MEC-LA VOUDRAIT QUE JE LUI FASSE CONFIANCE???

03/09/2006

Léchage

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Scène, très ordinaire, de la vie quotidienne des "journalistes" français: ce matin, dans le "Journal du dimanche", un éditorialiste, Jacques Espérandieu, lèche amoureusement le postérieur d'un ministre, Nicolas Sarkozy, patron de l'UMP, dont l'université d'été se termine aujourd'hui à Marseille.
Espérandieu estime, d'abord, que "l'été, jusqu'à présent, n'avait pas été très porteur" pour ce pauvre Sarkozy - à cause, notamment, de ces "quelques ratés sur le dossier des sans-papiers". (Je ne commente pas, je m'énerverais.)
"Il était" donc, pour le ministre, "grand temps de rebondir. De clarifier. De mettre les choses au point. D'insister sur ses atouts maîtres. C'est fait depuis ce week-end. Il faut dire qu'il n'en manque pas. Et que Marseille lui fournit l'occasion de les exposer spectaculairement. Un parti qu'il tient, lui - suivez son regard du côté de La Rochelle -, machine huilée, puissante, riche, déjà en ordre de bataille. Des ralliements qui ne se comptent plus, même parmi les moins "sarkozystes" des membres du gouvernement. Un succès de librairie malgré la polémique sur les ventes réelles de "Témoignage". Des sondages toujours aussi flatteurs. Jusqu'aux compliments obligés d'un Dominique de Villepin contraint, par les circonstances, au registre, un peu nouveau pour lui, de l'harmonie. Le Sarkozy 2007 est arrivé. Il a choisi de prendre de la hauteur. Loin, certes, d'avoir déjà gagné la présidentielle. Mais, définitivement, meilleure -et seule?- chance pour la droite d'y parvenir".
Je serais Nicolas Sarkozy, je changerais vite fait de pantalon: celui qu'il a enfilé ce matin est tout luisant de salive sucrée, ça fait négligé.
Je rappelle que le "Journal du dimanche" appartient au groupe Lagardère, dont le patron, Arnaud, a jadis présenté Nicolas Sarkozy, qu'il accueillait à un séminaire du groupe Lagardère à Deauville en avril 2005, "non pas comme un ami, mais comme un frère". ("M. Sarkozy déjà couronné par les oligarques des médias?", par Marie Bénilde, "Le Monde diplomatique", septembre 2006.)
Je me dis qu'en découvrant ce matin l'éditorial de Jacques Espérandieu, Arnaud Lagardère a du avoir quelque chose comme un début d'émotion. Il est toujours satisfaisant, pour un patron de presse, de constater que le petit personnel sait faire preuve d'une certaine souplesse linguistique.

Dans le même numéro du "Journal du dimanche", une certaine Virginie Le Guay, "envoyée spéciale" à La Grande-Motte, excusez du peu, rend compte de l'université d'été de l'UDF.
"François Bayrou", écrit-elle, "a vivement dénoncé hier "le lien d'intimité et d'intérêt des médias français" avec le pouvoir. "Imaginons que des grands groupes de médias soient liés à des grands groupes industriels qui aient avec l'Etat des rapports de client à fournisseur...", a-t-il ainsi lancé à une assistance enchantée qui jetait des regards ouvertement accusateurs aux journalistes".
Si Virginie Le Guay se demande pourquoi cette assistance lui "jetait" de tels regards, je lui suggère de relire avec attention l'éditorial de ce matin de Jacques Espérandieu: ça devrait l'édifier.

02/09/2006

Sur Le Tas

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Nicolas Sarkozy, devant ses copains les patrons, à l'université d'été du MEDEF: "Lorsqu'il y a un conflit et une grève, dans une entreprise, une université ou une administration, la loi doit prévoir que, dans les huit jours, soit organisé un vote à bulletins secrets pour en finir avec la dictature de certaines minorités".

Ca devient, dans "Le Monde" (daté d'aujourd'hui): "Devant l'université d'été du MEDEF, Nicolas Sarkozy lance le débat sur le droit de grève".
C'est ce que j'aime, avec les journaleux de référence: à chaque fois que la droite saute à pieds joints sur une liberté individuelle, ils transforment ça en "débat".

Le droit de grève est un droit individuel constitutionnel.
Nicolas Sarkozy, quand il s'attaque à ce droit fondamental, défèque donc d'une très haute hauteur sur la Constitution.
Ca nous fait un aperçu de ce que serait la vie quotidienne des Français(es) sous Nicolas Sarkozy, si d'aventure Nicolas Sarkozy devenait président.

"Le Monde" rappelle, très opportunément, que c'est Margaret Thatcher, cette immonde crapule, qui, en son temps, a "sévèrement restreint" le droit de grève au Royaume-Uni, exactement comme Sarkozy veut aujourd'hui le restreindre en France.
"Le Monde" rappelle, très opportunément, que, "depuis l'arrivée des travaillistes au pouvoir", les syndicalistes britanniques n'ont "cessé de réclamer l'abolition des lois antisyndicales".
En vain, puisque, "à un ou deux détails près, Tony Blair a conservé la législation en vigueur".

Là-dessus, j'aimerais assez entendre l'avis de Pimprenelle Royal, qui ne jure que par Tony Blair.

(NB: J'ai trouvé l'illustration ci-dessus, qui me ravit, sur la couverture d'un vieux numéro du glorieux fanzine "Barricata".)

01/09/2006

"Bernard-Henri Lévy Est Une Célébrité-Philosophe, Autoproclamé Intellectuel Et Monsieur-Je-Sais-Tout, Prétentieux Adepte Du Name-Dropping Et Exhibitionniste Ehonté" (The Globe And Mail (Toronto, Canada))

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Y a pas deux semaines, j'étais à la mer, et un matin je me baladais les pieds dans l'eau, histoire de vérifier si vraiment elle danse le long des golfes clairs ou si des fois Charles Trénet aurait pas un peu essayé de nous enfumer, et sur quoi je tombe?
Sur des moules, accrochées à des rochers.
Foutredieu.
J'ai pas été long à prendre ma décision.
Je me suis assis, j'ai allumé une Philip Morris, et je l'ai fumée (la Philip Morris) en les regardant (les moules).

Si la société Philip Morris Products SA, dont le siège se trouve, si j'en crois ce que je lis sur mon paquet de Philip Morris, à "Neuchâtel, Switzerland", voulait bien me verser un tout petit quelque chose, genre, disons, 10.000 euros, à chaque fois que j'écris: "Philip Morris"?
Je cracherais pas dessus.
Merci d'avance.
Philip Morris.
Philip Morris.
Philip Morris.
Je viens théoriquement de gagner 80.000 euros, sans trop me fouler.

Alors j'étais là, je fumais en regardant ces moules, et bien évidemment j'ai assez vite repensé à la formule, fameuse, de je ne sais plus trop quel maître zen, probablement Taishen Deshimaru, qui disait, en gros: "Quand le doigt montre la moule sur son rocher, le pauvre con regarde le 20 heures de France 2".
C'est pas pour me vanter, mais ce foutu bouddhiste avait bien raison.

Bon, je ne vous cache pas que j'avais complètement oublié ce trop bref moment de vraie communion avec Mère Nature; ce n'est qu'hier matin que j'y ai repensé, en lisant dans "Le Point" de cette semaine le bloc-notes de Bernard-Henri Lévy, que nous appellerons désormais BHL, pour plus de commodité.

"Nos impayables nouveaux philosophes, qui sont à la philosophie ce que l'ersatz est au produit original. Des philosophes qui n'ont, à proprement parler, jamais publié une traîtresse ligne relevant de la discipline dont ils se réclament (André Glucksman ou Bernard-Henri Lévy) - on dirait une bonne blague mais personne ne rit". (Jean-Philippe Domecq, Eric Naulleau, "La Situation Des Esprits", éditions de La Martinière, août 2006).

Vous allez me dire, aucun rapport.
Aucun rapport entre BHL et des moules.
Erreur.
Quand on contemple une grappe de moules, force est de reconnaître qu'on se fait assez rapidement chier - même en fumant une Philip Morris.
90.000 euros.
Mais d'un autre côté ces braves bêtes sont parfaitement inoffensives, pas du genre à énerver tout le monde.
Alors que BHL, si.

Dans son bloc-notes d'hier, par exemple, BHL écrit ceci: "Le mouvement des soldats reprochant à Olmert et Peretz la conduite de la guerre, dénonçant l'incompétence de leurs officiers et l'incurie de l'état-major, réclamant des commissions d'enquête pour juger de la bonne information ou non de ce que nous appelons, chez nous, la Grande Muette, bref ces simples citoyens s'appropriant le débat stratégique et le transformant en un débat sur la forme même de l'Etat et ses rapports à la société: on songe (et l'idée fait frémir) aux pages saisissantes de Polybe sur les Carthaginois interpellant, dans les mêmes termes ou presque, un Hannibal coupable de s'être arrêté à Cannes au lieu de pousser jusqu'à Rome; et puis on se dit aussitôt (et ce sentiment-là, en revanche, rassure pour l'avenir) que rarement aura été si manifeste le côté armée du peuple, grande armée démocratique, etc., de l'armée israélienne".

Vous pouvez le relire lentement: c'est toujours aussi gerbant.

L'"armée du peuple", cette "grande armée démocratique", a massacré au Liban des centaines de civils.
Elle a, d'après l'ONU, largué sur le Liban des tonnes de bombes à fragmentation, interdites par les conventions internationales, au cours des 72 heures qui ont précédé le cessez-le-feu. Alors même qu'elle savait l'imminence du cessez-le-feu.
Elle a, d'après Amnesty International, commis au Liban des "crimes de guerre".

Même chose à Gaza.

Pendant que BHL rédigeait son bloc-notes, la "grande armée démocratique" flinguait tranquillement, sans désemparer, son quota journalier de "Palestiniens". (C'est comme ça que la presse les appelle. Des "Palestiniens". Sans plus de précisions. Civils? Combattants? Mystère. "Palestiniens" suffit. Ca, coco, c'est de l'info).
Bilan provisoire des opérations de la "grande armée démocratique" à Gaza: en deux mois, 202 Palestiniens abattus, "dont 44 enfants, selon le dernier rapport de l'Office for the Coordination of Humanitarian Affairs (OCHA) des Nations unies". (Comme le rappelle "Politis").

BHL "oublie" évidemment de préciser que "l'armée du peuple" qui a tué en deux mois 44 enfants, lorsqu'elle "reproche à Olmert et Peretz la conduite de la guerre", leur fait d'abord et surtout grief de n'avoir pas tapé assez fort sur le Liban.
Ce millier de morts, dont une immense majorité de civils? Ce n'était, manifestement, pas encore assez, pour cette "grande armée démocratique".

Transformer ça en "un débat sur la forme même de l'Etat et ses rapports à la société", fallait oser - mais BHL ose tout, c'est même à ça qu'on le reconnaît.

Ca porte un nom.
Obscénité.

 
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