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16/02/2007

Cessez, Bouffons!

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Cet homme, sur la photo, s'appelle: Alain Duhamel.

Cet homme serait, de l'avis général, "journaliste".

Et même, "journaliste politique".

Cet homme a ceci de particuller, que tout le monde, en France, je dis bien tout le monde, a lu, lit ou lira (au moins) une fois dans sa vie, l'une (au moins) de ses chroniques (pontifiantes).

Car cet homme, non content d'occuper radios et télévisions, écrit (et pontifie) partout.

Absolument partout.

Pas une publication n'échappe, sur le territoire français, à l'effroyable graphomanie d'Alain Duhamel.

Si j'ouvre n'importe quelle feuille paroissiale du moindre putain de hameau oublié du trou du cul rural de la Beauce, j'y trouverai forcément un article (pontifiant) d'Alain Duhamel.

Et je rirai, car les doucereuses dissertations d'Alain Duhamel sont risibles, exactement comme le ciel est bleu, et la neige, froide.

Autant l'admettre: Alain Duhamel incarne, presque autant que Jean-Pierre Elkabbach, à peu près tout ce que j'exècre, dans les médias (qui mentent).

MAIS.

Il y a une chose, tout de même, dont je suis absolument certain.

C'est qu'Alain Duhamel a parfaitement le droit, si tout soudain il en éprouve le besoin irrépressible, de révéler au monde, qui s'en tamponne d'ailleurs avec une rare vigueur, qu'il aime bien François Bayrou, et qu'il va, même, voter pour lui.

D'abord, parce que tout le monde le savait: celles et ceux qui jouent la surprise le jour où ils apprennent qu'Alain Duhamel en tient pour la droite momolle sont dans le meilleur des cas des faux-derches fieffé(e)s.

Ensuite, parce que dans un pays - le nôtre - où les journaleux passent quand même beaucoup, beaucoup, beaucoup de leur temps à passer des langues chargées d'ignominieuse flagornerie sur le bas postérieur de Nicolas Sarkozy, le tranquille (et pontifiant) énoncé, par Alain Duhamel, d'une intention électorale aussi furieusement subversive est d'une revigorante fraîcheur.

Ou presque.

(Disons presque.)

Or Duhamel, vous le savez, a été "suspendu" hier par France Télévisions (FT), pour avoir lâché en novembre dernier, devant un maigre parterre de futurs Alains Duhamel, qu'il aimait bien François Bayrou, et qu'il voterait pour lui à la présidentielle.

Et là, il faut l'énoncer très distinctement: les bosses de FT sont de très sinistres faiseurs, qui par surcroît nous prennent (classiquement) pour des cons de compétition, lorsque, "apprenant" (on pense rêver) sa bayrouphilie, tout d'un coup ils virent Duhamel, au nom de leurs, je cite (en essayant de ne pas m'étouffer de rire), "principes d'indépendance et de neutralité".

Indépendance?

Neutralité?

Mais attendez.

France 2, où Duhamel pontifiait?

N'est-ce pas la chaîne sur laquelle Fabius (pour ne citer que lui), quand il faisait campagne pour le "non" au TCE, se faisait braquer à 20 heures, comme au coin d'un terrain vague, par madame Borloo, de la maison "oui", dont je n'ai pas le souvenir que sa direction ait le moins du monde sanctionné ce très lourd manquement aux règles de respect les plus élémentaires?

France 2?

Mais n'est-ce pas là qu'un PDCDP (possesseur de carte de presse) "de gauche" a récemment prodigué, devant des millions de téléspectateurs, des caresses d'une insoutenable obscénité à Nicolas Sarkozy, sous les yeux gourmands d'Arlette Chabot, qui de son côté venait de suggérer au patron de l'UMP qu'elle pouvait aussi passer la nuit avec lui?

Aaaaaaattendez, ça me revient!

Est-ce que le suprême big boss de France Télévisions n'est pas le gars qui a, pour mieux délimiter sans doute son indépendance (et bien sûr sa neutralité), publié naguère un recueil d'entretiens, hallucinants de mièvre complicité, avec Bernadette Chirac?

Et ces gens désormais lourdent un mec au motif qu'il aurait des sympathies politiques?

Mais nom de dieu, la clownerie de ces drôles est donc sans fin?

Cessez donc, sinistres bouffons!

15/02/2007

Fidèle Bezat!

Je voudrais bien, je crois d'ailleurs l'avoir déjà réclamé ici, que "Le Monde" songe à mettre en place, au plus vite, pour la préservation de ses plus jeunes lecteurs, une signalétique du genre:

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Afin de les protéger de pages terriblement indécentes.

Hier soir, par exemple?

J'ouvre le quotidien vespéral payant de Jean-Marie Colombani, et je tombe, à la page 19, sur une séquence d'une indicible inconvenance, où un journaliste, Jean-Michel Bezat, lèche et relèche, avec semble-t-il un début de vraie gourmandise, le dénommé Christophe de Margerie, "nouveau directeur général du groupe pétrolier Total" - d'entrée de jeu présenté comme un "dirigeant aypique", dont "le style décontracté et le franc-parler rompent avec ceux de ses prédécesseurs".

L'ahurissant papier de Bezat commence par un (long) questionnement d'ordre crypto-existentiel: Christophe de Margerie serait-il, je vous jure que je n'invente rien, "chef de rang d'une grande brasserie parisienne? Joueur de trombone dans une fanfare? Officier de l'armée britannique des Indes qui aurait gardé cette curieuse moustache en pétard comme seul souvenir de son passage au service de Sa Majesté?"

La réponse, bien sûr, est que le nouveau boss de Total n'est rien de tout cela, puisqu'il est, justement, le nouveau boss de Total - précisément "devenu à 55 ans, le mardi 13 février, le nouveau patron du groupe pétrolier Total, la plus grande et la plus riche des entreprises françaises".

D'où vient alors, vous demanderez-vous, qu'un salarié de Jean-Marie Colombani ait ressenti le besoin de faire semblant de le confondre, comme pour mieux l'humaniser, avec un musicien de fête votive?

Cela vient, très simplement, de ce qu'"il y a bien chez lui cette bonhommie et cette rondeur qui lui ont valu le surnom de "big moustache" dans (sa nouvelle) maison". (La maison Total, donc.)

Une fois de plus, je voudrais vous préciser, en insistant un peu, que je n'invente rien.

On devine, à lire ces premières considérations, que le portrait de Margerie par Bezat ne sera pas le plus brutal de l'histoire de la presse - et la suite le confirme: ce n'est certes pas "Orange mécanique", mais ce n'est pas même, non plus, "Charlotte aux fraises au pays du gentil moustachu rose bonbon", qui serait encore trop caustique.

Dès le deuxième paragraphe, en effet, Bezat, montrant sa joie, détecte chez "big moustache" un "franc-parler et (un) refus de l'étiquette qui plaisent tant aux collaborateurs" - puis, tout de suite après, une "originalité et (un) humour pince-sans-rire" qui, attention, jeu de mots, "apportent un peu de chaleur dans ce monde du brut".

La sincérité oblige à signaler qu'ici Bezat, réalisant probablement qu'il écrit pour un journal que Jean-Marie Colombani présente volontiers comme "de référence", et non pour le bulletin paroissial du CDADCDM*, trouve soudain au faux chef de rang d'une brasserie parisienne, après tant de formidables talents, non pas une, mais deux faiblesses quasiment rédhibitoires: d'"éternelles chemises au col anglais qui rehaussent un peu son maintien raide", et (surtout) "les éclairs du regard, un moment malicieux et soudain impérieux, qui disent le patron qui sait en imposer".

Ouch!

La charge est rude!

Manifestement sidéré par sa propre audace, Bezat, dès lors, se cantonne dans un registre plus étroitement publicitaire, où l'on découvre notamment, je vous la fais courte, que Margerie "est bien né"; qu'"être bien né, cela crée des devoirs" (comme par exemple de "rendre ce que l'on nous a donné"); que "s'il n'avait pas été pétrolier", Margerie "aurait pu être fermier", mais qu'il n'était pas non plus complètement fermé au rock'n'roll, puisqu'il "se serait bien vu "pilote" aussi"...

J'abrège, disais-je: vous aurez compris que même "La Semaine de Suzette" n'a jamais rien publié d'aussi tragiquement sirupeux.

Des côtés pénombreux de la Force (AZF, l'Erika, la Birmanie, pour ne citer que ceux-là, qui ne sont pas spécialement confidentiels), nulle part ou presque il n'est question - sauf à la toute fin de cet incroyable portrait, où Bezat évacue un minuscule détail en quatre phrases chrono: "Promesse ou mauvais présage, le procès de l'Erika s'est ouvert, lundi 12 février, devant le tribunal de Paris, la veille (du) sacre (de Christophe de Margerie). Il plaide non coupable, tout en concédant qu'il a "évolué sur l'environnement". "C'est un devoir", dit-il. Cela tombe bien: il va aussi devoir nettoyer l'image de pollueur qui colle à Total comme du fioul lourd à la peau".

Parions que "big moustache", dans ce rude combat, ne décevra pas le fidèle Bezat.



* Cercle des ami(e)s de Christophe de Margerie.

14/02/2007

Philippe Val, Spinoziste Polyglotte: "Danke Schön, Mister Nicolas Sarkozy"

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On le voyait venir gros comme une maison (de correction), et ça n'a pas raté: ce matin, dans "Charlie Hebdo", Philippe Val, aka Spinoval, aka l'homme-qui-murmurait-à-l'oreille-des-chelous, caresse, d'une plume soumise, le fessier de fer de Nicolas Sarkozy - qui lui a consenti la grâce, la semaine dernière, au premier jour du (grotesque) "procès des caricatures", de lui faire porter, pour le tribunal, une lettre d'amitié l'assurant de son plein soutien à sa crâne croisade contre le fondamentalisme barbu.

Philippe Val, dont la secrète espérance est d'être enfin adoubé en benjamin turbulent (il dit parfois "bite" et "couilles") de la grande et belle famille des intellectuels-briseurs-de-tabous, renvoie donc ce matin, dans un éditorial au goût (sucré) de macaron à la ganache, l'ascenseur (social) où Nicolas Sarkozy vient si gentiment de lui servir de liftier.

Vous m'excuserez, je l'espère, de l'énoncer un peu sèchement: tout afflige, dans les remerciements de Philippe Val à Nicolas Sarkozy.

La génuflexion du penseur du mercredi est d'une rare imbécillité. (Laquelle, d'après mon dictionnaire, se définit comme le "deuxième degré de l'arriération mentale entre l'idiotie et la simple débilité mentale".)

Val écrit d'abord: "Témoignage de dernière minute, que nous n'avions pas sollicité, celui de Nicolas Sarkozy".

Noter la précision: l'important, nous suggère-t-on, est de n'avoir pas quémandé une affection qui cependant met du baume au coeur.

Val: "Nous acceptons ce soutien et nous nous en réjouissons, car il prouve que dans une démocratie la gauche et la droite s'affrontent sur la base de valeurs qui ne se discutent pas, et qu'elles partagent clairement".

Je vous avais prévenu(e)s que c'était sot.

Dans la vraie vie, naturellement, la gauche (que Val, c'est vrai, ne connaît que par lontain ouï-dire) ne partage absolument rien avec Nicolas Sarkozy, et surtout pas (exemple facile, compréhensible même par un cadre sup de "Charlie Hebdo") le goût (pervers) de faire la sortie des écoles, pour y prélever de quoi mieux remplir de nouveaux charters de la honte.

Dans la vraie vie, la gauche, autre exemple, rit au nez de Nicolas Sarkozy lorsqu'il beugle son attachement à la liberté d'expression, et d'une main agite le manuscrit du livre-sur-Cécilia dont la publication fut naguère annulée, cependant que de l'autre elle brandit (c'est vous dire son abnégation) une pétition exigeant la prompte réintégration de l'excellent Alain Genestar, qui fut l'an dernier viré de "Paris Match" pour avoir lésé la majesté conjugale du ministre de l'Intérieur.

Dans la vraie vie enfin, la gauche vomit à longs traits, quand Nicolas Sarkozy se gargarise de son bon mot de l'automne 2005: "Racaille"...

Val, cependant (qui a c'est vrai l'excuse de ne pas du tout savoir ce que la gauche peut bien être) n'en démord pas, et répète: "Merci donc à Nicolas Sarkozy, d'autant qu'il sait que nous ne le ménagerons pas pour autant".

Le big boss de "Charlie Hebdo" nous livre là une information d'importance: Nicolas Sarkozy n'est pas seulement d'une gentillesse renversante.

Il est, aussi, terriblement fair-play - puisque aussi bien il n'hésite pas, vent debout, à flatter une publication qui pourtant n'hésite jamais à le faire caricaturer par le si caustique dessinateur Cabu(chodonosor).

Val, sur l'air de "Kirikou": "Sarkozy est petit, mais c'est mon ami; Sarkozy n'est pas grand, mais il est vaillant".

Est-ce tout?

Non pas.

Le plus goûtu reste à venir.

Après avoir ainsi chanté la gloire neuve de Nicolas Sarkozy, Philippe Val, mû certainement par le souci de bien établir la délicieuse urbanité de son nouvel ami, nous rappelle que, nonobstant les "valeurs qui ne se discutent pas" (et que "partagent clairement" la gauche et l'UMP), le (gros) estomac reste fécond, d'où Sarkozy ne jaillit pas.

Val écrit: "Le Pen a jugé bon de s'exprimer en faveur de la liberté d'expression".

Mais le patron de "Charlie Hebdo" ne s'y est pas laissé prendre: "Nous nous passons de ce soutien qui ne soutient que lui".

Philippe Val continue ici à lécher le ministre-candidat qu'il vient déjà de remercier d'une très jolie courbette: Le Pen, efficace repoussoir il est vrai, lui permet de suggérer aussi que décidément, Nicolas Sarkozy est, par contraste, un homme de "valeurs qui ne se discutent pas" - et qu'il incarne en somme une droite normalement fréquentable.

Et de fait: Sarko et Le Pen, c'est un peu le jour et la nuit, comme nous le signifie subtilement Philippe Val.

Par exemple, quand Le Pen, dénonçant la tyrannie de la repentance, proteste que, sur l'Algérie, "notre devoir de réparation serait plutôt vis-à-vis du million et demi de Français qui ont dû partir et des millions de harkis qui ont été massacrés"?

Sarkozy, au nom il va de soi de ces "valeurs qui ne se discutent pas", le rembarre d'un brutal: "A tous ceux (...) qui sont revenus des colonies en ayant tout abandonné, n'emportant avec eux que leurs souvenirs de jeunesse et cette nostalgie qui ne les quittera jamais, je veux dire que si la France a une dette morale, c'est d'abord envers eux. Aux enfants des harkis, je veux dire que si la France a des excuses et des réparations à faire, c'est à eux qu'elle les doit"".

Le jour, et la nuit.

Deux visions radicalement antagonistes.

Philippe Val: "Merci donc à Nicolas Sarkozy".

Le Sarkozysme Est Une Morale Au Coeur De La Politique

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Vous l'avez sans doute plus d'une fois vérifié: peu de noms viennent aussi rapidement et spontanément à l'esprit, lorsqu'il est question (dans une discussion entre ami(e)s) d'extrême intégrité, que celui de Patrick Balkany, maire UMP de Levallois-Perret dans les Hauts-de-Seine, et pote absolu de Nicolas Sarkozy.

Cela devrait de nouveau se confirmer ces jours-ci, puisque nous savons désormais que Patrick Balkany a demandé à son conseil municipal (à majorité UMP), qui a obtempéré d'enthousiasme, de lui accorder la "remise gracieuse" de la minuscule somme, trois fois rien, qu'il se trouvait devoir encore à sa commune: 230.865 euros. (1.512.165 francs, je vous fais grâce des centimes.)

Il faut, pour bien mesurer la virtuosité dont il a fait preuve au moment de jouer ce coup difficile, se rappeler que Patrick Balkany a longtemps été une vedette, plusieurs fois distinguée, de la chambre régionale des comptes (CRC) d'Ile-de-France, où la seule mention de son nom suffisait, à la fin des années 1990, à déclencher dans les couloirs la même espèce d'hystérie que celui de Kennedy à la tribune d'un congrès conspirationniste.

En 1999, comme "Le Monde" le rappelle, la CRC avait condamné Patrick Balkany "pour avoir employé, pendant plusieurs années, trois agents municipaux de Levallois à son usage personnel. Au terme de ce jugement, le maire a été contraint de rembourser à la ville le montant des salaires: 523.897,96 euros".

Les 230.865 euros dont la majorité municipale UMP de Levallois-Perret vient de faire cadeau à Patrick Balkany représentent les intérêts de cette somme, "que les juges ont fait courir à compter du 31 mai 1995, date du licenciement par le maire des agents communaux".

Pour Isabelle Balkany, épouse de Patrick et première adjointe à la mairie de Levallois-Perret: "C'est de l'usure!"

Puis cette digne femme, dont personnellement j'ignorais qu'elle fût si engagée contre des répressions que son mari souvent applaudit, ajoute, pour faire bonne mesure: "Les intérêts qu'on nous réclame s'apparentent à une double peine".

(Je vous laisse une minute pour vous reprendre, les sacs en papier sont dans le placard, sous l'évier.)

Il revient à présent à Thierry Breton, ministre UMP des Finances, de se prononcer en dernier lieu.

Va-t-il vraiment faire cadeau à Patrick Balkany, grand ami de Nicolas Sarkozy, d'une somme dont nul(le) ne saurait véritablement s'offusquer, puisque aussi bien elle ne représente, grosso merdo, qu'une petite série de centaines de RMI?

Au moment où les hurleurs (et les hurleuses) de l'UMP manquent de mots assez brutaux pour fustiger la crasse impéritie de Marie-Ségolène Royal, qui n'a pas chiffré le coût de ses promesses électorales, un tel don pourrait avoir des vertus pédagogiques: je ne doute pas, quant à moi, que les contribuables de Levallois-Perret, apprenant que le sarkozysme présidentiel risque de leur coûter déjà deux centaines de milliers d'euros, sauront gré à son champion de cette première estimation.

Puis dans un temps où Nicolas Sarkozy, dont le parti compte il est vrai plus d'une ancienne star des "affaires" politico-financières, veut "remettre la morale au coeur de la politique", le précédent levalloisien aurait, je le crois, valeur d'exemple: il n'est jamais bon qu'un présidentiable donne l'impression d'abandonner un ami dans le besoin...

Oh.

J'allais oublier.

Patrick Balkany est aussi l'humaniste raffiné qui, piégé par les Yesmen (photo), leur a déclaré à l'automne 2005: "Ce que vous appelez les pauvres, je suis désolé de vous le dire, c'est des gens qui gagnent un peu moins d'argent. Mais comme ils gagnent moins d'argent, ils ont les mêmes logements que les autres, sauf qu'eux les paient moins cher. Et ils vivent très bien. Nous n'avons pas de misère en France. Il n'y a pas ce que vous appelez les pauvres. Bien sûr il y a quelques sans domicile fixe, qui, eux, ont choisi de vivre en marge de la société. Et même ceux-là, croyez-moi, on s'en occupe: il y a des foyers d'accueil parce qu'en hiver, en France aussi, il fait froid, et il n'est pas question de laisser dehors les gens qui sont dans la misère, donc nous leur donnons des asiles. On leur donne tout ce dont ils ont besoin. Mais ce sont des gens relativement rares, qui ont décidé une bonne fois pour toutes qu'ils étaient en marge de la société, qu'ils ne voulaient pas travailler ou qu'ils avaient été rejetés par la société".

Dites.

C'est bizarre, hein?

Mais là, tout d'un coup, de relire ça...

De le recopier...

Comment dire?

Ca vous fait la même chose?

13/02/2007

Et Toi, Pour Qui Voteras-Tu? Pour Sarkozy, Ou Pour Hitler?

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Hier matin, dans "Libération", un écrivain du nom de Marc Weitzmann, qui semble-t-il travailla, jeune, pour un hebdomadaire furieusement subversif ("Les Inrockuptibles"), a caqueté, comme avant lui Doc Gynéco, son ralliement à Nicolas Sarkozy, dont la "synthèse libérale" est, de son point de vue, "ferme".

Un microscopique détail, dans sa désolante plaidoirie, doit retenir toute notre attention.

Marc Weitzmann avance en effet, pour justifier son bramement, un argument dont l'extrême pertinence devrait durablement révolutionner l'histoire des idées - puisqu'il affirme, crânement, que l'une des principales vertus de Nicolas Sarkozy est de n'être pas, tenez-vous bien, Adolf Hitler.

Il écrit (c'est assez long, mais cela vaut d'être lu calmement et posément relu): "Quant à ce qu'il [Nicolas Sarkozy] fera s'il est élu, qui le sait ? Les hommes politiques, après tout, sont des hommes politiques. C'est le drame de la démocratie que d'être l'invention d'une minorité; et une minorité suffisamment sophistiquée pour faire la différence entre «les mots et les choses». Nous vivons sa version oxymore, sa version monstrueuse qui est la démocratie «de masse». Elle est née après guerre, sur les ruines du totalitarisme (nul hasard), et son citoyen consommateur idéal, bercé par le suffrage universel et le développement des médias, rêve de «participation», d'auto-expertise et de réconciliation avec un candidat «qui fait ce qu'il dit». Mais seuls les dictateurs, hélas, font cela. Seuls les dictateurs font vraiment ce qu'ils disent et disent vraiment ce qu'ils font, voyez Hitler : qui peut prétendre avoir été trompé sur la marchandise ? Voyez Robespierre, Lénine, Pol Pot, Mao. Pour aller vite, et emprunter la métaphore à un jargon «psy» lui aussi dépassé, on pourrait voir la dictature comme le «ça» du politique - son passage à l'acte - tandis que la démocratie en serait le «moi» - c'est-à-dire un système où le conflit est de règle, où les élus respectent moins la lettre de leur engagement que son esprit, et dont le résultat en acte serait, par conséquent, toujours déceptif."

Il faut, pour bien mesurer l'amble de cet affreux délire, observer d'abord que Marc Weitzmann est l'un des artisans de la publication, plusieurs fois l'an, chez Denoël, d'une revue ironiquement nommée "Le Meilleur des mondes", où s'agite la fine fleur du "néo-"conservatisme à la française (de Taguieff à (Stéphane) Courtois en passant par Glucksmann et l'incontournable Bruckner), dont maint représentant a déjà peu ou prou câliné Sarkozy, fût-ce, comme Finkielkraut, en protestant que non, pas du tout.

C'est cet ancrage intellectuel qui explique, notamment, que Weitzmann, au passage, pose, comme une évidence, un signe d'égalité entre Hitler et Robespierre; car ces piètres penseurs, toujours en recherche de mots assez durs pour fustiger les malotru(e)s qui oseraient (par exemple) pointer le racisme derrière la colonisation, n'hésitent jamais, de leur côté, à détecter dans la Terreur les prémices (ou les prémisses) du nazisme.

Weitzmann fait là ce que font toujours ces hautes intelligences: il s'affranchit, sans barguigner, des règles de retenue que ses copains de revue prétendent imposer ailleurs.

Pour autant, sa pensée, dans son déploiement, flamboie comme un coucher de soleil sur les Alpes bavaroises.

Que nous explique-t-il en effet?

Qu'il est fort possible, après tout, que Nicolas Sarkozy, nonobstant sa beauté, sa bonté, son amour des bêtes et son capiteux parfum de ferme libéral synthétique, soit aussi, chi lo sa, un fieffé menteur dont les promesses électorales ne doivent pas être vraiment prises au sérieux - puisque aussi bien, nul(le) ne sait, d'après Marc Weitzmann, ce qu'il fera(it) une fois élu.

De cette minuscule incertitude, Marc Weitzmann se réjouit: elle constitue, de son point de vue, la (solide) garantie que Nicolas Sarkozy, promu aux affaires, ne se laissera(it) pousser ni la mèche, ni la moustache.

La puissance de l'argument laisse, au vrai, pantois - voire: pantelant.

Marc Weitzmann considère finalement le (possible) mensonge campagnard comme une vertu antinazie: vous avez le choix, nous glisse-t-il au passage, entre Hitler et Pinocchio.

(On comprend mieux, au passage, d'où vient la vénération dont les néo-cons français gratifient George W. Bush.)

Marc Weitzmann nous suggère, aussi, et pourquoi se gêner, que ne pas voter pour Nicolas Sarkozy mais pour un(e) candidat(e) qui, sait-on jamais, pourrait même tenir quelque(s) promesse(s), revient, d'une certaine manière, à prendre le risque, dément, de livrer le pays à Hitler.

Soudain les salauds qui oseraient nourrir, sur la sincérité de Nicolas Sarkozy, un début de suspicion, apparaissent, fût-ce malgré eux, comme de possibles nazis.

La semaine dernière, Finkielkraut fustigeait un "lapsus fasciste" du Parti "socialiste".

Aujourd'hui, ça.

Les mêmes, bien sûr, poussent de très hauts cris lorsqu'ils entendent: "Sarko, facho!"

C'est une honte, s'étranglent-ils.

Les briseurs de tabous osent tout: c'est même à ça qu'on les reconnaît.

12/02/2007

La Légion Saute Sur Vélizy

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On a gémi de plaisir, dans les sphères directoriales du quotidien ernestantoiniste "Libération", en observant hier que Marie-Ségolène Royal, seule en scène à Villepinte, avait non seulement lu, mais approuvé (d'enthousiasme) le risible opuscule*, paru l'an dernier, où Renaud Dély, boss adjoint de "Libération", exhortait la gauche à briser les "tabous" qui l'empêchent encore de négocier au mieux son ralliement définitif à la droite désinhibée.

Dans un éditorial fiévreux, Jean-Michel Thénard, maîtrisant difficilement de frénétiques mouvements du bassin à la Qui-vous-savez, se pâme, et d'un mot (qui veut dire Zorro) résume ce matin dans "Libé" sa joie d'avoir enfin vu Marie-Ségolène Rotten libérer la keuponne qui remuait en elle: "Iconoclaste"!

(Claude Imbert, outragé: "Ce petit salopiaud m'a encore piqué mon titre!")

Extrait: "La socialiste a réussi son pari de donner corps à sa démocratie participative qui inquiétait tant ses amis. Elle a débouché sur un projet où domine la Royal iconoclaste du printemps 2006. Celle qui avait secoué quelques tabous de la gauche. Dans ses 100 propositions, elle n'a rien abdiqué. Ni la nécessaire révision de la carte scolaire, ni l'encadrement militaire pour les primo-délinquants, ni les jurys citoyens".

(On devine qu'à ce moment précis de sa drolatique péroraison, Thénard, ne se tenant plus, a couru jusqu'à la (célèbre) terrasse de "Libé", d'où Laurent Joffrin, comme avant lui July, aime à s'imaginer qu'il domine Paris, pour lâcher le râle qu'il n'avait que trop longtemps retenu - et qui a fait dire au voisinage que décidément la discrétion des pigeons au moment de l'acte reproductif n'est plus ce qu'elle était.)

Force donc est de le constater: la (proche) perspective d'un lâcher de treillis léopards sur nos banlieues, loin de rebuter la "gauche" thénardière, lui fait battre des mains - car elle n'entend plus abandonner à la droite nos traditionnelles vertus parachutistes: ordre (juste), discipline (juste), pompes (justes).

"Libé" précise: Marie-Ségolène est "sur tous les fronts populaires", qui a même "repris sa proposition controversée", mais capiteuse, "de chantiers humanitaires basés sur "toutes les formes d'encadrement, y compris militaire", comme solution alternative à des peines de prison parfois trop lourdes et qui favorisent, selon elle, un fort taux de récidive".

La pacification de nos lointains djeb... De nos "cités difficiles" vaut cette innovation: des chantiers de jeunesse, encadrés par la troupe, mais "humanitaires".

Une panacée dont nul(le), à "Libération", ne s'explique vraiment que la gauche, dans ses déclinaisons autres que soviétiques (au sens large), n'y ait jamais recouru.

Humanitaire, militaire: la rime, richissime, ne pouvait que séduire des journaleux en mal (et comme on les comprend) de vraie poésie.

L'armée dans les cités: c'est d'autant plus remarquable, que Marie-Ségolène Royal ne semble pas envisager le déploiement de fusiliers marins dans le proche alentour de la place de la République (où niche "Libé"), ni d'ailleurs dans le coeur de Paris - sauf si, d'aventure, le patron (éponyme) du cours Florent, bolchevik de renom, refusait d'y rapatrier de son plein gré son enseignement, afin que la progéniture de Marie-Ségolène Royal, qui n'a certes pas l'intention d'abandonner la chair de sa chair dans les jungles du nord de la capitale, puisse enfin s'initier aux joies du répertoire - et qui sait même, jouer, dans un hommage discret aux éditoriaux de "Libé", les précieux ridicules. (Mais c'est une autre histoire.)

Il serait faux cependant, et pour tout dire peu sincère, de voir "Libération" comme le quotidien (engagé) de la seule répression: la prévention, pour ses patrons, est aussi un souci.

De sorte que le journal néo-barbichu célèbre aujourd'hui, à la page 17, après la folle hardiesse de Marie-Ségolène Royal, et de façon assez cohérente, l'initiative des "patrons" éclairés qui "rendent visite à des jeunes des "ghettos scolaires"". (Noter les guillemets.)

Un encadré luxuriant donne la mesure de cet autre iconoclasme, et nous enseigne que: "Le 13 décembre, le ministre de l'Education a signé avec une quarantaine de groupes - Air France, SNCF, Carrefour, Coca-Cola Entreprise, Total, etc - une charte où ils s'engagent en faveur "de l'égalité des chances dans l'éducation". L'opération "100.000 entrepreneurs" (100000entrepreneurs.com) entre dans ce cadre. Vendredi ses responsables ont signé un accord de partenariat avec l'académie de Créteil".

"Libé" n'exige bien sûr pas que les artisans de cette infâme scélératesse soient livrés sur le champ à la juste vindicte du fier peuple de France: dans le meilleur des mondes joffrinesques possibles, quand l'entreprise va au collège, les bérets verts attendent quelques élèves à la sortie - pour les encadrer.

L'avenir est beau, l'avenir est chaud, Sarkozy n'a qu'à bien se tenir.




* "Les tabous de la gauche", par Renaud Dély, bourin éditeur.

Idolâtrie

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(Je me foule pas: je vous ressers, à peine actualisé, un billet déjà balancé ici le 16 novembre dernier.)

Ségolâtres.

Je voulais vous dire - et vous redire après "Villepinte": on vous aura prévenu(e)s - et pas qu'un peu.

On vous l'a dit, on vous l'a répété: Marie-Ségolène Royal, "on sait instantanément qu'elle est de droite. Elle a choisi la gauche comme plan de carrière. (...) Elle a une manière d'être, de parler, qui vous dit qu'elle est de droite, même si elle tient des propos de gauche" (Bourdieu).

Je voulais, encore une fois, vous proposer un petit jeu - toujours le même: prenons date.

Parions ici que si, d'aventure, la dame que vous idolâtrez se hisse jusqu'aux "plus hautes fonctions", comme disent les journaleux, vous ne serez pas long(ue)s à déchanter: plus dure sera la chute.

Je reste, je l'avoue, un peu sidéré que les (rudes) leçons du passé vous aient si peu édifié(e)s: je vous rappelle une dernière fois que votre nouvelle idole était là, sur la photo, à chaque trahison à répétition du "socialisme" de gouvernement, façon rue de Solférino.

Elle était là, quand votre "gauche" renonçait.

Rendez-vous dans un an - tel(le) qui rit tel 11 février, dans l'euphorie d'une ahurissante frénésie médiatique, sera, un an plus tard, bien emmerdé(e) quand tout soudain, oh mais quelle terrible surprise, l'idole qui faisait pâmer son parti, fera ce que font toujours les "socialistes" aux affaires: le désespoir de Billancourt.

On parie?

11/02/2007

Un Meeting Fasciste A (Beaucoup) Moins D'Une Heure D'Avion De Paris?

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Question: est-ce que le rassemblement des ami(e)s de Marie-Ségolène Royal, cet après-midi à Villepinte, près de Paris, ne risque pas de tourner finalement au meeting fasciste?

Non je demande ça, parce qu'il y a dans le proche entourage de Marie-Ségolène Royal des gens dont l'inconscient est noir comme une chemise.

C'est pas moi qui le dis, hein?

Je suis persuadé que Marie-Ségolène Royal est de droite, mais fasciste, quand même?

Je n'y aurais jamais pensé.

Mais je m'interroge, depuis que j'ai pris connaissance, l'autre jour, dans "Libération", de menues considérations d'un philosophe pondéré: Alain "Finkie" Finkielkraut.

L'homme qui, d'après "Marianne" (où l'on n'hésite jamais à beaucoup pontifier), jamais-au-grand-jamais-n'a-dit-qu'il-soutiendrait-Nicolas-Sarkozy-n'en-déplaise-aux-colporteurs-de-ragots, mais qui, dans la vraie vie, soutient quand même un peu Nicolas Sarkozy, tout en poussant de hauts cris si on le soupçonne de le soutenir.

Par exemple, quand "Libé" lui demande s'il se sent "proche" de Nicolas Sarkozy, Alain Finkielkraut, qui ne soutient pas Nicolas Sarkozy, répond: "Il y a, en tout cas, une proximité de situation. Ma famille, comme celle de Sarkozy, n'est pas française de souche. Aussi ai-je été blessé comme s'il s'était agi de moi-même par la phrase d'un document du Parti socialiste définissant Nicolas Sarkozy comme un «néoconservateur américain avec un passeport français» [la phrase est du député PS Eric Besson]. Imaginez un instant que le candidat de la droite se soit appelé Royal, celui de la gauche Sarkozy, et que les porte-parole du premier aient traité le second de «stalinien avec un passeport français» ­ voire d'Américain car il y a une droite souverainiste et une gauche atlantiste. On aurait défilé de Nation à République et certains auraient même arboré l'étoile jaune. Or, il ne s'est presque rien passé, et pourtant cette dénaturalisation est impardonnable."

Et pour bien marquer sa désapprobation, Alain Finkielkraut passe une deuxième couche: "Je vous rappelle ce lapsus fasciste qui qualifie Nicolas Sarkozy «néoconservateur américain à passeport français»".

J'ai lu ça, j'en ai eu le souffle coupé.

Je me suis: nous avons, là, trois possibilités.

1. Finkie est fou.

2. Finkie est sot.

3. Eric Besson est un fasciste qui s'ignore (du moins devons-nous l'espérer), mais que ses lapsus trahissent.

J'ai vite éliminé les réponses 1 et 2: si Finkie était sot ou fou, jamais la presse, où dominent l'intelligence et la raison, ne ferait si opiniâtrement sa publicité.

Donc: réponse 3.

Derrière Besson, Eric, se cache Benito Bessolini.

D'où ma peur que le meeting de cet après-midi ne finisse par déraper.

Je voudrais lancer ici un appel un peu solennel à celles et ceux qui, inconscients de ce péril, iront tout à l'heure écouter Marie-Ségolène Royal: si elle vous propose à la fin de marcher sur Paris en chantant "Jeunesse, jeunesse, printemps de beauté", de grâce, barrez-vous!





Sacré Finkie...

10/02/2007

A La Soupe!

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C'est pas pour me vanter (ou si peu), mais j'avais (encore une fois) raison.

J'ai balancé ici, l'autre jour, un billet sur les simagrées de François Bayrou à propos de sa prochaine prestation de campagne sur TF1, que j'ai ensuite retiré parce que je le trouvais mal torché.

(Le billet, pas François Bayrou.)

Ce billet se terminait par ces mots: "Il ira, François Bayrou. Evidemment, qu'il va y aller. Sur TF1."

Et ce soir, qu'est-ce que je lis, dans le quotidien vespéral payant de Jean-Marie Colombanitchitchi, à ne pas confondre avec le nouveau quotidien matutinal non-payant de Jean-Marie Colombanitchitchi?

Ceci, qui me fait me gondoler: "M. Bayrou, qui, dans un premier temps, avait déclaré qu'il réfléchissait à sa venue sur le plateau de "J'ai une question à vous poser", devrait finalement s'y rendre le 26 février".

Je vous en prie, ne m'applaudissez pas, j'aurai le triomphe d'autant plus modeste qu'il n'était guère difficile d'observer, dans cette (minuscule) affaire, que François Bayrou nous délivrait son grand numéro, désormais très au point, du: "Je fais semblant de cracher dans la soupe que nous mitonne TF1, de la trouver un peu aigre, voire franchement dégueulasse, mais il n'est pas question non plus que je n'en boive pas ma part, dans le grand bol que monsieur Patrick Le Lay, patron de TF1, consent à me servir".

Variante, drolatique: "Je doute qu'une élection puisse, voyez-vous, se gagner sans TF1".

On vérifie par là que les récentes palinodies crypto-sergehalimiennes de François Bayrou (auxquelles je me suis d'ailleurs, un temps, laissé prendre) n'avaient d'autre fonction que de braquer sur lui, dont la campagne, paraît-il, marquait le pas, micros et caméras - y compris celles de TF1.

De fait, à chaque fois que Bayrou, François, critique radical des médias en général et de TF1 en particulier, a secoué ses petits poings pour dénoncer les manquements de TF1 au pluralisme, François Bayrou de son côté s'est empressé d'aller, sur TF1, mieux définir les contours de son exaspération.

Il va de soi que la (vaine) agitation réitérée de François Bayrou doit faire à Patrick Le Lay, qui fait métier de vendre du "temps de cerveau" à des marchands américains de boissons gazeuses, autant d'effet qu'une chiure de mouche sur le postérieur notoirement cuirassé d'un rhinocéros de guerre.

Il est douteux que François Bayrou le comprenne un jour, mais la seule posture à la fois digne et cohérente serait, quand des gens-de-télévision lui proposent une tournée, de leur opposer, posément, fût-ce en pillant Jack Lang, un courtois mais ferme: "Et si tu allais plutôt, vitement, te faire empapaouter?"

"Moumoute"

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(De notre envoyé spécial)

Helmut Von H. nous reçoit chez lui, au deuxième étage d'un hospice verdâtre, dans la triste banlieue (que plombe un ciel de suie) d'une cité, anciennement ouvrière, du coeur de ce qui fut jadis, en un temps dont les moins de vingt ans n'ont plus rien à fiche, la RDA.

Dans le (tout) petit monde (ultra-)fermé du fouillage de poubelles nauséabond, aka "le renseignement", Helmut ("Moumoute", pour les ami(e)s qu'Helmut n'a jamais eu(e)s) est une espèce de légende - puisque même Roland Jacquard n'a, dit-on, "jamais entendu parler de ce mec".

Et pourtant: l'égrotant retraité nonagénaire qui peine à contenir un épanchement nasal de belles proportions a longtemps été, de l'avis même de plus d'un spécialiste (soviétique), "le Paganini du fichage vicelard", au sein de l'intimidante institution où il a, pendant 40 ans, deux mois et cinq jours, espionné ses compatriotes pour un salaire de misère: la (célèbre) Staatssicherheit - plus connue sous l'affectueux sobriquet de "Stasi".

(Aucun rapport avec Bernard.)

Depuis ce qu'il appelle, non sans quelque larmoyante nostalgie, "das grosse, grosse, grosse engulerie von 1989" (la chute du Mur de Berlin), "Moumoute", obstinément, a refusé de répondre aux questions que nul(le) ne songeait à lui poser - préférant même, dans un admirable souci de discrétion, agent secret un jour, agent secret toujours, se faire passer, auprès de son voisinage, pour un ex-caporal-chef de la brigade Waffen-SS "Dirlewanger".

Son témoignage est donc une exclusivité: c'est la première fois que "Moumoute" a bien voulu sortir de son long mutisme, pour livrer son point de vue sur un service de renseignement dont l'efficacité, admet-il dans son patois décidément imagé, "droue le gul" (force l'admiration) de plus d'un vieux briscard.

Voici l'essentiel de ce qu'il nous a confié - nous avons, pour un meilleur confort de lecture, traduit ses réponses.

"Vos Renseignements généraux sont probablement, de mon point de vue de vétéran des affaires policières (je me flatte d'avoir fiché, seul, plus d'un million et demi de mes concitoyen(ne)s, entre l'érection et le si regrettable effondrement (accidentel) de notre cher et vieux Mauer), ce qui se fait de mieux aujourd'hui, en matière de maintien de ce que j'appellerais un ordre juste.

Comme je dis toujours: les tapettes réactionnaires du FBI peuvent aller se rhabiller.

On ne dirait pas, comme ça, mais j'ai gardé quelques antennes de l'autre côté du Rideau de Fer, notamment à Paris ("Lutèce, nid d'espions", comme je dis toujours), et je dois dire que je suis fasciné par la maestria dont vos RG viennent de faire preuve, dans le dossier Rebelle.

Without a cause, comme je dis toujours.

Parce que bon, au départ, on a quoi?

Des fonctionnaires totalement hors des clous, qui se livrent à des investigations dans le proche entourage politique d'une candidate qui se trouve être la principale adversaire de leur ministre de tutelle.

Franchement?

J'aurais volontiers parié que des têtes allaient tomber.

("Y a de la décollation dans l'air", comme disait toujours mon chef à la Staatssicherheit. A quoi, taquin, je répondais: "Ca sent grave la Sibérie".)

Or: non.

Ils ont joué le coup de façon exceptionnelle.

Dans un premier temps, rappelez-vous, ils ont dit: "Ah mais pardon, mais permettez, ce Bruno Rebelle, avant que d'être un obscur sous-conseiller de Marie-Ségolène Royal, est le chef suprême d'une sinistre nébuleuse, Greenpeace, dont les enfants de cinq ans savent qu'elle est financée par le Guépéou, et dont la seule évocation fait passer l'ami américain à DEFCON-3".

C'était, bien sûr, un gigantesque bobard: ça fait lurette que Rebelle n'est plus rien, à Greenpeace.

Alors vos RG sont passés au plan B: maintenant, ils disent, en gros, "ben ouais, on a fait le boulot".

En d'autres termes, ils disent la même chose qu'avant, mais plus gentiment, et dans "Le Monde".

Est-ce que ce n'est pas finalement passé comme lettre à la poste?

Ben si.

Résultat: les gars qui ont couvert cette investigation franchement limite sur Bruno Rebelle dorment tranquillement sur leurs deux oreilles, et devinez qui va morfler?

Ben oui: le pauvre type qui a dénoncé la manip.

Un gauchiste, paraît-il: c'est du moins ce que j'ai lu dans "Le Monde", hier soir.

Quand je vous parlais du Guépéou?

C'est pour ça que j'adore vos Renseignements généraux.

Ils font des trucs dont la seule évocation foutrait les jetons à n'importe quelle soi-disant pointure du FBI, ils enquêtent sur la "gauche" comme si on ne leur avait jamais dit qu'ils ne doivent plus faire de "politique", excusez-moi si j'étouffe un rire, mais à la fin des fins, qui paie les pots cassés?

La "gauche".

Ad.

Mi.

Rable.

Mon pronostic: les gars de chez Royal n'ont pas fini de faire marrer la rue des Saussaies.

Dites, là.

Tant que je vous tiens.

Je me demandais.

"Le Monde", c'est plutôt un journal qui ne hait point Nicolas Sarkozy - ou si je me trompe?"

 
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