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19/09/2007

Amusante Coïncidence A "Charlie Hebdo"

Le 14 septembre dernier, le dessinateur Maëster publie, sur son blog (maester.over-blog.com), ceci:

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Et voilà maintenant le dessin du si subversif dessinateur Jean Cabut (dit Cabu) qu'on trouve ce matin, cinq jours plus tard, en couverture de "Charlie Hebdo":

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Alors c'est vrai, j'en conviens: le dessin du si caustique Jean Cabut ressemble d'assez près à celui de Maëster.

De si près, en fait, qu'on pourrait presque penser que c'est le même.

Quelle amusante coïncidence.

17/09/2007

Susucre!

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1.
Quand maître content, maître donner susucre: c'est le b-a-ba de la domestication.

L'excellent Sean McCormack, porte-parole du département d'Etat américain, a donc généreusement gratouillé l'abdomen de Bernard Kouchner, après la déclaration d'icelui pronostiquant* "la guerre" contre l'Iran.

(Voyez, sur la photo, comme Bernard Kouchner a l'air aise de cette gentille flatterie ventrale.)

Sean Mc Cormack a déclaré: "La France a les mêmes objectifs que nous".

Et voilà, n'est-ce pas, qui nous change de l'époque, point si ancienne mais de sinistre mémoire déjà, où Chirac, l'insurgé, crachait dans la sauce barbecue - et que Dieu maudisse les coiffeuses pacifistes.

Du point de vue de Sean McCromack, les propos de Bernard Kouchner "soulignent le sérieux de la position française".

Le gars aurait dit, "ami, si tu tombes, un ami sort de l'ombre, pour apporter à ta place un sac de riz à Téhéran", Sean McCormack aurait trouvé ça (très) moyennement sérieux, et typique de ces putains de gouvernements français rouges.

Mais là, Sean McCormack a du mal à cacher sa jubilation: "Depuis que nos équipes ont pris le pouvoir à Paris comme naguère en Floride, y a pas, ça le fait".



2.
Pendant ce temps-là, Mohamed ElBaradei, directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), essaie de son côté, mission impossible, de ramener Bernard Kouchner à la raison: "Je ne parlerai pas d'une utilisation de la force quelle qu'elle soit".

Et de préciser: "Il y a des règles sur la façon d'utiliser la force et j'espère que chacun aura retenu la leçon de la situation en Irak, où 700.000 civils innocents ont perdu la vie pour un soupçon d'armes nucléaires possédées par le pays".

C'est marrant, hein, comme une telle observation, de simple bon sens, vous prend ces temps-ci des airs de sauvage diatribe altermondialiste.

Mohamed ElBaradei a conclu: ""Nous devons rester calmes, nous ne devons pas dramatiser cette question".

Je trouve qu'on devrait l'écouter, Mohamed ElBaradei.

Je m'étais déjà fait la réflexion quand les crevards de Washington ont lancé leur War On Iraq.

Mais j'ai bien peur qu'aujourd'hui comme hier sa digne pondération soit une espèce de miction-dans-un-violon: quand le néocon a décidé qu'il avait besoin d'une bonne guerre, le néocon, reconnaissable à son bas front de brute sanguinaire, va généralement jusqu'au bout de sa folie.



3.
A part ça, je ne sais pas si vous l'avez remarqué: ça fait bientôt quarante-huit heures que Bernard Kouchner a expectoré sa belliqueuse humeur, et la "gauche" française continue, sur un sujet qui n'est pas exactement neutre, à fermer sa (triste) gueule à double tour...




* Oui, oui: pronostiquant.

Et En Effet, Ca Serait Quand Même Bien Qu'on Puisse "Ramener" Les "Militants D'Extrême Gauche" Et "Les Anarchistes" A "La Véritable Démocratie"...

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1.
Je vous parle ce matin de ma nouvelle amie: Laurence Bloch.

Disons: Lolo.

Je l'ai trouvée à l'aube, en me baladant sur www.liberation.fr

Preuve qu'on peut faire avant même que le soleil ne soit levé de jolies rencontres, jusques et y compris sur le site (burlesque) d'un quotidien néo-patronal.



2.
Lolo est "directrice adjointe de France Culture".

A ce titre, Lolo "a suivi" pendant trois jours "le forum "Vive la politique" organisé à Grenoble par "Libération"".

Et je suis comme vous, j'ai d'abord trouvé ça courageux - mais je me suis aperçu qu'en fait ça relevait en quelque sorte, pour Lolo, de l'obligation professionnelle, puisque aussi bien "cette manifestation" gouleyante "avait pour partenaires France Culture et France Info".

Enfin bref, l'important est que Lolo "est revenue enthousiaste et confortée dans l'idée que de tels lieux d'expressions doivent se multiplier".

Lolo est même revenue si esbaudie, qu'elle a carrément livré à www.liberation.fr ses "réflexions prises à chaud".

Je m'en vais de ce pas vous en livrer la riche moelle, mais il faut d'abord que vous reteniez deux, trois petites choses, à propos de ce forum.



3.
Il faut que vous sachiez, notamment, qu'il y a différentes façons de le présenter - a posteriori.



4.
Si vous consultez, par exemple, nouvelObs.com, vous allez découvrir que c'était un forum hyper-fun, hyper-cool, et tout, et tout.

Si délibérément funky, même, que: "Le directeur de la rédaction du journal "Libération", Laurent Joffrin, s'est félicité, samedi 15 septembre, du "succès" (de ce) forum citoyen".

(Car ce forum était, cela va de soi, totalement "citoyen".)

Il est vrai que Laurent Joffrin a de quoi se trémousser, puisque: "Pendant trois jours, à la Maison de la Culture de Grenoble, de nombreux ministres du gouvernement se sont succédé à la tribune".

Ainsi: "La Garde des Sceaux, Rachida Dati, la ministre de l'Economie, Christine Lagarde, et le ministre de l'Education, Xavier Darcos, ont notamment participé".

Le forum n'était pas seulement citoyen: il était aussi, et cela va également de soi, remarquablement pluraliste.

En sorte que: "De nombreuses personnalités de gauche sont intervenues, à l'instar de Laurent Fabius, Dominique Voynet ou François Hollande".

On voit par là que la vraie gauche prolétarienne était massivement représentée, mais je vous rassure: "On a également noté la présence d'intellectuels, comme le philosophe Alain Finkielkraut".

Et donc, c'était si chouette, que Laurent Joffrin, qui se reconnaît à ce qu'il ose absolument tout, a, tenez-vous bien à l'échelle: "Rapproché cette manifestation, unique en France, du forum social de Porto Alegre".

(J'ai bon espoir, dans ces conditions, de l'entendre comparer le prochain raout du MEDEF à un meeting anarcho-syndicaliste.)

NouvelObs.com évacue, en quelques mots, un minuscule détail: "Une partie de l'extrême gauche a boycotté l'initiative en manifestant brièvement jeudi avec un rassemblement de deux cents personnes".

Mais rien de vraiment gênant: "La plupart des débats se sont déroulés dans une ambiance souvent consensuelle, la salle applaudissant sans sectarisme ministres de droite et responsables de gauche".

(Je voudrais avoir ici une pensée conviviale, et, pourquoi pas, fraternelle, pour les braves gens qui ont "applaudi sans sectarisme" l'excellent Xavier Darcos, auteur, naguère, sur son blog, de cette impérissable observation: "Les mêmes "sauvageons", qui jouent les casseurs de banlieue et qui lapident la police ou l'école, sont prêts à manifester, le coeur sur la main, contre le racisme ou en faveur de n'importe quel pacifisme"...)



5.
Je résume: c'était vachement bien, ce forum.

D'après nouvelObs.com et Laurent Joffrin.



6.
Mais si vous lisez maintenant le compte-rendu qu'en fait Judith Bernard sur le nouveau site (arretsurimages.net) d'"Arrêt Sur Images", vous découvrez, notamment, que: "Des filtrages particulièrement vigoureux ont compliqué l'accès au "Forum Citoyen". Plan Vigie Pirate niveau rouge oblige, selon les explications de Laurent Joffrin, des fonctionnaires des Renseignements Généraux et des membres de la Brigade Anti-Criminelle ont interdit l'entrée dans le bâtiment à divers individus "suspects", dont plusieurs étudiants et professeurs de Science Po, et des membres de la société des Lecteurs de "Libération" (dont l'un a été molesté pour avoir insisté)".

Si je comprends bien: des keufs, et pas n'importe lesquels puisqu'il s'agissait notamment de la BAC, ont semble-t-il fait des moulinets avec les bras pour maintenir au large quelques empê^cheurs de social-démocratiser en rond.

On le savait, mais il est toujours plaisant de le vérifier: Laurent Joffrin a parfaitement intégré les règles sarkoziques de la démocratie, où l'absence de sectarisme s'accomode au mieux de conséquents dispositifs policiers.

Au reste, Judith Bernard le précise: "Devant le public, qui faisait part de son insatisfaction à l'issue d'un forum qui n'en était pas un, puisque le public n'avait pas eu son mot à dire dans le spectacle institutionnel ronronnant qui s'était donné à voir, (Laurent Joffrin) a doctement expliqué qu'un forum: "C'est comme une classe, il y a le prof, il y a les élèves, il y a ceux qui savent, il y a ceux qui ne savent pas, et je refuse la démagogie qui consiste à dire que tout le monde sait pareil. Quand on a la chance d'avoir des ministres en exercice, qui sont aux manettes, et qu'on a l'occasion de les écouter, ça me paraît important"".

(On comprend mieux, du coup, la présence d'Alain Finkielkraut au forum social de Porto Alegre...)



7.
Ceci posé, une fois établi, veux-je dire, que l'ordre et la discipline régnaient à Grenoble, revenons s'il vous plaît à Lolo, ma nouvelle amie, et à ses "réflexions prises à chaud" - consultables ici: www.liberation.fr/actualite/politiques/vive_la_politique/compterendu/278979.FR.php



8.
Lolo, d'abord, s'extasie: "Votre coup de génie a été de concevoir ce forum sur des tête à tête".

Ecrit Lolo à "Libération".

Pourquoi est-ce un coup de génie?

Parce qu'"on n'est pas dans les débats à quinze personnes à qui il faut donner la parole, et qui ont tout juste dix minutes pour répondre".

(Et c'est vrai, quand on y réfléchit deux secondes, que rien ne vaut un forum citoyen sans véritable débat.)

En outre: "Le duo a cet avantage d'échapper à la langue de bois, parce qu'on peut revenir sur les questions, affiner une pensée, lever des malentendus".

Et en effet: il faudrait quand même être un(e) fieffé(e) sot(te) pour imaginer que les ministres présents ont pu être effleuré(e)s par la tentation de faire de la langue de bois.

C'est pas le genre de la maison.



9.
D'ailleurs, Lolo a trouvé que l'un de ces ministres, au moins, s'était vachement bien tenu.

Lolo écrit: "Un débat en particulier m'a frappé: celui opposait Jean-Marie Bockel à Thomas Piketty".

(Jean-Marie Bockel est, je le rappelle, ce digne "socialiste" qui a intégré le gouvernement Fillon, et Thomas Piketty est un mol économiste, réputé "socialiste" lui aussi, qui a notamment conseillé Ségolène Royal, si mes souvenirs sont bons: j'imagine que la controverse entre ces deux bolcheviques hirsutes a dû être animée.)

Lolo se pâme: "On a vu là un homme politique, Bockel, plein de bonne volonté qui, pendant dix ans a essayer* de secouer le PS et qui, de guerre lasse, est passé dans la partie adverse avec toute son énergie".

(Monsieur le secrétaire d'Etat chargé de la Francophonie, la directrice adjointe de France Culture vous aime beaucoup, ne l'oubliez pas, s'il vous plaît.)



10.
Bon, j'avance un peu, et Lolo se lance dans la grande politique.



11.
Lolo explique: "Je crois qu'il est important de parler de ceux (difficile d'en estimer le nombre) qui auraient voulu que ce forum tourne court".

Diantre!

Qui sont-ce?

Lolo avoue: "Je ne sais pas comment les qualifier".

Mais Lolo a tout de même une vague idée: "Disons des militants d'extrême gauche, des anarchistes".

(Autant dire la meute avinée des hideux émeutiers.)

Ces gens "ont ceci en commun", estime Lolo, qui finalement arrive donc à les qualifier: "Ils ne supportent pas l'idée que des "contraires" - des gens qui ne partagent pas les mêmes opinions - puissent discuter".

Emballez, c'est pesé: les "militants d'extrême gauche" et, pire que tout, les "anarchistes", sont tout simplement les (dangereux) ennemis de la démocratie.

Or: "Ils étaient à Grenoble".

(Bougres de salauds.)

Heureusement que la BAC et les RG veillaient!

Lolo: "C'est indiscutable, il y avait une forte présence policière".

Et?

Et rien.

Lolo n'a rien à dire, sur cette "forte présence" qui triait, à l'entrée du forum citoyen, le bon grain (laurentjoffrinique) de l'ivraie (sauvageonne).

Lolo estime que: "Le vrai problème est de savoir comment on peut les ramener", ces gauchistes pervers, "à ce que (Lolo) considère comme la vraie démocratie: on n'est pas d'accord et pourtant on parle".

C'est donc répété, de façon beaucoup moins subliminale: les "militants d'extrême gauche" ne savent pas du tout ce que peut bien être la "vraie démocratie".

(Alors que le gars qui taille une bavette avec le colonel Brice Hortefeux ou ses voisin(e)s de bureau est un authentique démocrate.)

Lolo passe d'ailleurs une troisième couche, pour le cas où des con(ne)s auraient mal compris son message: "Ces gens pensent que pour se faire entendre ils doivent en passer par la force. Ils ne veulent pas discuter mais imposer leurs points de vue. C'est une pensée totalitaire qui n'écoute pas ce qui peut la contredire".

Un minuscule détail a, vous l'aurez compris, quelque peu échappé à Lolo: c'est que ces "gens" n'ont pas été invités à exposer leurs points de vue au forum social de Port... Au forum citoyen de Laurent Joffrin.

Mais je me garderai bien quant à moi de suggérer à Lolo que le totalitarisme n'est par conséquent pas là où elle croit le détecter: elle risquerait de se sentir un peu obligée d'ouvrir l'antenne de France Cul à des anars.

Et franchement, ça serait un peu rude, parce que du coup, Lolo ne pourrait plus nous révéler, avec un peu de componction, que: "Malheureusement, (...) la contestation d'extrême gauche pourtant très utile, ne réussit plus à s'exprimer".

Hhhhhh...

Lolo, pour (presque) finir, se désole: "C'est très regrettable", écrit-elle.

(Que la contestation d'extrême gauche ne puisse plus s'exprimer.)



12.
Lolo, pour finir, se console cependant: "Par exemple Alain Finkielkraut (...) est un intellectuel très précieux car il sait dialoguer avec ses adversaires: quand il se déplace pour des débats en province, un monde fou vient l'écouter".

Du coup, ce penseur "très précieux" peut bien compter les Noirs sur nos terrains de foot, et relever que leur masse fait "ricaner toute l'Europe": c'est pas ça, oh non, qui l'empêchera de conserver son rond de serviette à France Culture.

Puisqu'il "sait dialoguer".

Alors que les rouges, rappelez-vous: ils "n'écoutent pas".

Sacrée Lolo.



13.
Je sais pas vous: moi ça me rassure, de savoir qu'une radio que nos impôts financent est en de si bonnes et si (vraiment) démocratiques mains.







* Vous allez me dire que c'est mesquin, mais les fautes d'accord ne sont pas de moi.


MISE A JOUR
Il est 10.04: je modifie et modère un (tout petit) peu ce billet.
Les mignonnes "réflexions à chaud" de Lolo sont aussi dans la version papier de "Libé", ce matin.
On y trouve aussi une longue, une interminable autocongratulation de Laurent Joffrin, qui nous confirme que son forum était vraiment le truc à ne pas manquer cette année, mais dont je ne vous entretiendrais certes pas si on n'y trouvait quelques utiles précisions.
(Quand je dis "utiles", je me comprends...)
Celle-ci, par exemple: "Une séance de clôture avec un public à la fois critique et content nous permettra de faire progresser, l'année prochaine, la qualité et l'ouverture de l'événement".
(L'ouverture... Si c'est pas mignon...)
Ou encore, celle-ci: "En raison de menaces diffusées par de petits groupes et pour respecter le dispositif de sécurité garanti aux membres du gouvernement, une surveillance avait été organisée à l'entrée. Il y a eu deux incidents mineurs pour lesquels nous avons présenté nos excuses (une ou deux personnes ont été retenues à l'entrée quelques minutes). Nous prendrons toutes mesures la prochaine fois pour concilier protection et fluidité d'accès".
(Marrant comme la version de Joffrin diffère de celle de Judith Bernard.)



ENCORE UNE MISE A JOUR
(Voilà ce que j'appelle du billet hyper-évolutif.)
Il est 11.00.
J'ai découvert qu'un blogueur, Versac, était au forum citoyen de Laurent Joffrin.
Je vais faire un tour sur son blog, et voilà ce que je trouve: "Les critiques (encore aujourd'hui, un militant hurlant "gauche caviar" a été sorti manu militari) n'ont pas cessé".
Je relis en articulant bien: "Encore-aujourd'hui-un-militant-hurlant-"gauche-caviar"-a-été-sorti-manu-militari", et je crois que de tous ces jolis mots, c'est "militari" que je préfère.
Est-ce que le gars n'appartenait pas, je me pose la question, à l'un de ces "petits groupes", lointainement affiliés à l'hydre Al-Qaïda, qui ont d'après Laurent Joffrin proféré des "menaces"?
Bon, allez, j'arrête avec les mises à jour, ça me fait chier.
Mais je vous signale qu'on trouve de jolies "photos off du forum de "Libé" à Grenoble" chez Indymédia.
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L'adresse: http://lille.indymedia.org/spip.php?article10164

16/09/2007

Donald Kouchner: "La Guerre! La GUERRE! LA GUERRE!"

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Sur la photo: notre George W. Bush à nous, à gauche, et notre Donald Rumsfeld à nous, à droite.

Pâles copies des originaux, certes, mais, pour cette raison même, atrocement dangereuses.

On savait, bien sûr, le culte que ces deux-là vouent aux déments de Washington.

On savait - mais il fallait, surtout, ne rien dire, sinon, rappelez-vous, on était le roi des salauds.

Quand Eric Besson, par exemple, a eu le malheur de considérer que Sarkozy était un "néoconservateur américain à passeport français", le philosophe préféré de Sarkozy, le penseur qui du point de vue de Sarkozy fait "honneur à l'intelligence française" (en déplorant par exemple que les Noirs soient tellement nombreux dans l'équipe de France de football), je veux parler bien sûr d'Alain Finkielkraut, a posément considéré qu'Eric Besson avait lâché un, je cite: "Lapsus fasciste".

Depuis, Eric Besson est allé se coucher aux pieds de Sarkozy (et on attend toujours que le digne philosopheux nous explique ce que lui inspire ce ralliement d'un presque fasciste à son candidat préféré).

Donald Kouchner aussi, est venu se koukoucher.

Mais rappelez-vous: il n'allait, nonobstant, pas renier, pensez-vous, ses convictions profondes.

Homme de gauche, homme de paix, homme des jolis bateaux lumineux pour les petits nenfants du Viêtnam et des jolis sacs de riz gluant pour les petits nenfants somaliens, Donald Kouchner allait porter haut les couleurs de l'humanisme, juste à côté du colonel Brice Hortefeux.

Et vous savez quoi?

Donald Kouchner tombe le masque - ça n'a pas été long.

Il déclare, avec cette mâle gravité qui lui va si bien au teint, que nous devons, je cite, nous "préparer au pire".

Et qu'est-ce que c'est que ce pire, ô Grand Phare De La Pensée Humanitaire - lui ont demandé les journaleux qui lui servaient la soupe?

"C'est la guerre", a tranquillement répondu Donald Kouchner.

La guerre contre l'Iran.

Le petit nenfant des rizières et son petit nami de Somalie sont une chose.

Le petit nenfant iranien en est une autre.

Nous devons nous préparer à l'idée que nous allons devoir balancer, d'une très haute hauteur, des bombes dans la gueule des petits nenfants iraniens - parce que c'est de ça qu'il est, naturellement, question, quand on parle de guerre.

Quand ces maniaques parlent de guerre.

Notez: ils promettent à chaque fois que ça va bien se passer.

On va faire ça très proprement, façon école de chirurgie - et si quelques civil(e)s crèvent, ben c'est les risques du métier.

C'est des victimes collatérales - de moindrissime importance.

Puis bon, n'a pas trop le choix: c'est ça, ou la fin du monde.

Si on reste sans réagir, ces gens-là vont nous jeter sur le coin de la gueule des ADM fabriquées dans des laboratoires secrets si bien planqués dans leurs nombreux sous-sols que même les missionnaires de l'ONU les trouveront jamais.

Si on reste sans réagir, ces gens-là vont nous attaquer, alors que nous, par exemple, est-ce qu'on attaque des gens sans raison(s) - à part bien sûr de temps en temps quelques tribus algériennes et guatémaltèques et laotiennes (liste non exhaustive), mais c'est pas la même chose?

Nous ont fait le coup en Irak.

(Liste non exhaustive.)

Je vous balance tout ça en vrac, parce que je suis un peu énervé.

Parce que je trouve que "ça" va encore beaucoup plus vite que je ne le craignais.

Parce que nous avons là, en effet, des clones de Bush et de ses nervis, dans leur sinistre plénitude.

Parce que nous avons là des petits rigolos qui sont en train de nous faire ici, en quatre mois, ce que Bush et ses nervis ont fait chez eux en (grosso modo) quatre ans.

Quand ces mecs-là nous disent que nous devons nous préparer à la guerre, ça veut dire qu'ils ont déjà prévu de la faire - et que ça ne fera pas du tout l'objet d'un long débat.

Ils ont le doigt sur le bouton.

Matez le calendrier: à peine sont-ils confrontés à ce que leurs journaleux de chevet appellent pudiquement le début de la fin de leur état de grâce (de mes couilles), que zou, ils nous balancent quelque chose comme la promesse d'une jolie petite guerre.

C'est dans les vieux pots yankees dégueulasses qu'on fait les meilleures soupes aux cadavres.

Vous dites?

C'est de la paranoïa?

Oui, da.

C'en est.

Certainement.

Comme c'en était, n'est-ce pas, de considérer naguère que les crevards de Washington allaient de toute façon guerroyer en Irak - alors que le monde entier savait qu'ils mentaient comme des porcs, que leurs prétextes à la con ne tenaient pas la route une seconde.

Rappelez-vous Sarkozy, qui allait, ministre-candidat, lécher les pieds de Bush, oooooh mais je vous prie de bien vouloir excuser la retenue de ce vieux chacal de Chirac, vous pensez bien qu'avec moi ça ne se serait pas du tout passé comme ça.

Message (si peu) subliminal: quand je serai chef de l'Etat vous pourrez compter sur mes jolies troupes d'élite pour soutenir vos boys quand ils massacrent des civil(e)s au large de Bassorah - vous pensez bien que j'ai pas envie de laisser passer une si formidable opportunité.

Rappelez-vous Sarkozy, qui nous a dit ensuite que non, pas du tout, il n'avait pas du tout l'intention de s'aligner sur ses maîtres bushistes.

Ben si, en fait: nous y sommes.

Dans la vraie vie, nous y voilà.

Ca fait quatre mois que ces mecs-là sont là, et déjà ils planifient une guerre - du Golfe.

Et de mon point de vue, ils doivent y croire très, très, très fort.

Une bonne grosse GUERRE, avec plein de belles images pour nos télés.

Oooooh les jolies balles traçantes la nuit dans le ciel de Téhéran.

Rien de tel pour fidéliser le populo.

Rien de meilleur pour le moral de la nation qu'un grand élan patriotique - déjà dans les rédactions, soyez sûr(e)s qu'on fourbit du très, très gros titre sur le danger iranien - et sur la nécessité de jouer du gros bâton, croyez que ça me navre, mais quand faut y aller, faut y aller.

On sent que ça le motive, Donald Kouchner.

On sent qu'il a vraiment l'impression de vivre une Page D'Histoire, quand il affirme qu'il est: "Normal qu'on fasse des plans".

Et quoi de plus normal en effet, pour un type qui a jadis prêté le serment d'Hippocrate*, que de faire ce genre de plans?

On sent qu'il se prend carrément au sérieux, quand il révèle qu'il a demandé "aux grandes entreprises françaises", genre Total et GDF, "de ne plus investir en Iran".

Remarquez, chez Total, ils doivent l'écouter: il s'est jusqu'à présent montré plutôt sympa, pour une somme assez modeste.

"Koukouche le Birman" - l'appellent-ils.

Le gars se pointe et nous annonce la guerre: ça devrait normalement nous jeter dans les rues par millions.

Très vite.

TRES VITE.

Et c'est là qu'on va voir si "la gauche", qui se pignolait ce week-end à la Fête de l'Huma, est à la hauteur de l'enjeu.

Parce que sinon, c'est pas pour me vanter, mais cet après-midi, en zappant, je suis tombé sur un mec assez virulent, qui chez Moati mettait le compte à Sarkozy, fallait voir comme.

Un mec sensé, qui répétait sur tous les tons que la guerre est une infecte saloperie.

Je l'ai trouvé positivement ravissant - tout le contraire des mielleux "socialistes" modernisateurs.

Je me suis dit, ah ben enfin, quelqu'un ouvre sa gueule - c'est pas trop tôt, et, sincèrement, qu'est-ce que ça fait du bien.

C'était Dominique de Villepin.


* Le serment d'Hippocrate (tel qu'il se présente sur Wikipédia): « Au moment d'être admis(e) à exercer la médecine, je promets et je jure d'être fidèle aux lois de l'honneur et de la probité. Mon premier souci sera de rétablir, de préserver ou de promouvoir la santé dans tous ses éléments, physiques et mentaux, individuels et sociaux. Je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination selon leur état ou leurs convictions. J'interviendrai pour les protéger si elles sont affaiblies, vulnérables ou menacées dans leur intégrité ou leur dignité. Même sous la contrainte, je ne ferai pas usage de mes connaissances contre les lois de l'humanité. J'informerai les patients des décisions envisagées, de leurs raisons et de leurs conséquences. Je ne tromperai jamais leur confiance et n'exploiterai pas le pouvoir hérité des circonstances pour forcer les consciences. Je donnerai mes soins à l'indigent et à quiconque me les demandera. Je ne me laisserai pas influencer par la soif du gain ou la recherche de la gloire. Admis(e) dans l'intimité des personnes, je tairai les secrets qui me seront confiés. Reçu(e) à l'intérieur des maisons, je respecterai les secrets des foyers et ma conduite ne servira pas à corrompre les mœurs. Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la mort délibérément. Je préserverai l'indépendance nécessaire à l'accomplissement de ma mission. Je n'entreprendrai rien qui dépasse mes compétences. Je les entretiendrai et les perfectionnerai pour assurer au mieux les services qui me seront demandés. J'apporterai mon aide à mes confrères ainsi qu'à leurs familles dans l'adversité. Que les hommes et mes confrères m'accordent leur estime si je suis fidèle à mes promesses ; que je sois déshonoré(e) et méprisé(e) si j'y manque ». Sacré Donald... (Merci, Anne B.)

Grrrrr...

Au fait.

Aujourd'hui?

Là, tout de suite?

J'ai 40 ans.

Dominique Sopo (SOS Racisme): "Le Colonel Hortefeux N'Est Pas Grand, Mais Il Est Vaillant - Sluuuurp"

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Il y a ce matin, dans le "Journal du dimanche", propriété du frère de Nicolas Sarkozy*, outre le désormais classique éditorial où Jacques Espérandieu, "directeur de la rédaction", lèche d'abondance le frère de son employeur, un long portrait du colonel Brice Hortefeux, ministre de l'Immigration et de l'Identité naz... Nationale.

J'ai découvert des trucs, dans ce portrait.

J'ai découvert, par exemple, que Brice Hortefeux est colonel (de réserve, dans l'armée de l'air).

Je l'ignorais.

Ca ne m'étonne pas, notez.

Pas plus tard que la semaine dernière, je disais encore à un pote: "Ce Brice Hortefeux a quand même une sacrée gueule de colonel".

Mon pote m'a répondu: "C'est cé qué j'arrêté pas dé mé diré, ma couillé".

(Mon pote a un léger accent: il est grec.)

J'ai découvert, aussi, que le colonel Brice Hortefeux a des admirateurs qu'on ne lui soupçonnait pas.

(Enfin si, un peu quand même.)

Par exemple, Dominique Sopo, digne "président de SOS Racisme", trouve que le colonel Brice Hortefeux "est clairement à droite", c'est vrai, mais que pour autant, le colonel Brice Hortefeux: "N'est pas un psychopathe de l'expulsion".

Oh ben non, alors.

Je n'en espérais bien sûr pas moins du boss d'un mouvement qui a donné au monde l'incroyable Malek Boutih - mais on a beau avoir l'habitude, la triste et flagorneuse divagation de Sopo fait tout de même un peu mal au cul.

Même le "JDD", qui n'est pas exactement, on l'aura compris, un fanzine antigouvernemental, reconnaît que le colonel Brice Hortefeux "répète", c'est son atroce mantra, que "tout étranger en situation irrégulière a vocation à quitter le territoire".

Le colonel Brice Hortefeux justifie par ces mots cette obsession dégueulasse: "Sinon, ça veut dire "venez tous"".

Le colonel Brice Hortefeux est l'inventeur de la Bricekrieg, nouvelle guerre-éclair à base de rafles, dont l'idée même ne peut que faire vomir.

Le colonel Brice Hortefeux est l'iconoclaste courageux qui lâche sa troupe sur des enfants (et leurs parents) jusque sur des corniches, et qui, s'ils tombent et se blessent, voyez Ivan, leur accorde six mois de sursis - avant que de les (r)envoyer à leur enfer.

Le colonel Brice Hortefeux est le digne anticonformiste qui affirme n'avoir "aucun tabou" - et qui par conséquent se pâme, quand un sinistre élu de sa glauque majorité propose un test ADN pour les immigrés.

(L'Histoire nous l'enseigne: les personnages qui n'ont aucun tabou sont, dans le meilleur des cas, horriblement dangereux - suivez mon regard.)

Mais pour Dominique Sopo, dont la langue fait ici comme un tapis rouge, le colonel Brice Hortefeux n'est "pas un psychopathe de l'expulsion".

Il paraît pour finir que le colonel Brice Hortefeux est "vite coléreux".

Que le colonel Brice Hortefeux "accepte difficilement la contradiction et le sarcasme formulé à son encontre".

Et ça, franchement, c'est pas de chance, quand on fait un si laid métier...





* Je veux parler, bien sûr, d'Arnaud Lagardère.

15/09/2007

Près Du "Quotidien Du Peuple", Y Avait "Ensemble Contre La Peine De Mort": C'Etait (Presque) Rigolo

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J'aime bien la Fête de l'Huma.

C'est, à ma connaissance, le seul endroit au monde où tu peux stationner à l'angle des avenues Hô Chi Minh et Che Guevara sans que l'Amicale des ami(e)s de (feu) Jean-François Revel vienne te faire ch*** la b***.

Et donc, ce matin, c'est là que j'étais.

A la Fête de l'Huma.

Et vous savez quoi?

Y avait des communistes.

PLEIN de communistes.

Partout.

Au 22, avenue Che Guevara, y avait, par exemple, comme chaque année, un stand pour le "人民日报".

Le "Quotidien du peuple".

Le journal officiel du Comité central du Parti communiste chinois.

Il y avait donc aussi, à la Fête de l'Huma, des "communistes" chinois.

(Notez les guillemets.)

A quoi se reconnaît, me demanderez-vous, un "communiste" chinois?

C'est tout simple, quand on y réfléchit.

Le "communiste" chinois est le "communiste" qui, le cas échéant, peut très facilement te poser une balle dans la nuque, si tu es, sur quelque sujet que ce soit, d'un avis différent de l'avis du Parti communiste chinois.

Y avait aussi, non loin de celui du "人民日报", un stand, au 72 avenue Che Guevara, pour le "Collectif unitaire de soutien à Mumia Abu-Jamal".

Et un autre, au 91 de l'avenue Che Guevara, pour le collectif "Ensemble contre la peine de mort".

Et, naturellement, j'ai trouvé ça bizarre, que les organisateurs de la Fête de l'Huma invitent, en même temps, des "communistes" qui pratiquent la peine de mort sur une si grande échelle que même George W. Bush en est, dit-on, gravement jaloux - et des gens qui militent, activement, contre cette immonde saloperie.

Puis je me suis dit aussi, merde, si je devais tenir un stand pour un collectif contre la peine de mort, ça me gonflerait à mort, de me retrouver à quelque mètres des flingueurs fous du Parti communiste chinois.

Je refuserais de voisiner avec des tueurs en série, ou à tout le moins, j'organiserais une manif devant chez eux - pour exiger l'abolition de la peine de mort en Chine populaire.

Genre une manif un peu bordélique.

Genre, hey, Hannibal Lecter, tu sais où tu peux te la mettre, ta chip aux crevettes?

Mais là, rien.

Tout ce petit monde cohabitait gentiment - le Parti ami qui règne par la peine de mort, et les collectifs amis qui se battent contre la peine de mort.

Et j'ai pensé, ah, si l'administration pénitentiaire texane avait un stand avenue Che Guevara, juste à côté de celui du Parti communiste chinois, je suis pas sûr que ça se passerait aussi bien pour sa gueule.

Je dis ça, je dis rien.

14/09/2007

Franz-Olivier Giesbert Lèche Patrick Besson, Qui Avait Léché Franz-Olivier Giesbert

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Au printemps dernier, rappelez-vous, Flammarion publiait un polar du patron de l'hebdomadaire "Le Point", Franz-Olivier Giesbert.

Le romancier Patrick Besson avait alors écrit, dans l'hebdomadaire "Marianne", tout le bien qu'il fallait penser de ce bouquin.

Patrick Besson comparait notamment Franz-Olivier Giesbert à: Giono, Pagnol, Ellroy et Zola.

Patrick Besson, distrait, oubliait sottement de préciser aux (lectrices et) lecteurs de "Marianne" que Patrick Besson n'écrit pas seulement dans "Marianne", mais que Patrick Besson publie aussi une chronique hebdomadaire dans... "Le Point".

Dont le patron est, je viens de vous le dire, Franz-Olivier Giesbert.

De sorte que Patrick Besson, flagornant Franz-Olivier Giesbert, flagornait l'un de ses fidèles employeurs.

Or.

Quatre mois plus tard, sur quoi tombeje (du verbe tombejer), dans "Le Point" de cette semaine, à la page 152?

Sur le match retour!

Franz-Olivier Giesbert (boss du "Point"), à son tour, lèche (dans "Le Point") Patrick Besson (collaborateur du "Point"), qui l'avait si bien léché!

"On lit d'une seule traite" le nouveau roman (de rentrée littéraire) de Patrick Besson, explique ainsi Franz-Olivier Giesbert - car son "intrigue "est "bien tenue", et son "écriture" est "légère".

C'est du "cousu main".

Avec ce nouveau roman, ajoute Franz-Olivier Giesbert: "Patrick Besson est arrivé au sommet de son art".

Y en a comme ça une pleine page, et Franz-Olivier Giesbert termine son éloge par ces mots: "On ne fait pas (...) de grandes choses sans humilité. Patrick Besson a celle des artisans qui ne se contentent pas de faire des livres, mais font des oeuvres".

Mine de rien, à se lécher à tour ce rôle, ces mecs-là ont inventé le mouvement (de langue) perpétuel.

13/09/2007

Légiférer Comme Des Porcs

"Le Monde" appelle ça un nouveau pas "dans la gestion de l'immigration": la commission des lois de l'Assemblée nationale vient d'adopter un amendement autorisant le recours aux tests ADN lors de la délivrance des visas de plus de trois mois.

Ca n'appelle évidemment aucune espèce de commentaire particulier.

Ca confirme juste, mais définitivement, que le nouveau régime est une porcherie, incroyablement dégueulasse - dont la puanteur effroyable aurait déjà dû nous jeter par millions dans les rues.

11/09/2007

"Dans Le Cas Du Racisme Antiarabe, Point N'Est Nécessaire De Faire Semblant"

On peut dire que t'es un(e) petit(e) veinard(e), hein?

T'avais plus rien à lire, et voilà justement que paraissent coup sur coup deux bouquins faits pour toi.

Dans le premier, "La Poudrière du Moyen-Orient" (éditions Fayard, 391 pages, 23 euros), Noam Chomsky et Gilbert Achcar débattent.

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En voici un minuscule extrait - celui où le gars qui les a réunis leur demande: "Quelles sont l'importance et l'étendue du racisme antiarabe"?

Chomsky répond: "Aux Etats-Unis, c'est vraiment la dernière forme légitim de racisme. Il n'est pas nécessaire de tenter de le cacher. Si l'on est raciste envers d'autres entités sociales, il faut faire semblant de ne pas l'être. Mais, dans le cas du racisme antiarabe, point n'est nécessaire de faire semblant. (...)"

Achcar précise: "Le racisme antiarabe est probablement la forme la plus aigüe de quelque chose d'encore plus général, l'islamophobie".

Chomsky: "Personne ne fait cette distinction - les Arabes, les Iraniens, l'islam, tout cela, c'est la même chose".

Achcar: "Exactement. Essaie de te mettre dans la peau d'un musulman et observe les médias. C'est consternant. On a l'impression d'être constamment assailli. Je ne parle pas d'actes concrets d'agression, de discrimination et tout le reste. Je ne parle que des médias. (...) C'est absolument horrible de voir la profusion d'absurdités anti-islamiques et de catégorisations racistes qui sont proférées par des gens qui sont, la plupart du temps, totalement ignorants. (...) En Europe, en tout cas, l'islamophobie est un phénomène de grande ampleur et très inquiétant. (...)"

Achcar encore: "(...) On pourrait fournir d'innombrables exemples qui illustrent (...) le fait que l'islam et les musulmans sont devenus les cibles les plus "naturelles" du racisme diffus qui existe réellement dans les pays occidentaux. La vision dite culturaliste de la montée de l'intégrisme islamique, qui attribue celle-ci à certaines caractéristiques intrinsèques traduisant l'essence même de la religion islamique, est très répandue (...). Bien des personnes en Occident ne comprennent pas qu'il n'y a rien de "naturel" ou d'atemporel dans le fait que l'intégrisme islamique est aujourd'hui le courant politique le plus visible chez les peuples musulmans. Elles ignorent ou oublient que la situation était tout à fait différente à d'autres périodes de notre histoire contemporaine - il y a quelques décennies, par exemple, le parti le plus grand parmi les partis communistes qui n'étaient pas au pouvoir dans le monde, un parti qui s'appuyait officiellement, donc, sur une doctrine athée, se trouvait dans le pays comptant la plus grande population musulmane: l'Indonésie, jusqu'à ce que ce parti soit écrasé à partir de 1965 dans un bain de sang à l'initiative des militaires indonésiens soutenus par les Etats-Unis, bien sûr. (...) Et, cela va sans dire, ces personnes négligent le fait que même aujourd'hui l'écrasante majorité des croyants musulmans n'ont rien de commun avec l'intégrisme religieux qui, depuis quelques décennies, progresse dans la plupart des grandes religions. Et pourtant, elles considèrent que le seul bon musulman est un non-musulman - c'est à dire un non-croyant - qui mange du porc et boit de l'alcool〔¹〕. (...) L'islamophobie est fondée sur la peur, comme l'indique l'étymologie du mot. Elle croît dans un contexte spécifique et complexe: les nombreuses angoisses engendrées par la déréglementation sociale et économique néolibérale. Ces angoisses se traduisent par la recherche de boucs émissaires, selon un phénomène psychologique bien connu, et sont aggravées par la crainte inspirée dans l'opinion publique occidentale par des gouvernements qui se refusent à donner la vraie réponse à la question courante: "Pourquoi "ils" nous haïssent?""



〔¹〕Dans le deuxième bouquin dont je voulais te parler, "La République du mépris" (éditions La Découverte, 118 pages, 10 euros), Pierre Tévanian souligne, en des termes finalement assez proches de ceux d'Achcar: "(...) Nous avons une certaine tolérance et même une certaine bienveillance, à l'égard des "musulmans modérés" - c'est-à-dire des musulmans considérés comme tels parce qu'ils ont le bon goût de rester "discrets" (par exemple en ne parlant jamais d'islam, en n'invoquant jamais le nom d'Allah, en ne jurant jamais "sur le Coran", en ne portant ni barbe ni voile, voire en ne refusant pas un verre d'alcool) (...)".

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Bon, je te laisse quelques jours pour lire tout ça, interro écrite mercredi prochain.

 
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