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24/10/2007

Mouloud (Môquet) Prend L'Avion

Dans "Charlie Hebdo", ce matin, il y a, sous un appel (vibrant) à signer "la pétition [de "Charlie Hebdo"] contre l'amendement sur les tests ADN", ce cocasse dessin de Charb - qui officie aussi chez Fogiel.

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(Qu'est-ce qu'il est caustique, ce Charb: on comprend que Fogiel ait souhaité l'embaucher.)

Ce cocasse dessin n'a aucun rapport, on le remarque, avec l'amendement sur les tests ADN - mais il dit bien ce qui désormais rythme au quotidien la vie de milliers de nos concitoyen(ne)s, dans la France décomplexée du colonel (de réserve) Brice Hortefeux: Mouloud (Môquet) s'appelle Mouloud, Mouloud est presque aussi foncé de peau que les nègres qui sur nos terrains de football font ricaner toute l'Europe, Mouloud a par conséquent été contrôlé au faciès, Mouloud n'avait pas de papiers, Mouloud va donc "prendre l'avion".

C'est en effet ce qui se passe dans nos rues, depuis que Nicolas Sarkozy, mâlement décidé à "maîtriser l'immigration", a demandé à son fidèle colonel (de réserve) Brice Hortefeux de bouter cette année 25.000 "clandestins" - car la troupe dévouée du colonel (de réserve) Brice Hortefeux n'a rien trouvé de plus efficace, pour trier le bon grain "immigré" de l'ivraie sans papiers, que de contrôler tout ce qui pourrait s'appeler Mouloud, ou Ming, ou Mamadou.

Le cocasse dessin de Charb décrit donc une réalité, fondée sur la traque obscène des malheureux qui ont (sottement) gobé que la France était pour de bon le pays des solidarités.

Cette réalité-là, d'aucuns, dans la presse, fût-elle satirique, trouvent à s'en accomoder, au motif qu'il faut, en effet, comme le dit si bien Nicolas Sarkozy, "maîtriser l'immigration", parce que bon, vous comprenez bien, mâme Dupont, qu'on peut pas non plus accueillir chez nous toute la misère du monde - comme on dit chez nous, à gauche, rue de Solférino.

(N'est-ce pas, mâme Dupont?

Au fait, mâme Dupont?

Ca serait bien que vous fassiez un peu moins de bruit, le soir, quand vous sortez les poubelles: on s'entend plus débattre, avec mes ami(e)s de gauche.)

C'est le cas de Philippe Val, boss de "Charlie Hebdo", qui, dans le même temps qu'il initiait (avec BHL) sa (courageuse) pétition "contre les tests ADN", prenait grand soin de souligner (dans l'un de ces roboratifs éditos qui font dire à Nicolas Sarkozy que "Philippe Val est un opposant de grande valeur") que, oui, neffet, il faut "trouver les moyens de maîtriser l'immigration".

Sans rappeler, bien sûr, que cette belle et noble mission passe, dans nos rues, par le contrôle au faciès de tout ce qui a la couleur de peau d'un potentiel "clandestin".

En sorte que, si le Mouloud Môquet du cocasse dessin de Charb est voué à "prendre l'avion", c'est (aussi) parce que Philippe Val partage la soif de maîtrise (de l'immigration) de Nicolas Sarkozy.

De mon point de vue, ce cocasse dessin de Charb, ainsi resitué, illustre assez bien la fonction dévolue à son auteur, dans les pages de "Charlie Hebdo".

Pendant que de la main droite, et après avoir lancé de burlesques pétitions, Philippe Val torche de coruscants éditos appellant, comme Nicolas Sarkozy, à "maîtriser l'immigration", Philippe Val, de la main gauche, laisse publier de cocasses dessins qui fustigent la politique de "maîtrise des flux migratoires" de Nicolas Sarkozy.

Bon: ça maintient, dans "Charlie Hebdo", l'apparence d'un pluralisme de bon aloi, et de ce bel esprit d'ouverture qui fait que Philippe Val aime débattre sur i-Télé avec des mecs de l'UMP - mais à la fin des fins, devinez ce qui se passe?

Mouloud prend l'avion.

23/10/2007

57.000 Euros? Seulement? Putain, Mais C'Est Donné!

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"Le Monde" est, comme on sait, notre "journal de référence".

(C'est "Le Monde" qui le dit: ça doit être vrai.)

C'est pas rien, saperjeu, et je sais que ça fait des gros jaloux, du côté, notamment, d'un éditorialiste barbichu dont par charité je tairai le nom - mais je trouve, quant à moi, qu'en effet "Le Monde" est, peu ou prou, un canard sérieux, déontologique, et tout, et tout.

(Un peu moins déontologique, peut-être, depuis le départ de Jean-Marie Colombani - mais je n'en suis même pas sûr.)

Tant de talent(s) dans si peu de centimètres carrés, c'est pas donné à tout le monde, et je comprends que Laurent Joffrin soit un peu envieux.

(Ah merde, j'avais dit que je tairais son nom.)

Hier après-midi, par exemple.

J'ouvre "Le Monde".

Vous savez, provinciaux arriérés, que nous autres, Parisiens, recevons "Le Monde" l'après-midi, cependant que vous devez dans vos ruralités pourries attendre le matin pour vous informer sérieusement: bien fait pour vos gueules, n'aviez qu'à pas vous enterrer aux trous du cul du monde.

Donc, hier, j'ouvre "Le Monde", et je tombe, à la page 29, sur la rubrique: "Vous".

C'est à dire: nous.

(J'espère que vous suivez.)

C'est une page où l'on s'intéresse, ai-je cru deviner, à nos "modes de vie", et que généralement je ne lis pas, mais là: si.

(Je sens que mon histoire commence à vous galoper sur les parties génitales, vous êtes à deux doigts de vous faire chier, où veut-il en venir ce con - mais ne partez pas, s'il vous plaît.)

Je lis, donc, et j'apprends, gros titre, que: "Les hommes s'entichent du croco, malgré son prix".

Et qu'ainsi: "En sacs, chaussures, mais aussi en vestes et blousons, la garde-robe masculine s'enrichit".

Foutre: ça ne m'avait pas (du tout) frappé.

Aucun de mes potes ne s'habille en croco, je suis formel, et pour ce qui me concerne, la dernière fois que je me suis acheté des "chaussures", c'était une paire de "Panther" à trois bandes en rat musqué retourné (54 euros).

Intéressé, je continue ma lecture, en me disant que "Le Monde", journal de référence, va me révéler, comme dans une chanson de Patrick Juvet, où sont les hommes en croco.

Or: non.

En fait de scoop(s) sur la ruée vers "ce cuir précieux", je tombe sur un hallucinant publireportage, qui nulle part n'est signalé comme tel - mais qui pour le coup en dit long sur la vision que "Le Monde" se fait du monde.

J'apprends ainsi que "la précieuse peau de reptile est très présente cet hiver, dans les boutiques de luxe de prêt-à-porter pour homme", où, par exemple, "Hermès propose un blouson mat bleu tempête composé de sept peaux".

Un vêtement "d'une souplesse inouïe, grâce à des passages répétés au foulon, une machine servant à assouplir les cuirs".

Une "pièce rare", qui "a nécessité quarante heures de labeur".

(Il se dit que les attaché(e)s de presse de chez Hermès ont poussé, en découvrant cette ahurissante lècherie, de longs gémissements de plaisir, et je le crois volontiers, car il n'est pas si courant qu'un "journal de référence" prenne ainsi l'apparence d'un communiqué publicitaire.)

Voyez comme, sous ce nouvel éclairage, l'info soudain s'affine: quand "Le Monde" affirme que "les hommes s'entichent du croco", il s'agit, dans la vraie vie, des hommes-qui-ont-les-moyens-de-s'habiller-dans-les-boutiques-de-luxe-de-prêt-à-porter-pour-hommes.

"Le Monde", cependant, continue à caresser la maison Hermès, rappelant que: "Ce n'est pas la première fois que Véronique Nichanian travaille le croco au masculin".

(Hhhhh...)

Qui est, me demanderez-vous, cette Véronique Nichanian?

"La créatrice des lignes homme pour la maison du Faubourg Saint-Honoré".

(Hermès, donc.)

Déjà, Véronique Nichanian, "Le Monde" nous le révèle, "avait, il y a une dizaine d'années, coupé des gilets dans ce cuir précieux".

(Hhhhh...)

La beauté, naturellement, a un prix: "57.000 euros pour le modèle de l'hiver".

(Le blouson mat bleu tempête composé de sept peaux dont les hommes s'entichent.)

"Le Monde" signale (tout de même) que c'est "astronomique": je ne trouve pas.

57.000 euros seulement?

57 fois le SMIC?

C'est tout?

Je crois que je vais en acheter deux: justement, j'ai là 114.000 euros à dépenser.

Entendons-nous, je vous prie.

Je sais parfaitement (je suis de gauche) que vous n'avez pas tous 114.000 euros d'économies, et que cette menue facilité fait de moi un privilégié: il paraît (je me suis documenté) qu'il y a des gens qui ne sont pas aussi à l'aise que moi dans leurs comptes en banque (numérotés) - et je trouve ça dommage, parce que bon, à quoi sert de voter pour la droite haineuse et revancharde qui ne v(o)it que par le fric, si on reste un salaud de pauvre - mais d'un autre côté ça explique sans doute pourquoi je ne croise, dans les rues de Paris, aucun des hommes dont "Le Monde" assure qu'il se ruent sur le croco.

Plus sérieusement, je ne voudrais pas non plus désespérer Billancourt, et je m'empresse de préciser que "Le Monde" propose, pour les radins qui n'auraient pas, là, tout de suite, 57.000 euros à investir dans des peaux de qualité, quelques modèles plus directement accessibles à n'importe quel chômeur un peu économe.

Je pense, notamment, à ce qui se fait cette année chez "Dolce&Gabbana" (longs gémissements de plaisir chez Dolce&Gabbana), où "le crocodile reste une des matières fétiches de Roberto Cavalli, qui le travaille en ceintures et sacs, vendus jusqu'à... 10.625 euros".

(Notez les points de suspension, que "Le Monde" met là pour nous signifier que "Le Monde" sait compatir à la misère du monde...)

10.625 euros, franchement: qui s'en priverait?

Qui oserait encore, à ce prix-là, ne pas s'enticher?

Personne, mais bon: pour les méga-rapiats, je signale quand même que "Testoni associe croco et iguane ou croco et cuir pour ses modèles derbys".

C'est, "Le Monde" le relève, "une façon de réduire le coût", et de fait, ça nous met "le tout-reptile" à 2.490 euros, et "la version mixte cuir-croco" à, tenez-vous bien, 610 euros.

Alors évidemment, vous aurez toujours un pauvre tue-la-joie de RMIste pour venir vous les briser avec de hideuses jérémiades, genre, ouiiiii, mais tu comprends, c'est vrai que 610 euros, c'est pas cher du tout, ça met de la démocratie dans la godasse, mais bon, tu comprends, ça fait quand même une fois et demie mon revenu mensuel.

Et alors, pauvre mec?

C'est de ma faute à moi, si tu te donnes pas les moyens de t'enticher?

C'est de ma faute à moi, si tu refuses, obstinément, de travailler plus?

Au large, assisté: retourne chez Tati.



(Vous savez ce que répondent généralement les sinistres provocateurs qui osent nous entretenir, dans leurs canards, des nouveautés à 57.000 euros de chez Hermès - quand vous leur suggérez de revenir à plus de pudeur.

Ah ben oui, disent-ils, mais les riches ont quand même le droit de vivre - ou si t'es un bandit bolchevique?

Les mêmes, quand la rue brûlera, feront dans l'étonnement naïf, non mais regarde-moi ce con, il m'a escarbillé mon blouson mat bleu tempête composé de sept peaux.)

22/10/2007

Mahatmattali

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Jacques Attali, biographe de Gandhi?

C'est, a priori, comme si Nicolas Sarkozy tout soudain se prenait d'affection pour la mémoire d'une jeune militant communiste: c'est, a priori, du (très) grand n'importe quoi.

D'un autre côté, nous savons, pour l'avoir mainte fois expérimenté ces derniers temps, que le (très) grand n'importe quoi n'éblouit ni les yeux de Nicolas Sarkozy, ni ceux des "socialistes" de conviction qui ont mis leur(s) talent(s) au service du chef de l'Etat.

De sorte que nous ne sommes que moyennement sidéré(e)s, quand nous découvrons, dans "Le Parisien" de ce matin, que dans le moment précis où Nicolas Sarkozy "honore" Guy Môquet (notez je vous prie les guillemets), Jacques Attali, après nous avoir livré une (burlesque) vie de Marx★, "publie", en effet, "une passionnante biographie du Mahatma Gandhi".

Nous devinons, même, qu'il pourrait bien s'agir, dans les deux cas, de nous éloigner, en nous focalisant vers d'autres temps et d'autres moeurs, de réalités moins romantiques - du style, Nicolas Sarkozy a demandé à Jacques Attali des propositions pour "la libération de la croissance française".

Dans "Le Parisien", Jacques Attali déclare: "(Gandhi) est pour moi l'homme le plus important de l'histoire de l'humanité, hors de l'Occident, au XXe siècle".

Saperjeu: c'est pas rien.

(Je viens de trouver "saperjeu" dans un Dumas★★ que je n'avais jamais lu★★★, et je sens que je n'ai pas fini d'en abuser.)

Jacques Attali affine ensuite sa pensée: "(Gandhi) me fait penser à Coluche".

(Car l'un, comme l'autre: "Passait son temps à rire, à faire rire".)

Vieux dicton berrichon: "Quand Jacques Attali affine sa pensée, t'es jamais déçu du voyage".

Puis Jacques Attali s'avance, crânement, sur le chemin de la géostratégie de (très) haut niveau (dont il maîtrise parfaitement les renommées subtilités), pour nous révéler que: "Ben Laden deviendra le porte-parole des humiliés si on n'écoute pas le message [de paix] de Gandhi".

(Oui: c'est beau.)

En somme: Gandhi, résumé par Jacques Attali dans les pages du "Parisien", était rigolo et pacifiste, et ça fait de lui, en effet, quelqu'un de plutôt sympa.

Dans la vraie vie, naturellement, Gandhi était plus contrasté que ça.

Moins linéairement drolatique.

(Mais qu'importent ces minuscules nuances?)

Ce que Jacques Attali ne dit pas, dans "Le Parisien" de ce matin, c'est que, par exemple, Gandhi n'avait qu'une sympathie assez relative pour (ce qui ne s'appelait pas encore) le "néo-"libéralisme.

En schématisant, on pourrait même supposer que la société de (sur)consommation le faisait peu marrer - sans quoi jamais il n'aurait, notamment, déclaré que: "La civilisation, au vrai sens du terme, ne consiste pas à multiplier les besoins, mais à les limiter volontairement. C'est le seul moyen pour connaître le vrai bonheur et nous rendre plus disponible aux autres. Il faut un minimum de bien-être et de confort; mais, passé cette limite, ce qui devrait nous aider devient une source de gêne. Vouloir créer un nombre illimité de besoins pour avoir ensuite à les satisfaire n'est que poursuite du vent. Ce faux idéal n'est qu'un traquenard".

Doncques, et c'est là que je voulais en arriver: si on avait dit à Gandhi qu'un jour un "socialiste" oserait préconiser, comme vient de faire Attali, au nombre de ce que "Le Parisien" appelle sans rire des "propositions iconoclastes pour "la libération de la croissance française"", l'implantation de "grandes surfaces" au coeur de nos cités?

Gandhi, évidemment, serait parti de ce (désormais fameux) rire qui le faisait tellement ressembler à Coluche.











★ Lisez là, je vous prie, "le procès de Jacques Attali": http://www.leplanb.org/page.php?article=70&PHPSESSID=0815f14e0414b014c2e661dd39495cc7

★★ Alexandre, bien sûr. (Pas Roland.)

★★★ "La Guerre des Femmes", Phébus, 2007: un régal.

Tri Sélectif

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C'est curieux, comme nos intellectuels de médias ont la colère sélective, l'indignation trieuse.

Ce matin ils signent, dans "Libération", un appel "pour Ayaan Hirsi Ali" (photo) - laquelle, "menacée de mort par les islamistes du monde entier pour son indépendance d'esprit et sa défense sans relâche de la liberté d'expression et de conscience", vient de perdre "la protection que son gouvernement [hollandais] s'était engagé à lui fournir".

Pascal Bruckner, Alain Finkielkraut, Philippe Val, pour ne citer qu'eux, "(demandent) à la France de lui accorder une citoyenneté française honorifique".

Et pourquoi pas, en effet.

Ce n'est pas une mauvaise idée - après tout, c'est quand même Nicolas Sarkozy qui l'autre jour a déclaré, sans rire, que, je cite: "Chaque fois que quelqu'un est humilié, est persécuté, est opprimé, il devient automatiquement français".

(Brice Hortefeux, plié en deux: "Mais que tu es cocasse, mon Nico!")

Au passage, ne pas oublier qu'il y a, de par le monde, plein de gens qui sont aussi menacés, pour ce qu'ils sont, pour ce qu'ils disent, pour ce qu'ils pensent - et pas seulement par des fanatiques religieux.

Je pense en particulier, là, tout de suite, à monsieur et madame Ali, voyez la concordance des patronymes, parents albanais sans papiers d'un enfant d'un an et demi et d'un autre enfant de quatre ans, arrêtés la semaine dernière, près de Lyon, par la gendarmerie nationale, afin que d'être vitement expulsés - plutôt que pourvus d'une "citoyenneté française honorifique".

Monsieur Ali, en Albanie, a reçu des menaces - relativement sérieuses, puisque aussi bien le frère de monsieur Ali a été abattu.

En sorte que l'expulsion programmée de monsieur Ali et de sa petite famille revient, il est du moins permis de le supposer, à le(s) renvoyer vers un destin plutôt funeste.

(Mais c'est aussi qu'il faut "trouver les moyens de maîtriser l'immigration", comme dit Philippe Val (signataire ce matin de l'appel "pour Hirsi Ali") - ne serait-ce que pour maintenir "un équilibre démographique délicat qu'un afflux massif de personnes peut rompre sans peine", comme dit Pascal Bruckner (signataire ce matin de l'appel "pour Hirsi Ali").)

Je ne vois pas, quant à moi, que la vie de monsieur Ali soit de moins de valeur que celle d'Ayaan Hirsi Ali - mais aucun des fins clercs qui ce matin pétitionnent pour la seconde n'a, que je sache, demandé pour le premier "une citoyenneté française honorifique".

Et c'est un peu dommage.

Puis.

Toutes choses égales par ailleurs.

C'est ici et maintenant, aussi, que "la liberté d'expression et de conscience" est menacée, moins brutalement certes qu'en d'autres lieux - quand par exemple Hamé, rappeur de La Rumeur, subit depuis des années un ahurissant assaut judiciaire (initié notamment par le même Nicolas Sarkozy qui "préfère un excès de caricature" quand la caricature cible d'abord les musulmans), pour avoir osé relever que les bavures policières ne sont pas seulement une vue de l'esprit.

Mais aucun de nos pétitionnaires de ce matin n'a fait mine de lever le petit doigt, pour exiger qu'on foute la paix à La Rumeur - qu'on laisse La Rumeur libre de s'exprimer.

Entendons-nous bien, s'il vous plaît.

Tout ne se vaut pas - évidemment.

Il va de soi, mais ça va encore mieux en le disant, que les menaces de mort visant Ayaan Hirsi Ali sont, en effet, une abjection.

Il va de soi, mais ça va encore mieux en le disant, que les psychopathes qui prétendent la museler sont, en effet, de sinistres ordures, comme en produisent, à cadence régulière, les aliénations religieuses (pléonasme) - et qu'elle doit, en effet, être partout protégée.

(Il va de soi pour finir, mais ça va encore mieux en le disant, qu'il n'y a évidemment pas de commune mesure entre ce que subit Ayaan Hirsi Ali, et l'intimidation feutrée qui se pratique parfois sous nos latitudes.)

Mais cette évidence ne doit plus servir de commode prétexte à la poignée de penseurs, généralement sarkompatibles, qui pratique à outrance, depuis quelques années, le tri sélectif des indignations - qui prétendent soigner "la blessure de la liberté" (Alain Finkielkraut) quand elle est faite par des musulmans fanatisés, mais qui laissent ouvertes les plaies que lui font leurs amis politiques.

Les mêmes, qui veulent ce matin protéger Ayaan Hirsi Ali, et comme ils ont raison - mais qu'indiffère apparemment, sans quoi ils pétitionneraient, le sort, une fois repassées nos frontières, des 25.000 "clandestins" que traquent nos polices.

Les mêmes, qui plus généralement exigent par exemple qu'on soutienne sans condition(s) Redeker, quand Redeker lâche son fiel, mais qui, pour mieux signaler sans doute leur attachement à la "liberté d'expression", fustigent dans la moindre contradiction un nouveau "communisme" stalinien - comme s'ils voulaient à tout prix démontrer que nul excès ne les arrête.

Les mêmes, en somme, qui tracent jour après jour les contours de "libertés" dont la géométrie, je le crains, serait finalement trop variable.

21/10/2007

Suivant Que Vous Serez Puissant Ou Banlieusard...

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"Bernard Laporte est visé par une enquête fiscale sur ses investissements".

Lis-je dans "Le Monde", qui précise que, d'après la direction nationale d'enquêtes fiscales (DNEF), qui a "effectué un quinzaine de perquisitions (...) dans les sociétés de M. Laporte", les "infractions" relevées "seraient nombreuses", et variées aussi, puisqu'il serait question de: "Présomptions de détournements d'actifs, dissimulations de recettes d'établissements, majoration artificielle des charges, double comptabilité, travail au noir".

("Le Monde" relève que "le fisc aurait (...) trouvé la trace d'investissements du couple Laporte dans le paradis fiscal de Saint-Martin, aux Antilles, pour un montant deux fois supérieur à leurs revenus déclarés en France".)

Et alors, je ne sais pas, mais j'ai un peu l'impression que si j'en parle à un nouveau-né moyennement formé au commentaire politico-financier, il va, dans l'instant, me répondre que nous n'avons là que des présomptions, mais que ça fait quand même beaucoup de présomptions pour un seul homme, surtout si cet homme "prend ses fonctions de secrétaire d'Etat aux sports lundi 22 octobre" - ce qui est en effet le cas de Bernard Laporte.

Nonobstant: "De Lisbonne, où il participait au sommet européen, Nicolas Sarkozy", qui avait si mes souvenirs sont bons promis pendant sa campagne de réhabiliter la morale en politique, "a assuré M. Laporte de tout son soutien".

C'est en cette occasion que Nicolas Sarkozy, dont l'équanimité sera désormais chantée dans les siècles des siècles, a fait cette déclaration, incroyablement émouvante: "La présomption d'innocence, c'est quelque chose qui doit exister".

Oooooh, me suis-je dit.

Comme c'est beau.

Comme c'est vrai.

Comme c'est dommage - qu'au mois d'octobre 2005, quand Zyed Benna et Bouna Traoré sont morts électrocutés à Clichy-sous-Bois, Nicolas Sarkozy, au lieu de rappeler dans l'instant que "la présomption d'innocence est quelque chose qui doit exister", leur ait plutôt fait cette épitaphe, mensongère: "Lors d'une tentative de cambriolage, lorsque la police est arrivée, un certain nombre de jeunes sont partis en courant. Trois d'entre eux, qui n'étaient pas poursuivis physiquement, sont allés se cacher en escaladant un mur d'enceinte de trois mètres de haut qui abritait un transformateur. Il semble que deux d'entre eux se soient électrocutés"...

20/10/2007

Charognards

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1.
Je découvre à l'instant que dans "l'intitulé de l'hommage officiel" à Guy Môquet, orchestré par le régime (qui n'a pas fini (d'essayer) de manipuler nos enfants), le mot "camarade" a été remplacé par le mot "compagnon".

Je répète?

Le mot "camarade" a été remplacé par le mot "compagnon".

Henri Guaino, "principal conseiller de Sarkozy", interviewé (longuement) dans "Libération", ne trouve pas ça gênant: "Est-ce si grave?"

Demande-t-il.

Avant de préciser: "A force de se scandaliser de tout, on finit par ne plus savoir ce qui est important".

Dans l'intitulé de l'hommage officiel à Guy Môquet, le mot "camarade" a été remplacé par le mot "compagnon", mais le principal conseiller de Nicolas Sarkozy ne trouve ça ni "grave", ni "important".

Mais en réalité?

"Camarade" est le (joli) nom que se donnent les communistes.

"Compagnon" est celui que se donnaient les gaullistes, notamment.

Le remplacement de l'un par l'autre est donc tout sauf anodin, et il faudrait être le dernier des sales cons pour ne pas s'en rendre compte.

Le remplacement de l'un par l'autre éloigne Guy Môquet de la gauche, pour le rapprocher de la droite.

Ni plus, ni moins.

Les charognards du régime s'abattent sur la dépouille d'un militant communiste, pour s'en faire un sinistre étendard (après l'avoir cependant lavé de sa camaraderie) - et bien évidemment pour mieux dissimuler que Guy Môquet gerberait à longs traits si, revenant, il découvrait ce que les mêmes charognards font depuis quelques mois des solidarités pour quoi il se battait.

J'ai beau me creuser la tête: je ne trouve guère que l'Union soviétique, période glaciaire (photo), comme autre exemple un peu récent d'un pays révisant, de la sorte, son histoire officielle - donnant un mot pour un autre, effaçant de la photo ce qui risquait de faire désordre.

Ca me terrifie sincèrement, et je me demande où sont, pour le coup, les penseurs à deux balles qui voient partout Staline - mais qui depuis un an lèchent le fondement de Sarkozy?

On les entend plus, ces baltringues - alors que là, pourtant, ils tiennent, pour de bon, un cas très pur de stalinisme - appliqué à notre mémoire collective...



2.
D'Henri Guaino toujours, récitant au mot près le répugnant bréviaire de la "nouvelle" réaction: "(...) Il faut résister à cette mode de la repentance, qui finit par exprimer la haine de soi, qui débouche souvent sur la haine des autres".

Et dans "Libé" toujours, quelques pages plus tard, ce relevé, atroce, de ce que font dans la vraie vie ces gens qui ne se repentent pas: "Le plus jeune prisonnier de France a trois semaines (...). Arrêté avec ses parents sans-papiers, il a passé une nuit en garde à vue et est détenu depuis le 18 octobre au centre de rétention administrative (CRA) de Rennes. (...) Autres exemples: le 4 octobre, un bébé de 15 mois est enfermé au CRA de Toulouse avec sa mère enceinte. Celle-ci fait une fausse couche et perd des jumeaux. Le même jour, une autre femme enceinte est enfermée au CRA de Cayenne en Guyane. Transférée à l'hôpital, elle accouche d'un foetus mort. Ce même 4 octobre, une fillette de 3 ans et sa mère sont placées au centre de rétention administrative de Lyon. Le 10, un enfant handicapé et ses parents sont enfermés au CRA de Toulouse".

Ad nauseam...

Les traqueurs d'enfants sont les mêmes qui veulent que nos écoliers apprennent que Guy Môquet, fusillé communiste, était un "compagnon", plutôt qu'un "camarade" - et naturellement, tout ça est cohérent.

Dans "Marianne", un garçon qui n'a pas exactement le profil d'un révolutionnaire guatémaltèque puisqu'il s'agit de François Léotard, observe que: " Tout cela va mal finir".

Première fois de ma vie que je suis un peu d'accord avec François Léotard.

19/10/2007

Dignité

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L'extrême dignité journalistique ne s'impose pas toujours pour ce qu'elle est - mais il y a des moments où elle saute aux yeux.

Si de ce pas vous allez faire un tour sur le site du "Monde", journal de référence?

(www.lemonde.fr)

Si, une fois là, vous cliquez sur le compte-rendu "heure par heure" des faits marquants de cette journée, deuxième du nom, de grève dans les transports?

(http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-968642@51-952133,0.html)

Vous allez tomber, je viens de vous le dire, sur le compte-rendu des faits marquants de la grève dans les transports, ce vendredi 19 octobre 2007.

Ou plutôt, vous allez tomber sur la première page de ce compte-rendu - et ce n'est pas celle qui nous intéresse.

Allez directement, je vous prie, à la deuxième (et dernière) page.

(http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-968642@51-952133@45-1,0.html)

En voici un extrait, dont je conserve la ponctuation d'origine: je vous demande, s'il vous plaît, de le lire attentivement.

"9 h 20 : la CGT-Cheminots demande des comptes sur l'accord avec la Fgaac
Le secrétaire général de la CGT-cheminots, Didier Le Reste, va "demander des comptes à la direction de la SNCF" sur les "discussions en coulisse" menées avec le syndicat autonome des conducteurs au soir de la grève contre les régimes spéciaux. La Fgaac (agents de conduite autonomes) qui avait appelé à reconduire vendredi la grève à la SNCF a annoncé jeudi soir dans un communiqué "suspendre le mouvement" après avoir obtenu "des réponses" de la direction de l'entreprise nationale.

9 h 36 : une femme roulant à Vélib' est morte jeudi soir
Une femme d'une soixantaine d'années circulant à Vélib' est morte jeudi soir à la suite d'un accident avec un camion, a fait savoir, vendredi, la société JC Decaux, qui gère le système de vélos en libre service à Paris. Il s'agit du premier accident mortel d'un Vélib', depuis le lancement du dispositif le 15 juillet. La cycliste a été renversée par un camion dans le 12e arrondissement, à l'angle du boulevard Morland et du boulevard de la Bastille. Elle est morte plus tard des suites de ses blessures.

9 h 36 : 233 km de bouchons en Ile-de-France
Le trafic routier est en proie à une congestion générale à 9 heures en Ile-de-France, avec des bouchons sur la plupart des axes conduisant vers la capitale, indique le Centre national d'information routière (CNIR). A 9 heures, 233 km de bouchons étaient comptabilisés, contre 108 en moyenne à la même heure d'ordinaire, souligne le CNIR, selon lequel "il y a des bouchons un peu partout et on ne circule pas". On relève des blocage, par exemple sur l'A4 entre Marne-la-Vallée et la porte de Bercy, sur l'A104 (extérieur) aux abords de Roissy, sur l'A3 entre Garonor et la porte de Bagnolet, ainsi que sur l'A6 en direction de Paris. La circulation est particulièrement difficile au centre de Paris. En province, la situation du trafic aux abords des grandes métropoles est en général normale.

(...)

8 h 21 : trafic routier conforme à la normale
Avec 188 km de bouchons à 8 heures, la circulation routière était "conforme à la normale" vendredi matin en région parisienne et en province, indique le Centre national d'information routière (CNIR). "Il y a eu plus de trafic, mais cela a commencé plus tôt que d'habitude", explique-t-on.

7 h 37 : un métro sur deux, les lignes A et B du RER paralysées
"Cela fonctionne mieux que prévu", indique la RATP, précisant que le service allait "monter en puissance" au fil de la journée. A 7 h 20, une rame sur deux du métro fonctionnait, deux bus sur trois et 100 % des tramways. Dans le métro, une rame sur quatre roulait sur les lignes 8 et 12, une sur trois sur les lignes 3, 5, 10 et 13, près d'une sur deux sur les lignes 6 et 9, deux sur trois sur les lignes 2, 4, 7 et 11 et quatre sur cinq sur la ligne 1. La ligne 14, automatique, fonctionne normalement."

On lit ça, n'est-ce pas, on se dit, foutre, pour de l'information heure par heure, c'est de l'information heure par heure: on sait absolument tout de ce qui s'est passé aujourd'hui, on sait, à la minute près, que ce matin "les lignes A et B du RER" étaient "paralysées", mais que le "trafic routier" restait "conforme à la normale", qu'à midi le trafic reprenait "à la RATP", etc.

C'est vachement intéressant.

Mais regardez je vous prie ce qui se passe un peu après neuf heures et demie.

Regardez: ça vaut le coup d'oeil, et je me demande si vous avez bien vu le truc.

(Quant à moi je ne serais jamais tombé sur cette monstrueuse énormité si une camarade à qui rien n'échappe ne me l'avait pas signalée à l'instant.)

"9 h 36 : une femme roulant à Vélib' est morte jeudi soir
Une femme d'une soixantaine d'années circulant à Vélib' est morte jeudi soir à la suite d'un accident avec un camion, a fait savoir, vendredi, la société JC Decaux, qui gère le système de vélos en libre service à Paris. Il s'agit du premier accident mortel d'un Vélib', depuis le lancement du dispositif le 15 juillet. La cycliste a été renversée par un camion dans le 12e arrondissement, à l'angle du boulevard Morland et du boulevard de la Bastille. Elle est morte plus tard des suites de ses blessures."

Dites?

Qu'est-ce qu'il fout là, exactement, ce fait divers?

Quel rapport avec la grève des transports?

Dites?

Est-ce que "Le Monde" ne serait pas des fois en train de nous suggérer, avec une exquise délicatesse, que la pauvre dame tuée jeudi soir l'a été parce qu'il n'y avait ni bus ni métro dans Paris?

Est-ce que par conséquent "Le Monde" ne serait pas des fois en train de nous suggérer aussi, du bout des lèvres, qu'elle est morte un peu à cause des salauds de grévistes RATP qui l'ont obligée à louer un Vélib?

J'espère que non.

J'espère que ce n'est pas ce que "Le Monde" essaie de nous suggérer - parce que ça serait particulièrement ignoble.

Mais alors, que je vous dise.

J'ai beau chercher: je ne comprends toujours pas ce que cette info-là fait là...

"Evidemment Oui"

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Dans "Le Nouvel Observateur", jeudi, Jean Daniel, haute figure de la "gauche" morale, écrit: "En principe le sujet est de savoir s'il faut supprimer les régimes spéciaux de retraite pour les aligner sur le régime de la fonction publique".

Puis Jean Daniel ajoute: "La réponse est évidemment oui", car après 'l'injustice faite à Alain Juppé en 1995 (...), il serait temps de devenir raisonnable".

On lit ça, on attend le "mais".

On se dit que Jean Daniel, sur le sujet des retraites, ne vas pas limiter son intervention à ce frénétique applaudissement - le gars est de "gauche", oui, ou merde?

Et de fait: il y a un "mais".

Le pauvre Alain Juppé a subi en 1995 une affreuse injustice, et Nicolas Sarkozy a bien raison de vouloir enfin, douze ans plus tard, "supprimer les régimes spéciaux de retraite", mais.

Mais.

"Il y a des limites à ne pas dépasser".

(Lesquelles, exactement?

Jean Daniel ne le dit pas.)

En somme, le fond est bon, y a de l'idée, mais la forme laisse à désirer: le mieux serait, on le pressent, que Nicolas Sarkozy et ses fidèles féaux passent un peu de vaseline au fondement des salariés, avant que de les posséder.

Un petit supplément d'âme, quoi.

C'est l'axiome numéro 1 de la presse qui ment, ces temps-ci (comme à chaque fois, "évidemment", qu'elle se trouve confrontée à un "mouvement social" de quelque envergure): la "réforme" est "nécessaire".

Axiome numéro 2: à partir du moment où la "réforme" est "nécessaire", il faut quand même être un sacré(e) pauvre con(ne) lourdement crispé sur des réflexes de type stalinien pour ne pas voir que la "réforme" est "nécessaire".

C'est ce que Jacques Julliard, qui officie habituellement au "Nouvel Obs" (à proximité de Jean Daniel), mais qui ne dédaigne pas de s'aventurer parfois en terre barbichue, énonce posément, lorsqu'il moque ce matin, dans les pages de "Libération", une "grève déclenchée sur un objectif aussi discutable, aussi impopulaire que la réforme des retraites".

La presse ment, la presse ment, la presse ment: il faut se le répéter chaque matin au lever, pour ne jamais l'oublier.

Il y a, dans le double énoncé, par Jean Daniel et Jacques Julliard, d'une même obsession, toute la morgue de nos journaleux, qui n'en finiront jamais de "penser" du côté du manche.

Voyez au reste comme la divagation de l'un répond ici à celle de l'autre, axiome numéro 1, axiome numéro 2 - et comme, réunies, elles ouvrent un long boulevard pavé de sentiments respectueux devant le chef de l'Etat.

Il faudrait, nous dit Jean Daniel, "évidemment" réformer, en les supprimant, les régimes spéciaux?

"Evidemment" ce n'est pas vrai - mais il faut, pour le réaliser, faire par exemple un détour par chez ATTAC, où l'on est, vous en conviendrez, moyennement anarchiste(s), mais où l'on a montré, il y a longtemps déjà (c'était en 2003), que: "L’augmentation des cotisations patronales est le moyen le plus simple pour rééquilibrer la part des salaires dans la valeur ajoutée en vue de financer les retraites".

Agade, c'est magique: pour "le retour pour tous à 37,5 années de cotisations, (...) une augmentation de 15 points du taux de cotisation lissée sur 40 ans suffirait".

Concrètement, ça donne quoi?

Concrètement: "Cela représente en moyenne une augmentation des cotisations de 0,375% seulement par an pendant 40 ans".

0,375%!

"Il est difficile d'affirmer qu'une telle augmentation serait insupportable pour l'économie française".

Observe ATTAC - et je suis bien d'accord.

(C'est d'autant plus difficile, que nous savons désormais (nous le pressentions un peu), grâce à l'excellent monsieur Gautier-Sauvagnac, du MEDEF, que le patronat dispose de confortables réserves: 600 millions d'euros, pour le seul secteur, cher au coeur des maîtres de forges (suivez mon regard), des mines et de la métallurgie.)

Ces messieurs de la presse "de gauche" (qui ne ment pas moins que l'autre) ont-ils envisagé, fût-ce dans un recoin de leurs minables homélies, de réclamer au patronat l'"augmentation des cotisations de 0,375%" qui permettrait de sauver les retraites du salariat?

Nenni - songez.

Cela bousillerait leur coutumière incantation, et les montrerait pour ce qu'ils sont: de pâles passe-plats, occupés à plein temps à nous entretenir dans une absolue soumission au credo néo-libéral.

L'augmentation des cotisations patronales?

Jamais la presse n'en parle(ra), préférant l'occulter, comme la "Pravda" faisait naguère de ce qui n'entrait pas dans la "ligne" du Parti.

La presse préfère, et c'est là qu'après Jean Daniel, Jacques Julliard entre en scène pour dénoncer l'"objectif (...) discutable" et "impopulaire" des grévistes, rosser les misérables, plutôt que les puissants.

Matez comme nos journaleux, lovés dans leurs niches fiscales, fustigent les méchants salopards qui ont le front de se battre pour la préservation de leur (petit) niveau de vie.

Relisez je vous prise les crânes déclamations où nos fidèles planchets stigmatisent, du haut de leurs connivences, du haut de leurs complaisances, de leurs piges de luxe et de leurs ménages surpayés, les "avantages acquis" des hideux cheminots.

"Impopulaire", vraiment, le "mouvement social" qui ces jours-ci se déploie enfin?

Oui, si on cherche de l'information dans des canards comme "Le Parisien", qui vomit ce matin que: "Les sondages pointent l'isolement des grévistes".

Si on cherche de l'information à la télévision, où de vaillants reporters n'ont de cesse que d'aller recueillir, sur des quais de gares à la con, les belliqueux témoignages de tristes clampin(e)s saturé(e)s de propagande, tout juste capables de répéter que oui, c'était "la galère", que, oui, c'était un "jeudi noir", que, oui, c'était "pire que prévu", et que, oui, "y en a marre", d'être "pri(se)s en otages" par des "privilégiés".

(Vois la masse lobotomisée qu'une droite haineuse et revancharde veut finir d'enchaîner, et qui opine du chef.)

Mais viens me sonder, moi, journaleux - et viens sonder mes potes, et les ami(e)s de mes ami(e)s, et les ami(e)s de leurs ami(e)s, tu verras qu'on est des millions, ça te changera un peu de tes sempiternelles manips de pauvre laquais patronal - et tu verras qu'on est contents de marcher dans Paris quand le métro ne roule pas.

Viens par chez nous, camarade, et tu découvriras enfin les millions de passants que la grève ravit - mais dont jamais tu ne parles dans tes journaux.

(Les millions d'effacés-de-la-photo, comme au bon vieux temps de la "Pravda".)

Viens par chez nous, qu'on te parle de notre syndrome de Stockholm, qu'on te dise comment c'est bon, d'être "pris en otages" - et notre envie, surtout, de n'être pas relâchés de sitôt.

18/10/2007

On Strike

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17/10/2007

Une Contribution De Xavier Darcos

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"Le Monde" publie ce soir, dans ses pages "Débats", une contribution de Xavier Darcos, "ministre de l'éducation nationale", qui déplore, je cite, que: "La lecture aux lycéens [le 22 octobre] de la lettre de Guy Môquet suscite des inquiétudes et une polémique infondées".

Affligeant, ce document (je parle bien évidemment de la tribune du ministre) vaut cependant par ce qu'il révèle de l'état d'esprit du gouvernement de guerre (de classe(s)) de François Fillon - et que nous savions déjà, mais qui désormais se trouve quotidiennement confirmé par d'impudentes proclamations (dont le seul côté positif est que, s'accumulant, elles vont, nécessairement, jeter à la fin dans les rues un peuple ivre de rage et fermement décidé à tenir le pavé jusqu'à ce que soient bannis les petits maîtres qui l'auront trop méprisé).

Xavier Darcos écrit, d'abord, que: "La mort de Guy Môquet (...) illustre tragiquement le courage de la jeunesse qui, à chaque époque et en tout lieu, refuse l'oppression, l'injustice, la violence du monde".

C'est beau comme du Paulo Coelho, et ça me rappelle que Darcos a toujours su faire de jolies phrases.

Ainsi, rappelez-vous, brocardait-il naguère, sur son blog, "Le Monde" l'avait relevé: "Les ahuris de banlieue, tatoués et encapuchonnés, genre Nique Ta Mère".

Ainsi observait-il, quelques semaines plus tard, avec beaucoup de cette courageuse originalité qui signale ces temps-ci les penseurs iconoclastes: "Les mêmes "sauvageons" qui jouent les casseurs de banlieue et qui lapident la police ou l'école, sont prêts à manifester, le coeur sur la main, contre le racisme ou en faveur de n'importe quel pacifisme".

Je rappelle ces quelques saillies pour le cas, vous l'aurez compris, où "la jeunesse" d'ici ("lieu") et de maintenant ("époque") refuserait aussi "la violence" du verbe UMP, quand le verbe UMP la réduit, à plaisir, à de si tristes stéréotypes - mais ce n'était bien sûr pas tout: Darcos, pris d'écriture, avait aussi fustigé l'école "engluée" dans "un prêchi-prêcha "droits-de-l'hommiste" global et uniforme qui interdit les hiérarchies, les différences et les choix".

Et ça, tout de même?

Ca vaut le coup de ne pas l'oublier, quand le même personnage qui raillait, horresco referens, leurs faiblesses "droit-de-l'hommistes" vient tout soudain prier les profs d'"associer" dans leurs classes, le 22 octobre, "devoir de mémoire et acte pédagogique" - en lisant la fameuse lettre (ainsi que l'a exigé le chef de l'Etat).

Ca vaut le coup de ne pas l'oublier, quand le même personnage qui dénonçait un manque de "choix" laisse aujourd'hui au corps enseignant le choix de lire la lettre de Guy Môquet (ainsi que l'a exigé le chef de l'Etat), ou de lire la lettre de Guy Môquet (ainsi que l'a exigé le chef de l'Etat).

Xavier Darcos l'assure: cette lecture "ne sera pas exploitée à des fins politiciennes, idéologiques ou cocardières".

On le croit sur parole, évidemment: quand le régime qui a entrepris depuis six mois de pulvériser l'ensemble des acquis sociaux gagnés à la Libération ordonne que soit lue à date fixe la dernière lettre de Guy Môquet, on devine bien que c'est pas du tout une récupération politicienne à deux balles - on n'est quand même pas cons.

Le "prêchi-prêcha", éventuellement "idéologique"?

C'est un truc de profs "droits-de-l'hommistes".

Nicolas Sarkozy mange pas de ce pain-là.

(Et quant à le soupçonner d'intentions "cocardières", il n'y faut point songer: si Nicolas Sarkozy avait, ne serait-ce qu'une seule fois dans sa vie, donné dans le patriotisme pénible, genre aimez-la-France-ou-quittez-la, je suppose quand même qu'on le saurait.)

Au reste, Xavier Darcos en répond: les profs restent parfaitement libres, dans cette affaire.

Libre, veux-je dire, d'obtempérer à l'injonction qui leur est faite.

Jugez plutôt: "Ils peuvent proposer toutes les initiatives qu'ils jugeront nécessaires pour replacer la lettre de Guy Môquet dans son contexte et pour lui donner un sens".

Leur ministre appelle ça "élargir le choix" - et c'est vrai, admettez, que ça nous change du "prêchi-prêcha (...) qui interdit (...) les choix".

Ainsi vont nos libertés, sous le règne de Nicolas Sarkozy: nous pouvons, librement, choisir entre la soumission aux oukases du régime et la soumission aux oukases du régime - qui est prêt, de son côté, à nous consentir "de plus grandes cages, de plus longues chaînes" (salut à toi, Fred Alpi), histoire de maintenir l'apparence d'un dialogue démocratique.

(Le chef de l'Etat ne dit pas autre chose, quand il déclare, comme hier - commentant la journée syndicale d'action contre la réforme des retraites: "Ils font grève, c'est leur droit".

Avant d'ajouter: "Il y a des réformes à faire. (...) On va les faire".)

Demain, au fait: je fais grève.

 
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