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16/12/2007

Curieux "Dictateur", Hein, Mâme Chabot?

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Dans "Le Journal du Dimanche" de ce matin, Michèle Stouvenot (dont la cocasserie déclenche dans le cours des repas de famille dominicaux d'irrépressibles fous rires, car chacun(e) y va au dessert de sa michèlestouvenoterie) consacre naturellement sa tribune au séjour parisien du colonel Kadhafi.

(Plutôt qu'à la guerre sociale où s'est lancé le gouvernement.)

Non moins naturellement, elle en profite pour caqueter que Chavez, Hugo, est un (abominable) "dictateur".

Ainsi va dans ce pays la presse dominante, qui ment et qui, jour après jour, substitue sa vérité à la réalité.

"Les dictateurs ne savent pas se tenir", écrit Michèle Stouvenot.

(Rires.

Sacrée Michèle.

Comment qu'elle est caustique.)

La preuve: "Hugo Chavez, a poussé la chansonnette sur le perron de l'Elysée, (et) Kadhafi a fait chanter notre président'.

(Rires.

Impayable Michèle.)

Dès lors, tu l'auras compris: Chavez = Kadhafi.

Ca n'a l'air de rien, n'est-ce pas?

C'est lâché comme ça, en passant, comme une évidence qui, par définition, n'aurait plus à être démontrée - comme un théorème: Chavez est dictateur comme le sire est triste, et le coquin, fieffé.

C'est devenu un clicheton parmi d'autres: nous sommes prié(e)s de gober, sans (nous) poser de questions, que Chavez est un dictateur.

Or: non.

Dans la vraie vie, qui n'a certes aucune espèce de rapport, même lointain, avec les menteries effrontées des journaleux dominants, le Venezuela est incontestablement une véritable démocratie - où le processus électoral est nettement plus euphorisant qu'aux Etats-Unis, par exemple.

Question à Michèle Stouvenot: est-ce que Chavez a imposé par le haut son projet de réforme constitutionnelle - à la façon de Sarkozy corrigeant par un "mini-traité" le vote qui en 2005 n'a pas eu l'heur de lui plaire?

Ou est-ce que Chavez, en véritable démocrate, a au contraire soumis ce projet à un référendum?

Réponse B: Chavez, en véritable démocrate, a soumis ce projet à un référendum.

Question à Michèle Stouvenot: est-ce que Chavez a gagné ce référendum par la force des baïonnettes, comme l'avait pronostiqué dans "Le Figaro" l'ahurissant Alain-Gérard Slama - qui bien évidemment ne présentera aucune excuse pour avoir si terriblement divagué?

Ou est-ce que Chavez a perdu ce référendum?

Réponse B, derechef: Chavez a perdu son référendum.

C'est d'ailleurs (et ce n'est bien sûr pas (du tout) anodin) l'argument que Nicolas Sarkozy oppose désormais aux journaleux qui du bout des lèvres lui demandent s'il n'en fait pas un peu trop, dans la diplomatie du chéquier tyrannique, et qui, fielleux, mêlent Chavez à Kadhafi et Jintao: "Ah ben dites, hé, mâme Chabot, curieux "dictateur", hein, que ce Chavez, qui organise un référendum, et le perd".

En d'autres termes: les tristes mainates qui dans leurs pauvres canards ne cessent de répéter (après l'avoir lu chez le voisin) que Chavez est un abominable caudillo ouvrent devant Sarkozy un boulevard où il s'engouffre, pour se dédouaner à peu de frais de ses mauvaises fréquentations, en brodant sur le thème: "Ah ben, hé, mâme Chabot, vous dites que j'en fais un peu trop avec les dictateurs, genre Chavez - mais Chavez est pas du tout un dictateur, mâme Chabot, et par conséquent vous ne pouvez pas dire que j'en fais trop avec les dictateurs, CQFD, mâme Chabot".

C'est pervers, hein?

Mais ça marche.

(Sarkozy n'a soumis aucune de ses (laides) "réformes" à un référendum.

Sarkozy, au contraire, saute à pieds joints sur l'expression (démocratique) de notre volonté majoritaire, quand elle n'est pas conforme à ses desseins: il rectifie ainsi par son "mini-traité" notre NON d'il y a deux ans - et naturellement nous sommes fondé(e)s à supposer que le procédé fera jurisprudence.

D'une certaine manière, c'est une atteinte assez velue à la démocratie - pas vrai?

(Est-ce que tu imagines ce que diront nos journaleux, si Hugo Chavez fait demain la même chose?)

Mais, tu as noté: quand Sarkozy fredonne un air (entraînant) de son copain Johnny, Michèle Stouvenot s'abstient de lancer de la bonne grosse vanne sur le gars qui "pousse la chansonnette sur le perron de l'Elysée".

(Rires.

Cette Michèle, quand même.))





PS (qui n'a rien à voir).
Salut et merci à celles et ceux de La Gryffe: "A bien marré hier souar".

14/12/2007

Prochaine Etape: Ryad

"Le Point" l'annonce: "Après avoir reçu le colonel Kadhafi à Paris, Nicolas Sarkozy doit se rendre à Riyad à la mi-janvier afin d'y rencontrer le prince Abdallah, souverain d'Arabie saoudite" (qui déjà était à Paris en juin dernier).

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Sarkozy, décidément, a, de Bush en Poutine, de Kadhafi en Abdallah, une passion pour les francs démocrates.

Il doit rester, bien sûr, deux, trois sombres crétin(e)s gavés de propagande pour considérer que l'Arabie saoudite est un endroit plutôt sympa - vu que, n'est-ce pas, c'est là que la famille Bush et sa clique, sur qui Sarkozy aligne désormais sa diplomatie du chéquier, ont de (très) vieux et (très) bons amis, gras du portefeuille - à commencer, naturellement, par la parentèle d'Oussama Ben Laden.

Mais dans la vraie vie le pays d'Abdallah est une monarchie d'acier, où règne la loi coranique, et où les droits de l'homme sont dans le meilleur des cas un lointain mirage: une espèce de tyrannie du pétrodollar - d'où Sarkozy, n'en doutons pas, nous rapportera la promesse de nouveaux milliards d'euros de contrats.

(Il va de soi: dans une absolue transparence.)

"Le Point" le relève d'ailleurs: son voyage est à "forts enjeux économiques" - si forts même que c'est Claude Guéant, secrétaire général de l'Elysée, qui a "personnellement pris en main les négociations les plus sensibles en cours, comme en témoigne la nomination d'un de ses proches, l'amiral Alain Oudot de Dainville, à la tête de la Sofresa, l'office français chargé des ventes d'armes avec l'Etat saoudien".

(Rappelle-toi, camarade, comme de Sarkozy le nez s'allongeait, quand il a déclaré, dans son discours d'investiture: "La démocratie irréprochable ce n’est pas une démocratie où les nominations se décident en fonction des connivences et des amitiés”.

Vois comme sa "démocratie", ou plus exactement ce qui en tient lieu, est de jour en jour plus reprochable.)

Car naturellement, Sarkozy va essayer de fourguer des flingues à l'autocrate de Riyad: "Sur la liste des produits à vendre: sous-marins, Rafale et frégates..."

Moustachisme Participatif

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Edwy Plenel (photo) est, rappelle-toi, le courageux enquêteur moustachu qui a, dix ans durant, co-dirigé "Le Monde" avec Alain "Déonto" Minc et Jean-Marie "Logie" Colombani, a.k.a les vigilants de l'éthique.

Edwy Plenel s'était notamment fixé, rappelle-toi, la noble mission de "faire tomber un président Mitterrand par semaine", car, disait-il (cryptique): "J'ai eu la peau de Richard Nixon, je vais pas me laisser emmerder par le maréchal Pétain".

Edwy Plenel avait alors lancé à sa (nombreuse) troupe d'investigateurs cette crâne injonction: "Bring me the head of Alfredo Mitterrand, Hervé!"

Dès lors, "Le Monde" avait, comme aux plus belles heures du "New York Times" et du "Washington Post", multiplié jour après jour les scoops gorgeprofondiques sur de gigantesques scandales: Panamagate, Boîtenoiredelaviondhabyarimanagate, Angolagate, Ladéprimetegate - et j'en passe.

(Albert Londres lui-même reconnaissait: "Plenel, c'est Bob Woodward, en plus moustachu".)

Las.

Au bout de ces dix années de révélations explosives, Edwy Plenel découvrit soudain, à son proche entour, deux hommes dont la présence lui avait jusque là totalement échappé: Alain Déonto et Jean-Marie Logie.

Edwy Plenel se fâcha, quitta "Le Monde" (avec une indemnité d'un montant nettement supérieur à celui de ton ASS), et n'eut de cesse que de lancer, de son exil bruxellois, de vengeresses criailleries (d'où ressortait, en substance, que Déonto et Logie l'avaient trompé, bafoué, trahi, ah, les infâmes salauds, que s'il avait su que ça se passerait comme ça il aurait pas venu, et qu'on ne l'y reprendrait plus à se laisser ******r par des capitalistes - mais qui n'intéressaient que Laurent Mauduit).

Et voilà que Moustache nous revient, pour, dit-il, révolutionner (encore) l'Histoire Du Journalisme: "Je vais lancer avec Laurent Mauduit un site informatif, un vrai, avec du poil aux couilles", annonce-t-il en substance.

MediaPart, c'est son nom, sera: "Le lieu d’une information de référence et d’une culture journalistique renouvelée".

Assure Edwy Plenel - qui précise: "L’information de référence se définit par quatre mots, trop oubliés : la qualité, l’indépendance, la pertinence, l’exclusivité".

Naturellement, au seul énoncé de ce programme, tout le monde rigole (sauf bien sûr Laurent Mauduit) - et tout le monde a raison, parce que tu sais quoi?

Pour ce qui serait de la qualité, de la pertinence et de l'exclusivité, rien n'est joué - mais du côté de l'indépendance, faut admettre: c'est mal barré.

Qu'est-ce qu'on trouve en effet sur le site officiel de Ségolène Royal - qui jamais (au grand jamais) n'a lancé "au nom de la liberté de l'information et du pluralisme" le moindre appel à soutenir "Le Plan B" ou "CQFD" ?

On trouve ce message de soutien qui a certainement réchauffé le coeur de notre indépendantiste moustachu:

"Chers amis, chères amies de Désirs d’Avenir,

Toutes les initiatives audacieuses qui tentent de changer la situation de la concentration de la presse méritent d’être soutenues, au nom de la liberté de l'information et du pluralisme.

C'est le cas du récent projet MediaPart, né de la rencontre entre des professionnels du journalisme et des spécialistes du Web, parmi lesquels Edwy Plenel, François Bonnet, Laurent Mauduit et Benoît Thieulin.

Présenté sur le site mediapart.fr , ce projet de site d'information participatif, financièrement indépendant et exigeant éditorialement, cherche à inventer une réponse ambitieuse "aux trois crises – démocratique, économique, morale – qui fragilisent l'information en France.

Pour voir le jour d'ici mars 2008 et avoir les moyens de rester indépendant, MediaPart fait appel aux pré-abonnements, pour un montant de 9 € par mois (de 5 € pour les moins de 25 ans et les chômeurs).

Au nom du pluralisme des médias, je vous invite à leur donner leur chance en vous abonnant.

Merci de ce geste militant qui s’inscrit dans la logique de la démocratie participative.

Ségolène" (1).

Déjà, c'est cocasse.

Le gars te dit, plus indépendant que moi tu meurs - et deux jours plus tard t'as des "socialistes" qui lui font sa retape au nom de leur burlesque "démocratie participative", un peu comme si l'UMP nous conseillait de nous abonner au "Point".

Mais ce n'est pas tout: cet appel (courageux) a immédiatement été repris sur le site Nonfiction.fr, qui se présente comme "le portail des livres et des idées" (2).

Nonfiction.fr explique: "Mme Royal a lancé un appel pour soutenir (MediaPart), en adressant un message à l'ensemble des militants et sympathisants de son réseau "Désirs d'avenir", qui compte plusieurs dizaines de milliers d'abonnés".

Nonfiction.fr donne des gages d'indépendance: "S'il convient de préciser que Benoît Thieulin, co-fondateur de MediaPart, fut l'artisan de (la) campagne web (de Ségolène Royal), son message est toutefois rare et significatif".

On est donc entre camarades, mais bien sûr: "Nonfiction.fr ne porte aucun jugement favorable ou défavorable sur la lettre de Mme Royal, ou sur ce soutien, mais estime intéressant de la (reproduire)".

Car: "Cette lettre concerne notamment la question de l'indépendance de la presse et les relations entre de grands journalistes - dont Edwy Plenel, ancien directeur de la rédaction du Monde - et Mme Royal".

(Edwy Plenel, "grand journaliste": un bon gros coup de langue vaut mieux que deux, tu l'auras.)

Par ailleurs le message de Ségolène Royal "est également (relatif) à Internet que nous essayons de décrypter quotidiennement", précise Nonfiction.fr.

Et de conclure: "Autant de raisons pour nous de rendre compte de ce message atypique: le voici donc".

C'est plutôt émouvant.

Mais si tu fouilles un peu dans "l'équipe Nonfiction.fr", tu découvres que l'un des trois membres de son (bien nommé) "comité déontologique" est un certain Jean-Pierre Mignard (3).

Or, Jean-Pierre Mignard se trouve être aussi, par l'effet d'une heureuse coïncidence déontologique, outre que l'avocat de Ségolène Royal, le "président de Désirs d'avenir" (4).

Il y a donc ces jours-ci un peu de ségolèneroyalisme dans le néo-plénélisme qui va bientôt révolutionner l'histoire de la presse: mais en toute indépendance, naturellement.


(Mise à jour 11.30 - sur le même sujet: http://www.lepost.fr/article/2007/12/14/1067676_royal-reseau.html)




(1) http://www.desirsdavenir.org/debats/read.php?52,308121,308121#msg-308121
(2) http://www.nonfiction.fr/article-406-mediapart__2.htm
(3) http://www.nonfiction.fr/charte-deontologique.htm
(Yo, Anne.)
(4) http://www.desirsdavenir.org/index.php?c=sinformer_actualites&actu=1984

13/12/2007

Sécuriser Le Djebel Zakri

Jour après jour, ils rongent nos liens mémoriels.

Jour après jour, ils te disent qu'il faut que tu penses et vives comme un bon sarkozyste - absolument imperméable au(x) complexe(s) et au(x) repentir(s).

Ils corrigent le passé.

Ils te disent que c'est lucide et courageux.

Ils te disent que le temps des scrupules est fini - et que vient désormais celui des nostalgies quasi revendiquées, où des centurions camouflés en treillis léopards sécurisaient le Djebel Zakri.

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Dans "Le Point" de ce matin, Jacques Marseille, "fonctionnaire, militant du moins d'Etat, chroniqueur antisyndical au "Point" et débatteur sarkozyste sur Europe 1" (1), fustige, non les syndicats pour une fois, mais la tyrannie de la repentance.

Jacques Marseille use, pour nous entretenir du rôle positif du système colonial français en Algérie, d'une ironie grasse qui lui fait poser, en titre, que: "La France doit exiger des excuses de l'Italie".

Jacques Marseille écrit: "A l'heure où le gouvernement algérien exige des "excuses" de la France pour les crimes imputés à la colonisation (2), il est temps que la France se libère du poids qui l'étouffe depuis deux mille ans... et exige à son tour de l'Italie des excuses pour les crimes perpétrés par César et ses légions contre nos ancêtres les gaulois".

(Tu lis ça, tu devines le rire sal(ac)e de ceux qui n'ont rien vu en Algérie, ââârk, ââârk, ââârk, non mais agade, Ginette, comment que c'est drolatique, ça va calmer le Bouteflika.

Tu as des gens, comme ça, pour qui l'époque des commandos peut aussi donner le motif d'une kolossale rigolade.)

Ce n'est pas exactement nouveau (Jacques Marseille et ses pairs se reconnaissent d'ailleurs à ce qu'ils sont absolument infoutus de produire la moindre idée neuve): l'année dernière déjà, "L'Express", rappelle-toi, nous expliquait avec beaucoup de componction, à la "faveur" de la parution du bouquin de Pascal Bruckner sur (précisément) "la tyrannie de la repentance" qu'après tout Gengis Khan, pour ne citer que lui, n'avait jamais présenté d'excuses, alors quoi?

Mais Jacques Marseille, conscient d'avoir trouvé là un riche filon, se lance dans sa culture intensive.

Il souligne d'abord "que la Gaule était au moment de l'agression italienne un pays de cocagne", et que par exemple ses campagnes "étaient densément peuplées" de "techniciens habiles et artisans réputés".

(Je suppose que je n'ai pas besoin de te faire un dessin: tu auras compris tout(e) seul(e) que le Gaulois d'il y a deux mille ans n'était pas beaucoup moins évolué que l'Algérien d'il y a un demi-siècle.)

Jacques Marseille, après ce rappel nécessaire, lance le gros de sa "démonstration", que je vais devoir citer un peu longuement: "C'est ce pays prospère à la culture originale que va conquérir le colonisateur italien (c'est à dire romain) au prix de méthodes qui sont autant de violations des droits de l'homme".

Ainsi: "Pour s'emparer de sa proie, au mépris des conventions internationales, Jules César multiplie des campagnes terroristes qui en font, plus que Napoléon ou le père Bugeaud, celui dont Hitler a certainement dû s'inspirer".

Ainsi: "Outre les 600.000 ou 700.000 tués (...), César s'est livré à de véritables opérations d'extermination", dans "ce qu'on nomme aujourd'hui un génocide".

Ainsi: "En - 46, lorsque (César) fait étrangler Vercingétorix à Rome, il bafoue sans vergogne la future convention de Genève de 1929 sur le traitement des prisonniers de guerre".

(Hhhhh...)

"Enfin, en imposant à la Gaule leur langue, leur religion et leur culture, les Italiens se livrent à un véritable génocide culturel", car: "Imaginons ce que serait aujourd'hui une France celtisée où la langue anglaise et le tempérament irlandais s'allieraient pour faire de notre pays un des champions de la mondialisation"?

Jacques Marseille conclut, provisoirement: "C'est tout ce potentiel de croissance que les Romains ont brisé et dont les Italiens devraient s'excuser lors de la prochaine visite officielle de leur président du Conseil en France".

(Hhhhh...)

Cette moquerie atroce, où les droits de l'homme et les conventions internationales fournissent la matière de vannes de fin de banquet, n'est pas seulement indigne: elle est aussi, et surtout, informative.

Elle nous confirme que la droite désinhibée tient pour anodins les vingt siècles d'évolution, et de progrès du progrès, qui ont suivi dans l'humanité le règne de César.

Jacques Marseille et ses voisin(e)s de "pensée" ne veulent décidément pas voir qu'en effet, nous avons changé, depuis - 46, qu'en effet nous nous sommes, tardivement certes, et certes sans trop de succès, finalement dotés d'une convention de Genève, qu'en effet, depuis - 46, nous avons, par exemple, mais non le moindre, enduré un certain Hitler - et que notre conception du monde s'en est trouvée changée.

Et qu'en effet, après Hitler, et au terme de vingt siècles d'évolution de la pensée, l'asservissement et la torture ne sont plus tout à fait ce qu'ils étaient sous Jules César...

Par ses mots de ce matin, Jacques Marseille, en somme, efface tout ce qui, en deux mille ans, nous a tout de même conduits à changer nos points de vue - et à ne plus nous regarder en 1960 comme nous nous regardions en - 46.

(Mais le niveau de son "argumentation" dit nettement sa valeur...)

Alors bien sûr, Jacques Marseille, après avoir ainsi longuement déliré, observe que son exigence d'"excuses de l'Italie" est "ridicule et grotesque".

(C'était une blague, nous explique-t-il: je parlais de ça pour déconner - j'aime bien déconner avec des génocides, avec César, Napoléon, Hitler et le père Bugeaud.)

Mais c'est pour aussitôt préciser, vilenie des sommets, que la plaisanterie n'en était pas vraiment une, puisque "l'exigence du gouvernement algérien" n'est pas moins ridicule, ni moins grotesque.

Or: si.

Parce que n'est-ce pas, comme je disais tout à l'heure: ce n'est pas en - 46, que de vaillants guerriers blancs ont branché des gégènes sur des couilles de fellaghas, mais en + 1960.

(Ou en + 15 après Hitler, si vraiment Jacques Marseille tient à cette référence.)

Parce qu'aussi, n'est-ce pas, et puisque Jacques Marseille veut de la comparaison à la con, fût-elle ridicule et grotesque, l'Italie, que l'on sache, n'a pas voulu inscrire dans son marbre législatif le "rôle positif" du système colonial romain.

(Et parce que l'Italie, n'est-ce pas, n'a pas (du tout) ratonné, il y a moins de cinquante ans, à l'entour de ses bouches de métro, sous les applaudissements nourris d'une salope vichyste recyclée.)

Mais Jacques Marseille, espère, ne s'embarrasse nullement de trop de subtilité(s): il porte un message qui s'accommoderait mal de trop de pudique(s) retenue(s) - et ce message est que Jaurès avait raison de "proclamer" en 1903: "La France a d'autant le droit de prolonger au Maroc son action économique et morale qu'en dehors de toute entreprise, de toute violence militaire, la civilisation qu'elle représente en Afrique auprès des indigènes est certainement supérieure à l'état présent du régime marocain".

(Naturellement, Jaurès a aussi (et surtout) déclaré, sur la colonisation du Maroc (en 1912, après le soulèvement de Fez): "La politique de rapine et de conquête produit ses effets. De l'invasion à la révolte, de l'émeute à la répression, du mensonge à la traîtrise, c'est un cercle de civilisation qui s'élargit. Nous n'avons rien décidément à envier à l'Italie, et elle saura ce que valent nos pudeurs (3). Mais si les violences du Maroc et de Tripolitaine achèvent d'exaspérer, en Turquie et dans le monde, la fibre blessée des musulmans, si l'Islam un jour répond par un fanatisme farouche et une vaste révolte à l'universelle agression, qui pourra s'étonner? Qui aura le droit de s'indigner? Mais si les contrecoups redoublés de ces entreprises injustes ébranlent la paix de l'Europe, de quel coeur les peuples soutiendront-ils une guerre qui aura son origine dnas le crime le plus révoltant?"

Naturellement aussi, Jacques Marseille se garde bien de citer ce Jaurès-là, qui tient la colonisation pour "le crime le plus révoltant", car, n'est-ce pas, quand tu essaies de récupérer de hautes figures de la gauche, Sarkozy en sait quelque chose, le mieux est encore de les présenter pour ce qu'elles ne sont pas.)

Voilà, mon ami(e), ce que sont les deux "arguments" de Jacques Marseille: les guerres des Gaules (où Jules César méconnaissait la convention de Genève), et une citation tronquée de Jaurès.

Fort de cet exceptionnel appareil documentaire, Jacques Marseille conclut: "On le voit, Nicolas Sarkozy a fait beaucoup et peut-être trop pour "excuser" les méfaits du système colonial français en Algérie".

(Nicolas Sarkozy néglige trop souvent ce qui s'est passé en - 46.)

Jacques Marseille, totalement débondé, ajoute: "En fait, si les Algériens voulaient trouver des réponses à leur mal-développement, ils devraient surtout exiger des excuses de ceux qui les gouvernent depuis l'indépendance".

Puis Jacques Marseille abat son atout: "En 1962, le PIB par habitant était en Algérie de 1.433 dollars (de 1990)", alors qu'"en Tunisie, autre pays soumis au système colonial français, il s'élevait à 1.379 dollars" - mais "quarante ans plus tard, il est de 2.813 dollars en Algérie et de 4.710 dollars en Tunisie, qui ne possède pourtant ni gaz ni pétrole".

D'où cette question (intelligente), que Jacques Marseille met en point final à sa chronique de la semaine: "Est-ce la colonisation qui est responsable d'un tel décalage?"

Bien sûr que non, Jacques: c'est la faute aux Rebeus, qui sont de piètres gestionnaires.









(1) http://www.leplanb.org/sommaire-du-mois/jacques-marseille-au-service-de-l-uimm.html
(2) Retiens je te prie cet "imputés", qui met de la distance entre ces crimes et cette colonisation...
(3) Car tu le sais, ami(e), l'Italie a eu des menées coloniales bien après Jules César - mais ces menées-là n'intéressent pas (du tout) Jacques Marseille, pour les raisons que tu devines: elles réduisent à néant sa misérable démonstration.

12/12/2007

C'Etait Quoi, Le Mensonge, En 2007?

Interview de Sarkozy par Jean Daniel, Jacques Julliard et François Armanet, du "Nouvel Observateur" (1).

C'est un de ces moments où tu réalises que ça serait quand même bien qu'on ait aussi, dans ce pays, quelques vrai(e)s journalistes, plutôt que ces gens qui sans réagir laissent divaguer le chef de l'Etat...

C'est de bout en bout une somme de gigantesques énormités - auxquelles Daniel, Julliard et Armanet ne répondent pas: ce n'est pas non plus comme s'ils avaient l'intention d'importuner leur interlocuteur avec des remarques inélégantes sur sa propension, inédite à un tel niveau, à nous prendre pour des benêts.

Ma préférée: "Si la France veut porter un message exemplaire, elle doit être exemplaire. Pour les prisons, j'en suis conscient, il y a des progrès à faire. (...) C'est à moi de faire les gestes, car de la même façon qu'en Israël, ce sont les faucons qui font la paix, en France, c'est la droite qui améliorera les libertés individuelles".

En Israël, les faucons font la paix, cependant qu'en France, la droite améliore les libertés individuelles: je le note soigneusement sur mon petit calepin.

En prévision du jour où mes petits-enfants me demanderont, hey, c'était quoi, le mensonge, en 2007, et qu'est-ce qu'ils foutaient, les "journalistes", pendant ce temps-là?








(1)http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/opinions/20071212.OBS9772/sarkozy_au_nouvel_observateur__pourquoi_il_faut_parler_.html

"Le Mal Par Le Mal"

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Ce que raconte "Le Canard enchaîné" de ce matin sur "les bras d'honneur de Sarko" est vachement inquiétant - pour ce que ça révèle de la représentation qu'il se fait de la démocratie.

Réagissant "aux critiques relatives à la réception en grande pompe du colonel Kadhafi à Paris", Sarko a déclaré: "S'ils ne comprennent rien à la "realpolitik", tant pis pour eux".

(C'est le même type, rappelle-toi, qui dans sa campagne, et entre deux braconnages dans les marécages frontistes, fustigeait: "La "realpolitik" qui fait renoncer à ses valeurs".

Ce n'était, me diras-tu, qu'un mensonge supplémentaire.)

Il a ensuite précisé: "De toute façon, plus ils gueulent et plus je leur ferai un bras d'honneur. Plus longtemps je serrerai la main de Kadhafi".

(Je te prie de bien retenir ici que c'est "ton" chef de l'Etat qui érige le bras d'honneur en way of life: il faudra s'en souvenir.)

Puis il a enfin ajouté: "Je traite le mal par le mal. On me cherche avec Kadhafi? J'en fais le maximum! On dit que Rachida est trop people, qu'elle fréquente trop les grands couturiers? Eh bien, elle a fait la une de "Match" habillée en Dior. C'est moi qui lui ai dit: tu les emmerdes tous, et tu te fais plaisir".

Je résume: Nicolas Sarkozy nous emmerde tous, et nous adresse des bras d'honneurs.

Il y a là, incontestablement, une dérive, qui est, comme je disais, inquiétante.

Voire: effrayante.

Il y a là un chef de l'Etat qui énonce, crânement, une conception de la "démocratie" où celles et ceux qui ne sont pas d'accord avec lui ont désormais le choix de fermer leur gueule ou de fermer leur gueule - naturellement, ils peuvent (encore) essayer de l'ouvrir un peu, mais la réponse présidentielle, nous sommes prévenu(e)s, sera un bras d'honneur, doublé d'un sonore: "Je t'emmerde, je fais ce que je veux, où je veux, quand je veux, et d'ailleurs, agade, je traite le mal par le mal".

Je te le dis fanchement: ce mec me fait de plus en plus gravement flipper.

11/12/2007

Promis, Juré, Craché, Ptoui, Ptoui

Nicolas Sarkozy, candidat: "Moi, je ne suis pas du genre à serrer la pogne à Poutine".

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Nicolas Sarkozy, président: "J'ai parlé des droits de l'homme avec le colonel Kadhafi".

"Les Industriels N'Ont Pas A Faire D'Angélisme"

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Il y a dans "Le Parisien" de ce matin l'interview d'un certain Philippe Mangeard, qui est, dans l'ordre, "exportateur, vice-président d'Ubifrance, membre du Medef international", et qui donne son avis sur la diplomatie du chéquier de Nicolas Sarkozy.

(Comme je sais que tu vas me le demander, je m'empresse de te préciser qu'Ubifrance "est un établissement public industriel et commercial dépendant du ministre délégué au Commerce extérieur", qui a vocation à "aider les entreprises françaises à se développer à l'international de manière efficace et durable".

Mettons que tu sois un hardi petit (ou moins petit) patron en même temps qu'un fin gourmet, que tu aies le double souci de t'alléger un peu les charges et de te gaver de Tibétain sauté à l'ananas, et que tu veuilles par conséquent te délocaliser en Chine populaire, où le salarié comme chacun sait coûte moins cher que dans la Meurthe-et-Moselle?

Ubifrance peut t'aider, en te fournissant par exemple un "chiffrage d'une expatriation en Chine continentale", sous la forme d'un élégant: "Mémento pratique à l’usage des candidats à l’expatriation et de leurs employeurs".

Merci qui?

Merci Ubifrance.)

L'interview de Philippe Mangeard nous rappelle utilement, pour le cas (il est vrai douteux) où nous l'aurions déjà oublié, ce qu'est la vraie nature du capitalisme, fût-il repeint aux couleurs vives du "néo-"libéralisme.

Interrogé sur "le commerce de la France avec des pays où les droits de l'homme sont bafoués", il commence par demander: "Au nom de quoi des entreprises françaises devraient-elles s'interdire d'exporter dans certains pays alors que leurs concurrents européens ou américains ne se posent même pas la question?"

Le ton est donné: ça ne dérange pas du tout le patronat décomplexé que des pays sautent à pieds joints sur les droits de l'homme, si ces pays restent souples du portefeuille.

Comme disent les clercs de chevet de Nicolas Sarkozy, on ne va pas non plus se faire chier mille ans avec les droits humains: il est temps d'en finir avec la tyrannie de la bien-pensance, et de réaliser enfin que les bons sentiments sont la ruine du petit commerce extérieur.

Pour (se) justifier (de) cette philosophie hautement émancipatrice, Philippe Mangeard use d'un argument qui, certes, a déjà beaucoup servi, mais qui cependant fait toujours sont petit effet sur les faibles d'esprit - et qui peut se résumer comme suit: "Ah ben oui, mâme Chabot, mais si c'est pas moi qui vends des armes aux pays où les droits de l'homme sont bafoués, vous savez très bien qu'ils vont les acheter ailleurs, alors mieux vaut quand même qu'ils nous les achètent à nous, hein, mâme Chabot?"

(Philippe Mangeard te croise dans la rue et te colle un gros pain dans la gueule: forcément, tu vas trouver ça pénible.

Mais Philippe Mangeard va poliment t'expliquer: "Je comprends que ça te gonfle un peu, ami(e), mais je voudrais quand même que tu n'oublies pas que n'importe qui aurait pu te coller un gros pain dans la gueule, alors autant que ça vienne de moi plutôt que d'un touriste californien, pas vrai?")

Puis Philippe Mangeard lâche sa formule magique: "En matière d'exportation, les industriels français n'ont pas à faire d'angélisme".

Car n'est-ce pas, ce ne sont pas quelques droits de l'homme bafoués qui vont nous empêcher de faire du gros pognon.

Car, n'est-ce pas: l'argent souvent n'a pas d'odeur - pas même celle, dégueulasse, des corps qui se décomposent dans les sous-sols des loubiankas.

Parle-moi des geôles du Tibet, je te parlerai de mes stock-options.

(Et si l'argent a une odeur, elle est comme un parfum, car le capitaliste peut, comme le colonel Kilgore, aimer au petit matin la senteur du napalm - à condition bien sûr de l'avoir lui-même vendu.)

Dans le discours de Philippe Mangeard, l'"angélisme" occupe exactement la même place que le "droit de l'hommisme" dans les divagations des "penseurs" qui ont préparé l'avènement de Nicolas Sarkozy: dans les deux cas, on fustige, au nom d'un réalisme de pacotille, et pour mieux dissimuler une soumission aux lois de la jungle (économique), les valeurs qui, en principe, fondent l'humanité.

Par la "grâce" d'une terrifiante subversion du vocabulaire, on vide les mots de leur sens, on leur fait dire exactement le contraire de ce qu'ils veulent dire - dans le seul but de justifier l'injustifiable.

Et à la fin des fins, on met en place une vraie-fausse réalité, où celles et ceux qui se battent pour les droits de l'homme deviennent des neuneus frappés d'"angélisme" - cependant que les patrons qui se font chez les tyrans une clientèle captive apparaissent tout soudain comme de rigoureux gestionnaires.

Philippe Mangeard ne dit pas autre chose, quand il énonce, crânement: "Ce n'est pas à nous, entrepreneurs, de savoir avec qui il est acceptable ou non de faire des affaires (...)".

Et quand il ajoute: "On peut en être fier mais la France est le seul pays européen qui se pose encore des questions métaphysiques à ce sujet".

Il est vrai: la "métaphysique" est dans le commerce comme une couille dans le potage - l'Histoire nous l'enseigne.

Tu as toujours eu des industriels très comme il faut pour considérer en effet qu'ils n'avaient pas (du tout) à "savoir avec qui il est acceptable ou non de faire des affaires".

Des marchands d'Agent orange.

Et rien n'a changé, finalement: le capitaliste est, fidèle, toujours là, contre l'"angélisme", toujours prêt à se positionner sur les marchés où rôde la mort.

Il faudra, surtout, ne jamais l'oublier - un noeud à nos mouchoirs.

Qu'Est-Ce Qu'On Aurait Dit, Mâme Chabot?

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Nicolas Sarkozy, passé maître dans l'art (difficile) de nous prendre pour des benêts de compétition, a cette manie éprouvante, pour (se) justifier (de) ses vilenies, de (nous) balancer de grotesques syllogismes.

De loin, ces pitoyables justifications peuvent, c'est vrai, donner l'impression d'être frappées au coin du bon gros bon sens bien d'cheux nous qui a tant fait pour la renommée de nos fiers paysans de la Beauce.

Mais si tu te rapproches un peu, tu t'aperçois qu'elles démontrent surtout que Nicolas Sarkozy est fermement décidé à se foutre à fond de notre gueule - je t'accorde que ce n'est pas exactement une découverte, mais ça devient franchement pénible à vivre.

Ses vraies-fausses démonstrations prennent toujours la forme, binaire, d'une interrogation un peu scandalisée, du genre: "Ah ben voilà qu'on me reproche d'avoir dit (ou fait) ça, mais si je n'avais pas dit (ou fait) ça, qu'est-ce qu'on m'aurait dit, mâme Chabot?

Est-ce qu'on ne m'aurait pas reproché de ne pas avoir dit (ou fait) ça, mâme Chabot?"

Exemple typique: "Ah ben, voilà qu'on me reproche de réformer les retraites, mais si je n'avais pas réformé les retraites, mâme Chabot, vous pouvez être certaine qu'on m'aurait vertement reproché de ne pas réformer les retraites".

Naturellement, le bon bougre qui entend ça au jité se dit, ah ouais, tiens, c'est pas faux, t'entends ça, Ginette?

C'est pas faux, ce qu'il dit là, Sarkozy, Ginette.

Et de fait: ce n'est pas faux - dans la mesure où, en effet, si tout d'un coup le chef de l'Etat cessait de faire (à nos frais) un cadeau par jour à ses copains du patronat, il est bien évident que ses copains du patronat, qui ont pris le pli d'être quotidiennement choyés par l'Elysée, l'auraient mauvaise, et diraient, merde alors, pourquoi que tu cesses de nous faire un cadeau par jour, pourquoi que tu fermes soudain le robinet à gros pognon, espèce de sale ******?

Mais cette vraie-fausse évidence dissimule, évidemment, que Nicolas Sarkozy, dans ses choix quotidiens, privilégie toujours les nanti(e)s, au détriment des plus démuni(e)s.

(En somme il prend aux pauvres pour gaver les riches, comme je dis toujours.)

Les grotesques syllogismes de Nicolas Sarkozy vont toujours dans le même sens.

Nicolas Sarkozy aurait pu dire, par exemple: "Ah ben mâme Chabot, j'ai finalement décidé que je n'allais pas du tout réformer les retraites, et voilà que Jacques Marseille et Jean-Marc Sylvestre me reprochent de ne pas avoir eu les c... Le courage de réformer les retraites, mais si j'avais réformé les retraites, est-ce que vous imaginez ce qu'on m'aurait dit, mâme Chabot?

Y aurait eu des manifestations de salariés en colère, mâme Chabot, vous pouvez en être sûre".

Mais ce n'est pas (du tout) ce que Nicolas Sarkozy a dit.

A chaque fois que ce mec se pointe pour t'expliquer, avec son air d'avoir tout d'un coup inventé le fil à couper le beurre, qu'il a dû faire des mécontents pour faire des heureux, les heureux sont riches, et les mécontents, pauvres.

De sorte qu'à la fin des fins, ses grotesques syllogismes ne sont pas du tout la marque d'un bon gros bon sens bien d'cheux nous, mais bien plutôt celle de la préservation d'intérêts de classe(s), où le nanti se gave aux frais de la gueusaille.

Pourquoi je te raconte ça?

Parce que Nicolas Sarkozy vient, sur le sujet de sa politique étrangère, et dans ce même sempiternel registre de la vraie-fausse démonstration à deux balles, de pulvériser un nouveau record mondial de foutage de gueule caractérisé.

Nicolas Sarkozy vient en effet d'appliquer à la visite en France du colonel Kadhafi sa formule magique: ah-ben-on-dit-que-je-devrais-pas-faire-ça-mais-si-je-ne-fais-pas-ça-qu'est-ce-qu'on-va-me-dire-mâme-Chabot?

Nicolas Sarkozy a déclaré ceci, qui restera gravé pour les siècles des siècles dans le marbre cynique des grandes fumisteries: "Si nous n'accueillions pas les pays qui prennent le chemin de la respectabilité, que devrions-nous dire à ceux qui prennent le chemin inverse?"

(Nicolas Sarkozy n'a pas rajouté: "Mâme Chabot".

Mais on sent que le coeur y était.)

S'il te plaît: observons cette crâne proclamation.

D'abord, la France n'"accueille" pas la Libye: la France, d'une main experte, caresse (amoureusement) le fondement d'un nouveau client, qui a l'extrême gentillesse de lui acheter "des airbus pour plus de 3 milliards d'euros, un réacteur nucléaire et de nombreux équipements militaires". (1)

Si la France déroule un tapis rouge devant Kadhafi, c'est parce que "la visite du colonel Kadhafi pourrait" notamment " voir aboutir les négociations engagées par Eurocopter (groupe EADS), le fabricant des hélicoptères militaires (Tigre, Fennec) pour lesquels Tripoli affiche de gros besoins" (1).

Comme dans les rêves les plus fous de messieurs Dassault, Sarkozy et Schweitzer, qui sont capitalistes, et pour qui par conséquent l'argent (des ventes d'armes) n'a pas d'odeur: "Les commandes pourraient porter sur une douzaine de" chasseurs "Rafale" de chez Dassault, et sur "huit à douze Tigre et autant de Fennec".

De quoi bousiller le cas échéant pas mal de monde - mais si je ne cède pas aux Libyens l'arsenal qui éventuellement leur permettra de faire du hachis de victimes collatérales, que me dira-t-on, mâme Chabot?

(C'est ce que Pierre Moscovici appelle, non sans quelque pertinence, "la diplomatie du chéquier": ça fait maintenant plus de cinq ans qu'un "socialiste" n'avait plus sorti autre chose que d'affligeantes c... Sottises, et franchement, ça vaut le coup de marquer l'événement d'une pierre blanche.)

Ensuite, est-ce que la France accueille, en la personne de Mouammar K., un homme qui prend "le chemin de la respectabilité"?

La réponse est vachement relative.

Certes, si tu fais tes comptes, il est absolument certain que le gars est beaucoup moins dangereux que George W. Bush.

Certes encore, l'excellent Bernard Kouchner le trouve plutôt plus ouvert qu'il y a quelques années, puisque, dit-il, "nos polices coopèrent" (2).

(C'est à cela notamment que se reconnaît Bernard Kouchner: il aime, quand des keufs collaborent - et comme aucun journaleux n'a l'outrecuidance de lui demander sur quoi exactement porte cette collaboration, il aurait tort de se gêner.)

Mais d'un autre côté, il est vrai aussi que si tu regardes ce qu'en dit Amnesty International, tu t'aperçois qu'il n'y a quand même pas de quoi se les fourrer à la nougatine, car, devine quoi?

"Le bilan de la Libye en termes de droits humains reste très insatisfaisant".

Amnesty relève, par exemple, que "les textes nationaux" libyens "n'ont aucune disposition permettant aux demandeurs d'asile de présenter leur cas", et que "les conditions de détention des "migrants illégaux" seraient déplorables, avec des expulsions régulières de nombreuses personnes, sans prise en compte de leur besoin de protection".

(Dis donc, c'est cocasse: je m'aperçois en l'écrivant que ce qui nous est dit là du régime du colonel Kadhafi pourrait s'appliquer au mot près à la France décomplexée du colonel (de réserve) Brice Hortefeux!

Est-ce que tu crois que c'est de ça que veut parler Bernard Kouchner, quand il célèbre la collaboration des polices libyenne et française?)

Dernier point - mais non le moindre: quand Sarkozy demande ce que nous devrions dire aux pays qui ne prennent pas le chemin de la respectibilité, il nous prend carrément, je le crains, pour une espèce de gros tas de gigantesques connards.

(Je me demande même si, à ce point-là, ce n'est pas de la provocation.)

Parce que naturellement, nous connaissons la réponse.

Quand Nicolas Sarkozy découvre un pays-qui-ne-prend-pas-le-chemin-de-la-respectabilité, il s'empresse tout simplement de nouer des idylles avec ses dirigeants: ça se vérifie régulièrement.

Le cas le plus spectaculaire est naturellement celui des Etats-Unis, dont nous pouvons dire beaucoup de choses, mais certainement pas qu'ils prendraient, sous la férule de la clique bushiste, la voie d'une quelconque repectabilité: voilà au contraire des gens qui ont menti à mort pour déclencher une sale guerre qui a fait de hautes montagnes de victimes civiles - et qui ont, dans cette guerre, pratiqué la torture comme aux heures les plus noires de l'histoire de l'humanité.

Si tu cherches des gens fréquentables, et si tes pas te mènent à Washington, tu t'empresses en principe de passer ton chemin - sauf si tu t'appelles Nicolas Sarkozy, qui passe carrément sa vie à serrer George W. Bush dans ses petits bras.

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Exemple numéro deux: est-ce que tu dirais que la Russie de Poutine prend le chemin de la respectabilité?

Pas exactement, n'est-ce pas?

Tu es plutôt saisi d'une espèce de forte envie de vomir, au récit du trucage de sa dernière élection législative.

Mais Nicolas Sarkozy, lui, félicite chaleureusement son copain Vladimir - pour sa belle victoire, pour son très joli score stalinien.

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Exemple numéro trois: pouvons-nous raisonnablement considérer que la Chine populaire prend le chemin de la respectabilité?

Oui da, si nous pensons qu'il est après tout bien normal de loger une balle dans la nuque des gens qui là-bas ne sont que moyennement d'accord avec la ligne définie par le Parti (unique) - et de faire payer cette balle par leurs familles.

Oui da, si nous pensons qu'il est après tout bien légitime de martyriser le Tibet.

Non da, si (nonobstant la propagande que le régime décomplexé de Nicolas Sarkozy nous prodigue à flot(s) continu(s) pour nous dire que nécessité commerciale fait loi) nous restons cramponnés à deux, trois idées simples, excessivement bien-pensantes, sur les droits humains, la démocratie - et autres minuscules billevesées.

Or, dis-moi?

Qui était l'autre jour à Pékin - sans sa secrétaire d'Etat aux Droits de l'homme (3), certes, mais avec la fine fleur du patronat décomplexé?

Qui frétillait de l'aise ostentatoire des parvenus, cependant que l'Armée populaire de libération (des capitaux) lui présentait les armes (qui martyrisent le Tibet)?

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Qui flattait, d'une main parfumée au jasmin, la croupe des brutes infâmes du Parti "communiste" chinois?

Oui, mon ami(e): c'était Nicolas Sarkozy.

Le gars qui accueille les pays qui prennent le chemin de la respectabilité.

Le gars, surtout, qui lance des mots doux aux pays qui ne prennent pas le chemin de la respectabilité, mais qui lâchent du gros pognon à ses teupos du patronat.

Mâme Chabot.






(1) "Le Journal du Dimanche", 9 décembre 2007.
(2) "Libé", ce matin.
(3) Dans "Le Parisien" de ce matin, Rama Yade "regrette de ne pas (...) avoir été en Chine", car, demande-t-elle, "pourquoi cacher la secrétaire d'Etat aux Droits de l'homme?"
Mais quelle bonne question: je vous remercie de l'avoir posée.
Rama Yade, semble-t-il, n'a pas complètement compris qu'elle est dans le gouvernement un alibi, et que le gouvernement la cache parce qu'en Chine ce ne sont pas (du tout) les droits de l'homme qui vont nous faire gagner les gros milliards qui font la joie de Sarkozy (et du MEDEF).

09/12/2007

La Déontologie, Coco, C'Est Comme L'Orthographe: Tu L'As, Ou Tu L'As Pas

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Cette semaine, dans "Marianne", il y a, en page 6, un de ces (nombreux) papiers, qui me révulsent, où des journaleux se (et te) donnent l'impression de réfléchir (un peu) à ce qui se passe dans nos banlieues, mais qui leur servent en réalité à klaxonner ce crâne message de Nicolas Sarkozy: "Quand on commence à expliquer l’inexplicable, c’est qu’on s’apprête à excuser l’inexcusable".

Ce papier a pour titre: "Ceux qui ne comprennent rien à la banlieue".

Tu lis ça, tu devines que, par contraste, son auteur, lui, a le sentiment d'avoir tout compris (à la banlieue), et tu vas voir: c'est du pesant.

Sa "démonstration", les guillemets sont de moi, tient dans peu de mots: de son point de vue, "la France" est "coupée en deux après le drame de Villiers-le-Bel".

(Foutre: l'hypothèse est courageuse.)

De son point de vue, il y a, d'une part, "à droite, ceux qui, par abus de langage, stigmatisent une "voyoucratie" qu'ils finissent par confondre avec la banlieue elle-même".

Et il y a, d'autre part, "à gauche", équité oblige, "ceux qui, aveuglés par leur grille de lecture à sens unique, ne jurent que par le déterminisme social et ne voient même pas qu'un seuil important a été franchi dans la violence des émeutes".

Ceux-là, nous explique notre expert ès-banlieue, "invoquent, pour tenter de justifier l'injustifiable (l'agression violente de policiers), le fait que les réfrigérateurs seraient vides, dans ces quartiers, bien avant la fin du mois".

(Je te prie de bien noter, ici, le conditionnel: nous avons là des réfrigérateurs qui "seraient" vides, mais ça reste à vérifier - rien ne prouve après tout que ces gens des cités pourries où le chômage explose ne planquent pas dans leurs caves, entre deux viols collectifs, de lourdes réserves de foie gras; ce n'est pas comme si mille enquêtes avaient documenté la paupérisation des ghettos banlieusards.

La déontologie, coco, c'est comme l'orthographe: tu l'as, ou tu l'as pas.

Et si tu l'as, tu mets du conditionnel à la déshérence de nos départements et territoires d'outre-périphérique, parce que bon, t'es pas du genre à gober tout cru ce que raconte la gueusaille des "quartiers", on sait comment ces gens-là sont, toujours à se plaindre, toujours à réclamer, toujours à se chercher de la culture de l'excuse - mais à moi, on ne me la fait pas.)

Et que je te dise: je veux bien tout ce qu'on veut, mais j'en ai quand même sévèrement ras le cul, de lire à chaque nouveau soulèvement des banlieues ces conneries sur la gauche qui essayerait de "justifier l'injustifiable".

Pour le dire autrement: j'aimerais assez que les journaleux qui nous servent jour après jour ce pérenne bobard nous disent enfin de qui exactement ils nous parlent, quand ils nous balancent long comme le bras, mais sans jamais citer de nom(s), "ceux qui (...) ne jurent que par le déterminisme social (...) pour tenter de justifier l'injustifiable".

Parce que dans la vraie vie, tu peux lire de (très) près tout ce qui à gauche s'écrit sur les banlieues: jamais tu ne verras un sociologue, par exemple, "justifier l'injustifiable".

Dans la vraie vie, Laurent Mucchielli, pour ne citer que lui, n'a jamais dit, que je sache: "Allez-y les p'tits gars, tirez sur la police!"

Dans la vraie vie, la gauche (et il va de soi que je ne parle pas ici du Parti "socialiste") ne justifie rien: elle cherche à expliquer, autrement que par le déterminisme (justement) "ethnico-religieux" cher aux penseurs de chevet de Nicolas Sarkozy, la réalité, complexe, de certaines banlieues.

Elle cherche, en somme, à se (et nous) donner les moyens de prévenir, plutôt que de guérir (par le déploiement de compagnies républicaines, et par l'amputation drastique des budgets dévolus à l'entretien des liens sociaux).

C'est ce qui précisément est insupportable aux journaleux dominants, et pour cause: depuis vingt ans (et plus), ils s'appliquent à nous injecter, à intervalle régulier, de la banlieue dangereuse, peuplée des classes du même nom - avec de temps en temps, c'est vrai, car l'équité oblige, le portrait, sur TF1, de Mouloud, qui a si bien réussi, nonobstant l'atavisme, à monter sa SARL au milieu d'une zone pourrie, et qui du coup trouve qu'en effet, les forces du Marché valent bien celles de l'esprit.

(Te dire à quel point j'adore ces histoires édifiantes où un jeune basané s'extrait de sa misère grâce aux mille vertus curatives de la libre entreprise.)

Alors évidemment, si les mêmes journaleux devaient soudain renoncer aux facilités de leurs papiers à deux balles sur la-dure-vie-des-keufs-du-fin-fond-de-la-Seine-Saint-Denis-confrontés-à-des-bandes-ethniques (1) pour enquêter plutôt sur ce qui fait que la vie est plus dure à Clichy-sous-Bois qu'à Neuilly, ça les traumatiserait - tu penses.

Dès lors, quand la gauche veut expliquer ce qui se passe dans le 93 autrement que par des clichetons à trois centimes, ils conviennent que oui, neffet, tout n'y est pas toujours tout rose, tout cette misère ma bonne dame - puis juste après ils invent que la gauche essaie de justifier l'injustifiable.

Le papier de "Marianne" est une caricature de cette fausse équité, bien faux-cul, où on t'explique, c'est vrai, que la droite abuse un peu quand elle réduit la banlieue aux voyous, mais que bon, soyons justes: la gauche aussi, exagère.

Fausse équité, parce que s'il est parfaitement vrai que la droite refuse obstinément de voir dans le soulèvement des banlieues la moindre "crise sociale", en revanche il n'est pas vrai (du tout) que la gauche voudrait "justifier l'injustifiable" - car dans la vraie vie, qui n'a certes pas grand chose à voir avec les mâles proclamations de Nicolas Sarkozy, expliquer n'est pas excuser, comprendre n'est pas justifier.

Mais ça, n'est-ce pas, nos journaleux font comme s'ils ne le comprenaient pas - ça les aide à maintenir le statu quo dans les banlieues, jusqu'à la prochaine émeute, où de nouveau ils te diront que tu n'as rien compris - et où derechef ils se dévoueront pour t'expliquer: "Alors tu vois, c'est simple, au fond: t'as la France qui est coupée en deux..."





(1) Dans "Le Point" de la semaine: "Violences urbaines: la grande peur des policiers".

 
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