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08/12/2007

De Belles Et Bonnes Leçons De Véritable Démocratie

As-tu relevé, ami(e), comme ces gens de l'Amérique latine que la réaction (qui ment), du haut de sa morgue haineuse, nous présente comme d'effroyables staliniens, je pense à Hugo Chavez, à Evo Morales - as-tu relevé, disais-je, comme dans la vraie vie ces gens nous dispensent jour après jour de belles et bonnes leçons de véritable démocratie?

As-tu relevé que, là comme ailleurs, la réalité se traduit par le permanent démenti de la propagande hystérique dont nous submergent au quotidien les menteurs professionnels du Parti de la presse et de l'argent (PPA) - qui sont, d'évidence, les seuls vrais staliniens de l'époque?

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La semaine dernière, tu le sais, le président vénézuélien Hugo Chavez a perdu le référendum dont le PPA nous avait mille fois répété qu'il serait forcément truqué, puisque le gars était l'abominable caudillo qui rêvait d'asservir une population éreintée.

Alain-Gérard Slama, prêcheur halluciné, pronostiquait (par exemple), dans les pages du "Figaro", que Chavez, "dictateur d'un nouveau type", avait organisé "un système de pouvoir plébiscitaire original", sous la forme d'un "référendum contrôlé par 100.000 soldats" (1).

Mais Chavez a perdu, nonobstant les 100.000 soldats, et Chavez a reconnu qu'il avait perdu.

Naturellement, le PPA n'a présenté aucune excuse, après nous avoir gavé(e)s de ses hideux mensonges.

(Naturellement, Alain-Gérard Slama n'a pas (du tout) fait le choix de s'exiler durablement sur un îlot rocheux du large des Kerguelen, pour y cuver dans une absolue solitude la honte insigne d'avoir (très) gravement déliré: le pontifiant nous reviendra, espère, comme si de rien n'était - pour de nouveau nous infliger, sur tel sujet qui lui plaira, ses laides prédications.)

Naturellement, le PPA ne dit nulle part que dans la vraie vie, un homme foule en effet aux pieds la démocratie, en effaçant par ses manoeuvres l'expression référendaire d'une volonté populaire, et que cet homme n'est pas (du tout) Hugo Chavez, mais qu'il s'agit, tu l'as reconnu, du crâne Sarkozy, qui ces jours-ci corrige par un mini-traité le "non" d'il y a deux ans à l'Europe des marchés.

C'est ainsi que se met en place, juste en bas de chez nous, cependant même qu'elle progresse au Venezuela, quelque chose qui déjà n'est plus tout à fait de la démocratie - et le PPA s'en félicite, car il ne déteste rien tant que la voix du peuple, quand la voix du peuple va contre ses intérêts de classe.

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Vois cet exemple, encore: en Bolivie, des opposants manifestent (brutalement) contre Evo Morales.

Cela fait bien sûr le ravissement du "Monde", qui a pour ces régions un correspondant, Paulo Paranagua, dont la vie professionnelle semble se résumer assez à la croisade hallucinée qu'il mène, depuis des années, à (très) grands coups de vilenies, de raccourcis et de menteries, contre tout ce qui, sous Tijuana, se positionne un peu à gauche d'Alvaro Uribe.

Jeudi (6 novembre), par exemple, "une centaine de personnes ont attaqué à coups de pierres un avion militaire vénézuélien" qui "stationnait sur l'aéroport de Riberalta, dans la région de Beni (nord-est de la Bolivie)" - ainsi que "Le Monde" nous l'apprenait hier avec beaucoup de gourmandise.

Naturellement, si une centaine de personnes attaquaient ainsi un aéroplane étatsunien sur le tarmac d'un aéroport du nord-est de la France, tu imagines bien que "Le Monde" vomirait à longs jets sur ces damnés psychopathes, et nous rappellerait, ainsi que d'accoutumée, que nous sommes tous américains.

Mais là?

Rien.

Par un mot pour interroger le caillassage de Riberalta.

"Le Monde", par exemple, n'aime pas que chez nous des carabins prennent "l'université en otage".

Mais "Le Monde" aime que des opposants boliviens usent à coups de pierres de leur liberté d'expression: "Le Monde", manifestement, voit dans cette excitation l'expression d'une espèce de regain démocratique.

Et pendant ce temps-là, comment réagit le président Morales?

Il "remet en jeu son mandat", en s'exposant à un "référendum révocatoire".

Et comment réagit "Le Monde" à l'annonce de tant de vraie démocratie?

"Le Monde" réagit en citant les "opposants" pour qui "Evo Morales ne songerait qu'à se maintenir au pouvoir, comme le président vénézuélien Hugo Chavez".

(Note comme, d'une (seule) phrase, Paulo Paranagua, fidèle à sa réputation, arrive à fustiger deux présidents pour le prix d'un.)

Voilà exactement ce que j'appelle: avoir de la constance, dans la négation cauteleuse de la réalité.

Comme tu sais: nous sommes des millions, et bientôt des (centaines de) milliards, à considérer que Nicolas Sarkozy ne songe qu'à se maintenir au pouvoir.

Comme tu sais: Nicolas Sarkozy n'a pas du tout remis son mandat en jeu, au moment du mouvement social de ces dernières semaines.

Nicolas Sarkozy est par conséquent beauuuuucoup moins démocratique, dans son exercice du pouvoir, que ses homologues du Venezuela et de la Bolivie.

Comme tu sais: "Le Monde", pour autant, ne considère pas (du tout) que "notre" chef de l'Etat serait un abominable caudillo.

Comme tu sais, pendant que la démocratie progresse à la vitesse du son en Amérique latine, ici elle régresserait plutôt - mais "Le Monde" se tait, car "Le Monde" épuise dans ses croisades anti-Chavez toute ses réserves de courage.



(1) Cité dans "Marianne", ce matin.

"Une Forme Particulière De La Réaction Française"

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"Il n'y a pas de ressemblance au sens strict, mais un esprit commun.

J'appelle "pétainisme" une forme particulière de la réaction française, qui existe au fond depuis 1815.

Premier trait: présenter une politique capitularde comme une régénération nationale.

La "rupture", c'est quoi?

Le démantèlement des acquis sociaux, le fait que les riches paient moins d'impôts, qu'on privatise de façon rampante l'université, qu'on donne les coudées franches aux affairistes.

Cette façon de déguiser une soumission au capitalisme mondialisé en révolution nationale relève en soi du "pétainisme", au sens formel.

Deuxième trait: une répression administrative très dure, visant des groupes tenus pour étrangers à la société "normale".

Il ne faut tout de même pas oublier que la dernière élection s'est gagnée sur la capacité à capter les électeurs du FN.

Créer des suspects, les Africains, ou les musulmans, ou les jeunes des banlieues, figures à réprimer et à surveiller, est une activité essentielle du nouveau pouvoir, loin d'être seulement son ornement extérieur".

Alain Badiou, "Le Nouvel Observateur", 6 décembre 2007.

03/12/2007

Et Maintenant, Vite: Un Référendum (Où Nous Dirons Si Nous Souhaitons Que Sarkozy Reste "Président A Vie")

Je ne sais pas si tu as noté comme ces jours-ci la presse a donné libre cours, avec une grossièreté jamais atteinte, à ses pulsions anti-chavistes?

Ce fut un festival de menteries effrontées, d'où ressortait, pour l'essentiel, que le président vénézuélien était comme un nouveau Staline, et que cela se voyait, notamment, à ce qu'il s'apprêtait à s'imposer, par le biais d'une réforme constitutionnelle, en "président à vie" d'un pays (déjà) muselé.

Dans la vraie vie, naturellement, les choses étaient (beaucoup) moins évidentes: la réforme en question devait juste lui permettre de se porter candidat à sa propre succession autant de fois que possible.

Pour le dire autrement: il n'était bien sûr pas question, pour Chavez, d'imposer une présidence à vie, mais de s'ouvrir la possibilité de remettre en jeu son mandat présidentiel à chaque nouvelle élection.

Je n'ai toujours pas compris en quoi cela n'était pas démocratique.

Nicolas Sarkozy, par exemple, peut très bien décider soudain, et à cette aune, qu'il sera président à vie ("de tous les Français"): notre Constitution le prévoit, et la seule différence entre Sarkozy et Chavez est que Chavez, lui, a soumis son projet de réforme à un référendum.

En sorte que, du point de vue même de celles et ceux qui ont ces jours-ci déversé par hectolitres leur bile anti-chaviste, Hugo Chavez est vachement plus démocratique, dans son exercice du pouvoir, que Nicolas Sarkozy.

D'ailleurs, comme tu sais: les Vénézuélien(ne)s ont majoritairement voté "non".

Ils n'ont pas voulu de la réforme que leur proposait leur président.

Et là, est-ce que Chavez a le moins du monde contesté ce résultat - qui ne doit pourtant pas le ravir?

Nullement.

Chavez, au contraire, "admet sa défaite: "A présent, Vénézuéliens et Vénézuéliennes, faisons confiance aux institutions", a-t-il déclaré, lors d'une conférence de presse au palais présidentiel" - ainsi que le relève ce matin "Le Nouvel Observateur"(.fr).

Hugo Chavez est, en somme, et contrairement à ce qu'ont prétendu les illuminé(e)s qui ont mené campagne sur le thème de ses fantasmatiques pulsions totalitaires, scrupuleusement respectueux de la démocratie.

(C'est bien le moins.)

Naturellement, j'attends maintenant que les propagandistes au petit pied qui n'ont cessé de nier cette réalité fassent preuve de cohérence - et de conséquence.

J'attends, maintenant que nous savons que rien (ou presque) ne leur semble si dangereux que la possibilité constitutionnelle, pour un président de la République, de se (re)présenter à sa propre succession autant de fois qu'il le souhaitera - j'attends, disais-je, qu'ils appliquent à Nicolas Sarkozy le traitement qu'ils ont réservé à son homologue vénézuélien.

Je ne doute pas que ces braves gens vont exiger, sur un tel sujet, porteur selon eux de si lourds périls, un (rapide) référendum, où nous pourrons dire si nous souhaitons, oui ou non, que cet homme puisse devenir président à vie:


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Pour ma part, je ne te le cache pas: je voterai "non".

Comme un Vénézuélien de base.








(Post-scriptum (qui n'a rien à voir).
J'ai, tel que tu (ne) me vois (pas), un bouquin à finir.
Aussi vais-je mettre ce blog en sommeil, pour trois (petites) semaines.
(Je ne dis pas que je ne (te) balancerai pas quelques lignes de loin en loin.)
A bientôt donc, et je t'en prie, sois sur tes gardes: n'oublie jamais que Celui Dont On Ne Doit Pas Dire Le Nom fomente en son palais de nouvelles méchancetés.)

02/12/2007

Diriez-Vous Que Les Journalistes Et Les Sondeurs Sont De Laids Propagandistes, Ou Qu'Ils Ont Raison (D'Essayer) De Nous Manipuler?

"Le Journal du Dimanche" publie ce matin, pour notre édification, un sondage d'où ressort que Sarkozy est petit, mais qu'il est gentil (et joli évidemment, et relativement sexy).

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("Le Journal du Dimanche" appartient comme on sait à Nostradamus Lagardère, qui se présente volontiers comme le "frère" de Sarkozy, et du coup ont est content(e)s pour lui que nulle fâcherie dominicale ne vienne déranger sa fratrie.)

Une question en particulier, posée par Ifop à un traditionnel "échantillon de 950 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus", nous renseigne, utilement, sur l'état d'esprit des sondeurs, et de leurs commanditaires du Parti de la presse et de l'argent (qu'une sain(t)e colère populaire emportera bientôt): ces gens ne savent pas s'ils doivent énergiquement lécher le chef de l'Etat, ou si au contraire ils doivent lécher vigoureusement le chef de l'Etat.

(Cruel dilemne.)

Cette question est, tenez-vous bien: "Diriez-vous que Nicolas Sarkozy est trop présent dans les médias, ou qu'il a raison de vouloir expliquer en permanence sa politique?"

(Moscou 1949: "Camarrrade, est-ce que tu penses que le grrrand Staline est trrrop prrrésent dans nos vies, ou si tu trrrouves qu'il a rrraison de vouloirrr nous tenirrr au courrrant?")

Naturellement, t'as une majorité de pauvres aliéné(e)s gavé(e)s de jités qui répondent que oui, neffet, Sarkozy a raison de vouloir expliquer sa politique.

Naturellement, t'as pas grand monde, quand tu poses une question aussi truquée, pour te répondre, ah ben non, moi, tu vois, je suis juste un(e) pauvre con(ne), je préfère qu'on ne m'explique rien.

Non moins naturellement, l'omniprésence de Sarkozy dans les médias n'a aucune espèce de rapport, dans la vraie vie, avec ce prétendu souci explicatif - mais elle trahit, par contre, que les journalistes sont avec lui comme des camé(e)s de compétition prêts à n'importe quoi pour s'enfiler une dose.

Pour le dire autrement: le problème ne vient pas de ce que le chef de l'Etat s'imposerait aux médias, mais de ce que les médias nous imposent le chef de l'Etat, matin, midi et soir.

Ce matin, par exemple, Sarkozy n'intervient nulle part dans "Le Journal du Dimanche" pour expliquer sa politique - et pourtant Sarkozy est (omni)présent aux pages un à trois du "Journal du Dimanche".

Dans son éditorial (évidemment loufoque), l'inénarrable Jacques Espérandieu pose par exemple, à la une, que François Bayrou est "le grincheux de service".

Pourquoi?

Pourquoi François Bayrou est-il grincheux?

Parce qu'il estime que "la politique Sarkozy" est un "projet d'inégalités croissantes", que le "paquet fiscal" est une "erreur", et que "la réforme de la carte judiciaire" est "trop chère".

Je n'ai comme tu sais aucune sympathie particulière pour François Bayrou, mais je trouve quand même intéressant d'observer que le seul fait de n'être pas d'accord en tout point avec Sarkozy lui vaut désormais d'être indexé dans la grincherie par le boss d'un hebdomadaire qui appartient au "frère" du chef de l'Etat: ça en dit long, n'est-ce pas, sur la décomplexion de nos journaleux dominants.

Et quant aux pages deux et trois de ce burlesque hebdomadaire, elles énoncent posément (c'est le (très) gros titre qui les barre) que: "La méthode Sarkozy fonctionne encore".

(Julien Dray, "socialiste", le confirme dans une (courageuse) interview: "Moi, je ne vais pas critiquer Nicolas Sarkozy".)

Projet de question pour un prochain sondage Ifop: "Diriez-vous que Nicolas Sarkozy est trop présent dans les médias, ou que les médias qui mentent et lèchent ont raison de vouloir justifier en permanence sa politique?"

La Voie Du Yucca

Rien de mieux, pour se détendre les nerfs (mis à rude épreuve ces temps-ci par le régime odieux qui prétend régner sur nos vies), que de regarder pousser une plante verte.

Je tiens ça d'un vieux maître japonais de la voie du yucca ("yucca-do", en patois vernaculaire des îles Yaeyama), et je l'ai, personnellement, plus d'une fois vérifié.

En gros, tu mets de la musique traditionnelle japonaise, genre un truc plein de cithare comme dans une pub Obao, pling-pling-pling, pling, pling, pling-pling-pling, tu fais zazen devant ton yucca, et au bout de quelques minutes, c'est radical: tu as complètement oublié jusqu'à l'existence même de Brice Hortefeux, et tu as progressé vers le satori.

C'est franchement apaisant.

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Et je te rassure: si tu n'as chez toi ni yucca, ni aucune espèce de plante verte, ça marche aussi avec les "socialistes" - à la minuscule différence près que dans ce cas-là tu peux (mais ce n'est pas une obligation) remplacer les vieux airs du folklore d'Okinawa par du rock'n'roll engagé, type Vincent Delerm.

Tu peux très bien regarder pousser Bruno Julliard, par exemple: c'est totalement émollient.

Je te rappelle juste, avant que tu ne commences ta méditation, que Bruno Julliard a demandé il y a trois jours, le 29 novembre, que cesse "la mobilisation contre la loi sur l'autonomie des universités" (1).

Que Bruno Julliard a ensuite communiqué, le 30 novembre, après avoir ainsi contribué au bris du mouvement étudiant (phagocyté il est vrai, de l'avis général de Valérie Pécresse, par des milliers d'agents de la Stasi), qu'il "démissionnait de la présidence de l'UNEF".

Qu'enfin Bruno Julliard, au mois de mars prochain, sera, pour les municipales, candidat "socialiste" à Paris.

Pour t'aider un peu dans ta méditation, tu peux fixer ton esprit sur un objet de la vie courante - et je te propose, par exemple, ce vieux portrait un peu jauni d'un boss de la CFDT:

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Ca devrait pas mal t'aider.








(1) "Le Monde".

01/12/2007

War On Terror Dans Ta Banlieue Pourrie

Je ne sais pas si tu as noté comme le régime, ces jours-ci, en remet grave, dans ses mises en garde aux "délinquants" et autres "assassins" (1) des banlieues.

"Que des individus puissent tirer sur les forces de l'ordre, (...) je ne peux pas l'accepter (...): nous les retrouverons un par un", a promis le chef de l'Etat.

Or, n'est-ce pas: "Nous les retrouverons" aurait suffi.

Nul besoin, a priori, pour faire passer le message, de rajouter ce: "Un par un".

Et quand Frédéric Péchenard, directeur général de la police nationale, déclare (2): "Ceux qui ont tiré (3) seront impitoyablement poursuivis et arrêtés: il faut qu'ils sachent que même lorsque le calme sera revenu, on continuera à les chercher"?

Même remarque: "Ceux qui ont tiré seront impitoyablement poursuivis et arrêtés" suffisait à nous édifier.

Nul besoin, a priori, d'en rajouter - nous ne sommes tout de même pas si débiles, n'est-ce pas, que nous ne comprenions pas ce que signifie le mot: "Impitoyablement".

Or.

Cette espèce de surenchère dans le verbe gouvernemental a de récents précédents: elle rappelle, inévitablement, celles de Bush et Poutine, dans leurs "guerres aux terroristes".

Rappelez-vous George W. promettant, à l'automne 2001: "Nous les chercherons, nous les débusquerons, nous les fumerons".

(Et répétant, quatre ans plus tard: "Nous les trouverons, nous les jugerons et en même temps nous répandrons une idéologie d'espérance et de compassion qui l'emportera sur leur idéologie de haine" (3).)

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Rappelez-vous Poutine proclamant, sous le sceau de sa fine élégance de cosaque désinhibé: "Nous les buterons jusque dans les chiottes".

Là encore, n'est-ce pas, "nous les fumerons" et "nous les buterons" auraient suffi à nous informer des intentions de l'un et de l'autre.

Mais l'un et l'autre ont voulu en rajouter, en remettre, un peu comme si la vie était un scénario de western - et c'est, je crois, le même relâchement, qui est aujourd'hui à l'oeuvre dans le discours de nos gouvernants sur les banlieues.

Et je ne crois pas que ce soit complètement innocent.

Il y a quelques temps, apprenant, au soir de l'élection de Sarkozy, que pour l'occasion "plus de 3.000 policiers" seraient "déployés dans la région parisienne et plus particulièrement à Paris et dans les trois départements de la petite couronne, la Seine-Saint-Denis, le Val-de-Marne et les Hauts-de-Seine", on se moquait ici, toi et moi, de la boursouflure de ce dispositif (1) - et, déjà, on s'en inquiétait.

Or, d'évidence: tout est fait, en effet, comme nous le redoutions alors, pour nous préparer aujourd'hui à des opérations de "maintien de l'ordre" dans nos DOP-TOP (départements et territoires d'outre-périphérique) - façon quadrillons-les-djebels.

Hamé, chanteur de La Rumeur, que le régime n'aime pas (et que le régime voudrait un peu museler, dans l'indifférence de nos vaillants-défenseurs-de-la-liberté-d'expression), le souligne ce matin (6): "Ce qui a été peu relevé (dans le Val-d'Oise), c'est la militarisation croissante du mode d'intervention de la police".

Il ajoute: "A Villiers-le-Bel, c'était hallucinant".

Et de préciser: "Les hélicoptères et les drones ont été de sortie, les effectifs déployés renvoient à des états de siège".

Conclusion, évidente: "On passe de simples opérations de police à des opérations de type militaire".

De fait, "Le Figaro" mentionnait mercredi, sans que cela ne suscite la moindre stupéfaction: "Les hommes du RAID ont aussi été appelés en renfort avec pour objectif prioritaire la "neutralisation des tireurs". Munis de moyens vidéo nocturnes, les policiers d’élite ont pris position en différents points stratégiques".

Hélicoptères, drones, snipers: c'est tout le traditionnel arsenal des opérations de "guerre au terrorisme" qui désormais s'applique dans nos banlieues, sans que nous ne mesurions vraiment, je le crains, ce que ça représente - ce que ça révèle de la psychologie de ceux qui tiennent dorénavant le pays.

(Ivan Rioufol, bloc-noteur halluciné au "Figaro" (7), s'en réjouit pour sa part: il voit cette semaine, dans les "ghettos" banlieusards que ronge, dit-il, un "séparatisme ethnico-religieux", des "zones de combat" où "la police (a) sa place, voire l'armée".)

On sait que Sarkozy, pour justifier de ce tournant (guerrier plus que sécuritaire), use de l'argument que: "La réponse aux émeutes, ce n'est pas plus d'argent'.

Ce disant, naturellement, il nous prend, ce n'est certes pas la première (ni la dernière) fois, pour des neuneus oublieux de niveau 8 (sur l'échelle du neuneuisme oublieux), mais par exemple (parmi d'autres), et nonobstant cette permanente réécriture de la réalité, nous nous rappelons que la droite, sitôt que les agriculteurs qui lui font dans nos campagnes un soubassement électoral se livrent à de crânes déprédations, leur consent, plutôt que de les prévenir qu'ils seront poursuivis "même lorsque le calme sera revenu", à chaque fois "plus d'argent".

Nous nous rappelons que sous le règne décomplexé de Sarkozy, "la réponse" aux banlieues est moins d'argent pour les solidarités sociales, amputées cette années de 30 millions d'euros - mais "plus d'argent", tout de même, pour les drones et le tout-sécuritaire.

Nous nous rappelons que Sarkozy, qui nous annonce posément, sous les applaudissements nourris du "Figaro", qu'"il n'y a pas d'argent dans les caisses de l'Etat", est l'homme qui a récemment consenti à "2.398 contribuables, parmi les plus aisés", un très joli cadeau fiscal de "50.000 euros" - chacun (8).

La réponse du régime aux nanti(e)s est, à nos frais, de leur faire des cadeaux somptuaires qu'ils n'ont même pas (tou(te)s) demandés.

La réponse du régime aux banlieues (ainsi d'ailleurs qu'aux étudiants et lycéens qui manifestent) est de leur faire donner la troupe, au lieu que les moyens d'échapper à leur(s) misère(s).

Ce n'est bien sûr pas (du tout) une réponse de bon gros bon sens, genre fini "l'angélisme", comme Sarkozy voudrait nous le faire croire - puisque, répétons-le, cet homme sait trouver, quand il en a besoin pour des ami(e)s déjà muni(e)s, 15 milliards d'euros pour leur faire un "paquet fiscal".

C'est le signe que ce régime veut "guérir", plutôt que prévenir.

C'est le signe que ce régime ne s'épanouit que dans les confrontations nées de situations qu'il aura, très soigneusement laissé pourrir - en réaffirmant qu'il ne lâcherait pas un rond (9).

L'excitation des tensions, fût-ce par le refus maniaque d'envisager qu'elles puissent avoir des origines sociales, est une vieille stratégie de la droite - qui lui a toujours servi à libérer ses pulsions répressives.



Mise à jour, 21.30.
Ce soir, "Le Monde" observe, dans un (long) papier, que "les médias" ont été pris "comme cible à Villiers-le-Bel".
Hervé Chabalier, "PDG de l'agence Capa", lâche, tous fusibles fondus, que: "Le métier de journaliste a toujours été dangereux dans toutes les zones de conflit, quels qu'ils soient, car le journaliste est devenu une cible et parfois une monnaie d'échange".
(Hhhhh... Une "monnaie d'échange"...)
Villiers-le-Bel est donc moins éloigné de Bagdad qu'on ne pourrait le présumer sur la foi d'un rapide survol de la géographie mondiale, et d'ailleurs: "(Une) nouveauté de ces violences urbaines est l'apparition de "fixeurs" pour guider les journalistes dans ces zones sensibles de banlieue".
Certes, "jusqu'à maintenant, cette appellation était réservée aux accompagnateurs des envoyés spéciaux dans les zones de guerre, et particulièrement en Irak".
Mais le progrès fait rage, et dorénavant: "Connaisseurs du terrain et de ses habitants, ces "fixeurs" rémunérés servent aussi de chauffeurs et d'interprètes".
Non sans mordant, "Le Monde" observe que le Val d'Oise n'est cependant pas encore (complètement) l'Afghanistan, et que par exemple, "mardi 27 novembre", à Villiers-le-Bel, "autour des CRS, des gradés et des camions remplis de matériel, une centaine de journalistes français français et étrangers ont attendu, en vain, l'étincelle".
Des journalistes embedded, en quelque sorte.








(1) "Assassins": le mot est du patron de la police nationale, après les "violences urbaines" qui ont suivi la mort de Larami et Moushin, et je trouve ça plutôt intéressant, parce que d'après mon dictionnaire, un assassin est une "personne qui commet un meurtre avec préméditation ou guet-apens" - or, tout de même, que je sache, aucun meurtre n'a été commis à Villiers-le-Bel?
(2) Dans "Le Monde".
(3) Sur des policiers.
(4) Depuis, Bush n'a débusqué ni le mollah Omar, ni Ben Laden - mais il a trouvé Abou Ghraib.
(5) "War On Terror (En Seine-Saint-Denis)", billet du 6 mai 2007.
(6) Dans "Libération".
(7) "Le Figaro", 30 novembre 2007.
(8) http://vive-le-goulag.blogspot.com/2007/09/2400-clients.html
(9) Mais bien sûr, ils exciperont de leur "plan Marshall", qui prévoit pour des millions de banlieusards l'équivalent de ce qu'ils ont offert à une poignée de privilégié(e)s.

 
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