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20/03/2008

Une Révélation De Sylvie Pierre-Brossolette?

Dans l'hebdomadaire "Le Point" de la semaine, pendant que Jacques Marseille, prédicateur halluciné, somme le chef de l'Etat français de mettre le cap "à droite toute" (1), Sylvie Pierre-Brossolette, cheffe du service politique, pose la question suivante: Nicolas Sarkozy "peut-il changer?"

Elle ne (se) demande pas, tu l'imagines bien (on parle ici de "Le Point", et non d'une publication qui serait, fût-ce de très loin, hostile au régime) - elle ne (se) demande pas, disais-je, si le chef de l'Etat français pourrait changer de politique, mais bien plutôt s'il pourrait modifier un peu son comportement, comme le (lui) suggèrent ses communiquants.

Genre, s'il pourrait par exemple cesser de distribuer au passant du casse-toi pauvre con.

La droite, ces derniers jours, ça ne t'a pas échappé, veille à focaliser l'attention de l'opinion sur le (prétendu) nouveau "style" du chef de l'Etat français - à la seule fin de la détourner un peu mieux de la réalité de son règne, inchangée, elle, et qui se résume comme tu sais à chourer dans les poches des pauvres de quoi remplir celles des riches.

En d'autres termes: Sarkozy va, évidemment, continuer, de plus belle, à déchiqueter nos liens sociaux, mais du moins enlèvera-t-il dorénavant ses Ray-Ban, avant de nous mettre à mal - et n'est-ce pas le plus important?

C'est le message, rassurant, que l'Elysée veut faire passer dans le grand public au lendemain de la très grosse branlée municipale des 9 et 16 mars, et que Sylvie Pierre-Brossolette, observant que l'intéressé "revient à l'orthodoxie", répercute gentiment (pendant que Jacques Marseille te confirme comme je te disais, dans le même hebdomadaire, que pour ce qui est du fond, un grand bond à droite s'impose).

Et de tout ça, de ces coutumières scansions de la presse décomplexée, je suis assez d'accord avec toi, camarade: nous n'avons que foutre.

Ah ben ouais, te dis-tu, mais pourquoi tu nous en parles, du papier de Pierre-Brossolette, si on s'en fout si fort?

Bonne question.

Merci de l'avoir posée, ami(e).

Ce qui me fait marrer, dans ce papier, je t'explique: c'est le passage où l'auteure, soucieuse d'illustrer que Sarko change un peu, observe que ce changement "s'accompagne du retour en force", dans son entourage (très) proche, "des fidèles de longue date".

Notamment: "Claude Guéant, (...) sacré homme fort de l'Elysée".

Ou encore: "Franck Louvrier", qui "pilotera le pôle communication" de Sarkozy "dans son ensemble".

Ou enfin: "Catherine Pégard", qui "chapeautera une cellule politique" - et que tu vois ici accompagnant un homme dont je ne prononce plus jamais le (marti)nom, de peur de succomber encore à une crise d'intarissable hilarité.

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Et c'est là que c'est drôle, si tu relis attentivement.

Voire: cocasse.

Parce que, tu m'arrêtes si je me trompe, mais si mes souvenirs sont bons, Claude Guéant et Franck Louvrier sont en effet dans la besace de Sarkozy depuis des siècles - "de longue date", par conséquent.

Mais Catherine Pégard?

Ca fait même pas un an qu'elle bosse avec le chef de l'Etat français.

Juste avant, qu'est-ce qu'elle faisait?

Elle était cheffe du service politique à "Le Point"!

Pégard, "fidèle de longue date"?

Je n'y crois évidemment pas - tu penses bien que s'il y avait (eu) à "Le Point" des ami(e)s de Sarkozy, le patron de "Le Point", l'impérialissime FOG, nous l'aurait dit: le gars est cramponné à la déontolomachin comme une moule à son rocher.













(1) Je suppose que j'y reviendrai un de ces jours!

19/03/2008

Mens Sana Incorporated

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Tu les as vus, qui ces jours-ci tortillent sauvagement du cul au rythme du (traditionnel) "débat" sur faut-y-que-je-boycotte-les-JO-de-monsieur-Jiabao-du-Parti-communiste-chinois-qui-durant-qu'il-me-caresse-le-fondement-hache-du-Tibétain-ou-faut-y-que-j'assume-de-n'avoir-que-foutre-du-sort-de-quelques-bonzes-de-merde?

Tu les entends, sans déconner, touiller leurs états d'âmes?

Dans ce bal des faux-derches, Bernard Kouchner, évidemment, se déhanche grave sous les sunlights, et te fait savoir, du haut de sa gigantesque expérience de riziculteur humaniste, comme le signale ce matin "Libération", que l'hypothèse d'un boycott "ne rencontre pas le soutien du gouvernement français", mais qu'"il n'est pas exclu que l'Europe "se concerte"".

(Et rien, en effet, n'interdit que "l'Europe" se pignole pendant que les Tibétains crèvent.)

Au-delà de la sphère des intellectuels de renom, le gros des tortilleurs vient naturellement des "athlètes" qui énoncent gravement, comme au terme d'une longue et difficultueuse réflexion, que "ce n'est pas aux sportifs d'assumer le choix de Pékin", passe-moi le Ponce je te passerai le Pilate, et que nous, hein, ne pas se tromper, on fait pas de politique, tu as d'un côté le sport et ses nobles valeurs, et tu as de l'autre côté ce hachis de moines bouddhistes - bon, tu le constates: aucun rapport, merci de ne pas tout mélanger, on est là pour tomber du record.

(Pour te prendre un exemple ancien, c'est vrai que ce monsieur Hitler était un peu rugueux, mais pouvions-nous, en conscience, renoncer à sauter de la haie au motif, très politicien, qu'il exterminait ça et là?)

Tu les as entendus?

J'aimerais juste qu'ils cessent de nous prendre pour des con(ne)s - et qu'ils arrêtent, notamment, de nous fourguer long comme le bras les joies saines du sport(-de-haut-niveau), qui transcende les clivages et brise les frontières.

(Et autres noeuderies du même style.)

Tout le monde sait, jusqu'au dernier des sous-connards, que les JO n'ont plus aucune espèce de rapport, même lointain, même très, très, très lointain, avec l'heureuse-émulation-de-la-compétition.

Tout le monde sait que nous "découvrirons", comme à chaque fois, sitôt éteinte la foutue flamme olympique, que d'élégants sportifs (apolitiques évidemment) s'étaient chargés le sang de substances dont l'ADN filerait des nausées à un junkie terminal - si tu veux sauter haut, tu bouffes de l'EPO, comme dit le vieux dicton.

Tout le monde sait, en vérité, que les JO sont, de leur début à leur fin, une affaire de trèèèèès gros pognon: l'un de ces moments où s'épanouit le capitalisme dans toute sa fière décomplexion; l'un de ces moments où de pansus possédants, soucieux de toujours se gaver (fût-ce au prix du massacre d'une poignée d'indépendantistes), entrepreneurs, politiciens, follement épris ça va de soi des beautés-de-la-démocratie, passent leurs mielleuses langues aux fesses des pires tyrans de l'univers - tuez du bouddheux, mon cher, mon très, très cher ami, éliminez vos résidus, mais faites-moi la grâce, de grâce, de me confier ce marché que vous me promîtes avant-hier.

Tout le monde sait que le Très Saint Fric, autrement plus vénérable que les cocasses bondieuseries du Dalaï et de sa "clique", vaut largement le sacrifice de quelques gueux du trou du monde.

Un peu de pudeur, commerçants: cessez de verser des larmes sur les misères du Tibet en vous caressant le portefeuille.

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18/03/2008

Joe's Not Dead

De passage à بغداد (Bagdad).

(Ainsi qu'il sied, une fois l'an, aux tueurs étatsuniens d'Irakiens collatéraux - qui toutes les douze années les massacrent sur une échelle industrielle.)

Dick Cheney, vice-président américain.

Dont le faciès d'ecclésiastique enamouré justifierait que l'on succombât, éventuellement, au délit du même nom.

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Dick Cheney, disais-je, a déclaré - du ton qu'adopte, aux soirs de grosse marave électorale, l'excellent Jean-François Copeaux (celui même qui nous fit la burlesque promesse d'"arrêter la langue de bois") pour nous annoncer que, non, le votant n'a pas (du tout) souhaité sanctionner l'UMP en lui administrant une branlée d'anthologie, merci de ne pas interpréter.

Dick Cheney a déclaré que la guerre d'Irak (on parle ici des tueries chirurgicales d'il y a cinq ans) a été "couronnée de succès".

(NouvelObs.com rappelle, non sans quelque mesquinerie, que juste après cette crâne proclamation: "Un attentat suicide commis par une femme a fait 40 morts et 71 blessés à Kerbala", cependant que "d'autres attentats ont fait quatre morts et 13 blessés à Bagdad".)

Ce triomphalisme officiel n'est certes pas nouveau (plus près de nous, le bloc-noteur vendredique du "Figaro", prédicateur old school, considère lui que son ami le Yankee a gagné en Irak une belle victoire): il confirme que décidément, la droite ultra n'en finit plus d'adapter la réalité à ses pulsions propagandaires - exactement comme faisait jadis le râpeux Joe Staline.

17/03/2008

Lendemain (Vespéral) D'Election: "Le Monde" Et L'UMP Somment Sarkozy De S'"Arc-Bouter Sur Son Programme De Réformes"

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Le Sarkozy que nous aimons n'est (certes) pas le Sarkozy qui au Guilvinec demande kestata-mais-kesta(-mais-viens) à un marin-pêcheur.

Le Sarkozy que nous aimons n'est (certes) pas le Sarkozy qui au débotté donne du pauvre con au passant.

Le Sarkozy que nous aimons est celui que nimbe, comme ferait une auréole, son admirable "dessein volontariste de réforme, de mépris pour l'immobilisme, de volonté d'agir pour remettre en marche un pays sclérosé dans son économie, ses archaïsmes étatiques et sociaux, sa méritocratie en panne".

C'est pas moi qui le dis, tu penses bien.

C'est le big boss du "Monde", Eric Fottorino, qui, en guise d'enseignement de l'élection municipale d'hier, écrit ces mots ce soir, à la une de son quotidien.

(Et quels mots, ami(e): volontarisme, réforme, immobilisme, sclérosé, archaïsme - on a là tout le (petit) lexique portatif du libéral décomplexé.)

Le brave homme, tu l'auras compris, défend (courageusement) l'idée que Sarkozy est, du point de vue de la nécessaire désoviétisation de notre cher et vieux pays, quelqu'un de formidable.

Eric Fottorino, c'est vrai, fait mine de tempérer son éloge : il faudrait, précise-t-il, que le chef de l'Etat cesse de "faire de son image le centre de tout".

Le message est clair - c'est le même, d'ailleurs, que martèlent ces jours-ci les communiquants de Sarkozy: la rupture, oui!

La "réforme", oui!

Moins de vieilleries étatiques et sociales, oui, oui, OUI!

OUIIIIIIIIII!

Mais en levant le petit doigt.

Prendre aux pauvres pour gaver les riches - comme fait depuis mai dernier le régime haineux et revanchard qui étend sur nos vies son emprise?

Eric Fottorino trouve ça furieusement bougiste - mais à condition de ne plus traiter de con le quidam des salons agricoles, et de moins mettre en scène sa "vie privée".

Eric Fottorino prie Sarkozy d'améliorer son style, mais pour le reste, lui dit-il?

Surtout, ne changez rien!

Terminez je vous prie ce que vous avez commencé - il reste bien des gueux à tondre, il reste à engraisser encore maint pansu possédant: vive le volontarisme!

Le patron du "Monde" rêve tout haut, pour l'avenir, d'un homme (providentiel) qui cesserait d'exhiber trop de signes extérieurs de nouvelle richesse, mais qui, pour le reste, ressemblerait d'assez près à un gars dont le prénom serait Nicolas, et le nom de famille: Sarkozy.

Divine coïncidence: le gars existe, à l'Elysée!

Résultat: vers la fin de son éditorial, Eric Fottorino, larguant ses dernières amarres, se met soudain à lécher le chef de l'Etat français avec une frénésie totalement inquiétante.

Il écrit - je te jure que je n'invente rien: "En réalité, les Français ne demandent pas à Sarkozy de changer" mais "lui demandent au contraire d'être ce qu'il avait dit qu'il serait: un président actif, arc-bouté sur son programme de réformes".

Roger Karoutchi, de l'UMP, déclare de son côté, en des termes assez proches:"Il y a une impatience, il y a nécessité d'amplifier les réformes".

Patrick Devedjian, de l'UMP, considère quant à lui, en des termes encore assez proches, que "les électeurs sont "impatients d'avoir des résultats dans les réformes"" (1).

François Fillon, de l'UMP, promet enfin, en des termes, t'as deviné, toujours assez proches, qu'il va, crânement: "Poursuivre les réformes".

En sorte que, tu l'auras compris, Eric Fottorino, du "Monde", et les fidèles féaux de Nicolas Sarkozy parlent d'une même voix, tirent du scrutin d'hier les mêmes enseignements, réclament ensemble que, surtout, le régime ne modifie en rien ses menées - à quelques détails stylistiques près: trop grosse, la Rolex, trop voyant, le yacht, trop cher, le jet privé, même si c'est Bolloré qui paye.

"Le Monde", en somme, klaxonne ce soir, par la voix de son big boss, la propagande officielle de l'Etat UMP.

Fottorino l'assure d'ailleurs: "Le président doit comprendre que ses électeurs, et au-delà le pays entier, redoutent plus que tout son échec" - et foutredieu, que voilà une rude admonestation!

Comment que Sarkozy doit trembler, d'être si durement sommé de "comprendre" que ses concitoyen(ne)s sont de tout coeur avec lui!

Bientôt, qui sait, Fottorino, se débondant complètement, chantera, sur l'air de Kirikou: "Sarkozy est petit, mais c'est mon ami, Sarkozy n'est pas grand, mais il est vaillant".

Journal de référence, coco?

Ca se travaille tous les jours.








(1) "Le Parisien" de ce matin.

A Treize, Tu Vas Te Marrer

Je sais: on est lundi.

C'est pas un bon jour, pour le salariat.

En même temps: je suis pas du tout certain qu'il y ait de bons matins, pour le salariat.

(Y a des bons soirs, je suppose: quand ils sont grands, et quand les illuminent les lueurs des brasiers où se consument les derniers vestiges du capitalisme.)

Tout ça pour dire que toi, je sais pas, mais que moi, là, je me sens d'humeur taquine.

Voire: discrètement rieuse.

Alors ce que je vais faire, c'est que je vais compter.

Jusqu'à treize.

Et au début, tu vas un peu te faire chier, mais tu vas voir qu'à treize, tu vas te marrer.

Promis.

Allez, hop.

C'est parti.

Un.

Deux.

Trois.

Quatre.

Cinq.

Six.

Sept.

Huit.

Neuf.

Dix.

Onze.

Douze.

Treize.

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(De rien, de rien: ça me fait plaisir de te divertir.)

16/03/2008

Om Mani Padme Hum

Or donc: la glorieuse Armée (chinoise) populaire de libération a (courageusement) ouvert le feu, au Tibet occupé, sur des foules de manifestants, parmi qui, notamment, des moines bouddhistes (connus pour leur excessive brutalité).

C'est, je crois, le moment, ou jamais, (it's now or never, comme disait l'excellent monsieur Presley), de (se) rappeler qu'un homme, seul (ou presque), a tôt su, par sa présence, au bon endroit, au bon moment, signifier aux caciques du (glorieux et courageux) Parti communiste chinois, en notre nom à tou(te)s, Françai(se)s de souche et de coeur, combien nous émouvait leur digne résistance aux menées subversives de la clique dalaïlamique - et qu'ils pouvaient naturellement compter que la répression des coiffeuses enrobées qui dans les rues de Lhassa réclament des libertés ne nous empêcherait certes pas de célébrer l'union, commerciale, mais pas que, de la France éternelle et de la Chine populaire.

Cet homme, remember, est celui même qui nous promettait l'an dernier: "Si tu votes pour moi, tu vas voir comment que je vais te mettre au pas les dictateurs qui salissent la planète".

Cet homme, remember, est celui même qui précisait par exemple, pour le cas où tu aurais douté de sa totale sincérité: "Avec moi, espère, il va filer doux, le Vladimir, je suis pas comme tous ces bouffons qui lui secouent la pogne".

Oh ben non, alors.

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Cet homme, tu l'as reconnu, est celui dont les sbires sont allés répétant, à la veille du second tour d'une élection municipale qui leur sera je crois une sévère branlée, que le règne de la racaille socialo-communiste dans nos départements était, je cite, l'empire du "parti unique".

Cet homme, à qui la glorieuse Armée populaire de libération, numéreuse garde prétorienne du "communisme" chinois et de son Parti unique, rendait récemment les hommages (agade comme il sourit) - avant que d'aller hacher du bonze tibétain?

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C'est ton (petit) chef de l'Etat.

14/03/2008

Shimon Peres Te Rappelle Que Tu Ne Tueras Point - Et Suscite Quelques Rires Nerveux Dans L'Armée Israélienne

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Tu as comme ça des gens qui se plaisent à invoquer une religiosité qui fout un peu les jetons.

Je songe, notamment, aux tristes prédicateurs mahométans qui te signalent que tu aurais plutôt intérêt à mettre fissa ta misérable vie de pécheur infidèle en étroite conformité avec les goûteuses préconisations du Coran - ou, dans un autre style, au petit chef de l'Etat qui t'explique sans rire que rien ne vaut pour l'éducation de tes enfants le bon secours d'un cureton made in Vatican - plutôt que d'un(e) maître(sse) d'école que rongent nécessairement de sourdes pulsions marxistes-léninistes, hussard(e)s noir(e)s, mes couilles, ces gens-là sont rouge écarlate.

Dans ce registre particulier, un homme s'est illustré, hier, au Palais des Congrès de Paris (1): c'est Shimon Peres, président israélien.

(Pas le pire des faucons, note.

Mais pas non plus Gandhi.)

Le gars se pointe, et "dénonce le boycott des pays arabes" qui ont refusé de participer au Salon du Livre.

No problemo: on est là dans la discussion courtoise - et surtout, on pressent que le gouvernement israélien, qui n'est certes pas du genre (on le saurait) à pratiquer le double discours, s'empressera d'honorer de sa présence le prochain salon du livre palestinien.

(C'est bien gentil à lui.)

Mais.

Soudain.

Shimon Peres largue les amarres, et, tout de go, déclare: "S'ils boycottaient seulement les livres, mais ce qu'on ne leur pardonnera pas, c'est qu'ils boycottent les dix commandements, y compris "Tu ne tueras point"".

Hhhhh...

Hhhhhhhhhh...

Reconnais: faut un souffle tempêtueux, quand tu es le président israélien, pour lâcher une si énorme énormité (2).

Parce que, prenons, par exemple, si tu le veux bien, et à titre de mise en bouche, le dixième commandement - "tu ne convoiteras pas le bien de ton prochain".

C'est intéressant, hein?

Ca ouvre des perspectives: tu en parles à un enfant de cinq ans, et dans la seconde le gamin te répond, hey, mais est-ce que par hasard le gouvernement israélien qui vient d'autoriser de nouvelles emprises coloniales ne serait pas en train de convoiter hardiment le bien de son proche prochain?

Voui-da, petit: c'est rigoureusement ce qui se passe.

Dimanche dernier, "le Premier ministre israélien Ehud Olmert a approuvé de nouvelles constructions dans une implantation de Cisjordanie" (3).

Et prenons, maintenant: "Tu ne tueras point".

Shimon Peres a raison, quand il observe, je veux dire que je suppose que c'est à cela qu'il voulait en venir, que telle n'est pas (du tout) la préoccupation, par exemple, des monstrueux tordus qui assassinent des civil(e)s israélien(ne)s.

(Je le précise, parce que j'en ai, comme toi, un peu ras le casque des crapules manichéennes (et quelque peu staliniennes) qui te répondent, à chaque fois que tu essaies de leur signifier que le gouvernement israélien n'est pas exactement un club humaniste: "Aaaaah, ben dis-le, enculé, que t'es pour le terrorisme".)

Pour autant, Shimon Peres, incontestablement, se gausse, quand il se réclame du cinquième (ou sixième, selon que tu le prends dans l'un ou l'autre Livre) commandement: il est quand même assez bien placé pour observer, de près, que l'armée israélienne fait dans son entour, du Liban à Gaza, et avec une terrifiante régularité, d'effroyables hachis de civil(e)s innocent(e)s - les femmes et les enfants d'abord.

"Tu ne tueras point"?

Super-idée.

Le mieux serait d'en parler aussi, et par exemple, aux artilleurs des forces de défense israéliennes qui en novembre 2006 ont massacré à Beit Hanoun (Gaza) dix-neuf civils palestiniens, dont cinq femmes, et huit enfants - mais contre qui "aucune action légale ne sera engagée", ainsi que l'a récemment (et gentiment) expliqué leur état-major, vu qu'il s'agissait, non d'une tuerie, comme tu pourrais le supputer sur la foi d'une observation trop superficielle, mais d'"une rare et grave" et sotte "défaillance technique du système de radar de l'artillerie".

Onzième commandement: tu tourneras sept fois ta langue dans ta bouche, avant de convoquer le Décalogue.









(1) NouvelObs.com, ce matin.
(2) Je glisse, parce que (le moins qui se puisse dire est que) l'étude comparée des aliénations religieuses m'intéresse peu, sur l'ahurissante injonction qui est faite ici aux musulmans, de s'assujettir au Décalogue...
(3) NouvelObs.com

13/03/2008

Philippe Val (De "Charlie Hebdo") A Expertisé L'Ordinateur De Raul Reyes (Des FARC)

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Cette semaine, dans "Charlie Hebdo", et dans un éditorial qui devrait marquer durablement l'histoire des idées, Philippe Val, penseur fameux, se (et nous) demande si "le populisme" est un "bon" ou un "mauvais cholestérol".

Il faut dire que Philippe Val était la semaine dernière à Genève (Suisse), pour le "Festival international des films sur les droits humains, dont "Charlie" est partenaire".

Dans ce cadre, Philippe Val a honoré de sa présence un "débat" sur le thème de: "La montée des populismes en Europe".

(Comment que ça devait être bien.)

Philippe Val, évidemment, a sur un tel sujet (comme sur beaucoup d'autres) un point de vue raffiné - fruit de sa longue fréquentation de Baruch Spinoza, d'une part, et de Roger Karoutchi, de l'autre.

Il énonce que: "Le populisme (...) rassemble les ressentiments de ceux qui font porter leur échec (...) sur un complot aux ramifications où s'entremêlent des sociétés multinationales, l'Amérique, les Juifs, les technocrates de Bruxelles, le fisc qui rackette, les valeurs qui foutent le camp à cause des femmes qui ne font plus d'enfants et qui, lorsqu'elles en font, continuent à travailler au lieu de rester à la maison, et les étrangers en général".

(Je t'avais sincèrement prévenu que c'était raffiné.)

Fort de cette exceptionnelle démonstration, Philippe Val proclame: "Castro, Chavez, sont des populistes".

Comme tu n'es pas complètement débile, tu l'auras compris tout(e) seul(e): Hugo Chavez est par conséquent un gars qui par exemple n'aime ni les Juifs, ni les femmes qui ne font plus d'enfant.

(Ni les technocrates bruxellois.)

Pour le cas, d'ailleurs, où tu aurais mal vu à quel point Hugo est un salaud (dont "Charlie Hebdo" veut la peau), Philippe Val te signale que: "Chavez a (...) des points de convergence avec un autre grand populiste, le président iranien Ahmadinejad".

Lequel, de son côté, "n'aime pas les pédés, (...) n'aime pas les femmes, (...) n'aime pas les Juifs, (...) n'aime pas les intellectuels, (...) n'aime pas l'Amérique, (...) n'aime pas les parlementaires".

En résumé, Hugo Chavez, ne serait-ce que par capillarité castro-ahmadinejadique, est une espèce de gros nazi de l'espace.

Philippe Val ne produit évidemment aucune preuve, et pour cause, à l'appui de cette (coutumière) calomnie.

En revanche, il affirme, du haut de son immense expertise de spécialiste mondialement reconnu des affaires d'espionnage, que "le contenu de l'ordinateur du numéro 2 des FARC", Raul Reyes, "(a révélé) le financement des terroristes par Chavez à hauteur de plusieurs centaines de millions de dollars".

Et ça, tu vois: c'est important, parce que ça nous renseigne, en profondeur, sur la nature du métier de journaleux, tel que le conçoit Philippe Val en ce début de millénaire.

Comme l'a en effet souligné le journaliste Greg Palast (1): "La presse étatsunienne", bien avant que Philippe Val ne l'empare pour magnifier sa pensée, "a repris l'histoire des "300 millions de dollars de Chavez aux terroristes" en moins de temps qu'il n'aurait fallu au jeune Bush pour sniffer un rail de poudre colombienne".

Or, dans l'ordinateur de Raul Reyes, retrouvé par les Colombiens qui venaient de l'abattre, "un seul et unique passage", révèle Greg Palast, "fait mention des prétendus 300 millions de Chavez".

Le voici: "...En ce qui concerne les 300, que nous désignerons désormais comme le "dossier", des efforts sont déployés sur instruction du chef au "cojo", que j'expliquerai dans un autre courrier. Appelons le patron "Angel" et le handicapé "Ernesto"".

Questions de Greg Palast: "Où est Hugo?

Où sont les 300 millions?

Et de quels 300 parle-t-on?"

Excellentes questions, puisqu'un précédent courrier des FARC portait sur "300 prisonniers" - en sorte qu'il est, de fait, permis de se demander s'il s'agit "des mêmes 300 dont parle Reyes".

(Et de se livrer à deux, trois vérifications - avant de calomnier Chavez.)

Il n'y a guère que George W. Bush, pour affirmer, sur la seule foi de quelques mots sibyllins, que le président vénézuélien a financé la guérilla colombienne.

George W. Bush et, bien sûr, Philippe Val - car les grands esprits se rencontrent.










(1) Dont tu vas tout de suite lire ici l'ahurissant papier, signalé par le rezo(.net): www.legrandsoir.info/spip.php?article6148.

12/03/2008

J'Aime Très Fort Toulon, Mâme Chabot

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Voulez-vous que je vous dise, mâme Chabot?

Ces galas en province, y a pas: ça me fait un bien fou.

Hier, j'étais à Toulon.

Faut que vous sachiez que j'aime bien Toulon.

J'y ai de bons souvenirs.

C'est là qu'en février 2007, quand je battais la campagne, quand je promettais que je serais le président-du-pouvoir-d'achat, c'est là, disais-je, Arlette, que j'avais notamment annoncé qu'on allait arrêter de se faire des noeuds au cerveau avec la colonisation, vu que: "La plupart de ceux qui partirent dans le Sud n'étaient ni des monstres ni des exploiteurs" - mais bien plutôt des "hommes qui ont pensé de bonne foi servir un idéal de civilisation".

(Comment que c'était beau, mâme Chabot.

Comment que c'était couillu.

Remember, mâme Chabot, le fauve chuintement des rotors, le soir au-dessus des Aurès.

Remember les mâles chants de marche des paras léopards qui sécurisaient les djebels - au péril de leur vie.

Remember les crânes guerriers, qui dans la Casbah recueillaient fièrement du renseignement - mais vas-tu parler, fellagha, ou si je te replonge dans ta baignoire?

C'était un idéal de civilisation, mâme Chabot.

Et maintenant, je veux une politique du même nom.)

Même "Le Monde" (qui à l'époque ne s'illustrait pas exactement par un trop-plein d'animosité à mon endroit) l'avait relevé: je "débauchais sans complexe les électeurs de Jean-Marie Le Pen".

J'aime bien Toulon, mâme Chabot.

C'est pour ça qu'hier, c'était si bien: j'étais là, peinard, décomplexé à donf, avec mon fidèle Brice - et qu'est-ce que j'ai fait?

J'ai fait ce que je fais toujours, quand l'électeur me boude: j'ai braconné velu dans les marécages du Pen.

J'ai intimidé le sans-papiers.

Presque j'ai bouté l'immigré.

Ca marche toujours, avec les cons, et tu sais quoi?

J'aime ça, au fond.

J'aime flatter le populo dans le sens de ses phobies.

C'est moi que j'ai ramené le facho dans le giron de la République: n'oubliez jamais ça.

Plus à gauche que moi?

Tu meurs.

C'est pas moi qui le dis, hein?

C'est André Glucksmann.

Le penseur.

Quand le pouvoir d'achat du Français de souche baisse, règle numéro 1: lui suggérer que c'est la faute à Mamadou, plutôt qu'à Nicolas, qui avait pourtant promis d'être comme je disais le président-du-pouvoir-d'achat.

Toulon?

C'était bien, mâme Chabot.

Je suis allé aussi vers quelques prolétaires.

(Ces gens-là sentent fort, entre nous.

Ne me dites quand même pas qu'ils n'ont pas les moyens de s'acheter du Narta?)

Je m'approche, "Libération" le rapporte ce matin, d'une "travailleuse sociale", et je lui demande: "Les familles viennent d'où?"

Elle me répond: "Du quartier".

J'insiste: "Mais... L'origine?"

J'entends ricaner Brice: on pense la même chose, lui et moi.

On a du mal à concevoir que des individus foncés de peau puissent venir "du quartier" (1).

C'est pour ça, mâme Chabot, qu'on a un peu envie de leur dire, quand on les croise: "Casse-toi, pauvre con".

Mais, il va de soi: on ne le dit pas.

On n'est pas du genre à se laisser dominer par la vulgarité.

Oooooh, ben non, Arlette.

On les prévient juste que: "Tous ceux qui n'ont pas de papiers ont vocation à "être reconduits chez eux"" (2).

Et qu'on ne va évidemment pas laisser "ouvrir de nouvelles filières d'immigration clandestine" (3).

C'est du simple bon sens, pas vrai?

Puis ça gagne des voix, espère - alors pourquoi qu'on se gênerait?

D'ailleurs, mon pote Laurent Joffrin, le patron barbichu de "Libé", l'a gentiment écrit ce matin: il n'y avait "nul extrémisme dans mes propos" (4).

Merci qui, mâme Chabot?

Merci, Laurent Joffrin.






(1) En décembre 2007, "Le Canard enchaîné" a raconté que Brice Hortefeux avait "fait un tabac" devant "les membres (...) d'un réseau de promotion de la diversité dont fait notamment partie Rama Yade", en racontant ce drolatique souvenir: "Cet été, sur une aire d'autoroute, je rencontre cinq personnes noires. Comme elles ont l'air de me reconnaître, je vais vers elles pour les saluer et je leur demande: Vous êtes d'où? - De Caen. - Oui, d'accord, mais vous êtes d'où? - Ben... De Caen. Heureusement, j'ai compris à temps et je n'ai pas insisté. C'est là que j'ai compris toute la profondeur de ma mission".
(2) "Libé", ce matin.
(3) Idem.
(4) Idem.

11/03/2008

"Mais Pourquoi Tant De Haine Pour Les OGM?"

Je ne sais pas si tu connais François Sergent, de "Libération"?

Il est (notamment) fameux dans la Beauce, où un dicton rural dit que: "Si qu'tu lis du Sergent, tu ris assurément".

Et en effet, pas plus tard que ce matin, Sergent pose, dans "Libé" donc, la question suivante - je te promets que je n'invente rien: "Mais pourquoi tant de haine pour les OGM y compris chez un célèbre fumeur de pipe alors que le tabac, dont la mortelle nocivité est prouvée, n'est pas interdit?"

Allez, je te la remets, c'est trop bon: "Mais pourquoi tant de haine pour les OGM y compris chez un célèbre fumeur de pipe alors que le tabac, dont la mortelle nocivité est prouvée, n'est pas interdit?"

(Applaudissements nourris de Claude Allègre, scientifique de (très) gros niveau et de renom planétaire, dont les travaux sur le tournage de veste en milieu (stérile) social-démocrate, notamment, font autorité.)

Si on était sympas, sais-tu ce qu'on ferait?

On enverrait une bafouille à Sergent, pour lui expliquer par exemple, avec des mots simples, qu'il y a tout de même deux, trois minuscules différences, entre l'altermondialiste pipu qui fait librement le choix de se déposer des saloperies sur les artères (parole de fumeur compulsif), et le consommateur qui soudain réalise, mais un peu tard, qu'on lui a fourré dans le gosier, par le biais de son pain quotidien, mais en oubliant de le prévenir que son inocuité pour l'homme restait (pour le moins) à démontrer, de la boue transgénique.

On lui dirait, Sergent, sauf vot'respect, la grosse différence, quand même, c'est qu'on sait finalement que fumer nuit gravement à notre santé, ainsi qu'à celle de notre entourage - mais qu'on attend toujours, sur nos boîtes de conserves, l'étiquette qui nous préviendra que les rats de laboratoire nourris aux gènes modifiés ont, vous ne venez pas de manger, au moins, Sergent?

"Des cerveaux, des foies et des testicules moins développés" que les autres, "ainsi que des tissus atrophiés, notamment dans le pancréas et l'intestin".

(Et que "par ailleurs" ils souffrent d'"une prolifération des cellules dans l'estomac et cela est inquiétant, parce que cela peut faciliter le développement de tumeurs causées par des produits chimiques".)

Mais le mieux qu'on puisse faire est de conseiller à Sergent de lire, et vite encore, ce livre - où j'ai pioché la délicieuse histoire des couilles des rats OGMisés:

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"Le Monde selon Monsanto", par Marie-Monique Robin, qui vient de paraître aux éditions La Découverte.

Monsanto est, comme tu sais, le numéro 1 mondial des OGM - après avoir été un gros producteur d'herbicides, comme l'agent orange, dont la glorieuse armée yankee fit au Viêt-nam, et sur la gueule des populations locales, un usage intensif.

(C'est vraiment des gens biens.)

Marie-Monique Robin "reconstitue" dans son bouquin "la genèse" de cet "empire industriel qui, à grand renfort de rapports mensongers, de collusions avec l'administration nord-américaine, de pressions et tentatives de corruption, est devenu le premier semencier du monde".

(Là je me foule pas, je recopie l'argumentaire de l'éditeur.)

Je viens de finir sa lecture, et tu me connais: je n'ai que peu d'affection pour les capitalistes, mais au sortir de ces 371 pages d'horreur pure, j'ai l'impression de redécouvrir à quel point ils sont immondes (et combien il urge que l'Histoire les balaie).

Alors ce que tu vas faire, c'est que tu vas te précipiter chez ton libraire.

Et quand t'auras fini le bouquin, tu le feras lire à ton voisin, qui le fera lire à son voisin, qui le fera lire à son voisin, qui le fera lire à son voisin.

(T'as compris, ou je continue encore sur vingt lignes?)

Histoire que personne, à la fin, ne puisse dire, aaaaah mais désolé, aaaaah mais je savais pas.

Histoire que personne, à la fin, ne puisse demander, pour le plus grand bonheur de Monsanto: "Mais pourquoi tant de haine pour les OGM?"

 
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