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22/10/2007

Mahatmattali

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Jacques Attali, biographe de Gandhi?

C'est, a priori, comme si Nicolas Sarkozy tout soudain se prenait d'affection pour la mémoire d'une jeune militant communiste: c'est, a priori, du (très) grand n'importe quoi.

D'un autre côté, nous savons, pour l'avoir mainte fois expérimenté ces derniers temps, que le (très) grand n'importe quoi n'éblouit ni les yeux de Nicolas Sarkozy, ni ceux des "socialistes" de conviction qui ont mis leur(s) talent(s) au service du chef de l'Etat.

De sorte que nous ne sommes que moyennement sidéré(e)s, quand nous découvrons, dans "Le Parisien" de ce matin, que dans le moment précis où Nicolas Sarkozy "honore" Guy Môquet (notez je vous prie les guillemets), Jacques Attali, après nous avoir livré une (burlesque) vie de Marx★, "publie", en effet, "une passionnante biographie du Mahatma Gandhi".

Nous devinons, même, qu'il pourrait bien s'agir, dans les deux cas, de nous éloigner, en nous focalisant vers d'autres temps et d'autres moeurs, de réalités moins romantiques - du style, Nicolas Sarkozy a demandé à Jacques Attali des propositions pour "la libération de la croissance française".

Dans "Le Parisien", Jacques Attali déclare: "(Gandhi) est pour moi l'homme le plus important de l'histoire de l'humanité, hors de l'Occident, au XXe siècle".

Saperjeu: c'est pas rien.

(Je viens de trouver "saperjeu" dans un Dumas★★ que je n'avais jamais lu★★★, et je sens que je n'ai pas fini d'en abuser.)

Jacques Attali affine ensuite sa pensée: "(Gandhi) me fait penser à Coluche".

(Car l'un, comme l'autre: "Passait son temps à rire, à faire rire".)

Vieux dicton berrichon: "Quand Jacques Attali affine sa pensée, t'es jamais déçu du voyage".

Puis Jacques Attali s'avance, crânement, sur le chemin de la géostratégie de (très) haut niveau (dont il maîtrise parfaitement les renommées subtilités), pour nous révéler que: "Ben Laden deviendra le porte-parole des humiliés si on n'écoute pas le message [de paix] de Gandhi".

(Oui: c'est beau.)

En somme: Gandhi, résumé par Jacques Attali dans les pages du "Parisien", était rigolo et pacifiste, et ça fait de lui, en effet, quelqu'un de plutôt sympa.

Dans la vraie vie, naturellement, Gandhi était plus contrasté que ça.

Moins linéairement drolatique.

(Mais qu'importent ces minuscules nuances?)

Ce que Jacques Attali ne dit pas, dans "Le Parisien" de ce matin, c'est que, par exemple, Gandhi n'avait qu'une sympathie assez relative pour (ce qui ne s'appelait pas encore) le "néo-"libéralisme.

En schématisant, on pourrait même supposer que la société de (sur)consommation le faisait peu marrer - sans quoi jamais il n'aurait, notamment, déclaré que: "La civilisation, au vrai sens du terme, ne consiste pas à multiplier les besoins, mais à les limiter volontairement. C'est le seul moyen pour connaître le vrai bonheur et nous rendre plus disponible aux autres. Il faut un minimum de bien-être et de confort; mais, passé cette limite, ce qui devrait nous aider devient une source de gêne. Vouloir créer un nombre illimité de besoins pour avoir ensuite à les satisfaire n'est que poursuite du vent. Ce faux idéal n'est qu'un traquenard".

Doncques, et c'est là que je voulais en arriver: si on avait dit à Gandhi qu'un jour un "socialiste" oserait préconiser, comme vient de faire Attali, au nombre de ce que "Le Parisien" appelle sans rire des "propositions iconoclastes pour "la libération de la croissance française"", l'implantation de "grandes surfaces" au coeur de nos cités?

Gandhi, évidemment, serait parti de ce (désormais fameux) rire qui le faisait tellement ressembler à Coluche.











★ Lisez là, je vous prie, "le procès de Jacques Attali": http://www.leplanb.org/page.php?article=70&PHPSESSID=0815f14e0414b014c2e661dd39495cc7

★★ Alexandre, bien sûr. (Pas Roland.)

★★★ "La Guerre des Femmes", Phébus, 2007: un régal.

Tri Sélectif

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C'est curieux, comme nos intellectuels de médias ont la colère sélective, l'indignation trieuse.

Ce matin ils signent, dans "Libération", un appel "pour Ayaan Hirsi Ali" (photo) - laquelle, "menacée de mort par les islamistes du monde entier pour son indépendance d'esprit et sa défense sans relâche de la liberté d'expression et de conscience", vient de perdre "la protection que son gouvernement [hollandais] s'était engagé à lui fournir".

Pascal Bruckner, Alain Finkielkraut, Philippe Val, pour ne citer qu'eux, "(demandent) à la France de lui accorder une citoyenneté française honorifique".

Et pourquoi pas, en effet.

Ce n'est pas une mauvaise idée - après tout, c'est quand même Nicolas Sarkozy qui l'autre jour a déclaré, sans rire, que, je cite: "Chaque fois que quelqu'un est humilié, est persécuté, est opprimé, il devient automatiquement français".

(Brice Hortefeux, plié en deux: "Mais que tu es cocasse, mon Nico!")

Au passage, ne pas oublier qu'il y a, de par le monde, plein de gens qui sont aussi menacés, pour ce qu'ils sont, pour ce qu'ils disent, pour ce qu'ils pensent - et pas seulement par des fanatiques religieux.

Je pense en particulier, là, tout de suite, à monsieur et madame Ali, voyez la concordance des patronymes, parents albanais sans papiers d'un enfant d'un an et demi et d'un autre enfant de quatre ans, arrêtés la semaine dernière, près de Lyon, par la gendarmerie nationale, afin que d'être vitement expulsés - plutôt que pourvus d'une "citoyenneté française honorifique".

Monsieur Ali, en Albanie, a reçu des menaces - relativement sérieuses, puisque aussi bien le frère de monsieur Ali a été abattu.

En sorte que l'expulsion programmée de monsieur Ali et de sa petite famille revient, il est du moins permis de le supposer, à le(s) renvoyer vers un destin plutôt funeste.

(Mais c'est aussi qu'il faut "trouver les moyens de maîtriser l'immigration", comme dit Philippe Val (signataire ce matin de l'appel "pour Hirsi Ali") - ne serait-ce que pour maintenir "un équilibre démographique délicat qu'un afflux massif de personnes peut rompre sans peine", comme dit Pascal Bruckner (signataire ce matin de l'appel "pour Hirsi Ali").)

Je ne vois pas, quant à moi, que la vie de monsieur Ali soit de moins de valeur que celle d'Ayaan Hirsi Ali - mais aucun des fins clercs qui ce matin pétitionnent pour la seconde n'a, que je sache, demandé pour le premier "une citoyenneté française honorifique".

Et c'est un peu dommage.

Puis.

Toutes choses égales par ailleurs.

C'est ici et maintenant, aussi, que "la liberté d'expression et de conscience" est menacée, moins brutalement certes qu'en d'autres lieux - quand par exemple Hamé, rappeur de La Rumeur, subit depuis des années un ahurissant assaut judiciaire (initié notamment par le même Nicolas Sarkozy qui "préfère un excès de caricature" quand la caricature cible d'abord les musulmans), pour avoir osé relever que les bavures policières ne sont pas seulement une vue de l'esprit.

Mais aucun de nos pétitionnaires de ce matin n'a fait mine de lever le petit doigt, pour exiger qu'on foute la paix à La Rumeur - qu'on laisse La Rumeur libre de s'exprimer.

Entendons-nous bien, s'il vous plaît.

Tout ne se vaut pas - évidemment.

Il va de soi, mais ça va encore mieux en le disant, que les menaces de mort visant Ayaan Hirsi Ali sont, en effet, une abjection.

Il va de soi, mais ça va encore mieux en le disant, que les psychopathes qui prétendent la museler sont, en effet, de sinistres ordures, comme en produisent, à cadence régulière, les aliénations religieuses (pléonasme) - et qu'elle doit, en effet, être partout protégée.

(Il va de soi pour finir, mais ça va encore mieux en le disant, qu'il n'y a évidemment pas de commune mesure entre ce que subit Ayaan Hirsi Ali, et l'intimidation feutrée qui se pratique parfois sous nos latitudes.)

Mais cette évidence ne doit plus servir de commode prétexte à la poignée de penseurs, généralement sarkompatibles, qui pratique à outrance, depuis quelques années, le tri sélectif des indignations - qui prétendent soigner "la blessure de la liberté" (Alain Finkielkraut) quand elle est faite par des musulmans fanatisés, mais qui laissent ouvertes les plaies que lui font leurs amis politiques.

Les mêmes, qui veulent ce matin protéger Ayaan Hirsi Ali, et comme ils ont raison - mais qu'indiffère apparemment, sans quoi ils pétitionneraient, le sort, une fois repassées nos frontières, des 25.000 "clandestins" que traquent nos polices.

Les mêmes, qui plus généralement exigent par exemple qu'on soutienne sans condition(s) Redeker, quand Redeker lâche son fiel, mais qui, pour mieux signaler sans doute leur attachement à la "liberté d'expression", fustigent dans la moindre contradiction un nouveau "communisme" stalinien - comme s'ils voulaient à tout prix démontrer que nul excès ne les arrête.

Les mêmes, en somme, qui tracent jour après jour les contours de "libertés" dont la géométrie, je le crains, serait finalement trop variable.

21/10/2007

Suivant Que Vous Serez Puissant Ou Banlieusard...

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"Bernard Laporte est visé par une enquête fiscale sur ses investissements".

Lis-je dans "Le Monde", qui précise que, d'après la direction nationale d'enquêtes fiscales (DNEF), qui a "effectué un quinzaine de perquisitions (...) dans les sociétés de M. Laporte", les "infractions" relevées "seraient nombreuses", et variées aussi, puisqu'il serait question de: "Présomptions de détournements d'actifs, dissimulations de recettes d'établissements, majoration artificielle des charges, double comptabilité, travail au noir".

("Le Monde" relève que "le fisc aurait (...) trouvé la trace d'investissements du couple Laporte dans le paradis fiscal de Saint-Martin, aux Antilles, pour un montant deux fois supérieur à leurs revenus déclarés en France".)

Et alors, je ne sais pas, mais j'ai un peu l'impression que si j'en parle à un nouveau-né moyennement formé au commentaire politico-financier, il va, dans l'instant, me répondre que nous n'avons là que des présomptions, mais que ça fait quand même beaucoup de présomptions pour un seul homme, surtout si cet homme "prend ses fonctions de secrétaire d'Etat aux sports lundi 22 octobre" - ce qui est en effet le cas de Bernard Laporte.

Nonobstant: "De Lisbonne, où il participait au sommet européen, Nicolas Sarkozy", qui avait si mes souvenirs sont bons promis pendant sa campagne de réhabiliter la morale en politique, "a assuré M. Laporte de tout son soutien".

C'est en cette occasion que Nicolas Sarkozy, dont l'équanimité sera désormais chantée dans les siècles des siècles, a fait cette déclaration, incroyablement émouvante: "La présomption d'innocence, c'est quelque chose qui doit exister".

Oooooh, me suis-je dit.

Comme c'est beau.

Comme c'est vrai.

Comme c'est dommage - qu'au mois d'octobre 2005, quand Zyed Benna et Bouna Traoré sont morts électrocutés à Clichy-sous-Bois, Nicolas Sarkozy, au lieu de rappeler dans l'instant que "la présomption d'innocence est quelque chose qui doit exister", leur ait plutôt fait cette épitaphe, mensongère: "Lors d'une tentative de cambriolage, lorsque la police est arrivée, un certain nombre de jeunes sont partis en courant. Trois d'entre eux, qui n'étaient pas poursuivis physiquement, sont allés se cacher en escaladant un mur d'enceinte de trois mètres de haut qui abritait un transformateur. Il semble que deux d'entre eux se soient électrocutés"...

20/10/2007

Charognards

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1.
Je découvre à l'instant que dans "l'intitulé de l'hommage officiel" à Guy Môquet, orchestré par le régime (qui n'a pas fini (d'essayer) de manipuler nos enfants), le mot "camarade" a été remplacé par le mot "compagnon".

Je répète?

Le mot "camarade" a été remplacé par le mot "compagnon".

Henri Guaino, "principal conseiller de Sarkozy", interviewé (longuement) dans "Libération", ne trouve pas ça gênant: "Est-ce si grave?"

Demande-t-il.

Avant de préciser: "A force de se scandaliser de tout, on finit par ne plus savoir ce qui est important".

Dans l'intitulé de l'hommage officiel à Guy Môquet, le mot "camarade" a été remplacé par le mot "compagnon", mais le principal conseiller de Nicolas Sarkozy ne trouve ça ni "grave", ni "important".

Mais en réalité?

"Camarade" est le (joli) nom que se donnent les communistes.

"Compagnon" est celui que se donnaient les gaullistes, notamment.

Le remplacement de l'un par l'autre est donc tout sauf anodin, et il faudrait être le dernier des sales cons pour ne pas s'en rendre compte.

Le remplacement de l'un par l'autre éloigne Guy Môquet de la gauche, pour le rapprocher de la droite.

Ni plus, ni moins.

Les charognards du régime s'abattent sur la dépouille d'un militant communiste, pour s'en faire un sinistre étendard (après l'avoir cependant lavé de sa camaraderie) - et bien évidemment pour mieux dissimuler que Guy Môquet gerberait à longs traits si, revenant, il découvrait ce que les mêmes charognards font depuis quelques mois des solidarités pour quoi il se battait.

J'ai beau me creuser la tête: je ne trouve guère que l'Union soviétique, période glaciaire (photo), comme autre exemple un peu récent d'un pays révisant, de la sorte, son histoire officielle - donnant un mot pour un autre, effaçant de la photo ce qui risquait de faire désordre.

Ca me terrifie sincèrement, et je me demande où sont, pour le coup, les penseurs à deux balles qui voient partout Staline - mais qui depuis un an lèchent le fondement de Sarkozy?

On les entend plus, ces baltringues - alors que là, pourtant, ils tiennent, pour de bon, un cas très pur de stalinisme - appliqué à notre mémoire collective...



2.
D'Henri Guaino toujours, récitant au mot près le répugnant bréviaire de la "nouvelle" réaction: "(...) Il faut résister à cette mode de la repentance, qui finit par exprimer la haine de soi, qui débouche souvent sur la haine des autres".

Et dans "Libé" toujours, quelques pages plus tard, ce relevé, atroce, de ce que font dans la vraie vie ces gens qui ne se repentent pas: "Le plus jeune prisonnier de France a trois semaines (...). Arrêté avec ses parents sans-papiers, il a passé une nuit en garde à vue et est détenu depuis le 18 octobre au centre de rétention administrative (CRA) de Rennes. (...) Autres exemples: le 4 octobre, un bébé de 15 mois est enfermé au CRA de Toulouse avec sa mère enceinte. Celle-ci fait une fausse couche et perd des jumeaux. Le même jour, une autre femme enceinte est enfermée au CRA de Cayenne en Guyane. Transférée à l'hôpital, elle accouche d'un foetus mort. Ce même 4 octobre, une fillette de 3 ans et sa mère sont placées au centre de rétention administrative de Lyon. Le 10, un enfant handicapé et ses parents sont enfermés au CRA de Toulouse".

Ad nauseam...

Les traqueurs d'enfants sont les mêmes qui veulent que nos écoliers apprennent que Guy Môquet, fusillé communiste, était un "compagnon", plutôt qu'un "camarade" - et naturellement, tout ça est cohérent.

Dans "Marianne", un garçon qui n'a pas exactement le profil d'un révolutionnaire guatémaltèque puisqu'il s'agit de François Léotard, observe que: " Tout cela va mal finir".

Première fois de ma vie que je suis un peu d'accord avec François Léotard.

19/10/2007

Dignité

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L'extrême dignité journalistique ne s'impose pas toujours pour ce qu'elle est - mais il y a des moments où elle saute aux yeux.

Si de ce pas vous allez faire un tour sur le site du "Monde", journal de référence?

(www.lemonde.fr)

Si, une fois là, vous cliquez sur le compte-rendu "heure par heure" des faits marquants de cette journée, deuxième du nom, de grève dans les transports?

(http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-968642@51-952133,0.html)

Vous allez tomber, je viens de vous le dire, sur le compte-rendu des faits marquants de la grève dans les transports, ce vendredi 19 octobre 2007.

Ou plutôt, vous allez tomber sur la première page de ce compte-rendu - et ce n'est pas celle qui nous intéresse.

Allez directement, je vous prie, à la deuxième (et dernière) page.

(http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-968642@51-952133@45-1,0.html)

En voici un extrait, dont je conserve la ponctuation d'origine: je vous demande, s'il vous plaît, de le lire attentivement.

"9 h 20 : la CGT-Cheminots demande des comptes sur l'accord avec la Fgaac
Le secrétaire général de la CGT-cheminots, Didier Le Reste, va "demander des comptes à la direction de la SNCF" sur les "discussions en coulisse" menées avec le syndicat autonome des conducteurs au soir de la grève contre les régimes spéciaux. La Fgaac (agents de conduite autonomes) qui avait appelé à reconduire vendredi la grève à la SNCF a annoncé jeudi soir dans un communiqué "suspendre le mouvement" après avoir obtenu "des réponses" de la direction de l'entreprise nationale.

9 h 36 : une femme roulant à Vélib' est morte jeudi soir
Une femme d'une soixantaine d'années circulant à Vélib' est morte jeudi soir à la suite d'un accident avec un camion, a fait savoir, vendredi, la société JC Decaux, qui gère le système de vélos en libre service à Paris. Il s'agit du premier accident mortel d'un Vélib', depuis le lancement du dispositif le 15 juillet. La cycliste a été renversée par un camion dans le 12e arrondissement, à l'angle du boulevard Morland et du boulevard de la Bastille. Elle est morte plus tard des suites de ses blessures.

9 h 36 : 233 km de bouchons en Ile-de-France
Le trafic routier est en proie à une congestion générale à 9 heures en Ile-de-France, avec des bouchons sur la plupart des axes conduisant vers la capitale, indique le Centre national d'information routière (CNIR). A 9 heures, 233 km de bouchons étaient comptabilisés, contre 108 en moyenne à la même heure d'ordinaire, souligne le CNIR, selon lequel "il y a des bouchons un peu partout et on ne circule pas". On relève des blocage, par exemple sur l'A4 entre Marne-la-Vallée et la porte de Bercy, sur l'A104 (extérieur) aux abords de Roissy, sur l'A3 entre Garonor et la porte de Bagnolet, ainsi que sur l'A6 en direction de Paris. La circulation est particulièrement difficile au centre de Paris. En province, la situation du trafic aux abords des grandes métropoles est en général normale.

(...)

8 h 21 : trafic routier conforme à la normale
Avec 188 km de bouchons à 8 heures, la circulation routière était "conforme à la normale" vendredi matin en région parisienne et en province, indique le Centre national d'information routière (CNIR). "Il y a eu plus de trafic, mais cela a commencé plus tôt que d'habitude", explique-t-on.

7 h 37 : un métro sur deux, les lignes A et B du RER paralysées
"Cela fonctionne mieux que prévu", indique la RATP, précisant que le service allait "monter en puissance" au fil de la journée. A 7 h 20, une rame sur deux du métro fonctionnait, deux bus sur trois et 100 % des tramways. Dans le métro, une rame sur quatre roulait sur les lignes 8 et 12, une sur trois sur les lignes 3, 5, 10 et 13, près d'une sur deux sur les lignes 6 et 9, deux sur trois sur les lignes 2, 4, 7 et 11 et quatre sur cinq sur la ligne 1. La ligne 14, automatique, fonctionne normalement."

On lit ça, n'est-ce pas, on se dit, foutre, pour de l'information heure par heure, c'est de l'information heure par heure: on sait absolument tout de ce qui s'est passé aujourd'hui, on sait, à la minute près, que ce matin "les lignes A et B du RER" étaient "paralysées", mais que le "trafic routier" restait "conforme à la normale", qu'à midi le trafic reprenait "à la RATP", etc.

C'est vachement intéressant.

Mais regardez je vous prie ce qui se passe un peu après neuf heures et demie.

Regardez: ça vaut le coup d'oeil, et je me demande si vous avez bien vu le truc.

(Quant à moi je ne serais jamais tombé sur cette monstrueuse énormité si une camarade à qui rien n'échappe ne me l'avait pas signalée à l'instant.)

"9 h 36 : une femme roulant à Vélib' est morte jeudi soir
Une femme d'une soixantaine d'années circulant à Vélib' est morte jeudi soir à la suite d'un accident avec un camion, a fait savoir, vendredi, la société JC Decaux, qui gère le système de vélos en libre service à Paris. Il s'agit du premier accident mortel d'un Vélib', depuis le lancement du dispositif le 15 juillet. La cycliste a été renversée par un camion dans le 12e arrondissement, à l'angle du boulevard Morland et du boulevard de la Bastille. Elle est morte plus tard des suites de ses blessures."

Dites?

Qu'est-ce qu'il fout là, exactement, ce fait divers?

Quel rapport avec la grève des transports?

Dites?

Est-ce que "Le Monde" ne serait pas des fois en train de nous suggérer, avec une exquise délicatesse, que la pauvre dame tuée jeudi soir l'a été parce qu'il n'y avait ni bus ni métro dans Paris?

Est-ce que par conséquent "Le Monde" ne serait pas des fois en train de nous suggérer aussi, du bout des lèvres, qu'elle est morte un peu à cause des salauds de grévistes RATP qui l'ont obligée à louer un Vélib?

J'espère que non.

J'espère que ce n'est pas ce que "Le Monde" essaie de nous suggérer - parce que ça serait particulièrement ignoble.

Mais alors, que je vous dise.

J'ai beau chercher: je ne comprends toujours pas ce que cette info-là fait là...

"Evidemment Oui"

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Dans "Le Nouvel Observateur", jeudi, Jean Daniel, haute figure de la "gauche" morale, écrit: "En principe le sujet est de savoir s'il faut supprimer les régimes spéciaux de retraite pour les aligner sur le régime de la fonction publique".

Puis Jean Daniel ajoute: "La réponse est évidemment oui", car après 'l'injustice faite à Alain Juppé en 1995 (...), il serait temps de devenir raisonnable".

On lit ça, on attend le "mais".

On se dit que Jean Daniel, sur le sujet des retraites, ne vas pas limiter son intervention à ce frénétique applaudissement - le gars est de "gauche", oui, ou merde?

Et de fait: il y a un "mais".

Le pauvre Alain Juppé a subi en 1995 une affreuse injustice, et Nicolas Sarkozy a bien raison de vouloir enfin, douze ans plus tard, "supprimer les régimes spéciaux de retraite", mais.

Mais.

"Il y a des limites à ne pas dépasser".

(Lesquelles, exactement?

Jean Daniel ne le dit pas.)

En somme, le fond est bon, y a de l'idée, mais la forme laisse à désirer: le mieux serait, on le pressent, que Nicolas Sarkozy et ses fidèles féaux passent un peu de vaseline au fondement des salariés, avant que de les posséder.

Un petit supplément d'âme, quoi.

C'est l'axiome numéro 1 de la presse qui ment, ces temps-ci (comme à chaque fois, "évidemment", qu'elle se trouve confrontée à un "mouvement social" de quelque envergure): la "réforme" est "nécessaire".

Axiome numéro 2: à partir du moment où la "réforme" est "nécessaire", il faut quand même être un sacré(e) pauvre con(ne) lourdement crispé sur des réflexes de type stalinien pour ne pas voir que la "réforme" est "nécessaire".

C'est ce que Jacques Julliard, qui officie habituellement au "Nouvel Obs" (à proximité de Jean Daniel), mais qui ne dédaigne pas de s'aventurer parfois en terre barbichue, énonce posément, lorsqu'il moque ce matin, dans les pages de "Libération", une "grève déclenchée sur un objectif aussi discutable, aussi impopulaire que la réforme des retraites".

La presse ment, la presse ment, la presse ment: il faut se le répéter chaque matin au lever, pour ne jamais l'oublier.

Il y a, dans le double énoncé, par Jean Daniel et Jacques Julliard, d'une même obsession, toute la morgue de nos journaleux, qui n'en finiront jamais de "penser" du côté du manche.

Voyez au reste comme la divagation de l'un répond ici à celle de l'autre, axiome numéro 1, axiome numéro 2 - et comme, réunies, elles ouvrent un long boulevard pavé de sentiments respectueux devant le chef de l'Etat.

Il faudrait, nous dit Jean Daniel, "évidemment" réformer, en les supprimant, les régimes spéciaux?

"Evidemment" ce n'est pas vrai - mais il faut, pour le réaliser, faire par exemple un détour par chez ATTAC, où l'on est, vous en conviendrez, moyennement anarchiste(s), mais où l'on a montré, il y a longtemps déjà (c'était en 2003), que: "L’augmentation des cotisations patronales est le moyen le plus simple pour rééquilibrer la part des salaires dans la valeur ajoutée en vue de financer les retraites".

Agade, c'est magique: pour "le retour pour tous à 37,5 années de cotisations, (...) une augmentation de 15 points du taux de cotisation lissée sur 40 ans suffirait".

Concrètement, ça donne quoi?

Concrètement: "Cela représente en moyenne une augmentation des cotisations de 0,375% seulement par an pendant 40 ans".

0,375%!

"Il est difficile d'affirmer qu'une telle augmentation serait insupportable pour l'économie française".

Observe ATTAC - et je suis bien d'accord.

(C'est d'autant plus difficile, que nous savons désormais (nous le pressentions un peu), grâce à l'excellent monsieur Gautier-Sauvagnac, du MEDEF, que le patronat dispose de confortables réserves: 600 millions d'euros, pour le seul secteur, cher au coeur des maîtres de forges (suivez mon regard), des mines et de la métallurgie.)

Ces messieurs de la presse "de gauche" (qui ne ment pas moins que l'autre) ont-ils envisagé, fût-ce dans un recoin de leurs minables homélies, de réclamer au patronat l'"augmentation des cotisations de 0,375%" qui permettrait de sauver les retraites du salariat?

Nenni - songez.

Cela bousillerait leur coutumière incantation, et les montrerait pour ce qu'ils sont: de pâles passe-plats, occupés à plein temps à nous entretenir dans une absolue soumission au credo néo-libéral.

L'augmentation des cotisations patronales?

Jamais la presse n'en parle(ra), préférant l'occulter, comme la "Pravda" faisait naguère de ce qui n'entrait pas dans la "ligne" du Parti.

La presse préfère, et c'est là qu'après Jean Daniel, Jacques Julliard entre en scène pour dénoncer l'"objectif (...) discutable" et "impopulaire" des grévistes, rosser les misérables, plutôt que les puissants.

Matez comme nos journaleux, lovés dans leurs niches fiscales, fustigent les méchants salopards qui ont le front de se battre pour la préservation de leur (petit) niveau de vie.

Relisez je vous prise les crânes déclamations où nos fidèles planchets stigmatisent, du haut de leurs connivences, du haut de leurs complaisances, de leurs piges de luxe et de leurs ménages surpayés, les "avantages acquis" des hideux cheminots.

"Impopulaire", vraiment, le "mouvement social" qui ces jours-ci se déploie enfin?

Oui, si on cherche de l'information dans des canards comme "Le Parisien", qui vomit ce matin que: "Les sondages pointent l'isolement des grévistes".

Si on cherche de l'information à la télévision, où de vaillants reporters n'ont de cesse que d'aller recueillir, sur des quais de gares à la con, les belliqueux témoignages de tristes clampin(e)s saturé(e)s de propagande, tout juste capables de répéter que oui, c'était "la galère", que, oui, c'était un "jeudi noir", que, oui, c'était "pire que prévu", et que, oui, "y en a marre", d'être "pri(se)s en otages" par des "privilégiés".

(Vois la masse lobotomisée qu'une droite haineuse et revancharde veut finir d'enchaîner, et qui opine du chef.)

Mais viens me sonder, moi, journaleux - et viens sonder mes potes, et les ami(e)s de mes ami(e)s, et les ami(e)s de leurs ami(e)s, tu verras qu'on est des millions, ça te changera un peu de tes sempiternelles manips de pauvre laquais patronal - et tu verras qu'on est contents de marcher dans Paris quand le métro ne roule pas.

Viens par chez nous, camarade, et tu découvriras enfin les millions de passants que la grève ravit - mais dont jamais tu ne parles dans tes journaux.

(Les millions d'effacés-de-la-photo, comme au bon vieux temps de la "Pravda".)

Viens par chez nous, qu'on te parle de notre syndrome de Stockholm, qu'on te dise comment c'est bon, d'être "pris en otages" - et notre envie, surtout, de n'être pas relâchés de sitôt.

18/10/2007

On Strike

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17/10/2007

Une Contribution De Xavier Darcos

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"Le Monde" publie ce soir, dans ses pages "Débats", une contribution de Xavier Darcos, "ministre de l'éducation nationale", qui déplore, je cite, que: "La lecture aux lycéens [le 22 octobre] de la lettre de Guy Môquet suscite des inquiétudes et une polémique infondées".

Affligeant, ce document (je parle bien évidemment de la tribune du ministre) vaut cependant par ce qu'il révèle de l'état d'esprit du gouvernement de guerre (de classe(s)) de François Fillon - et que nous savions déjà, mais qui désormais se trouve quotidiennement confirmé par d'impudentes proclamations (dont le seul côté positif est que, s'accumulant, elles vont, nécessairement, jeter à la fin dans les rues un peuple ivre de rage et fermement décidé à tenir le pavé jusqu'à ce que soient bannis les petits maîtres qui l'auront trop méprisé).

Xavier Darcos écrit, d'abord, que: "La mort de Guy Môquet (...) illustre tragiquement le courage de la jeunesse qui, à chaque époque et en tout lieu, refuse l'oppression, l'injustice, la violence du monde".

C'est beau comme du Paulo Coelho, et ça me rappelle que Darcos a toujours su faire de jolies phrases.

Ainsi, rappelez-vous, brocardait-il naguère, sur son blog, "Le Monde" l'avait relevé: "Les ahuris de banlieue, tatoués et encapuchonnés, genre Nique Ta Mère".

Ainsi observait-il, quelques semaines plus tard, avec beaucoup de cette courageuse originalité qui signale ces temps-ci les penseurs iconoclastes: "Les mêmes "sauvageons" qui jouent les casseurs de banlieue et qui lapident la police ou l'école, sont prêts à manifester, le coeur sur la main, contre le racisme ou en faveur de n'importe quel pacifisme".

Je rappelle ces quelques saillies pour le cas, vous l'aurez compris, où "la jeunesse" d'ici ("lieu") et de maintenant ("époque") refuserait aussi "la violence" du verbe UMP, quand le verbe UMP la réduit, à plaisir, à de si tristes stéréotypes - mais ce n'était bien sûr pas tout: Darcos, pris d'écriture, avait aussi fustigé l'école "engluée" dans "un prêchi-prêcha "droits-de-l'hommiste" global et uniforme qui interdit les hiérarchies, les différences et les choix".

Et ça, tout de même?

Ca vaut le coup de ne pas l'oublier, quand le même personnage qui raillait, horresco referens, leurs faiblesses "droit-de-l'hommistes" vient tout soudain prier les profs d'"associer" dans leurs classes, le 22 octobre, "devoir de mémoire et acte pédagogique" - en lisant la fameuse lettre (ainsi que l'a exigé le chef de l'Etat).

Ca vaut le coup de ne pas l'oublier, quand le même personnage qui dénonçait un manque de "choix" laisse aujourd'hui au corps enseignant le choix de lire la lettre de Guy Môquet (ainsi que l'a exigé le chef de l'Etat), ou de lire la lettre de Guy Môquet (ainsi que l'a exigé le chef de l'Etat).

Xavier Darcos l'assure: cette lecture "ne sera pas exploitée à des fins politiciennes, idéologiques ou cocardières".

On le croit sur parole, évidemment: quand le régime qui a entrepris depuis six mois de pulvériser l'ensemble des acquis sociaux gagnés à la Libération ordonne que soit lue à date fixe la dernière lettre de Guy Môquet, on devine bien que c'est pas du tout une récupération politicienne à deux balles - on n'est quand même pas cons.

Le "prêchi-prêcha", éventuellement "idéologique"?

C'est un truc de profs "droits-de-l'hommistes".

Nicolas Sarkozy mange pas de ce pain-là.

(Et quant à le soupçonner d'intentions "cocardières", il n'y faut point songer: si Nicolas Sarkozy avait, ne serait-ce qu'une seule fois dans sa vie, donné dans le patriotisme pénible, genre aimez-la-France-ou-quittez-la, je suppose quand même qu'on le saurait.)

Au reste, Xavier Darcos en répond: les profs restent parfaitement libres, dans cette affaire.

Libre, veux-je dire, d'obtempérer à l'injonction qui leur est faite.

Jugez plutôt: "Ils peuvent proposer toutes les initiatives qu'ils jugeront nécessaires pour replacer la lettre de Guy Môquet dans son contexte et pour lui donner un sens".

Leur ministre appelle ça "élargir le choix" - et c'est vrai, admettez, que ça nous change du "prêchi-prêcha (...) qui interdit (...) les choix".

Ainsi vont nos libertés, sous le règne de Nicolas Sarkozy: nous pouvons, librement, choisir entre la soumission aux oukases du régime et la soumission aux oukases du régime - qui est prêt, de son côté, à nous consentir "de plus grandes cages, de plus longues chaînes" (salut à toi, Fred Alpi), histoire de maintenir l'apparence d'un dialogue démocratique.

(Le chef de l'Etat ne dit pas autre chose, quand il déclare, comme hier - commentant la journée syndicale d'action contre la réforme des retraites: "Ils font grève, c'est leur droit".

Avant d'ajouter: "Il y a des réformes à faire. (...) On va les faire".)

Demain, au fait: je fais grève.

Tranche De Vie Quotidienne, Sous Le Règne Décomplexé De Nicolas Sarkozy

C'est 20minutes.fr qui raconte ce morceau de vie quotidienne, au pays de la liberté, de l'égalité, de la fraternité, sous le règne décomplexé de Nicolas Sarkozy.

"Une famille albanaise, en séjour irrégulier, a été arrêtée ce mardi matin au Centre d'accueil des demandeurs d'asile (Cada) de Fontaines-Saint-Martin, au nord de Lyon, avec l'assistance des sapeurs-pompiers".

Qu'est-ce qu'ils foutaient là, ces pompiers?

Leur mission, aux pompiers, c'est pas de sauver des gens?

Voyez plutôt.

"Trois gendarmes sont venus chercher la famille Ali, et leurs enfants de quatre ans et un an et demi, sur réquisition de la préfecture".

Quatre ans.

Un an et demi.

Ce truc, soudain, que vous sentez monter?

C'est une envie de vomir - ne vous inquiétez pas: c'est normal.

(Ca veut dire que vous n'êtes pas encore tout à fait contaminé(e) par la hideur ambiante.)

Mais: "La famille s'est d'abord barricadée dans son appartement avant de menacer de se jeter du 3e étage".

Faites gaffe, désormais, quand vous marchez dans les rues: il pleut des sans-papiers.

Depuis que Sarkozy a sommé le fidèle Hortefeux de bouter cette année 25.000 étrangers, lesdits ont cette espèce de bizarre manie de se jeter dans le vide, un peu comme s'ils n'avaient rien à foutre de fracasser le cas échéant le crâne d'un passant innocent.

Dans n'importe quelle démocratie un tant soit peu civilisée, la réaction de ces gens qui préfèrent se foutre en l'air, et leurs enfants avec eux, plutôt que de se laisser "reconduire", comme on dit si élégamment, serait interprétée pour ce qu'elle est: la manifestation ultime d'une abominable détresse.

Mais pas chez nous, pensez-vous, pas au pays de la liberté, pas au pays de l'égalité, pas au pays de la fraternité, pas au pays des sinistres penseurs de cour qui vont répétant, suivez mon regard, que les clandestins sont là pour nous ôter le pain de la bouche - puis qui se refont une virginité en signant de vibrantes pétitions contre les tests ADN.

Chez nous, quand des parents sont réduits à sauter dans le vide sous le regard de (ou avec) leurs enfants, on ne va pas non plus s'emmerder à réfléchir à ce qui motive un geste si incroyablement désespéré - parce que, voyez-vous, ça remettrait aussi en question des mois et des années de crasse démagogie électorale.

On est là pour virer: on vire.

Mais on essaie de faire ça proprement - parce que bon, je ne sais pas si vous avez remarqué, mais rien n'est plus chiant à nettoyer que de la cervelle de sans-papiers, sur un trottoir.

Alors on appelle désormais les pompiers, pour "sécuriser" - pour éviter que des gueux, non contents d'être ici "en séjour irrégulier", ne souillent au surplus nos voiries.

""La présence des pompiers, c'est une sécurisation, liée aux récents accidents dans ce genre d'intervention", a indiqué la gendarmerie".

(Hé, la gendarmerie.

C'était pas des "accidents".)

Les pompiers: "Nous ne sommes pas intervenus pour assister les gendarmes. Nous avons répondu à une tentative de défenestration".

(C'est vrai que ça change tout...)

Samedi, manif (départ Belleville à 14 heures 30).

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(Merci, Anne.)

16/10/2007

Laurent J. Contre Les "Censeurs"

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Ce matin, "Libération", quotidien néo-patronal, fait à la une ce troublant constat: "Les Français veulent des médias indépendants".

("Libé" a bien sûr enquêté, avant de nous livrer cette incroyable info.

"Libé" a commandé un sondage à l'institut LH2.

J'imagine les questions pointues qui ont dû être posées aux sondé(e)s, genre: 'Tu veux des médias indépendants, ou si t'es juste un(e) pauvre con(ne)?")

Cette révélation unesque nous vaut, il va de soi, un édito (barbichu) de Laurent Joffin, boss de "Libé", qui n'allait certes pas laisser passer une telle occasion de se poser de nouveau (c'est la centième fois cette année) en opiniâtre défenseur de l'indépendance-des-médias.

Et vous allez voir: c'est goûtu.

(Barbichu, mais goûtu.)

Laurent Joffrin, dont le talent analytique sera encore vénéré dans cinq millions d'années, observe d'abord que: "Les médias sont un pouvoir".

(Ca commence fort, avouez.)

Laurent Joffrin ajoute: "Un pouvoir, aux yeux de l'opinion, est nécessairement lié aux autres pouvoirs, économique et politique".

(Notez le "aux yeux de l'opinion", où Laurent Joffrin nous suggère, sans vraiment nous le suggérer, que Laurent Joffrin n'est pas forcément du même avis que "l'opinion" - et que nous allons bientôt retrouver, sous la forme de "l'idée que se font les Français de notre système d'information".)

Laurent Joffrin continue sa (rigoureuse) démonstration: les médias, nous explique-t-il, sont "dans cette optique, un instrument de domination et non d'émancipation" - car ("dans cette optique", dont vous aurez compris qu'elle n'est pas forcément celle de Laurent Joffrin) les médias "(émanent) de la classe dirigeante, avec laquelle (ils entretiennent) des rapports coupables".

Laurent Joffrin, qui tutoie Nicolas Sarkozy, conclut (vous étiez prévenu(e)s): "Telle est, en tout cas, l'idée que se font les Français de notre système d'information".

Laurent Joffrin, qui ne déteste pas faire de loin en loin de minuscules concessions au petit peuple, concède que "l'idée" en question "n'est, il faut bien le dire, pas tout à fait fausse".

(Pas tout à fait vraie non plus, donc, mais si "l'opinion" était plus intelligente que Laurent Joffrin, vous pensez bien qu'on le saurait, depuis le temps.)

Laurent Joffrin peut, dès lors, lancer l'une des folles controverses qui ont fait de Laurent Joffrin, à égalité avec le boss du "Figaro", le débatteur préféré de France Inter: "Comment en sortir?"

Et c'est là que ça devient goûtu.

Laurent Joffrin énonce en effet, avec beaucoup de calme dignité, que: "Certains censeurs radicaux, quand ils ne prônent pas une presse totalement idéologique, rêvent de faire des journaux ou des télévisions sans capitaux ni publicité".

(Merci de vous imprégner dès à présent de cet effroyable boba... De cette fine considération, en détachant bien les mots.)

Je lis ça, je fais comme Laurent Joffrin: je réfléchis.

(Intensément.)

Je me pose des questions.

(Intelligentes, évidemment: je viens de vous dire que je faisais comme Laurent Joffrin.)

Celles-ci, par exemple.

Qui donc, ces temps-ci, "(rêve) de (...) journaux sans (...) publicité?"

Grosso modo (je schématise gravement): les "critiques radicaux" des médias, genre Acrimed, éventuellement.

En quoi ces gens seraient-ils des "censeurs"?

En rien, évidemment.

Ils n'ont de cesse, au contraire, que de pointer, notamment, c'est presque un boulot à plein temps ces jours-ci, les mille et une censures dont nos courageux médias s'accomodent si bien.

En quoi ces gens "prôneraient"-ils "une presse totalement idéologique"?

En rien, évidemment.

Ils n'ont de cesse, au contraire, que de réclamer, notamment, c'est presque un boulot à plein temps ces jours-ci, que finisse la servile soumission de nos courageux médias aux idéologies dominantes - la hideuse inféodation de nos quotidiens barbichus aux oukases du MEDEF.

De sorte que Laurent Joffrin erre, divague, et, sereinement, substitue à une réalité un peu encombrante (Laurent Joffrin dit tout haut ce que Laurence Parisot pense tout haut) une vérité alternative, tirée par les cheveux (et la barbiche), certes, mais plus gratifiante (Laurent Joffrin lance toutes ses forces (barbichues) dans un courageux combat de chaque instant contre les "censeurs radicaux").

Quand Laurent Joffrin caquète jour après jour en ses burlesques éditos (poilus du menton) que le néo-libéralisme est l'horizon indépassable de l'humanité libérée, ce n'est bien sûr pas de l'idéologie - pensez.

Quand Laurent Joffrin organise à Grenoble un affligeant "forum citoyen" où les missi dominici du gouvernement de guerre (de classe(s)) de François Fillon viennent caqueter dans un atrium ultra-sécurisé que le néo-libéralisme est l'horizon indépassable de l'humanité libérée, ce n'est (toujours) pas de l'idéologie - pensez.

(Puisque Laurent Joffrin, qui a comme on dit à France Inter (où on l'appelle Jason Joffrin) "le débat dans la peau", leur oppose, crânement, des contradicteurs "socialistes" qui de leur côté considèrent (courageusement) que le néo-libéralisme est l'horizon indépassable de l'humanité libérée.)

Mais si des gens osent prier Laurent Joffrin de cesser de se comporter en sirène deux tons néo-libérale, en passe-plats du patronat, et de revenir à plus de mesure dans son appréhension de notre environnement (social, notamment)?

Ca, par contre, c'est de l'idéologie, et de la bien tassée - fulmine Laurent Joffrin.

Une idéologie dangereuse, de surcroît, puisque porteuse, rappelez-vous, d'une "censure radicale": un stalinisme, quoi.

Après avoir ainsi construit une réalité-bis où l'infâme Serge Halimi est une espèce de lointain clone de Lavrenti Beria et Laurent Joffrin le dernier rempart du monde libre contre les "censeurs radicaux", Laurent Joffrin peut tranquillement reprendre, comme si de rien n'était, son coutumier caquetage néo-libéral.

Une fois établi qu'il faut s'appeler Staline pour envisager "des journaux ou des télévisions sans capitaux (sic) ni publicité", Laurent Joffrin peut, tranquillement, feuler qu'"un autre modèle s'est imposé qui donne aux médias les moyens matériels de leur efficacité".

En clair: soumets-toi, journaleux.

N'essaie même pas de penser, journaleux, qu'un autre monde (professionnel) est possible - puisqu'"un autre modèle s'est imposé".

Un modèle indépassable, où les "censeurs" ne sont pas les marchands d'armes, "frères" autoproclamés de Nicolas Sarkozy, qui à la fin du mois te versent ton salaire - mais les dangereux guerilleros qui ont le culot de s'étonner que des marchands d'armes, "frères" autoproclamés de Nicolas Sarkozy, contrôlent l'information.

Rendors-toi, journaleux, et fais de beaux rêves: Laurent Joffrin veille sur ton indépendance.

 
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